26 février 2007

FAD GADGET : Ricky's hand


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1980
Réf : MUTE 006 -- Edité par Mute en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ricky's hand -/- Handshake

C'est le tout premier disque de Fad Gadget que j'ai acheté. Je l'avais probablement entendu à Feedback, et j'avais été suffisamment accroché pour investir dans ce single en import.
Il faut dire que, de tous les premiers singles de Fad Gadget, c'est le plus accrocheur, le plus mécaniquement dansant, en bref celui qui aurait pu avoir le plus grand succès commercial. Ce ne fut pas le cas, par contre on peut penser que cette chanson a pas mal influencé les Depeche Mode débutants, qui alors n'osaient même pas rêver enregistrer un jour pour le même label que leur idole !
En 1979-1980, je ne sais pas pourquoi, mais des groupes comme Human League ou Fad Gadget se glorifiaient d'enregistrer des disques "synthétiques" et le mentionnaient sur le pochette. Tout ça pour quelques années plus tard se targuer à nouveau sur leurs pochettes de n'utiliser que des sons analogiques !
Ici, tout est indiqué comme synthétique, sauf les voix, des bandes et surtout la perceuse électrique Black & Decker V8 Double Vitesse, dont Fad Gadget semble très fier, et qui joue effectivement un rôle important dans la chanson.
Ce n'est qu'hier, en préparant ce billet, que j'ai cherché les paroles de la chanson, et que j'ai finalement compris de quoi il était exactement question. Je vous laisse vérifier par vous-même, mais il s'agit bien des aventures de la main de Ricky lors d'une soirée au pub, qui se terminent mal lors du retour en voiture à la maison.
Le titre de la face B, "Handshake" ("Poignée de main") est un jeu de mots expliqué en dessins au dos de la pochette : un Handshake peut être aussi un Milkshake aromatisé à la main, et après tout, le son d'une perceuse peut aussi bien évoquer celui d'un mixer ! (Il s'agit d'une version instrumentale, plus lente, de "Ricky's hand", qui peut faire penser à certaines expérimentations du premier album des Flying Lizards).
Si vous voulez en savoir plus sur Fad Gadget, le double best-of sorti au moment de son come-back, juste avant sa mort, est encore facilement disponible et suffit largement. Mais si vous voulez en plus écouter des démos inédites, voir un documentaire et surtout une des légendaires performances de Fad Gadget sur scène, le coffret 2 CD-2 DVD "Fad Gadget by Franck Tovey" sorti l'an dernier est fait pour vous !

25 février 2007

MISTY IN ROOTS : Zapatta


Acquis dans un Record & Tape Exchange à Londres vers 1983
Réf : PU/S 004 -- Edité par People Unite en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Zapatta -/- Viva Zapatta

Mon premier séjour à Londres, ce fut pour une semaine de vacances après le bac, en septembre 1981, avec mon pote Francis M.
Le premier jour, on a foncé chez Rough Trade. Le troisième, on a été voir notre premier concert, au Marquee (grand classique) et sans intérêt (Television Under Screen et La Rox - Qui ça ?).
Un de mes meilleurs souvenirs de cette semaine-là reste l'autre concert qu'on a été voir, celui de Misty In Roots le 10 septembre 1981 à la Saint James Church.
Je ne sais plus par quel concours de circonstance précis on s'est retrouvé là. On ne connaissait sûrement pas le groupe, mais on devait être attirés par un concert de reggae, et avec Roots dans le nom du groupe, on avait peu de chances de se tromper.
Et on avait dû apprendre l'existence de ce concert par une affiche ou un tract ramassé chez Rough Trade. En tout cas, c'était dans Kensington, pas trop loin de notre auberge de jeunesse de Holland Park, et l'entrée n'était pas chère du tout.
Le lieu de concert était bien sûr une église désaffectée. Il y avait de la fumée avec une drôle d'odeur, mais je ne pense pas que c'est parce qu'on y brûlait de l'encens...
Il y avait répartis dans la nef quelques canapés et fauteuils en cuir, complètement défoncés, mais dont nous avons largement profité (des journées entières à se ballader dans une grande ville, ça crève). On avait un peu l'impression d'être des blanc-becs un peu perdus dans le public de ce concert associatif et bon enfant.
Misty In Roots a joué ce soir-là un bon set de reggae instrumental, à l'image de ce single que j'ai acheté quelques années plus tard. La face B est une version dub de la face A. Mon exemplaire craque un peu, mais reste très écoutable, et c'est tant mieux car à ma connaissance ce disque n'a été repris sur aucun album ni aucune compilation.

THE PASTELS : Sleep in your arms tonight


Acquis par correspondance auprès de Paul Groovy en Angleterre début 1984
Réf : BEAT 001 -- Edité par Groovybeat en Angleterre en 1983
Support : Cassette
10 titres

Au Living Room Club début 84, il y avait ce gars Paul Groovy qui distribuait son petit fanzine gratuit, "Groovy Black Shades", avec des numéros spéciaux consacrés aux Pastels et aux Television Personalites. Quand j'ai vu qu'il vendait une cassette live des Pastels, je l'ai aussitôt commandée. j'ai aussi commandé l'autre cassette au catalogue, celle de The Now, "Miles high". Celle de The Now était fournie avec un poster A3 photocopié et colorié au stabilo, comme la pochette de cette cassette, celle des Pastels avec un livret, mais je n'arrive à remettre la main ni sur l'un ni sur l'autre aujourd'hui.
Quand j'ai reçu cette cassette, je pense que je venais d'acheter les deux premiers 45 tours des Pastels, et en tout cas je ne les avais pas encore vus en concert.
Cet enregistrement a été réalisé le 8 octobre 1983, probablement dans la salle de billard de l'Adam's Arms, dans Conway Street à Londres. Le son est étonnamment bon quand on imagine que la prise de son a dû être faite avec un simple magnéto cassette. par exemple, la reprise du "Hurricane fighter plane" de Red Crayola sonne mieux ici que sur l'album "Alive in the Living Room", alors que c'est bien la même version.
L'ambiance est visiblement très détendue. Il y a pas mal d'échanges entre le groupe et le public et il me semble qu'Alan McGee intervient à plusieurs reprises, notamment à la fin pour annoncer le prochain concert (Les Television Personalities !). L'accent écossais est donc omniprésent.
Par rapport aux concerts que j'ai vus en juin-juillet 1984, la formation est la même, sauf la batterie, tenue ici par David (Keegan ?) et pas par Berniece.
Le répertoire est intéressant car il rend mieux compte de ce que jouait le groupe à l'époque que leur premier album, "Up for a bit", sorti tardivement en 1987. On retrouve les deux premiers singles, "Heavens above !" et les deux faces de "I wonder why", ainsi que les deux faces du troisième single, le premier pour Creation, alors inédit (mais les Pastels étaient peut-être descendus de Glasgow à Londres justement pour l'enregistrer...).
Encore plus intéressant, il y a ici des titres rares : "She always cries on Sunday", uniquement enregistré pour une session BBC en 1984, disponible sur "Suck on", et "Reflections on a rainy day", un titre nommé "Trains go down the track" pour la Peel Session de 1984 et "Breaking lines" pour la face B de "Truck train tractor" en 1986 !! Et il y a deux titres qui sont carrément inédits je crois, le typiquement misérable "I'm so alone" et "Sleep in your arms to night", qui n'est pas tout à fait un repompage du "I wanna sleep in your arms" des Modern Lovers, mais qui témoigne bien en tout cas de l'admiration que les Pastels avaient pour eux.
Quelques années plus tard, à Reims, j'ai parlé à Stephen Pastel de cette cassette, sensée être sortie avec l'autorisation du groupe. Il a fait la moue, laissant entendre qu'elle était quand même au moins semi-pirate...

18 février 2007

THE HONEYMOON KILLERS = LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL : Histoire à suivre


Acquis je ne sais plus où dans les années 1980 mais peut-être bien chez New Rose à Paris vers 1982
Acquis plus que probablement au Virgin Megastore à Londres en 1984 avec l'album It's a crammed, crammed, crammed world ! (CRAM 033, 1984, with free bonus single)
Réf : CRAM 3457 -- Edité par Crammed en Belgique en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : THE HONEYMOON KILLERS : Histoire à suivre -/- LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL : Route Nationale 7

En France, c'est très clair et c'est très logique, la face "principale" de ce single c'était la reprise du "Route nationale 7" de Charles Trénet, et c'est d'ailleurs ce titre qui a été un mini-tube chez nous, avec un clip où on voyait les Tueurs partir en vacances entassés dans une voiture.
Mais pour cette édition originale, même si les Tueurs/Killers ont essayé de jouer aux malins en désignant une face 1 ("Histoire à suivre") et une face A ("Route nationale 7") et en élaborant une pochette réversible, cette pochette nous indique quand même bien que "Histoire à suivre" est la face "principale" : c'est évident quand on voit l'encoche côté jaune et les crédits de pochette aussi (qui se sont bizarrement retrouvés au recto quand la pochette a été inversée pour la France !).
Tout ça fait bien mon affaire, même si j'aime toujours autant la version de "Route nationale 7", après tant d'années et tant d'écoutes. Je m'attends toujours à en être lassé, mais non, à chaque fois je suis conquis : c'est une reprise à la fois fidèle et inventive, accrocheuse et ne cédant à aucune facilité musicale. Mais je préfère encore plus célébrer "Histoire à suivre", une des six excellentes chansons originales des Tueurs qui s'enchaînent en ouverture de leur album de 1981. Non seulement c'est excellent musicalement, mais les paroles qu'Yvon Vromman met dans la bouche de Véronique Vincent, une sorte de conte de fée déniaisé, sont des plus réussies et font chaque fois mon bonheur :
"Il me dit que je suis belle, que je suis celle qu'il a choisie, pourtant avec moi je ne sais pas je crois qu'il s'ennuie. Quand j'étais petite fille je voulais un fiancé. Maintenant je crois que je suis tombée sur un pédé : histoire à suivre."
Il est vraiment dommage que ce rassemblement des Tueurs de la Lune de Miel première version avec Aksak Maboul et Véronique Vincent n'ait pas tenu assez longtemps pour produire un deuxième album, mais après tout ce n'est probablement pas une surprise. J'imagine que ce "Marc Hollander présente Les Tueurs de la Lune de Miel & Véro" était aussi instable que le "Andy Warhol presents The Velvet Underground & Nico" en son temps...
J'ai longtemps espéré la réédition CD de l'album, qui a fini par arriver en 2003, avec malheureusement une seule rareté ("Petit matin", enregistrée pour une cassette du NME) et des inédits live instrumentaux qui pour le coup sonnent plus Aksak maboul qu'autre chose. Il y a de bons enregistrements live qui traînent, et sûrement des inédits studio, on peut donc espérer voir un jour sortir des inédits, ce qui constituerait un hommage mérité à Yvon Vromman, mort en 1989. En attendant, on peut voir ici une excellente version d' "Histoire à suivre" live en Hollande en 1983, enchaînée avec sa version sous-titrée en anglais "Wait and see" (paroles adaptées d'Alig Fodder). Si on s'attarde sur la coiffure et la tenue de Mademoiselle Vincent, cela constitue un témoignage assez effarant sur la mode dans les eighties !

FELT : The Pictorial Jackson Review


Acquis je ne sais plus où mais probablement chez Vitamine C à Reims en 1988
Réf : CRE LP 030 -- Edité par Creation en Angleterre en 1988
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Ce disque, dans cette édition originale, est très bon, surtout la face A, mais il est très mal ficelé.
Voilà comment il aurait dû se présenter.

BOBBY BARE AND THE FAMILY : Singin' in the kitchen


Acquis dans une boutique caritative à Douvres le 29 juin 2006
Réf : LSA 3198 -- Edité par RCA en Angleterre en 1974
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Je suis tombé sur ce disque le même jour que le Hank Snow, quelques boutiques et quelques centaines de mètres plus loin, et là je n'ai pas hésité du tout à l'acheter, pas seulement pace que celui-ci était vraiment pas cher. Ces disques ont d'autres points communs : ils sont tous les deux sortis chez RCA, à peu d'années intervalle, et Chet Atkins joue sur les deux disques (mais bon, il a joué sur des centaines de disques !).
Il y a quelques années, je ne connaissais pas du tout Bobby Bare, pourtant un grand de la country. Il faut dire que, avant de revenir fin 2005 avec "The moon was blue", il n'avait pas publié d'enregistrement nouveau depuis 1983. Entre-temps, c'est son fils Bobby Bare Jr qui avait remis le nom de la famille sur le devant de la scène avec une série de disques, dont le meilleur est peut-être bien le plus récent, "The longest meow".
Presque toutes les chansons de ce disque sont écrites par Shel Silverstein, qu'on connait surtout en France comme l'auteur du tube "A boy named Sue" de Johnny Cash, mais qui, un peu comme Tomi Ungerer, est en fait aussi bien réputé pour ses livres d'enfants que pour ses nombreuses chansons ou sa longue collaboration comme dessinateur avec Playboy ! Sur ce disque, Bobby Bare a d'ailleurs des intonations qui rappellent souvent Johnny Cash.
En 1973, la première collaboration poussée de Bobby Bare et Shel Silverstein a produit l'album "Sings lullabys, legends and lies", un grand succès, notamment avec les singles "Marie Lauveau" et "Daddy what if", un duo entre les deux Bobby, le plus jeune ayant alors cinq ans. "Singin' in the kitchen" prolonge la formule de "Lullabys...", en insistant sur le côté familial et les chansons pour enfant.
Toutes les formules sont utilisées, du chant groupé en famille et éclats de rire ("Singin' in the kitchen") à Papa en solo ou Maman en solo, en passant par les duos Papa-Maman ou Maman-Fiston ("Where'd I come from", en fait une sorte de "Mummy what if"). Il y a des comptines, des chansons d'amour, des ballades country... Ma préférée est peut-être bien "The giving tree", à l'origine un livre pour enfants de Silverstein paru en 1964, qui réussit presque à me tirer des larmes avec cette histoire d'un arbre généreux qui aide un garçon toute sa vie, même quand il n'est plus qu'une souche et le garçon un vieillard (qui peut toujours se reposer sur la souche).
La bonne humeur est omniprésente, et n'est assombrie que lorsqu'on apprend que la fille aînée de la famille, Cari, qui rit de bon coeur à gauche sur la pochette comme toute la famille, est morte quelques mois seulement après la sortie de ce disque. Un disque qui n'est pas un chef d'oeuvre, mais qui est des plus sympathiques, et qui malheureusement n'a encore jamais été réédité en CD.

11 février 2007

LES ZULUMS ! : Nounours et Poupée


Acquis à Paris à la fin des années 1990
Réf : M12S 8901 -- Edité par Mix It en France en 1989
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Nounours et Poupée (Remix) -- Nounours et Poupée (Version courte) -/- Don't worry -- Zulums rub-a-dub

Bon, d'accord, j'ai volontairement menti par omission en disant que les Zulums n'avaient sorti qu'un seul disque. Mais après tout, ce disque-ci n'est jamais qu'une autre édition du même disque, parue la même année sur un autre label, avec une autre pochette et de mimimes différences de contenu, et elle n'est référencée nulle part.
J'avais donc l'autre édition depuis 1989. Celle-ci je suis tombée dessus dans une de ces boutiques qui vendent des disques neufs à prix réduit et des occases, soit à Strasbourg Saint-Denis soit Boulevard Saint-Germain dans le coin de chez Boulinier.
J'ai du mal à déterminer si cette version est bien parue la première, ce que la mention "Special DJ pre release" sur la pochette donne à penser, ajoutée au fait que le label est justement celui du studio où le disque a été enregistré.
Mais, sachant que le label original, Samedi Soir Dimanche Matin a cessé ses activités après avoir édité "Nounours et poupée", sachant que c'est un remix et sachant que ce disque était prévu pour être commercialisé (il a un code barre et un code prix), je me dis qu'il s'agit peut-être d'une seconde édition, parue quelques mois plus tard pour redonner sa chance à un titre qui avait du potentiel et aurait pu avoir une carrière commerciale équivalente à celle de Tippa Irie ou du "Trop de bla bla" de Princesse Erika.
Le remix n'abime pas la version originale : l'accent est peut-être plus fort sur la batterie et il s'agit d'une version longue qui enchaîne les deux versions de l'autre maxi, sans les effets dub de la seconde partie. Je n'ai pas fait dé vérification pointue, mais la face B semble identique à celle de l'autre disque.
Je ne me souviens plus s'il y avait plusieurs exemplaires de ce disque quand je l'ai acheté. En tout cas, il m'a paru évident qu'il ne s'agissait pas vraiment d'un disque d'occasion, mais pliutôt d'un disque neuf qui avait dû être stocké en entrepôt avant que quelqu'un ne se décide à le mettre en vente pour gagner trois francs six sous.

THE ZULUMS ! : Nounours et Poupée


Acquis chez New Rose à Paris ou à Reims en 1989
Réf : SSDM 004 / SUBURBIA 001 -- Edité par Samedi Soir Dimanche Matin & Suburbia en France en 1989
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Nounours et Poupée -- Le dub des jouets -/- Don't worry -- Zulums rub-a-dub

"Nounours et poupée" est l'unique publication des Zulums ! On voit pas bien là sur la reproduction de la pochette, mais je pense que le nom du groupe vient de la pancarte fixée sur la portière de la voiture sur la photo qui dit quelque chose comme "Zulu Motor Car".
Les deux membres principaux du groupe sont Julies dit "Ouzin" et François dit "King Morimba". C'est l'encart glissé à l'intérieur du disque qui nous donne quelques précisions : "Ousseynou N'Diaye alias Jules sait de quoi il parle. Musicien sénégalais, il a connu tous les tracas de la machine policière française. Après une expulsion de France, une interdiction de séjour de trois ans, sa situation est loin d'être tranquille. Après les charters maliens, l'Etat français se prépare peut-être à le mettre sur un vol sans retour pour son pays d'origine. Résultat du suspense : Février 89. Ce disque repose avant tout sur le vécu difficile d'un Black dans un hexagone que les droits de l'homme n'intéressent qu'à date anniversaire. En s'associant sur cette production, Samedi Soir Dimanche Matin et Suburbia désiraient permettre à une tentative de résistance à la norme NF (ou FN) de s'exprimer en toute liberté."
Hé hé. Encore un vieux disque malheureusement toujours d'actualité...
Musicalement, "Nounours et Poupée" est bien mieux qu'un simple tract politique. D'abord, c'est un reggae raggamuffin très accrocheur, avec une ambiance et un saxo qui rappellent le meilleur de The Beat, et c'est aussi une chanson d'amour très réussie : "Je serai ton nounours, tu seras ma poupée, Qu'on soit dans la brousse, qu'on soit dans le tromé, Je serai ton nounours, tu seras ma poupée, On s'la coulera douce, on f'ra rien que glander". Bon, évidemment, la réalité n'étant pas toujours rose (on peut être optimiste ET lucide), la "poupée à la peau lisse" finit par rimer avec un contrôle de police, mais bon...
La version "Dub des jouets" de cette même chanson contient des bribes de chant, et met mieux en valeur une phrase sur laquelle la première version passe très vite : "Je serai ton nounours, tu seras ma poupée, Tu seras dans la mousse et moi je te frotterai" (attention à ne pas chanter ça trop fort au bureau, vos collègues risquent de vous adresser un regard surpris !).
La face B, "Don't worry", chantée en anglais, donc, et suivie d'un dub, est moins réussie, mais il n'y a rien de catastrophique, avec au passage une citation du "Get up, stand up" de Peter Tosh.

BASEMENT 5 : Silicone chip


Acquis dans un Record & Tape Exchange à Londres en 1983 ou 1984
Réf : 10 WIP 6614 -- Edité par Island en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 25 cm
Titres : Silicone chip -/- Chip butty

Island a réédité en CD assez tôt dans les années 80, à prix réduit en plus, l'unique album de Basement 5, "1965-1980", accompagné en bonus de sa version dub, sortie en mini-album juste avant. C'est bien. Sauf que ce disque n'est plus officiellement disponible (même s'il n'est pas rare). Sauf qu'une nouvelle réédition implique, si on en croit la page MySpace officielle de Basement 5, de retrouver les masters dans le maquis Universal et j'imagine de démêler pas mal de questions juridiques. Sauf surtout qu'il ne manque que quelques minutes pour que ce CD, plein jusqu'à la gueule je l'admets, puisse proposer l'intégrale publiée de Basement 5, soit les deux faces du single dont il est question ici, et le "Traffic:dub" paru en face B du 45 tours "Last white Christmas".
Certes, le lien est plus direct entre l'album et sa version dub qu'avec ce premier single isolé qui l'a précédé de quelques mois, mais ce "Silicone chip" méritait beaucoup mieux que l'obscurité à laquelle il est voué depuis plus d'un quart de siècle !
Contrairement à l'album, ce disque n'est pas co-produit par Martin Hannett, et le reggae techno de Basement 5 n'est pas mâtiné ici de guitares punk. C'est une chanson sautillante, presque un ska ralenti (on est en 1980, en pleine folie Two-Tone), entièrement basée sur l'éternelle opposition ancien/moderne à partir d'un jeu de mots sur les puces électroniques ("silicone chips") et le traditionnel plat de fast-food anglais "fish and chips" (poisson et frites).
Souvenons-nous qu'en 1980 les télécommandes pour télés commençaient à peine à se généraliser, et les jeux vidéos à la maison se réduisaient grosso modo à un tennis ultra-stylisé et au Space Invaders. Les PC n'existaient pas. Internet j'en parle même pas. Et pourtant, à l'heure de la mondialisation, à l'ère du numérique, il est facile d'extrapoler pour actualiser le propos de Dennis Morris :
"Silicone chips hate fish and chips; It's the media age, the modern world, moving into the future before we grow old ; Automate machines, remote control, more leisure time for young and old; Automate machines, remote control, to get better control; Plenty of time for us to play all our favourite games; Video discs, computer games"
La face B repart de là où en était resté "Silicone chip", et donne l'occasion à Morris de poursuivre son propos, avec un accompagnement de bruitages électroniques plus présents :
"This is the modern world, silicone chip rules the world; Automatic machine does all the work and the nation relaxes while the machine works; In the media age, the modern world, plenty of time for you to play"
C'est un thème qui a été rabâché et rabâché, mais personnellement, je le rattacherai plus particulièrement au diptyque "Old world"/"Modern world" des Modern Lovers, et surtout au "We have the technology" de Pere Ubu, notament car les bips de Basement 5 me font penser au sifflet de Pere Ubu.

07 février 2007

PAUL ROLAND : Happy families


Acquis chez New Rose à Paris en 1988
Réf : ROSE 163 CD -- Edité par New Rose en France en 1988
Format : CD 12 cm
12 titres

Paul Roland est toujours en activité, mais ces temps-ci il semble se concentrer sur l'enseignement du développement spirituel et de la méditation alors que, pendant cinq-six ans de 87 à 92, grâce à une série d'albums et de mini-albums nouveaux et en réédition publiés par New Rose en France, il était bien présent dans le paysage discographique, même si cette présente était discrète.
Ce disque-ci a toujours été mon préféré, notamment parce qu'il fait partie de ses disques acoustiques (j'apprécie moins les disques plus rocks et électriques de Paul Roland, comme le pirate "Live in Italy" et "Duel").
Ce CD a une grande unité de son et d'atmosphère, bien qu'il soit constitué du mini-album "Happy families" lui-même (les huit premiers titres, les seuls de l'édition vinyl) et de quatre titres bonus. C'est d'ailleurs en écoutant la façon dont ils reprennent le "I can't control myself" des Troggs dans les bonus qu'on se rend le mieux compte de l'approche musicale et du travail effectué ici par Paul Roland et ses acolytes : violon, guitare acoustique, pas de percussion, la voix de Paul Roland en avant, beaucoup d'humour et on ne se prend surtout pas au sérieux (l'humour pince sans rire très britannique est très présent, on verrait bien Glen Baxter illustrer certaines de ces chansons). Sur la majorité des autres titres, comme le nom de l'Ensemble l'indique, il y a d'autres instruments à corde, des instruments à vent (flute, hautbois, cuivres)
Ce n'est pas une facilité de parler d'atmosphère victorienne pour ce disque. Le design de la pochette y invite, mais surtout les crédits précisent que les paroles sont basées sur la biographie de vrais eccentriques qui ont vécu durant la période victorienne et, du curé de Cheltenham à la cousine Emilia, il y a là une sacrée galerie de portraits en forme de courtes chansons (une seule atteint les quatre minutes). Mes préférées sont "Nursery crimes" (une nurse délinquante qui donne une éducation criminelle à un fils de gentleman), avec ses coups d'archet et ses envolées de flute, "Cousin Emilia", avec ses cuivres presque soul, le presque Dixieland "Aunty" avec ses petits coups de cymbale secs, "Animal crackers" avec son solo de tuba, "Beau Brummel" et "The curate of Cheltenham". A chaque fois que j'entends les premières notes de cette dernière, je pense à "The Lady Rachel" de Kevin Ayers. Parce que c'est probablement la même suite d'accords, mais ça va au-delà. L'atmosphère médiavalo-romantique de la chanson d'Ayers, son orchestration (et celles par la suite d'autres albums dues à David Bedford) me font penser que tout ce que j'aime chez Paul Roland est concentré dans cette seule chanson d'Ayers. Avant de faire cette chronique, j'ai fait pour une recherche pour vérifier si ce rapprochement entre Paul Roland et Kevin Ayers avait déjà souvent été fait, et c'est avec surprise que j'ai (re)découvert qu'un certain Pol Dodu avait fait exactement cette comparaison, en 1998, dans un article de Vivonzeureux! sur Kevin Ayers !

04 février 2007

LOU REED : Street hassle


Acquis au Carrefour de Châlons-sur-Marne en 1978
Réf : 2C 068 60445 -- Edité par Arista en France en 1978
Support : 33 tours 30 cm
8 titres

C'est le premier album de Lou Reed que j'ai acheté en nouveauté au moment de sa sortie. Et le dernier aussi, tiens, quand j'y pense. Une fois de plus, c'est mon intérêt pour la musique de Lewis Furey qui m'a conduit vers Lou Reed. J'avais noté dans plusieurs articles des rapprochements entre Lewis Furey, Kurt Weill et le Lou Reed de "Berlin", et là-dessus sort cet album, avec le morceau-titre, une suite en trois mouvements avec tout plein de violoncelle et de violon dedans que j'ai dû entendre à la radio. C'était pas "Hustler's tango", plutôt "Hooker's waltz", mais je n'ai pas mis longtemps à me décider à miser mon argent de poche sur ce disque !
Avant d'être le biographe de Lou Reed, Bruno Blum écrivait et dessinait dans Best. Impossible de mettre la main dessus ces jours-ci, mais j'ai gardé pendant des années un dessin vertical en tiers de page découpé dans Best au moment de la sortie du disque, avec une nana tout en bas qui disait les paroles du deuxième mouvement de "Street hassle", qui commencent par "Hey, cette pute ne respire pas, elle a pris trop de ceci ou de celà, tu vois ce que je veux dire" et finissent par "La première chose qu'ils voient qui leur laisse entrevoir la possibilité d'exister ils la suivent, tu sais c'est ce qu'on appelle la malchance". Sur le dessin, c'était en anglais, et j'ai passé pas mal de temps à améliorer mon anglais pour comprendre ces paroles !
Le morceau "Street hassle" est donc une superbe suite en trois mouvements, dominée par des instruments à corde, de la guitare, la voix de Lou Reed et des choeurs. On s'aperçoit vite que les crédits de l'album sont un monument de désinformation : on comprend que, pour des raisons contractuelles, Bruce Springsteen ne soit pas crédité pour le petit bout de texte qu'il lit, mais il faut scruter tous les crédits pour voir mentionner un arrangeur de cordes (Aram Schefrin, un ancien du groupe Ten Wheel Drive au début des 70's avec Michael Zager et Genya Ravan, aussi présente sur "Street hassle"), et il n'y a carrément rien du tout sur ce qui doit être un quatuor à cordes qui tient quand même un rôle proéminent sur cette pièce autour de laquelle tout l'album est construit, et qui représente un tiers de sa durée.
Enfin, quand je dis "construction de l'album", c'est beaucoup dire, car l'imprécision des crédits ne s'arrête pas là ! Le titre de cet album devrait être "Street hassle (in New-York) & seven songs live in West Germany" ! Car là où on s'attend à écouter un disque studio classique, on se retrouve avec sept titres sur huit enregistrés à Münich, Wiesbaden et Ludwigshafen. Ça nuit à l'unité de l'album dans son entier, mais pas à notre plaisir car ces titres live sont tous des inédits (c'est la première fois que Lou Reed a décidé d'éditer "Real good time together", qui date du Velvet), avec un groupe excellent (dont ces choeurs et du saxo), une ambiance parfois légère, et plein de citations musicales, à commencer par "Sweet Jane" dès les premières notes du disque et "I fought the law" sur le deuxième titre.
J'aime tout sur ce disque, à part peut-être la pochade "I wanna be black" (qui n'est pas une reprise du "Je veux être noir" de Nino Ferrer), et je ne suis vraiment pas mal tombé pour commencer mon parcours d'amateur de Lou Reed, d'autant plus que quelques-mois plus tard c'est le décevant "The bells" qui sortait.

Ajout du 2 février 2008 :
En triant mes archives, j'ai retrouvé ce fameux dessin de Bruno Blum illustrant la chanson "Street hassle". Il est daté de 1979, paru dans Best à la fin d'un article sur Lou Reed et le Velvet Underground dont je n'ai conservé que cette dernière page.

03 février 2007

CATCH 22 : L'affront national


Acquis chez Vitamine C à Reims en 1988
Réf : 8801 -- Edité par Catch 22 en France en 1988
Support : 45 tours 30 cm
Titres : L'affront national -/- L'affront national 2B -- L'affront national rub A 2B

1988 était une année d'élection présidentielle en France. Ça explique peut-être pourquoi ce disque-brulôt auto-édité par un groupe inconnu est toujours autant d'actualité près de vingt ans plus tard alors qu'une nouvelle campagne électorale est déjà bien engagée. Certes, les références au "sida mental" et au code de la nationalité datent précisément cette chanson, mais l'immigration et les sans-papiers sont toujours à la une et tant que le leader du front national n'aura pas changé, cet excellent disque ne sera pas à ranger au musée. La même année, Parabellum sortait son "Anarchie en Chiraquie", un disque également toujours d'actualité, mais plus pour longtemps !
Il paraitrait que ce disque a été vendu à peu d'exemplaires. En tout cas, à Reims il est vite devenu un tube sur La Radio Primitive et je suis certain que les disquaires locaux en ont écoulé plusieurs dizaines d'exemplaires.
Initialement, j'ai été un peu rebuté par "L'affront national" car je trouvais sa proximité trop grande dans l'esprit avec ce qu'avait fait Basement 5 quelques années plus tôt (Le "Immigration" de Dennis Morris fait d'ailleurs partie des nombreux titres samplés qu'on entend ici), mais j'ai très vite été conquis par l'énergie et le groove de ce ragga dancehall qui, avec les claquements de main, les claviers, la batterie et les premières paroles, réussit à emporter le morceau avant même l'entrée de la basse dans la danse ! Et il y a les paroles. J'hésite à en citer des extraits ici car, sorties de leur contexte, elles risquent de sonner comme des slogans qui tombent un peu à plat, mais bon, dans les refrains on entend des choses comme "Immigration et code de nationalité, Immigration on est quand même tous immigrés, Immigration il faudrait les informer".
Pour nous, Catch 22 était un projet solo de Joe Hell, le chanteur d'Oberkampf. Mais en fait, c'est bel et bien un trio avec Arto Skee du Beurk's Band et P'tit Chong de Der Kaiser (un groupe de heavy metal !), Arto et Tchong s'étant retrouvés par la suite au sein de Marousse.
On a longtemps attendu une suite à ce maxi de Catch 22. Elle a fini par arriver en 1991 sous la forme d'un album solo de Joe Hell sorti chez New Rose. La version CD de cet album contenait une nouvelle version de "L'affront", et là ce fut une immense déception. Là où la version originale était chantée avec énormément de conviction, la nouvelle version semble simplement "interprétée". Pour des raisons évidentes, les samples sont absents de cette deuxième version, mais la chanson toute seule à l'origine était bien assez bonne pour s'en passer, mais là on a droit à une version ralentie, plus reggae, mais cette fois-ci la guitare sonne vraiment trop hard, et la sauce ne prend décidément pas.

Premier avertissement : Contrairement aux apparences, le MP3 vers lequel pointe la page Catch 22 de la discographie d'Oberkampf sur leur site n'est malheureusement pas la version de 1988 mais celle de 1991.

Deuxième avertissement : Encore en 1988, un groupe nommmé L'Affront National aurait sorti un 45 tours intitulé "Jean-Marie tu charries". Comme c'est du zouk, on peut être à peu près certain que Catch 22 n'a pas trempé dans ce disque !

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