25 mars 2007

FELT : Forever breathes the lonely word


Offert par Creation Records par correspondance à l'automne 1986
Réf : CRE LP 011 -- Edité par Creation en Angleterre en 1986
Support : 33 tours 30 cm
8 titres

Le mois dernier, on a commémoré le vingtième anniversaire de la mort d'Andy Warhol. Je me souviens précisément de l'endroit où j'étais le soir où la nouvelle de sa mort a été rendue publique. J'étais au fin fond de l'Allemagne, à Detmold, dans un club qui s'appelait le Hunky Dory (il s'appelle toujours comme ça, mais a changé d'emplacement depuis), un lieu comme il en existe peu en France, un grand café/pub, à la déco hésitant entre saloon de western et temple du rock, avec un espace réservé à la prestation des groupes surélevé de moins de dix centimères, accolé au bar et tout en longueur, séparé du public par une simple rambarde.
Le groupe qui jouait ce soir-là était Felt. J'étais présent parce que j'accompagnais pendant quelques jours le groupe de première partie, Biff, Bang, Pow !, en faisant une "performance" destinée à tenter d'intriguer le public (en résumé, je restais assis sur scène sur une chaise pendant tout le concert, en train de lire, ne me levant que pour jouer un peu de tambourin ou faire les choeurs sur un titre).
Felt était en tournée de promotion pour "Forever breathes the lonely word", son premier véritable album chez Creation, celui qui aurait pu transformer l'essai de "Ignite the seven cannons" et faire les faire passer à un niveau de succès public supérieur.
Dans l'intervalle entre deux chansons pendant le concert de Felt, un gars s'est penché par-dessus la rambarde et a glissé quelques mots dans l'oreille de Lawrence. Lawrence a écouté, puis s'est penché vers le gars pour se faire confirmer l'information. Il a alors dit quelques mots au groupe, puis a repris le micro pour nous dire qu'on venait de lui apprendre la mort d'Andy Warhol et que la prochaine chanson lui était dédiée. Ils ont alors entamé "All the people I like are those that are dead", un des sommets de "Forever breathes...", et c'était comme si cette chanson avait été écrite préciésment pour ce moment-là :
"Maybe I should entertain the very fact that I'm insane
I wasn't fooling when I said, all the people I like are those that are dead"


On ne saura jamais pourquoi cet album n'a pas permis à Felt de dépasser le stade d'un groupe culte indépendant. Il y a de toutes façons probablement un ensemble de raisons, parmi lesquelles on peut sûrement compter le fait que Lawrence n'est pas une star facilement malléable et l'inorganisation d'un label Creation Records encore débutant. Les choix éditoriaux du NME ont sûrement joué un rôle également. Le terrain ayant été préparé par le single "Rain of crystal spires", l'album est sorti en septembre 1986. Le 8 novembre 1986, le NME a consacré à Felt sa double page centrale (une photo pleine page de Lawrence et une page d'interview avec les conneries habituelles sur ses obsessions de propreté). En temps normal, Felt se serait vu également attribuer la couverture du NME, un sacré coup de pouce pour la notoriété et les ventes de disques. Manque de bol, peut-être inspiré par les paroles de "Hours of darkness have changed my mind" ("I'd like to do something that makes somebody somewhere care, playing with fire why should I mind, I'm going beyond now what will I find"), le NME fait sa une cette semaine-là avec une couverture aux trois-quarts noire et un grand titre sur un sujet de société, le suicide des jeunes.
"Forever breathes..." est un album compact d'une grand unité. Le son porte bien les caractéristiques des productions de John A. Rivers : beaucoup d'écho qui crée une ambaince ouateuse, les voix et les instruments se fondant les uns dans les autres.
A l'écoute, l'orgue de Martin Duffy semble omniprésent, et c'est vrai qu'il est bien plus proéminent que sur "Ignite...", en tant qu'instrument d'accompagnement et pour les solos. Mais, dans la masse de sons où les instruments solistes ne sont pas mis en avant, il ne faut quand même pas oublier qu'une bonne moitié des solos du disque est tenue par les guitares (celles de Lawrence et de Tony Willé, qui a fait un passage tellement bref dans le groupe qu'il n'était déjà plus là pour la tournée de février 1987).
Les choeurs sont bien utilisés aussi dans le disque, assurés qu'ils sont par Tony Willé, Mardin Duffy, John A. Rivers pour la partie masculine, Sarah (Cracknell) et Yvonne (McGee ?) pour la partie féminine. Ils sont peut-être bien aussi repassés dans un Emulateur ou un Fairlight et utilisés comme un synthé (sur "September Lady", par exemple).
Je l'ai dit, cet album montre une grande unité. C'est le premier titre, "Rain of crystal spires" qui en a été extrait en single. Avec un titre pareil, et des premières paroles qui sont "Seven brothers on their way to Avalon", on se doute bien que Felt ne visait pas le Top 50. C'est une chanson qui sonne typiquement Felt, mais elle n'est peut-être pas du niveau d'un "Ballad of the band" ou d'un "Primitive painters". On aurait peut-être pu lui préférer une des quelques chansons rapides du disque, comme "Grey streets", avec sa batterie énergique et sa bonne attaque de l'orgue. Pour parler des chansons rapides, je suis d'accord avec Lee McFadden pour m'étonner que deux perles issues de ces sessions, "I will die with my head in flames" et "Sandman's on the rise again", aient été reléguées au rang de faces B de "Rain of crystal spires".
Globalement, j'ai quand même tendance à préférer la face B de l'album. Elle s'ouvre avec "All the people I like are those that are dead" qui, musicalement, possède la même force hypnotique que "Primitive painters", mais la voix est beaucoup plus relaxée. "Gather up your wings and fly" encore un titre au rythme effréné avec des choeurs, et le disque se termine en beauté avec "A wave crashed on rocks" ("Une vague s'est écrasée sur les rochers", et effectivement les choeurs et l'orgue et le chant donnent cette impression quand Lawrence chante "You ruined it all") et "Hours of darkness have changed my mind", un titre qui suinte la tristesse et qui, musicalement, évoque toutes les périodes de la carrière de Felt.

24 mars 2007

BRENDA KAHN : 3 titres inédits


Offert par Columbia par correspondance en 1993
Réf : SAMPCD 1748 -- Edité par Columbia en France en 1993 -- For promotion only -- Edition limitée
Support : CD 12 cm
Titres : Lately you -- She's in love (Megamix) -- What if I saw Jesus

Bien souvent, les CD Promo qui annoncent des titres inédits trichent un peu. Ces inédits sont souvent en fait des inédits en France, disponibles ailleurs sur des faces B de singles ou des albums précédents.
Pour celui-ci, qui était probablement fourgué en bonus aux acheteurs de l'album "Epiphany in Brooklyn", le label n'a pas menti : ces trois titres n'étaient et ne sont toujours pas disponibles ailleurs. Ça, c'est une chose, mais ce qui compte vraiment c'est que deux de ces titres (faisons tout de suite l'impasse sur le "Megamix" plein d'écho et inécoutable de "She's in love") sont excellents et au meilleur niveau de ce qu'a pu produire Brenda Kahn par ailleurs.
La carrière de Brenda Kahn a malheureusement suivi le chemin de beaucoup d'autres. Un premier album remarqué sur un petit label en 1990, puis la signature sur Chaos, une filiale de Sony/Columbia en 1992 avec la sortie de l'album "Epiphany in Brooklyn", salué par la critique et largement promotionné. Et un troisième album qui porte très bien son titre, "Destination anywhere", dont la sortie est annulée au dernier moment pour cause de disparition du label Chaos. Le temps de se retourner et de signer chez Shanachie pour sortir le disque, l'élan était coupé et les médias regardaient ailleurs (sans parler du fait que, personnellement, j'ai été très déçu par cet album beaucoup plus électrique que le précédent).
Depuis, Brenda Kahn poursuit tranquillement son chemin. Elle a sorti deux autres albums ("Outside the beauty saloon" en 1997 et "Hunger" en 1998) puis a fondé le magazine Womanrock, un titre qui rend bien compte de ses préoccupations et de ses combats.
Le travail promotionnel autour de "Epiphany in Brooklyn" avait conduit Brenda Kahn au forum de la FNAC de Reims le 4 février 1993, où elle avait donné un très bon mini-concert solo, et je m'étais bien rendu compte en m'entretenant avec elle pour La Radio Primitive que, même si elle avait fait le choix de signer chez Columbia, ce qui peut impliquer certaines concessions, elle entendait bien garder le contrôle de son image et de sa musique.
Et alors, ces deux bons inédits ?
Tout d'abord, il y a "Lately you", le meilleur et celui qui n'est vraiment disponible sur aucun autre disque. Il me semble qu'elle avait joué cette chanson à Reims, et c'est donc amusant de lire une chronique de concert de 1998 qui y fait référence comme une "nouvelle chanson hilarante". Brenda Kahn est basée à New-York et, comme sur "Epiphany in Brooklyn", elle s'accompagne à la guitare acoustique et a un débit très rapide, ce qui explique pourquoi elle a beaucoup été comparée au jeune Bob Dylan (dont elle a eu l'occasion de faire la première partie). Les paroles, je ne les comprends pas toutes, mais j'aime bien le refrain : "Ces derniers temps, tu me brises le coeur en deux".
L'autre inédit, "What if I saw Jesus", est une chanson plus lente, au chant plus relaxé, avec un orgue discret en fond. Brenda Kahn l'a trouvée assez bonne pour la rééengistrer en 1998 pour son album "Hunger".

23 mars 2007

LE VIEUX THORAX : Villepin'occhio


Acquis par correspondance chez Close Up en mars 2007
Réf : CU 003 -- Edité par Close Up en France en 2007
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Villepin'occhio -/- Le dernier des curés

Après des cassettes et des CD-R, voici le tout premier disque vinyl de mon ami Le Vieux Thorax. Connaissant sa passion pour l'objet disque, ça doit être pour lui la réalisation d'un vieux rêve.
J'ai failli l'avoir en cadeau, mais ça fait de longues semaines que la sortie était reportée, du coup je me suis précipité pour l'acheter dès qu'il a été disponible, sans attendre que Le Vieux Thorax ait le temps de me l'envoyer.
Ce retard est dû aux conneries habituelles : l'usine française qui refuse de presser le disque à cause de la photo de Villepin sur la pochette et des paroles pas tendres avec Karol Wojtyla sur la face B.
Ce retard est d'autant plus dommageable que "Villepin'occhio" est typiquement un titre d'actualité, enregistré il y a cinq mois pendant le moment le plus chaud de l'affaire Clearstream. Heureusement, il sort avant la retraite politique de notre actuel Premier Ministre, et avec le recul les discours prononcés paraissent d'autant plus surréalistes !
Après le fameux "Sarkozy du disque" (dont la vedette était en fait Pascal Nègre) et la compilation "Raffarin's not dead" qu'il avait initiée, on pourrait penser que Le Vieux Thorax se spécialise dans la satire de nos brillants politiciens, mais je pense que c'est surtout parce qu'il se sent concerné par l'actualité, réagit à la bêtise et utilise à bon escient la matériau vocal que lui fournissent les médias.
Donc, "Villepin'occhio", sur un fond de percussions enlevé et un rythme de tango, nous fait revivre les justifications de Dominique de Villepin dans l'affaire Clearstream. C'est tellement grotesque qu'il n'a même pas été nécessaire de couper dans les paroles de ci ou de là pour leur faire dire l'inverse du discours original : il a suffit de les juxtaposer avec d'autres discours contradictoires, ou de placer judicieusement quelques rires, pour que ça fasse son effet.
En face B, on trouve un des tous premiers titres publiés par Le Vieux Thorax, sur sa première cassette en 1995. C'est une très bonne idée d'avoir ressuscité ce "Dernier des curés" car c'est un excellent titre punk, dont les paroles anti-pape et anti-capitalistes restent parfaitement d'actualité (voir ci-dessous en cliquant sur le verso de la pochette du 45 tours ; les petits commentaires "C'est pour de rire" et "C'est pour de vrai" sont rigolos, et bienvenus en cette période où on crie au blasphème beaucoup trop facilement), que ce soit "L'Eglise nous encourage à rester dans l'Moyen Age" ou "Pour créer d'la richesse, y'a plus besoin d'main d'oeuvre. Les machines font l'travail, l'argent va aux actionnaires". Et aussi, c'est l'un des rares titres de sa longue discographie que Le Vieux Thorax chante lui-même, avec "Boîte de nuit" notamment, et son chant et sa diction, qui me rappelle le Joe Hell de "L'affront national", sont assez bons pour susciter le regret qu'il ne s'adonne pas plus souvent au chant.
L'écoute du "Dernier des curés" ravive aussi un autre regret. Certes, un autre mix de la chanson, le "Jubilé mix", est disponible sur le CD "A la recherche du gros rythme" (sans chant), mais je garde un très bon souvenir d'une cassette promo (en exemplaire unique ?) reçue par La Radio Primitive en 1995, qui contenait plusieurs autres mixes de cette chanson, dont l'un interprété par Dorian Feller sur un fond de clavecin. Quand aurons-nous l'occasion de réécouter ces raretés ?

Le disque se commande ici. Retrouvez Le Vieux Thorax .

22 mars 2007

CHARLES DOUGLAS : The lives of Charles Douglas


Acquis par correspondance je ne sais plus où en 2000
Réf : KAR 50-2 -- Edité par N° 6 aux Etats-Unis en 1999
Support : CD 12 cm
12 titres

Voilà encore un disque auquel je me suis intéressé grâce à Philippe Dumez et à son fanzine "Plus jamais malade en...".
C'est le troisième album de Douglas, mais le premier pour lequel il est entré dans un vrai studio. Et il y a du beau monde sur ce disque : le propriétaire du studio et ingénieur du son est Kurt Ralske, ex-Ultra Vivid Scene, la productrice et batteuse est rien moins que Moe Tucker, et parmi les autres musiciens participants, plusieurs étaient sous contrat à l'époque avec des labels, comme Bill Whitten, membre de Grand Mal.
Ce disque a été en grande partie enregistré live en studio, d'où une atmosphère générale de rock-pop classique et bon enfant. Ca s'est passé à, et l'esprit de la ville est peut-être présent dans un titre comme "Baby come on", qui me fait penser aux Ramones. Charles Douglas a d'ailleurs beaucoup été comparé à Lou Reed. Personnellement, je ne vois pas trop le rapport, sauf peut-être pour sa diction dans le tout premier titre du disque, "Summertime".
Il n'y a aucun titre vraiment mauvais à mon goût sur ce disque, mais la plupart sont juste sympas, et pas particulièrement innovants. "I could get used to you" a une ligne de basse qui me rappelle les Pixies ("Gigantic" ?). Joey Santiago a d'ailleurs participé à l'album suivant de Douglas, "Statecraft".
Je mets à part "Earlybird school", une réussite dans un style et tout à fait digne du bon Jesus & Mary Chain en pleine maturité des années 90, et surtout mes trois titres préférés du disque, qui justifie qu'on essaie de se le procurer pendant qu'il en traîne encore des exemplaires.
Le premier, c'est "Slowly wasted", un titre sur un tempo moyen avec un riff assez classique, avec des percussions en plus de la batterie et choeurs bien à-propos. Sans en faire trop dans le chant, Douglas raconte comment il se met minable lentement pendant toute une soirée, alors qu'il entend ses voisins faire leurs petites affaires à côté. C'est bizarre, mais on ne le croit pas du tout quand il insiste pour affirmer qu'il se sent bien à la fin !
Les deux autres me font tous les deux fortement penser à Daniel Johnston, mais pas les deux mêmes facettes de Johnston.
Pour "A boy like me", c'est plutôt le côté électrique en groupe de Johnston. La voix et les paroles me font énormément penser à Johnston : "I don't have a real job and I'm not good at anything, except getting nervous everytime that you quit, I don't have friends 'cos they all got to work, I don't have a girl 'cos I don't wanna get hurt, But you always had time for a boy like me, but not now".
Pour ce titre, Moe Tucker utilise surtout ses toms, pas de cymbales ni de caisse claire. La dernière miniute trente est instrumentale et lui permet de se mettre particulièrement en valeur, mais sans esbroufe aucune.
Pour "The day you went away", c'est plutôt le côté acoustique de Daniel Johnston que ça m'évoque, ainsi que les Television Personalities. Douglas a même la voix qui se casse un peu, comme celle de Johnston, et les paroles auraient aussi pu être écrites par lui: "The day you went away, I felt so sad, the day you went away, I felt so bad".
Ces deux chansons me font énormément penser à Johnston, mais ça ne m'empêche pas de les apprécier énormément !
Après "Statecraft", Charles Douglas a laissé derrière lui sa vie de musicien et a publié deux romans, "Bad girls" et "Lost Summer", sous le nom d'Alex McCauley. Mais Charles Douglas a plus de vies qu'Alex McCauley ne le pensait lui-même, puisqu'il s'est laissé convaincre à l'été 2006 de participer à "Hello radio", un album hommage à They Might Be Giants, sur lequel il reprend l'excellent "She's an angel".

Charles Douglas est sur Myspace.
"The lives of Charles Douglas" est toujours en vente ici.
Et , une interview avec Charles Douglas.

21 mars 2007

PATRICK DUVET AND HIS SWEET PERVERSIONS : Le sex, les dragues et le rock'n'roll


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans la première moitié des années 1980
Réf : MERDE 1-12 -- Edité par Disques Clouseau/Virgin en Angleterre ou en France en 1979
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Le sex, les dragues et le rock'n'roll (Sex and drugs and rock'n'roll) -/- Réveille-toi et fais l'amour avec moi (Wake up and make love with me)

J'ai été très content de tomber sur cette curiosité dans la cave des disques d'occasion super soldées du Record & tape Exchange : une pochette au collage très réussi (signée Brian Cooke et Trevor Key) et ce qui s'annonçait comme deux reprises en français de tubes de Ian Dury.
Le pseudonyme de "Patrick Duvet" ("Patrick Couette" en anglais), les crédits écrits en français (imparfait, certes), la mention de Michael Zacha comme arrangeur et producteur (Michel Zacha était producteur quasi-maison chez Pathé Marconi-EMI à la fin des années 1970, notamment des premiers Starshooter), le label "Disques Clouseau", qui pouvait être une excroissance des fameuses Editions Clouseau de Philippe Constantin, proches également d'EMI France, tout me faisait penser à une production française, sauf peut-être la mention de Colin Thurston, ingénieur du son et producteur de nombreuses parutions Virgin à l'époque.
En fait j'ai été triplement détrompé à l'écoute du disque :
- Non, les versions des deux chansons ne sont pas en français (elles sont chantées dans un bon anglais).
- Non, ces reprises ne sont pas très drôles, ni très kitsch. Elles se contentent d'accentuer le côté disco-funky des originaux, avec des arrangements qui peuvent effectivement parfois rappeler les productions d'époque de Patrick Juvet, et des voix sans consistance aucune, à l'opposé donc de celle de Ian Dury.
- Je n'en suis pas absolument certain, mais non ce disque n'a probablement pas été réalisé par des français. Certes, la mention de Zacha me fait douter, mais je pense que les disques Clouseau n'ont rien à voir avec les éditions du même nom, et tout semble indiquer que ce disque publié en fait par Virgin a été édité en Angleterre.
Reste que, à part sa pochette, ce disque est pour moi une déception qui ne justifie pas la curiosité suscitée par le petit mystère qui l'entoure.

Ajout du 10 novembre 2009

Suite au commentaire de Michel Zacha la nuit dernière, je complète ce billet.
En effet, les explications de Zacha dissipent quelque peu le mystère qui entoure ce disque, mais le rendent encore plus curieux car il n'était même pas au courant lui-même de l'existence du disque de Patrick Duvet and his Sweet Perversion !

Le disque que Michel Zacha a enregistré, à l'initiative de Philippe Constantin et d'EMI, c'est ce maxi sorti en France par Pathé Marconi EMI en 1979, c'est ce disque de Sweet Perversion :



Ce disque français semble assez rare, on semble trouver beaucoup plus facilement le maxi de Patrick Duvet and his Sweet Perversions, également sorti en 45 tours 17 cm (suivez le lien pour voir les deux faces de la pochette et l'étiquette du disque).
Il existe également une édition canadienne du 45 tours :


Si avec tout ça vous avez envie d'écouter ce disque, c'est possible sur YouTube :
Sex and drugs and rock and roll -- Wake up and make love with me

20 mars 2007

IAN DURY : Sex & drugs & rock & roll


Acquis chez Hifi-Club à Châlons-sur-Marne en 1978
Réf : 750.004 -- Edité par Stiff en France en 1977
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Sex & drugs & rock & roll -/- IAN DURY & THE BLOCKHEADS : Sweet Gene Vincent -- IAN DURY & THE KILBURNS : You're more than fair

Je n'arrive pas à me souvenir si j'ai acheté ce maxi juste avant ou juste après avoir acheté l'album "New boots and panties". En toute logique, c'était avant, car deux des trois titres se retrouvent dans les mêmes versions sur l'édition française de "New boots", mais rien n'est mois moins sûr : même avec un budget des plus réduits j'aurais été capable d'investir dans ce disque uniquement pour l'inédit, "You're more than fair".
Et si c'est le cas, de toutes façons il n'y a aucun regret à avoir car j'adore et j'ai toujours adoré "You're more than fair". C'est un reggae blanc qui vaut bien "Watching the detectives" d'Elvis Costello, avec des cuivres. C'est surtout une chanson des plus sensuelles et explicites qui, un peu sur le même principe que "La minuterie" des Frères Nubuck, raconte la montée au septième ciel d'un couple qui monte l'escalier d'un immeuble, du hall d'entrée ("Laisse-moi te pincer les tétons") au toit, en passant par le palier ("Je veux arracher ta petite culotte en satin"), le grenier, et même les toilettes !
La chanson est créditée à "Ian Dury & The Kilburns" car elle date du premier groupe de Ian Dury. Appréciée par le public, elle aurait dû à l'origine figurer sur leur album "Handsome" en 1975. Finalement, elle se retrouve fin 1977 sur la face B du 45 tours anglais "Sweet Gene Vincent". Il en existe une autre version, dans un arrangement très proche mais avec des paroles légèrement différentes, sur l'album "Wottabunch !", de vieilles bandes sorties par Warner en 1978 pour surfer sur le succès de Ian Dury. Aujourd'hui, "You're more than fair" figure sur les éditions CD avec bonus de "New boots and panties".
Les deux autres titres sont donc les faces A des deux premiers singles de Ian Dury chez Stiff. "Sex & drugs & rock & roll" est devenu un classique. Ou au moins en tout cas son titre. Je ne me souvenais de son petit côté légèrement funky probablement dû au compositeur Chas Jankel.
"Sweet Gene Vincent" est bien comme son titre l'indique, un hommage, très réussi, à Gene Vincent. A chaque fois que je l'écoute, je repense à la blague qu'on a faite plusieurs fois dans des soirées : passer cette chanson, dont la première minute est un slow des plus classiques, et observer l'attitude des couples de danseurs quand la chanson se transforme en un rock endiablé !
Pour célébrer le souvenir de Ian Dury, qui est mort en 2000, sa famille a eu une idée qui me plaît beaucoup. Ils ont fait installer un "banc du souvenir" dans le parc de Richmond, qu'il aimait fréquenter. Quand il n'est pas victime de vandalisme, ce banc, qui fonctionne à l'énergie solaire, permet d'écouter au casque huit chansons et une interview de Ian Dury.

19 mars 2007

HOME / FAME


Offert par Le Vieux Mad par correspondance en mars 2007
Réf : #33 -- Edité par Sorry But Home Recording en France en 2007 -- n° 66/500
Support : 2 x CD 12 cm
43 titres

Pour fêter les cinq ans de son label, Le Vieux Mad, mentor de cette écurie iséro-dromoise, a fait appel à ses poulains et à de nombreux invités pour réaliser cette double compilation "Home/Fame", mode d'emploi de la (re)découverte des 32 premières références de Sorry But Home Recording Records à base de reprises et de remixes de titres du catalogue.
C'est une compilation un peu particulière pour moi puisque, ayant répondu à l'appel du Vieux Mad, je figure au générique de cet album, et c'est la toute première fois que "Pol Dodu" est crédité en tant qu'artiste sur un disque ! Je vous laisse découvrir à vos risques et périls les 59 secondes de mon "Vivonzeureux! Verchuren remix" du "Débonnaire", un titre des Frères Nubuck, et je me contenterai d'évoquer ici les 42 autres participants à la compilation.
Parmi ces participants, il y a d'ailleurs pas mal d'amis et de bonnes connaissances de Vivonzeureux!, dont plusieurs figurent d'ailleurs au catalogue de mon propre label, le virtuel Vivonzeureux! Records : Le Vieux Thorax, Pauline Easy, et les piliers de Sorry But les Frères Nubuck et le Bingo Bill Orchestra.
Toute l'équipe du label est évidemment présente, et ça donne lieu à de sympathiques échanges de bons procédés : Brother Roger qui traduit Les Frères Nubuck en anglais tandis que les Nubuck l'adaptent en français, Cyrz qui reprend le Bingo Bill Orchestra tandis qu'Henri Bingo lui rend la pareille, et même Daniel Bill qui reprend un titre des Chicken Belmondos composé par son ancien alter égo du Bingo Bill Orchestra.
Globalement, "Home/Fame" me fait le même effet que toutes les compilations de reprises : je l'écoute avant tout en fonction de ce que je connais des versions originales et, quelle que soit la qualité de l'interprétation, ma préférence a tendance à aller vers des titres que j'aimais déjà au départ. Mais ce qui compte, c'est que, sur les 42 titres, il y en a un bon paquet qui me plaisent énormément.
Les "grands noms" s'en sortent plutôt très bien, comme Bertrand Betsch avec "Le hublot" et Ignatus avec "L'éducation musicale", deux titres extraits du dernier album en date des Frères Nubuck, "Chaque vivant est un mort en puissance", qui est particulièrement mis en valeur sur "Home / Fame", tout comme les productions de Crooner Mic Action, avec par exemple le titre de Holden, dont les voix ont un petit côté CocoRosie qui ne peut que me séduire.
J'ai aussi bien sûr fait de nombreuses bonnes découvertes au fil de l'écoute, comme Eddy Tornado et les Scandaleux, qui font une reprise presque twist de "Nils", S.Libar avec leur version torride de "La minuterie", Sidabitball avec une version dansante entièrement composée et jouée à la Gameboy de "Con el gringo del norte", Watoo Watoo avec une version un peu jazzy de "L'histoire du monde" ou Quai Soir qui reprend "A la ville".

"Home/Fame" peut se commander pour 12 euros directement chez Sorry But Home Recording Records.

18 mars 2007

THE LEGENDARY PINK DÖTS : Atomic roses

Acquis au Festival des Musiques de Traverses à Reims en 1982
Réf : IP.009 -- Edité par Illusion Production en France en 1982
Support : Cassette
12 titres

La couverture de l'emballage cartonné de la cassette.
Je me suis rendu compte en consultant le site officiel des Legendary Pink Döts que la photo de roses n'était pas la même que la mienne : en fait elle est collée sur le carton, je pense donc qu'il n'y a pas deux pochettes identiques.


C'est Etienne Himalaya, dans une chronique pour le magazine Notes, qui a attiré mon attention sur les Legendary Pink Döts : en plus de rapporter la légende selon laquelle le groupe tirerait son nom de tâches de vernis à ongles sur les touches d'un clavier, il faisait une comparaison avec Lewis Furey. C'était largement suffisant pour me décider à acheter deux cassettes de LPD sur les stands du Festival des Musiques de Traverses, dont celle-ci.
Je n'ai jamais regretté ces achats. J'ai beaucoup écouté ces cassettes, surtout "Atomic roses", et je me suis procuré par la suite un bon nombre d'albums de LPD et d'Edward Ka-Spel, le chanteur du groupe.


La pochette que j'ai réalisée en décalquant un dessin du livret pour conserver ma cassette dans une boite standard

Le son d' "Atomic roses" est celui de la première phase du parcours des LPD, celui encore très synthétique de la première formation du groupe, avec une basse souvent très en avant, des boites à rythmes, du synthé et de l'orgue, et de la guitare souvent très saccadée avec beaucoup d'effets.
Grosso modo, il y a deux types de morceaux sur la cassette, les "chansons" et les "instrumentaux", qui comportent quand même souvent des bouts de voix repiqués par ci par là sur bande et insérés dans la musique.
Parmi les seconds, mon préféré est "Spiritus", avec son synthé qui rappelle le bruit des vagues. Dans les chansons, j'aime beaucoup la première version du titre "Atomic Roses", "Closet kings" avec ses effets d'écho façon dub, "Wrong impedence" avec sa rythmique saccadée pleine d'effets et sa voix qui me rappelle un peu Eno, "Hauptbahnhof" ("Copulating to the muzak", dit le refrain) et surtout "What's next".


La dernière et la première page du livret de la cassette

Sur toute la cassette, c'est "What's next", par son rythme et son chant, qui pouvait le plus justifier une éventuelle référence à Lewis Furey. Cette chanson m'a suffisamment fasciné pour que je me décide fin 1983 à écrire à l'adresse figurant sur les enregistrements des LPD pour leur demander des précisions sur le sujet et les paroles de cette chanson et leur poser quelques autres questions.
Edward Ka-Spel m'a aimablement répondu quelques semaines plus tard, en m'envoyant les paroles de la chanson tapées à la machine, et en me donnant quelques explications sur la genèse de la chanson. Il explique que c'est une chanson très importante pour lui, inspirée par le rêve prémonitoire d'un accident d'avion dans l'eau glacée, un mois avant une catastrophe aérienne spectaculaire à Washington qui avait vu un avion de ligne plonger dans la rivière Potomac.
Les prémonitions semblent jouer un grand rôle pour Ka-Spel. Plusieurs des titres sont intitulés "Premonition", tout comme l'autre cassette de LPD que j'ai achetée.


La seconde moitié de la lettre d'Edward Ka-Spel


Les paroles de "What's next" envoyées par Edward Ka-Spel

En 1985, toujours au Festival des Musiques de Traverses, ce sont les Legendary Pink Döts au complet qui avaient fait le déplacement, pas seulement leurs cassettes. En mission pour La Radio Primitive, j'avais été chargé de conduire l'interview du groupe. Je ne sais plus de quoi on a parlé, je ne sais plus si j'ai évoqué ma lettre et "What's next", tout ce dont je me souviens c'est de l'effet que m'a fait Edward Ka-Spel quand il est apparu près de moi. Pas très grand, vêtu d'un épais manteau foncé (les Traverses avaient lieu au mois de mai, pendant le week-end de l'Ascension) des manches duquel sortaient ses poignets décharnés et tremblants. J'avais eu l'impression d'avoir à faire à quelqu'un en très mauvaise santé, et je suis très content de savoir Monsieur ka-Spel toujours parmi nous aujourd'hui.


Photocopie d'une photo promo des Legendary Pink Dots, au dos de laquelle Edward Ka-Spel m'a écrit.

Les titres d' "Atomic Roses" ont été réédités quelques années plus tard sur une autre cassette intitulée "Traumstadt 1". Le projet d'une édition CD de "Traumstadt 1" est évoqué sur le site de LPD.

Ajout du 15 juillet 2016 :
"Atomic roses" a été réédité, en vinyl limité à 300 exemplaires (édition épuisée) et en MP3 sur Bandcamp. On peut écouter les deux faces de la cassette ci-dessous.

17 mars 2007

PIT ET RIK : La cicrane et la froumi


Acquis sur le vide-grenier de Soulières le 11 mars 2007
Réf : AZ/1 824 -- Edité par Disc'AZ en France en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La cicrane et la froumi -/- Le petit praton rouge

Le 27 janvier 2007, La Radio Primitive fêtait ses 25 ans à la Cartonnerie de Reims.
Parmi les nombreuses animations proposées, outre le Gros Bazar Primitif (une bourse aux disques de particuliers et d'associations), il y avait des animations musicales qui ont vu les animateurs de la radio jouer les DJ dans divers endroits de la grande maison rémoise des musiques actuelles, des loges à l'ascenseur. DJ Olrik s'est porté volontaire pour officier dans les toilettes hommes et nous a évidemment proposé pour l'occasion une sélection de musiques de merde, en accord avec ses goûts de chiottes ont dit les mauvaises langues. C'était amusant de le voir officier dans ce réduit, devant très peu de spectateurs, mais avec quand même une technicienne appointée et un vigile !
L'épreuve a été douloureuse pour mes oreilles (je ne supporte pas "Les femmes des années 80" de Michel Sardou, entre autres), mais, avec beaucoup d'à-propos, Olrik a eu l'amabilité de me dédier une chanson, "La cicrane et la froumi", la seule que j'ai aimée de tout son set !
Je ne crois pas avoir jamais entendu ce tube de Pit et Rik auparavant. Ou en tout cas je l'avais oublié. Quand ce disque est sorti, le Collaroshow (où Pit et Rik officiaient) représentait à peu près tout ce que je détestais à la télé, même si j'ai adopté un temps le pseudonyme de Stéphane Polarroc, et je ne m'étais évidemment pas précipité sur ce disque.
Mais là, hors toute notion de kitsch (pas de kitsch avec ce qu'on déteste vraiment) et de second degré, cette chanson m'a plu. Des parodies de fables de La Fontaine il y en a à la pelle, mais celle-ci est réussie car il y a une mélodie sympa, un gimmick qui fonctionne avec le dernier mot répété de chaque phrase, et surtout un son synthétique des plus sympathiques. C'est moins rapide que le "Disco rough" des Mathématiques Modernes, mais je ne dirais pas que c'est foncièrement moins bon ! Et après tout, "Prier dans une secte ça nourrit pas son insecte" ce n'est pas plus naze que "1 2 3 4, I'm just too tough, 1 2 3 4, for disco rough".
Ce disque doit donc sûrement beaucoup à son orchestrateur, Rachid Bahri, ce qui me surprend beaucoup car je l'ai toujours plus associé à la chanson qu'à la new wave !
Au bout du compte, je n'ai pas mis très longtemps à me procurer un exemplaire en bon état de ce disque. Le premier vide-grenier de village de l'année, sous un soleil printanier, a été le bon. Et pour l'anecdote, cet exemplaire a appartenu à la fille d'un directeur de M.J.C. rémoise très versé dans le blues.

13 mars 2007

RAMSAY MIDWOOD : Popular delusions and the madness of cows


Acquis par correspondance chez Miles of Music aux Etats-Unis en février 2007
Réf : [sans] -- Edité par Farmwire aux Etats-Unis en 2006
Format : CD 12 cm
10 titres

Je n'ai pas eu connaissance de "Shoot out at the OK restaurant", le premier album de Ramsay Midwood, au moment de sa sortie. Je crois que c'est un article de Philippe Dumez dans "Plus jamais malade…" qui avait attiré mon attention sur lui. Quelques temps plus tard, j'avais acheté l'édition originale de l'album parue chez Glitterhouse, soldée par le label car le disque venait d'être réédité par la major Vanguard/Warner, avec deux titres en plus.
Par la suite, Vanguard a édité "Undone", un mini-album live (hors commerce ?), et puis plus aucune nouvelle. Visiblement, le conte de fée avec Vanguard s'est arrêté là pour Midwood, puisqu'on le retrouve quelques années plus tard sur un petit label d'Austin, où il s'est installé après l'incendie de son appartement à Los Angeles.
Ce n'est que le deuxième album de Ramsay Midwood, mais on a l'impression de le connaître depuis toujours. De même qu'on n'était pas surpris de noter sur la pochette de son premier CD la présence d'un rond d'usure comme sur les pochettes des 33 tours qui ont été trop lontemps empilées, le son et les chansons de "Popular delusions…" ont quelque chose d'intemporel. On y retrouve toutes les traditions de la musique américaine fondues dans un style tout à fait accessible mais que j'ai beaucoup de mal à définir. Ce n'est pas du folk, pas de la country, pas du blues, pas du boogie, mais un peu de tout ça quand même. Philippe R. me souffle à l'oreille (et il a raison) des références au swamp rock, le rock des marais de Louisiane, et à J.J. Cale, pour l'indolence. Ramsay pourrait aussi être le grand frère de Ben Weaver...
Quant à la voix de Ramsay Midwood, elle est sans âge (je lui donnerais entre 28 et 45 ans d'après les rares photos de lui que j'ai vues). Il me fait souvent penser à Tom Waits, mais un Tom Waits sous Prozac (c'est le titre d'une des chansons de ce disque), moins éructeur et moins beuglard, et parfois aussi un peu à Steve Westfield.
En tout cas, on parle de musique populaire, presque traditionnelle, d'apparente nonchalance aussi, mais il y a un énorme travail d'interprétation et d'arrangements derrière tout ça. Ce n'est pas pour rien que Midwood a passé deux ans à travailler sur ce disque. La meilleure preuve, c'est "Planet Nixon", un de mes titres préférés du disque avec "Jesus is #1". La version qui est proposée ici est arrangée à base d'accordéon, mais le blog Songs:Illinois avait diffusé par erreur l'automne dernier une version avec un arrangement complètement différent, mais tout aussi bon, qui faisait la part belle aux cuivres.
Je ne sais pas trop d'où il tire son inspiration pour les paroles, mais là aussi il y a du répondant aussi. Le titre de l'album, lui, est détourné de celui d'un livre de Charles McKay de 1841, "Memoirs of extraordinary popular delusions and the madness of crowds".

Il y a des liens pour acheter ce disque sur le site de Ramsay Midwood.
La dernière participation de Ramsay Midwood à l'émission "Morning becomes eclectic" de KCRW est ici.

11 mars 2007

ME PHI ME : One


Acquis peut-être bien chez Parallèles à Paris en 1992
Réf : PD90679 -- Edité par RCA /BMG en Allemagne en 1992
Support : CD 12 cm
16 titres

Il y a des OVNI comme ça, qui font un album important puis disparaissent. C'est le cas de Me Phi Me avec "One", un rappeur qui se présente comme positif et progressif. Le côté progressif a de quoi me faire peur, et pour ça il suffit de voir la pochette ou de lire dans le livret que Me Phi Me fait des "déclamations poétiques" (mais ça n'empêche pas l'humour : toujours dans le livret, il y a une photo où l'on voit Me Phi Me s'apprêter littéralement à batter le cul nu de trois "frères" pour illustrer "Not my brotha" !), mais le côté positif ne pouvait que m'attirer, et de fait cet album est très vite devenu l'un des piliers de la hip-pop optimiste.
En fait, le côté rap progressif et positif se traduit surtout musicalement par un hip hop léger, assez proche de De La Soul, mais en plus acoustique avec de la guitare douze cordes, des samples de flute, des chants africains, des percussions, et même la présence de Michael Franks aux choeurs, un chanteur pourtant éternellement associé au folk-rock californien des années 1970, tellement loin du monde du rap que c'est un peu comme si les Pistols avaient invité Mireille Mathieu à faire les choeurs sur "God save the Queen" en 1977 !
Bon, je plaisante, je plaisante, mais mine de rien cet album est excellent de bout en bout, et il passe toujours très bien la rampe quinze ans plus tard. Il y a eu au moins quatre singles, tous très bons, extraits de l'album dans différents pays : "Sad new day" (celui qui a eu le plus de succès), "Black sunshine" (un de mes préférés), "Dream of you" et "Pu' sho hands 2getha" (celui que j'aime le moins). Mais ça ne suffit pas à établir la liste des bons morceaux du disque. Il faut y rajouter au minimum "Keep it goin", "Not my brotha" et l'électronique "Road to life".
Et c'est encore pas tout car il faut y ajouter mes deux moments préférés du disque, l'intro, avec deux titres courts quasi-a capella qui s'enchaînent, "A call to arms (The step)" et "The credo", et surtout le chef d'oeuvre du disque, "(Think...) Were are you going ?", à base de guitares acoustiques et de voix, une chanson tellement bonne que je me demande encore comment il se fait qu'elle n'a jamais été un tube.
En tout cas, si vous avez l'oreille un peu curieuse, je ne saurais trop vous conseiller de vous mettre en quête d'un exemplaire de "One".

10 mars 2007

THE MEMBRANES : Spike Miligan's tape recorder


Acquis chez Rough Trade à Londres en 1984
Réf : CRI 115 -- Edité par Criminal Damage en Angleterre en 1984
Support : 45 tours & 33 tours 17 cm
Titres : Spike Miligan's tape recorder -/- All skin and bone

J'ai dû acheter ce single quelques mois après la seule fois où j'ai vu les Membranes en concert à Londres le 27 juin 1984 (à moins qu'il ne soit sorti très vite après l'enregistrement, indiqué sur la pochette comme ayant eu lieu en mai et juin 84). Je connaissais les Membranes de réputation, pour avoir lu de nombreux articles sur eux dans des fanzines.
Il y a des choses que j'aime bien sur ce disque, comme sur leur premier album, sorti l'année suivante chez Creation, à commencer par les riffs de guitare, mais il est clair qu'en matière de musique bruyante, mes préférences vont vers ceux qui laissent une place à la mélodie, comme les Jesus & Mary Chain et autres tenants de la noisy pop. Mais j'ai régulièrement écouté et diffusé la face A de ce disque, et beaucoup moins la face B piégeuse de près de sept minutes qui s'écoute en 33 tours.


Le tract d'annonce du concert

En ce printemps 1984, le club Noise Above programmait des concerts au Bridgehouse en parallèle et en bonne entente avec le Living Room. Il me semble d'ailleurs bien que les hauts-parleurs de la sono utilisés pour ces concerts étaient les mêmes que ceux du Living Room. Le Noise Above était le mercredi, le Living Room les jeudi et vendredi. Et les groupes programmés étaients souvent les mêmes : en quelques semaines, j'ai vu au Noise Above Ut, les Pastels, les June Brides et mon premier concert de Biff, Bang, Pow !.
Ce jour-là, j'ai dû arriver trop tard pour voir Big Flame car, s'ils étaient bien au programme, je ne les ai pas notés dans mon agenda. J'ai bien vu Ut par contre, et ça devenait presque une routine : j'ai vu (et apprécié) les new-yorkaises qui me rappelaient furieusement certains concerts du Festival des Musiques de Traverses de Reims cinq fois entre mai et juillet 1984 !



Si ce concert organisé dans la petite salle à l'étage d'un pub garde une place toute particulière dans mon souvenir, c'est parce que la prestation des Membranes a été filmée de bout en bout par une équipe d'une chaîne de télévision japonaise ! Et croyez-moi, un caméraman et un preneur de son qui se fraient un chemin pour filmer un groupe dans une petite salle sans scène remplie de plusieurs dizaines de personnes, ça ne passe pas inaperçu !!
Il y avait souvent des journalistes présents dans ces concerts, qui étaient régulièrement chroniqués dans la presse hebdomadaire (NME, Melody Maker, Sounds), mais ils se fondaient dans le public, papotaient avec les groupes ou les organisateurs, quand ils n'étaient pas eux-mêmes membres de groupes, comme Peter Astor, Bill Prince, Andy Strickland (trois membres de The Loft) ou The Legend !.
The Legend ! (plus connu sous le nom d'Everett True ces temps-ci) était justement présent à ce concert, comme d'habitude à s'éclater au premier rang. Mais ce soir-là, peut-être parce que la présence de l'équipe télé l'avait survolté, il était particulièrement galvanisé !
Le groupe avait déposé par terre des avec tuyaux métalliques, qu'il utilisait comme percussion pour un des morceaux. Très vite, The Legend ! s'en est emparé, et a passé la moitié du concert à taper comme un boeuf un tuyau contre l'autre. Il était tellement dans son truc, qu'il me semble bien me souvenir qu'on m'avait dit la semaine suivante qu'il s'était cassé un doigt dans l'aventure !


The Membranes au Noise Above, The Bridgehouse, Londres EC1, 27 juin 1984. Photos : JC Brouchard

05 mars 2007

OP8 : Sand


Acquis par correspondance chez Action Records en Angleterre fin 1997 ou début 1998
Réf : VVR5000373 -- Edité par V2 / Thirsty Ear en Angleterre en 1997
Support : CD 12 cm
Titres : Sand (Radio edit) -- Cracklin' water -- Lost in space

Je ne sais plus si j'ai acheté ce CD au prix fort. Pas tout à fait j'espère, car c'est vraiment un disque pour les complétistes : les trois titres sont extraits de l'unique album d'OP8, "Slush"; le "Radio edit" de "Sand" consiste uniquement en la suppression des 25 premières secondes de feedback de la chanson (qui évoquaient pourtant bien un vent de tempête du désert, mais qui n'étaient pas pratiques pour les programmateurs radio); et la pochette est tout sauf inoubliable !
En fait, c'est typiquement le type de disque sorti uniquement pour satisfaire le marché anglais, excessivement gourmand en singles à courte durée de vie pendant des années. Cela a eu de nombreux avantages pour les amateurs (nombreuses faces B inédites) et des inconvénients (remixes inutiles, mauvaises faces B, budget explosé...).
Ce single fonctionne bien, pourtant, comme un résumé équilibré de "Slush", soit la collaboration entre Giant Sand et Lisa Germano : une reprise en duo par Howe Gelb et Lisa, un titre écrit par Howe (mais chanté principalement par Lisa) et un titre écrit et chanté par Joey Burns. A mon goût, on aurait pu encore faire mieux, en y ajoutant un titre écrit par Lisa Germano ("If I think of love", mais apparemment ce titre avait été réservé pour la face A du single suivant) et en préférant "Never see it coming" (un chef d'oeuvre, musique de Joey, paroles et chant de Howe) à "Lost in space".
La reprise de "Sand", à l'origine un duo Lee Hazelwood / Nancy Sinatra, est excellente. Le chant est parfait, et ils ont donné une tonalité particulière à la chanson en intervertissant les rôles (Howe chante la partie de Nancy, Lisa celle de Lee), ce qui détruit le côté macho de la chanson originale. Musicalement, c'est parfait aussi, avec une base un peu Calexico, sans surprise, et une interaction bien vue entre la guitare saturée et l'orgue. OP8 s'est tellement bien approprié cette chanson que, la semaine dernière, en commentant un concert d'Isobel Campbell et Mark Lanegan, Bernard Lenoir a présenté leur version de "Sand" comme une reprise d'OP8, alors même qu'il venait de comparer le duo à Sinatra et Hazelwood !
J'ai longtemps eu du mal à me faire au chant de Joey Burns sur "Lost in space", mais c'est devenu depuis longtemps une chanson que j'aime bien sans retenue, et j'apprécie particulièrement le petit rythme de guitare qu'on entend notamment dans l'intro.
"Cracklin' water" est un des sommets de "Slush". C'est une des chansons d'Howe Gelb les plus pleines d'émotion, dans une version très travaillée dont l'ambiance et le son annoncent "Chore of enchantment", avec en plus l'apport de Lisa Germano, au chant et au violon, et la présence presque constante derrière celle de Lisa de la voix de Howe, pour ce qui, contrairement à "Sand", n'est cependant pas du tout un duo : Howe chante en contrepoint, fait les choeurs, ou bien on a l'impression qu'il souffle les paroles à Lisa ou encore qu'elle rechante par-dessus un précédent enregistrement du chant par Howe !
OP8 a tourné en Europe à l'automne 1997. J'ai eu la chance de les voir sur scène le 13 octobre, et de les interviewer juste avant en direct sur La Radio Primitive. Malheureusement, un voile de tristesse recouvrait ce concert : Howe Gelb était absent car il avait dû se rendre au chevet de son ami Rainer.

04 mars 2007

DIVINE : Walk like a man


Acquis à La Clé de Sol à Reims vers 1988
Réf : 8.554 -- Edité par Clever / Carrere en France en 1985
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Walk like a man -/- Man talk

C'est un des nombreux disques que j'ai achetés en solde dans la période où La Clé de Sol éclusait ses stocks de vinyl pour faire de la place aux CDs. Je pense que j'ai acheté ce disque peu de temps après avoir vu le film "Hairspray", car avant ça, à part les habituels articles qui contaient ses exploits dans les films des années 70 de John Waters, je ne connaissais quasiment rien de Divine.
C'est à cette période également que j'ai découvert la version originale de "Walk like a man" par les Four Seasons, sur le CD de la BO des Wanderers.
Au fil du temps, j'ai récupéré deux autres singles de Divine, mais c'est de loin celui-ci que je préfère. C'est un long remix dansant, un truc qui a dû avoir un effet monstrueux sur les pistes de danse, dans un style typiquement Hi-NRG. Grosso modo, à l'écoute de ce disque on a l'impression d'écouter un échantillon des musiques qui ont fait danser et inpiré New Order tout au long des années 80. En plus, ces rythmes électro bénéficient des qualités de la chanson originale et de l'effet comique volontaire d'entendre ces paroles excellemment chantées par Divine (dans le m^me ordre d'idée, un single sorti l'année précédente s'intitulait "You think you're a man").
La face B est une version instrumentale. Comme par hasard, les auteurs originaux ne sont plus crédités du tout. C'est un certain Mark Rosen qui hérite des droits, alors qu'il n'est même pas crédité pour la face A !
On peut voir ici (en tout cas le lien fonctionne aujourd'hui) le clip de cette chanson, que je suis bien sûr de ne jamais avoir vu à l'époque.

01 mars 2007

RUDY'S ROCKIN' KIDDIE CARAVAN


Acquis chez Bloodshot par correspondance aux Etats-Unis en 1998
Réf : [sans] -- Edité par TNT aux Etats-Unis en 1997
Format : CD 12 cm
22 titres

Voilà encore un disque dont j'ai parlé dans Vivonzeureux! au moment de sa sortie (voir ci-dessous ou directement ). Je l'ai ressorti après avoir écouté le récent et relativement décevant "Colours are brighter", une autre compilation de chansons "pour enfants" enregistrée par des groupes de pop-rock liée à une action charitable. Et bon sang, que ce disque contient de bonnes chansons introuvables par ailleurs !
Le principe est assez convenu : prendre des chansons pour enfants traditionnelles et les faire réinterpréter à la sauce contemporaine : on a droit à du rap, du klezmer, du cajun, du folk, mais, s'agissant d'un projet initié par Jon Langford (Mekons, Waco Brothers), l'esprit rock est omniprésent dans la plupart des interprétations : c'est des plus rafraichissants d'entendre Zydeco Elvis dans "The ABC song" balancer d'un seul coup un gros riff de guitare signé The Who ("Baba O'Riley" il me semble) après une introduction sans surprise d'une chanson pour apprendre l'alphabet !
Toutes les chansons du disque sont au minimum sympas et agréables, mais il y en a un bon paquet qui sont carrément excellentes.
Pour ce qui est de la bonne ambiance, il n'y a guère mieux que le "J'ai passé dedant ta porte" de D.L. Menard & The Louisiana Aces ("Tu ne m'as pas répondu, oh aïe aïe, mon cœur fait mal").
J'aime toujours autant le "Them bones" Waco Brothers, et comme souvent en écoutant Jon Langford chanter, je lui trouve des intonations à la Joe Strummer. Quant à la mélodie de "Playmate" des Chiselers, c'est à celle de "Ma ligne de chance" d'Anna Karina dans "Pierrot le fou" qu'elle me fait penser.
Evidemment, dans le lot il y a quelques très belles ballades et berceuses, comme le "Hush little baby" de Sally Timms avec sa flûte ou le "What can the matter be ?" d'Anne Richmond Boston avec ses effets de voix.
Le titre de Calexico, à la jonction musicalement de ce qu'ils ont fait au sein d'OP8 et de la maturité à venir de "The Black light", a un petit côté "Bishonen" de Momus dans le chant et les paroles. Un jour ou l'autre, vu tout ce qu'ils ont sorti éparpillé sur des compilations, des singles, des BOF et des CDs de tournée, il y aura une compilation ou un coffret Calexico. Ce jour-là, il ne faudra surtout pas oublier d'y inclure "The man on the flying trapeze". On pourrait dire la même chose du titre de Giant Sand, "Blow the man down", enregistré ici par le groupe dans sa formation classique en trio. Howe Gelb a rarement sonné autant Tom Waits, que ce soit avec sa guitare ou avec son chant, et il s'éclate bien à la fin avec un solo impressionnant de theremin !
Avec "Home on the range", Vic Chesnutt, en trio lui aussi, est comme souvent des plus poignants. Là encore, il est dommage que ce titre ne soit connu que des quelques-uns qui ont écouté cette compilation. Mais la bonne nouvelle, c'est que ce disque est toujours disponible chez Bloodshot, le label qui, après l'expérience réussie de "Rudy's rockin' kiddie caravan", a démarré une collection de disques pour enfants.

La brève de 1998 :
A quoi ça tient, parfois ! Il m'a fallu attendre plus d'un an pour pouvoir me procurer la compilation "Rudy's rockin' kiddie caravan", tout simplement parce que son seul distributeur, le petit label de country insurgée Bloodshot Records, n'acceptait pas les paiements par carte bancaire.
Et pourquoi donc est-ce que je voulais à tout prix acheter cette compilation liée à une série pour la jeunesse de la chaîne de télévision TNT, celle de M. Ted "CNN" Turner ? Pas parce que les profits sont reversés à une bonne cause, mais parce que je savais qu'on trouvait sur ce disque des inédits de Giant Sand, Calexico et Vic Chesnutt.
Donc, Bloodshot accepte maintenant les cartes bancaires, et le disque a fini par arriver. Les notes de pochette ne sont pas très explicites, mais en lisant un ou deux articles concernant ce disque, on peut en déduire que Rudy est la marionnette vedette de "Rudy et Gogo" (Gogo étant une chèvre), une émission de la chaîne TNT à laquelle participe régulièrement Jon Langford (des Mekons et des Waco brothers, entre autres), car la série mêle marionnettes et personnages réels.
Le disque est publié au profit d'une association pour l'alphabétisation des familles et le principe en est simple : des reprises de morceaux anciens ou traditionnels, dont on peut imaginer que certaines sont choisies dans le répertoire des caravanes en route vers le far-west.
On trouve de tout sur les 22 titres du disque, des chansons de colonies de vacances (qui rappellent le Jonathan Richman de "Coomyah" et "The wheels on the bus"), un medley instrumental de chansons d'enfants par un groupe yiddish, du rap, avec rien moins que Schooly D, du zydeco, du rock, plusieurs titres de la galaxie Mekons (Mekons, Waco Brothers avec un morceau très Clash/Strummer, et Sally Timms avec une très belle berceuse). Et, cerise sur le gâteau, les inédits de Giant Sand, Calexico et Vic Chesnutt ne sont pas des fonds de tiroir, mais trois très belles chansons, Calexico s'attaquant à une chanson de cirque du XIXe siècle, Giant Sand à une chanson de marins et Chesnutt à ce qui doit être un classique du Far-West, "Home on the range".

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