28 mai 2007

RAY'S VAST BASEMENT : Starvation under orange trees


Offert par Jon Bernson par correspondance en avril 2007
Réf : HT004 -- Edité par Howell's Transmitter aux Etats-Unis en 2007
Support : CD 12 cm
14 titres

A une époque pas si lointaine (fin 2002) où il fallait farfouiller dans le web pour trouver des MP3 gratuits (et légaux dans ce cas précis), Epitonic a fait mon bonheur en me permettant de récupérer (avec un modem, donc à raison d'une dizaine de minutes par titre) pas mal de morceaux de groupes que je connaissais ou aimais plus ou moins.
Le meilleur groupe complètement inconnu de moi auparavant que j'ai découvert comme ça, grâce au jeu du "Si vous aimez Calexico et The Handsome Family vous aimerez peut-être", c'est Ray's Vast Basement, un collectif de San Francisco dont le personnage central est Jon Bernson. Ils ont accepté d'être présent sur une compilation Vivonzeureux!, "Surprise partie hoptmiste", avec l'excellent "I can be alone", et m'ont offert leurs deux premiers albums, "On the banks of the Time" (2002) et "By a river burning blue" (2003).
A l'aide notamment d'une série de 58 cartes pour le premier, ces deux albums développaient "la fiction musicale du grand sous-sol de Ray", c'est à dire l'histoire d'une grotte de Californie sur des milliers d'années, et celle des personnages qui gravitent autour.
On aura probablement l'occasion de reparler de ces disques ici, mais l'actualité c'est le troisième album de Ray's Vast Basement, un disque qui ne sort en fait que début juillet, mais les exemplaires promo ont été envoyés depuis plusieurs semaines déjà, et plusieurs chroniques sont déjà disponibles.
Ce qui a relancé RVB sur une nouvelle route, c'est la proposition faite à Jon Bernson par l'Actors Theatre de San Francisco d'illustrer musicalement et d'accompagner en direct une mise en scène de "Des souris et des hommes" de John Steinbeck. Contrairement à d'autres occasions, il a pu se faire accompagner d'un groupe pendant les quatre mois de représentations de la pièce, au cours desquels ils ont développé un répertoire autour de l'oeuvre de Steinbeck, travail poursuivi ensuite en studio pour aboutir à ce "Starvation under orange trees". Quand j'ai lu dans une interview publiée par The Cropper! que le titre de l'album faisait référence à un essai de Steinbeck de 1938 sur les camps de travail en Californie pendant la Grande Dépression, utilisé ensuite comme matériau de base pour écrire "Les raisins de la colère", la première chose que j'ai faite, connaissant la propension de Jon Bernson à la fiction, ce fut de vérifier que cet essai existe vraiment (c'est le cas...). En fait, les chansons font référence à plusieurs romans de Steinbeck ("Des souris et des hommes", "Tortilla flat", "A l'est d'Eden", "Rue de la Sardine", "Les raisins de la colère), mais on peut très bien apprécier le disque sans avoir du tout conscience de ces références.
Musicalement, j'ai eu un peu plus de mal à "rentrer" dans le disque que dans les deux précédents, tout simplement parce qu'il est moins évidemment pop-rock que les autres. Il est acoustique et plutôt lent alors que les autres étaient souvent électriques et d'un tempo rapide. Autre changement de taille : Jon ne chante plus du tout de la même façon qu'avant. J'ai même eu du mal à reconnaître sa voix, mais du coup les comparaisons faites dans la bio avec M. Ward peuvent se justifier : la nouvelle technique vocale de Jon se rapproche de celle de Matt, mais sa voix reste loin d'être aussi rauque.
En fait, il m'a fallu attendre "Black cotton", le huitième titre du disque, pour retrouver le Ray's Vast Basement que je connaissais : une pop-folk enlevée, un chant narratif, de l'Américana pas roots comme peuvent en produire Califone ou Granfaloon Bus (RVB était récemment à la même affiche de concert que Felix Costanza, l'ex-leader de Granfaloon Bus), des cuivres à la Calexico (Et en faisant le lien, je me rends compte que la photo de pochette de "Spoke", l'album sans cuivres de Calexio, montre des cueilleurs d'oranges ; l'étiquette du CD représente aussi une tranche d'orange). La démarche fait aussi beaucoup penser à celle de Norfolk & Western.
Au fil des écoutes, je me suis mis à apprécier la finesse des arrangements, le très beau travail sur les choeurs, et les chansons elles-mêmes. J'en ai maintenant plein de préférées, outre "Black cotton" : The story of Lee", "Tall Bob Smoke", "Annalisa", "California's gone".
En plus, ce qui ne gâte rien, le disque est comme les précédents un très bel objet, tout en carton, qui donne l'impression d'être fait entièrement à la main.
En attendant que vous puissiez vous le procurer (le 3 juillet), des titres sont en écoute sur les différents sites associés au groupe, , et .

27 mai 2007

SEB ADAM : Objet du décor

Seb Adam sur un toit, à Reims en novembre 2005. Photo : Samuel Perez
Offert par Seb Adam par correspondance en avril 2006
Réf : [sans] -- Edité par Seb Adam en France en 2006
Support : fichier MP3
Titre : Objet du décor

En règle générale, ça m'énerve quand un site internet met à jouer automatiquement de la musique automatiquement quand j'arrive dessus. Mais je n'en ai pas voulu du tout à Seb Adam d'avoir programmé "Objet du décor" en page d'accueil de son site il y a un an, car ça m'a permis de découvrir une très bonne chanson, qu'il a été assez sympa ensuite pour me l'envoyer en MP3 à ma demande.
Seb Adam, je l'ai d'abord croisé pendant un temps de l'autre côté du guichet de ma médiathèque préférée. Dans le même moment, il m'avait impressionné le 18 octobre 2002 en ouvrant en solo pour Dominique A au Centre Saint-Exupéry à Reims. Après, il y a eu le bon EP "Les rosiers" en 2004.
Depuis un peu plus d'un an, Seb Adam est partout à Reims et ailleurs, au point d'être devenu un pilier essentiel de la scène musicale locale. Partout, que ce soit en solo, en tant que membre du duo de ukulélés Pauline Easy Project, en tant qu'accompagnateur de Lise Portelli ou avec les multiples projets plus ou moins éphémères auxquels il participe (Il y a huit jours encore, il enchaînait au Gin Pamp un set du Pauline Easy Project, comprenant une excellente version de "Paint it, black", avec un concert de Coco and Co pour lequel il tenait la guitare électrique, avec au répertoire des reprises incendiaires de standards sixties majoritairement gainsbourgiens, des "Papillons noirs" à "Teeny Weeny Boppy").
Partout, au point peut-être de négliger son parcours en solo. L'an dernier, en diffusant cet "Objet du décor", suivi de peu par son premier concert en groupe le 1er avril au Flambeau à Reims, il semblait passer à la vitesse supérieure, mais depuis, les autres projets ont visiblement pris la priorité.
Mais qu'est que c'est que cet "Objet du décor" ? Et bien, une excellente ritournelle techno-pop, emballée en deux minutes et neuf secondes, avec un petit côté eighties bien marqué. Ça commence par une petite ligne mélodique au synthé à la Tom Tom Club, puis il y a le chant ("Moi je ne suis qu'un objet du décor, Interchangeable et futile alors, laisse-moi repartir dehors, Laisse-moi réfléchir d'abord"), un pont à l'orgue et quelques coups de guitare à contre-temps qui pourraient rappeler Wire.
A Platine 45 avec Jacky, "Objet du décor" aurait très bien pu côtoyer les meilleures productions d'Elli et Jacno et de Taxi-Girl ! En live le 1er avril 2006, l'arrangement avait des aspects reggae qui rendait le tout encore meilleur !
A ce jour, aucune bonne fée ne s'est encore penchée sur "Objet du décor" pour lui assurer la diffusion qu'il mérite. Mais en attendant, vous pouvez toujours écouter ce titre sur le site de Seb Adam, sur sa page MySpace, voire même sur le radio-blog de Vivonzeureux!.


Pochette de "L'obscur objet du décor", ma compilation maison d'avril 2006.
Illustration : affiche d'Eric Roux-Fontaine pour la pièce "NORA - Maison de poupée" d'Henrik Ibsen, présentée au Théâtre des Célestins à Lyon en novembre 2005.

Pour information, les dix premiers titres du CD, que je trouve toujours bien enchaînés, même après un an, sont :
Seb Adam : Objet du décor
Bobby Baby : Bye bye snow
Jens Lekman : Happy birthday, dear friend Lisa
The Fiery Furnaces : Nevers
Stereo Total : I love you, Ono
They Might Be Giants : I'm a little airplane
Les Frères Nubuck : Un tour en enfer
Stephin Merritt : What a fucking lovely day !
Zea : I am searching for an mp3
Architecture In Helsinki : It'5 !

26 mai 2007

PHAROAH SANDERS : Japan


Acquis sur le vide-grenier de Cuis le 20 mai 2007
Réf : 2 C006-90650 M -- Edité par Stateside/EMI en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Japan -/- Colors

Même après trois vide-greniers d'où je suis rentré bredouille, même après deux jours de congés de suite sans vide-grenier pour cause de mauvais temps, même si les 45 tours étaient à trente centimes sur le stand où j'ai trouvé celui-ci, même si la pochette et le disque sont en bon état, même si ne on trouve pas ce disque à tous les coins de rue, il est fort probable que, au moment même où la pluie se mettait une fois de plus à tomber, j'aurais laissé ce 45 tours dans son carton si mon oeil n'avait pas été attiré par cette étiquette incongrue collée sur la pochette avec la mention "Free-jazz ou slow de l'hiver ?...".
Car Pharoah Sanders est un grand du jazz, un saxophoniste ténor qui a accompagné john Coltrane pendant les années 60 (entre beaucoup d'autres) tout en sortant des disques en tant que leader en parallèle. Et le jazz, comme le hard ou le funk, ce n'est a priori pas ma tasse de thé. Mais ça m'intrigait bien de savoir pourquoi, en octobre 1969, l'année du triomphe du slow des slows, "Je t'aime moi non plus", quelqu'un avait pu penser faire un tube d'un titre de ce jazzman.
La face B, "Colors", un titre extrait de l'album "Karma" de 1969, confirme toutes mes craintes : c'est bien du jazz !!, avec le saxo présent dès la première note et en plus des paroles préchi-précha chantées pas terriblement par Leon Thomas.
La face A, c'est autre chose, bien sûr, sinon on n'aurait pas parlé de ce disque ici ! Bizarrement, c'est un titre extrait de "Tauhid", le deuxième album solo de Sanders, sorti en 1966, soit trois ans avant ce 45 tours. Et "Japan" ne sonne pas du tout jazz. Le saxophone en est totalement absent, déjà. Il y a des percussions, de la contrebasse, peut-être bien une guitare très discrète, une mélodie japonnisante jouée au piano, et une mélopée vocale avec des choeurs sans paroles distinctes. Et tout ça me plait beaucoup.
Pour rester en 1969 et avec des tonalités orientales, on n'est pas loin ici de ce qu'ont enregistré Areski, Brigitte Fontaine et l'Art Ensemble of Chicago pour l'album "Comme à la radio".
Plus près de nous et avec des références au Japon, on peut penser bien sûr aux Pascals ou à CocoRosie (dont le tout récent et excellent "Japan" n'a cependant rien à voir avec celui-ci).
En tout cas ce "Japan" de Pharoah Sanders n'a pas grand chose de free jazz et c'est tout sauf un slow dansant, qu'il soit d'été ou d'hiver. Et je me demande toujours bien ce que le responsable de label qui a décidé de sortir ce titre de 1966 en face A de single à la fin de 1969 avait pu ingurgiter pour imaginer ne serait-ce qu'un instant faire de ce disque un tube, au point même d'investir dans des étiquettes à rajouter sur les pochettes !

21 mai 2007

HULLY GULLY PARTY


Acquis au Troc de l'Ile de Charleroi début 2007
Réf : 82 321 -- Edité par Barclay en Belgique en 1963
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Après une réjouissante soirée de passage de disques de L'Opération Kangourou, comme ce fut le cas samedi soir au Flambeau à Reims, il est naturel d'avoir envie de ressortir ses disque de hully gully.
Celui-ci, je l'ai trouvé lors de mon dernier passage en date à Charleroi. Le Troc de l'Ile, où j'ai pris l'habitude de m'arrêter à la sortie de la ville avant de m'enfoncer dans la forêt ardennaise, était en train de liquider ses derniers vinyls, bradés et posés sur le sol dans des cartons. J'y ai trouvé peu de disques intéressants, mais celui-ci vaut son pesant de cacahuètes. Et heureusement, j'ai fait une très bonne pioche dans un bacs de CDs à 1 €, ce qui me fait penser que ça vaudra encore le coup de s'arrêter là dans les prochaines années.
Je sais bien que les frontières européennes n'étaient pas aussi poreuses à l'époque que maintenant, mais a priori je pensais que ce disque était simplement l'édition belge d'un album sorti en France par Barclay. Il ne semble pas que ce soit le cas. On trouve bien ici dix des douze titres de trois EPs sortis en France par Les Gamblers, The Lions et Harold Nicholas (les deux titres manquants n'étaient probablement pas des hully gully), la pochette a bien été imprimée en France, mais le disque est pressé en Belgique et je n'ai trouvé aucune référence à une édition française de cette compilation.
Pour une fois, l'appel à la danse de ce disque est réel et efficace. Que les titres soient instrumentaux ou chantés, il n'y en a pas un de mauvais dans le lot : l'orgue, le saxo et les guitares mènent la danse et donnent sacrément la bougeotte à l'auditeur.
A tout seigneur tout honneur, commençons par parler de Harold Nicholas, puisque c'est lui qui a lancé en France le "hully gully", une nouvelle danse comme il y en avait une par mois ou même une par semaine à l'époque. Ça se passait le 8 février 1963 au Club Saint-Hilaire. Dès le 16 février, Harold Nicholas est en direct dans l'émission "Age tendre et tête de bois" d'Albert Raisner pour y danser et chanter le hully gully. En cet hiver glacial, que je passais confortablement dans le ventre de ma maman, cette danse devait bien réchauffer ! (normalement le lien fonctionne et on peut voir l'émission extraite des archives de l'INA).
Harold Nicholas chante ici, bien et en français, accompagné par Jimmy Walter et son orchestre, "Parce que j'ai revu Linda", une reprise d'un hit de Dickey Lee en 1962, "Personne que toi" et "Hully gully fire house".
Visiblement, cet américain était installé à Paris au début des années 60. Il apparait notamment au côté d'Eddy Constantine dans "L'empire de la nuit", un film policier parodique de 1962 au scénario co-signé par Frédéric Dard. Mais en fait, sauf grave erreur de ma part, ce Harold Nicholas avait déjà derrière lui une carrière hollywoodienne longue comme le bras, commencée dès les années trente en duo avec son frère Fayard sous le nom des Nicholas Brothers, soit rien moins que le plus célèbre de duo de danseurs de claquettes au monde !!
The Lions sont les seuls ici à avoir droit à quatre titres, qui sont à mi-chemin entre des instrumentaux et des chansons : les seuls vocaux sont des choeurs féminins qui se contentent la plupart du temps de chanter le titre.
Les Gamblers proposent trois instrumentaux, dont une version de la chanson-titre du film "Girls girls girls" avec Elvis Presley. On peut les apercevoir dans la même émission "Age tendre et tête de bois" que celle avec Harold Nicholas : ils accompagnent Claude François qui chante "Belles belles belles", son premier succès. L'année d'avant, c'est un Claude François inconnu que les Gamblers avaient recruté dans leur groupe. La carrière solo de leur leader, Olivier Despax, n'aura pas le même succès que celle de leur ex-membre !

20 mai 2007

JASMINE MINKS : Popartglory


Offert par Jim Jasmine par correspondance en 2001
Réf : mc5025cd -- Edité par Poptones en Angleterre en 2001
Acquis par correspondance chez Glitterhouse en Allemagne en 2006
Réf : mc5025cdp -- Edité par Poptones en Angleterre en 2001
Support : CD 12 cm
14 titres

Les Jasmine Minks auront eu la poisse pendant toute leur carrière.
C'est le premier groupe sur lequel Creation Records a misé sérieusement, au point qu'ils sont le premier groupe du label à avoir sorti un album studio (le mini-album "1-2-3-4-5-6-7 All good preachers go to heaven" à l'automne 1984), avant de partir pour une tournée européenne, flanqués de Biff, Bang, Pow !, le groupe d'Alan McGee, et d'un groupe écossais débutant qui n'avait encore sorti aucun disque.
Manque de bol, au retour de la tournée, le groupe inconnu sort son premier single, "Upside down", et c'est le premier grand succès de Creation et de Jesus And Mary Chain. Creation a du mal à assumer ce succès et qui a donc d'autres chats à fouetter que de s'occuper de son ex-groupe vedette.
En 1988, le label se relance avec une série de nouveaux groupes (House of Love, My Bloody Valentine) et des valeurs sûres (Felt, Weather Prophets, Primal Scream, Momus) et transforme un essai publicitaire en vendant à des dizaines de milliers d'exemplaires "Doing it for the kids", une compilation-catalogue à prix réduit. Le titre qui ouvre l'album est "Cut me deep", une nouvelle chanson des Jasmine Minks, un titre poignant, une des plus grandes réussites du groupe. Mais le disque ne sort pas en single, comme c'était prévu, et l'excellent album sur lequel il figurera, "Another age", n'arrive que des mois plus tard : les Minks ne bénéficieront pas de l'effet "Doing it for the kids"...
Un autre album sortira en 1989, "Scratch the surface". Il est encore une fois excellent, à part peut-être des problèmes de mixage ou de post-production, mais il sort une fois de plus sans aucune promotion et sans single et passe complètement inaperçu.
Après ça, les Jasmine Minks disparaissent petit à petit et vivent leur vie ailleurs que dans le rock.
Un excellent dossier sur un site consacré à Creation Records nous apprend comment, petit à petit, les membres des Jasmine Minks éparpillés aux quatre coins de la Grande-Bretagne se sont retrouvés, grâce aux synthés, aux ordinateurs et à l'internet. De ces retrouvailles nait d'abord un album bricolé auto-produit, "Veritas". Puis c'est à nouveau la bonne surprise et l'espoir : Alan McGee, qui vient de saborder Creation pour se libérer de Sony et de réinvestir dans Poptones, se manifeste et propose de sortir un nouvel album du groupe. Nouveaux débuts, et retour aux Jasmine Minks, mais malheureusement l'histoire va se répéter : Poptones ne sera en pas en mesure (ou n'aura pas la volonté) de mettre les moyens de soutien et de promotion pour permettre à "Popartglory", peut-être le meilleur disque des Jasmine Minks", de rencontrer son public.
Le groupe avait pourtant mis toutes les chances de son côté, et a bénéficié d'un coup de pub national en Ecosse en faisant appel à Tommy Sheridan, un jeune homme politique de gauche local, une sorte d'Olivier Besancenot écossais mâtiné de José Bové (Il a été emprisonné plusieurs fois suite à des actions militantes). L'enregistrement de ce titre, "Daddy dog", et des extraits vidéo ont fait la une des quotidiens et des journaux télé en Ecosse au printemps 2001. Malheureusement, le single annoncé n'est sorti que quelques semaines plus tard, en juillet (!), et de plus en édition limitée à 1000 exemplaires et uniquement en 45 tours !! Pas besoin de préciser que le soufflé médiatique était retombé quand l'album est arrivé quelques mois plus tard...

Ce n'est pas toujours le cas, mais le titre qui ouvre ce disque et qui lui donne son titre donne bien la tonalité du disque : rythmes séquencés, guitares toujours présentes, chant convaincu et d'une grande maîtrise. On a affaire à un groupe en pleine mâturité, en pleine possession de ses moyens, qui livre un disque d'une énergie folle.


La grande différence avec les Jasmine Minks d'avant, qui prouve que les nineties avec leur révolution informatique et la vague dancefloor sont passées par là, c'est la présence marqué sur ce disque de samples, de rythmes préenregistrés, en plus des instruments habituels du groupe.
Je ne vais pas citer tous mes titres préférés du disque : à chaque fois que j'en réécoute un pour le lister parmi ceux que j'aime moins je lui trouve des qualités !
Mais il y en a quand même dans le lot que je préfère encore plus que les autres ! : "3b48" pour commencer, le tube techno-rock du groupe, avec ses paroles un peu surprenantes quand on connait les Minks (If I had the chance to change anything I wouldn't, not that I'm afraid of change I just let things happen anyway).
"Midnight and I" ensuite, avec ses deux voix très réussies (celles de Jim et Tom, le batteur), et son atmosphère qui me fait penser à une version d' "Atmosphere" de Joy Division interprétée par New Order (Le chant de Jim a un peu quelque chose de Ian Curtis tout au long du disque).
"Soul children" et ses choeurs, "On a Saturday" et son orgue à la Doors, les deux avec leur énergie et leur rythme, comme presque tout le disque.
"Redsky" pour clore le disque d'une façon un peu plus sereine.

"Popartglory" se trouve encore un peu partout (ici par exemple), pour presque rien puisque le disque ne s'est pas vendu et que Poptones a liquidé ses stocks. Inutile de préciser que je vous conseille de vous en procurer un exemplaire. Moi-même j'en ai acheté un du commerce pour pas cher car mon exemplaire promo n'avait ni pochette ni crédits.

19 mai 2007

LAST FEW DAYS! : Kicks


Acquis à Brentwood en 1990
Réf : LFDCD 1 -- Edité par Fontana en Angleterre en 1990
Support : CD 12 cm
Titres : Kicks -- Hot tonite -- Kicks (Pussy posse mix)

Je n'aurais probablement pas ressorti ce disque de son étagère si je ne l'avais pas réécouté jeudi dans la voiture sur une compilation cassette maison de fin 1990.
Je m'en souvenais bien, pourtant, de ce CD. Il fait partie de tout un lot de disques rap/hip hop/house achetés neufs à prix bradés chez un disquaire de Brentwood, ville anglaise à l'est de Londres où je m'étais rendu pour visiter Laurent T. qui y faisait l'assistant. Ce disquaire devait avoir des plans pour récupérer des disques promo venant de journalistes ou de labels ou des invendus récents car il en avait tout un bac à des prix imbattables.
"Kicks" m'avait plu à l'époque, suffisamment pour la mettre sur cette compilation très rythmée, et elle me plait toujours assez aujourd'hui pour que j'ai eu envie d'en parler ici. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : ce single n'est pas un chef d'oeuvre inconnu, juste un titre imparfait avec de bonnes trouvailles sonores.
Avant de commencer mes recherches sur ce groupe, Last Few Days!, je me suit dit que j'allais trouver deux-trois listings de vente avec ce single, et peut-être un ou deux autres, et probablement rien d'autre. Effectivement, Fontana n'a dû sortir qu'un autre single d'eux : "Your love is super-funky". Rien que le titre me dit que le single doit être super-craignos.
Je suis aussi d'abord tombé, sur Discogs, sur un groupe du même nom, associé à Laibach avec lequel il a souvent tourné au début des années 1980, que j'ai d'abord pris pour un homonyme. Discogs dissocie d'ailleurs ces deux groupes, celui hip-pop et coloré de 1990 et celui gris et spartiate de 1983. C'est une interview réalisée fin 1989 ou 1990 par Simon Reyolds pour le Melody Maker qui m'a pourtant confirmé de façon certaine que ces deux groupes qui portent le même nom sont les mêmes et comportent les même membres !!
Dans l'interview, ils essaient d'expliquer leur brusque changement d'optique musicale par l'ère ambiante et la fin du post-punk. Personnellement, je pense que, comme pour beaucoup de Tristus convertis à la pop-house à la fin des années 1980, il faut y ajouter l'effet non négligeble de quelques pilules d'ecstasy sur le cerveau !
Simon Reynolds cite pour la musique de Last Few Days! une influence glam seventies à laquelle je n'avais pas pensé, mais qui est sûrement bien là. Ce qui m'a accroché, ce sont surtout les sons de guitare qu'on trouve sur "Kicks" (guitare sèche amplifiée, slide guitare, guitare électrique), plaqués sur des bongos à la "Loaded", une rythmique hip hop et des claviers house. Le refrain, bizarrement, est plusieurs tons en-dessous, avec ses choeurs façon gang et ce changement de rythme qui passent mal. C'est pourquoi, pour une fois, je préfère le remix allongé à la version originale qui ouvre le disque.
L'autre titre, "Hot tonite", est dominé par une basse funky et suscite très peu d'intérêt chez moi.
Simon Reynolds a republié son interview de Last Few Days! sur son blog en août 2006 dans le cadre d'une série d'articles en hommage à Tony Ogden, le chanteur de World Of Twist, qui venait de décéder. Il me semble que ce disque annonce encore plus un autre groupe, qui a fait de la country house sa marque de fabrique, qui s'est formé à la même époque que Last Few Days! mais n'a sorti son premier disque qu'en 1996 : j'ai nommé Alabama 3.

18 mai 2007

SOUNDS WAVES 3


Acquis chez Guerlin-Martin à Reims en 1988
Réf : WAVES 3 -- Edité par Sounds en Angleterre en 1988 -- Fourni avec un numéro du magazine Sounds -- Not for sale
Support : 33 tours 17 cm
Titres : THE SUGARCUBES : Motor crash -- THE WEDDING PRESENT : Go out and get'em boy -/- PIXIES : Down to the well -- Rock a my soul -- THE POGUES : Kitty

Pendant des années, j'ai lu les hebdos musicaux anglais, le NME principalement, mais aussi, quand ils existaient, Sounds et le Melody Maker.
Pendant plusieurs années, j'ai été abonné au NME, et il arrivait assez régulièrement chez moi, en temps et en heure. Mais avant ça, je l'achetais en kiosque, et dans une ville de province comme Reims ce n'était pas une sinécure : on le trouvait parfois à la gare, mais plus régulièrement à la maison de la presse Guerlin-Martin, place d'Erlon, mais on ne pouvait jamais être sûr du jour d'arrivée du magazine, alors il fallait y passer régulièrement, surtout les fois où une cassette ou un 45 tours était inclus en bonus, pour être sûr d'avoir son exemplaire. J'habitais à vingt minutes à pied de là, et j'en ai fait un bon paquet d'aller-retour pour aller chercher le NME et revenir bredouille !
Le plus bizarre dans tout ça, c'est que ces 45 tours inclus dans les magazines, plats certes, mais fragiles et pas tout petits, voyageaient sans trop de soucis et arrivaient intacts jusqu'à nous.
Le NME a publié quelques singles d'anthologie, le Melody Maker moins. Dans les années 86-88, Sounds a publié plusieurs séries de trois 45 tours, et celui-ci reste l'un des plus marquants de tous ces lots.
Il faut dire qu'on y trouve "Down to the well" et "Rock a my soul", deux excellents titres en studio des Pixies, et que, pendant des années, ce disque était le seul support où on pouvait se procurer ces deux titres, qui viennent en fait de la première démo des Pixies, démo d'où avaient été extraits les titres du premier album "Come on pilgrim".
Certes, une autre version de "Down to the well" a été publiée en 1990 sur "Bossa nova". Certes encore, ces deux titres ont été inclus sur "Rare Pixies", un CD hors-commerce envoyé aux nouveaux abonnés des Inrockuptibles en 1996, mais il aura fallu attendre l'édition par 4AD en 2002 de la démo connue sous le nom de "Purple tape" pour que ces deux pépites connaissent une large diffusion.
La version de "Down to the well" est excellente, et vaut largement celle de l'album. "Rock a my soul" est un cri d'enthousiasme largement aussi bon que tous ceux que les Pixies ont lâchés sans trop y réfléchir entre 1987 et 1989.
Il y a du beau monde sur le reste du disque.
Les Pogues, au sommet de leur forme dans une grande salle de Glasgow, font fort avec un titre des plus celtiques, "Kitty".
The Wedding Present, au sommet de sa vélocité éléctrique, livre une version live de l'un de ses singles, "Go out and get'em boy", probablement elle-aussi inédite par ailleurs.
Quant à "Motor crash" des Sugarcubes, le titre ici dont je pourrais le plus facilement me dispenser, il était peut-être inédit au moment de la diffusion du 45 tours, comme indiqué sur la pochette, mais en-dehors de toute autre précision je pense qu'il s'agit de l'enregistrement qu'on a très vite retrouvé sur le premier album du groupe, "Life's too good".

13 mai 2007

SPRUNG AUS DEN WOLKEN : Pas attendre


Acquis en France en 1986
Réf : DSA 54505 -- Edité par Les Disques du Soleil et de l'Acier en France en 1985
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Pas attendre -- Pas attendre (minimal) -/- Que pa -- Que pa (minimal)

Je n'arrive pas à me souvenir précisément où j'ai acheté ce disque.
Ça pourrait être le 11 mai 1986, le jour de leur concert à Reims dans le cadre du Festival des Musiques de Traverses, ou chez un disquaire rémois, ou chez New Rose.
De toute façon, "Pas attendre" est une chanson qui m'a accroché dès la première écoute et qui est devenue un de mes classiques des années 80, une chanson à la fois marquante et marquée par son époque, celle de la fin de la guerre froide et des dernières années avant la chute du Mur.
Car Sprung Aus Den Wolken (Ça veut dire "Surgi des nuages" et c'est le titre allemand de la série télé américaine sixties "Ripcord", dont les héros étaient des parachutistes) est un groupe de Berlin, fondé fin 1980 par Kiddy Citny. Un groupe "industriel" issu de la même scène que les stars du genre, Einstürzende Neubauten, avec qui ils ont souvent collaboré. Alexander Hacke, présent sur ce disque, est d'ailleurs un membre commun aux deux groupes.
On trouve également sur ce disque Thierry Noir, le "peintre du Mur", à qui l'on doit plus que probablement les paroles françaises et le chant de "Pas attendre".
La musique industrielle en tant que telle, c'est pas trop mon truc. Et d'ailleurs je n'ai pas trop apprécié le seul album que j'ai écouté de Sprung Aus Den Wolken, "The story of electricity", ni le concert assez bruitiste de Reims. Par contre, un habillage industriel sur une structure de chanson plus ou moins classique, ça me plait beaucoup, comme le "Collapsing new people" de Fad Gadget en 1983 avec Einstürzende comme invités, ou comme les deux faces de ce disque avec un peu de mélodie, de la guitare sèche, du chant (entre Daniel Darc et Polyphonic Size) et de l'accompagnement bruitiste industriel (percussions, sons...).
Avec ses paroles françaises (Nous sommes si jeunes, nous ne pouvons pas attendre. Je t'aime tellement, je ne peux pas attendre, non, vraiment pas attendre. Oh non pas attendre. Nous sommes si jeunes, nous ne pouvons pas attendre. Nous sommes si jeunes, et je ne t'attends pas. Tout est pour toi, tout est pour moi. Pas attendre), "Pas attendre" a eu une sacrée vie depuis cette première parution. Pendant des années, on a pu croiser sur les murs de Paris des bombages qui reprenaient ce slogan "Nous sommes si jeunes, nous ne pouvons pas attendre", qui pouvait rappeler ceux de mai 68. En 1987, une pièce de théâtre d'Eric da Silva a repris cette phrase pour son titre. Et surtout, "Pas attendre" a été inclus en 1987 sur la BO du film "Les ailes du désir" de Wim Wenders.
Je dis "sur la BO", mais cette chanson est visiblement bien plus qu'une simple illustration musicale pour ce film. C'en est même à un tel point qu'on peut se demander si elle n'est pas en partie une inspiration pour l'écriture du scénario, dû à Peter Handke et Wim Wenders, et pour l'ambiance générale du film puisque, outre la présence de la chanson, on note que le titre allemand du film signifie "Le ciel au-dessus de Berlin" (avec ses nuages d'où surgissent les anges du film...!) et que c'est Thierry Noir qui a peint le Mur qui a servi pour le tournage (en plus d'avoir peint une grande partie du vrai Mur).
Puisque ce disque n'est plus disponible chez DSA, la BO du film de Wenders est actuellement le moyen le plus simple de se procurer "Pas attendre", mais pensez à chercher sur le titre anglais du film, "Wings of desire", car le CD au titre français n'est plus disponible en neuf.

12 mai 2007

KHARTOMB : Swahili lullaby


Acquis probablement chez Rough Trade à Londres en 1984
Réf : WHAAM 14 -- Edité par Whaam en Angleterre en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Swahili lullaby -/- Teekon warriors

J'ai vu Khartomb trois fois en concert au premier semestre 1984. La première fois c'était à la Living Room où ils ouvraient pour The Times avec les Surfadelics, la seconde fois, ils étaient à l'affiche au Clarendon avec Joolz et Slade The Leveller (de New Model Army), et la dernière fois, le 9 juin 1984 à la Living Room, ils ont joué juste avant les 1000 Mexicans et juste après un petit groupe qui donnait là son second concert (le premier c'était la veille au même endroit), The Jesus and Mary Chain. C'est vous dire la versatilité des affiches de petits concerts à Londres à l'époque ! A noter aussi l'ouverture d'esprit de Dan Treacy et de son label Whaam! Records, qui ne se contentait pas d'éditer son groupe les Television Personalities ou des groupes néo-sixties ou proto-lo fi comme les Pastels, mais aussi des groupes inclassables comme les 1000 Mexicans, justement, et Khartomb.
Le jour de ce troisième concert, Alan McGee m'a dit "C'est les nouveaux Sex Pistols ! Je vais faire un album avec eux (Il n'avait alors édité que des 45 tours et le "Alive in the Living Room").
Connaissant la suite de l'histoire, inutile de vous préciser qu'il ne parlait pas de Khartomb, qui n'a à ma connaissance sorti que les deux titres qu'on trouve ici. Ils avaient pourtant un set d'une quarantaine de minutes, et ont tourné un bon moment puisqu'ils ont enregistré une Peel session fin 1982 avant de sortir ce single en septembre 1983 (C'est le dernier disque sorti par Whaam, le premier est ici).
Keeping It Peel, l'excellent site d'archive de la BBC sur les Peel Sessions, nous donne les noms des quatre membres de ce groupe, deux filles et deux garçons : Ali Barnes (Batterie), Caroline Clayton (Basse, chant et flûte), Ian Christie (Guitare et basse) et Paula Crolla (Chant). Les deux titres du single sont crédités à Caroline Clayton.
J'ai toujours pensé que Khartomb était un groupe d'étudiants. Avec les deux filles au chant, on peut les associer à des groupes de l'époque comme les Raincoats, Au-Pairs (la prédominance de la basse), les Bush Tetras, les Slits ou les Delta 5 (les coups de guitare de "Teekon warriors"). Mais par rapport à tous ces groupes, la musique de Khartomb est beaucoup moins électrique et plus apaisée, et surtout ils semblent obnubilés par l'Afrique, en tout cas c'est ce que laissent penser le nom du groupe (Khartoum, la capitale du Soudan), le titre de la face A (Berceuse en Swahili), celui de la face B (Guerriers Teekon, même si je n'a pas réussi à trouver à quoi "Teekon" fait référence) et le jeu de batterie tribal sur presque tous leurs titres.

Ajout du 25 septembre 2014 :


Khartomb, The Living Room, Londres, le 28 janvier 1984. Photo : Paul Groovy.

07 mai 2007

DOGBOWL : Live on WFMU. Cigars, guitars and topless bars


Acquis chez Parallèles à Paris en 1996
Réf : 8410992 -- Edité par Lithium en France en 1995
Support : CD 12 cm
16 titres

AAAAAAARRRRRRRRGGGGGGGGGGHHHHHHHH!!!!!!!
Non, ce n'est pas seulement l'actualité qui me fait réagir ! Repenser aux gars du marketing de chez Philips vendant le CD "éternel" en 1983 suffit à me mettre en rogne. Non que j'ai gobé leur soupe, mais quand même, voilà que deux des titres d'un de mes disques live préférés ne passent plus sur ma platine CD de salon. La cause : quelques rayures superficielles apparues à force de glisser et de retirer ce CD de son superbe emballage cartonné. Heureusement, le Macintosh a, lui, accepté de lire le CD et de copier les deux titres incriminés.
"Live on WFMU" est donc un disque live indispensable selon moi, et je ne classe pas beaucoup de disques dans cette catégorie. De tête comme ça aujourd'hui, je pense au "Modern Lovers Live !" de 1977 (pour la musique et l'ambiance) et au "Live 1969" du Velvet Underground. Le "Backyard barbecue broadcast" de Giant Sand est aussi une réussite, rendant bien l'ambiance du pique-nique au cours duquel il a été enregistré. Il est à noter que le disque de Giant Sand, comme celui de Dogbowl, a été enregistré pour l'excellente radio WFMU, dont le "Beware of the blog" est l'un des sites internet les plus réjouissants parmi ceux que je fréquente. Et quand je pense que ce concert a été enregistré pendant la matinale de WFMU, ça confirme qu'il s'en passe de belles sur l'antenne de cette radio !
J'avais parlé de ce disque dans Vivonzeureux! au moment de sa sortie (l'article est reproduit ci-dessous).
En fait, j'ai raté le concert à Reims en 1996 parce que j'étais cette semaine-là à Bourges pour le Printemps. Par la suite, j'ai eu la chance de voir Dogbowl plusieurs fois en concert, à Reims et ailleurs, en solo ou accompagné par le groupe belge Poney.
Mon opinion sur le disque est toujours aussi positive. Il y a notamment une excellente série avec "Sad fellow", "If you see me", "Why ?" ("Why does a man go to topless bars ? Because his wife took his porno magazines away" !!) et "Windmills falling"

--
L'article de Vivonzeureux! de 1996 :

La bonne nouvelle concernant Dogbowl, c'est que le petit label indépendant français Lithium m'a permis de découvrir cet artiste américain tout à la fin de 1995 en éditant un disque live, enregistré pour une émission de la radio US WFMU (c'est aussi pour WFMU que Giant Sand a enregistré son album live Backyard barbecue broadcast). La mauvaise nouvelle, c'est que, moins de trois mois plus tard, je n'ai pas été capable d'être à Reims pour voir le concert solo que Dogbowl a donné à la M.J.C. Claudel ! Et j'ai d'autant plus de regrets que tous ceux qui ont pu assister à ce concert ne m'en ont dit que du bien, louant la sympathie l'originalité et la drôlerie de Stephen Tunney, un peu moins inconnu sous le nom de Dogbowl.
Enfin, il nous reste le disque de chez Lithium (apparemment ce disque n'est disponible qu'en France). Tout est parfait pour ce disque : le titre (Des cigares, des guitares, et des bars topless), la pochette, dépliante et cartonnée, et d'un parfait mauvais goût (un dessin figurant Dogbowl entre deux filles nues, avec des légendes en français) et surtout les 16 titres, qui offrent apparemment une bonne rétrospective de toute la carrière du gars. Le tout est livré brut de direct, enregistré par un trio (Lee Ming Tah est à la basse, Race Age à la batterie, Dogbowl joue de la guitare et chante). Les chansons sont bonnes, hilarantes, et les interventions de Dogbowl entre les morceaux sont de petits monuments : beaucoup de ses chansons contiennent des gros mots, alors si vous entendez un mot qui ne veut rien dire, remplacez-le par un gros mot et on contournera les censeurs (même sur les radios rock, on ne rigole pas avec la grossièreté sur les ondes américaines); si nous jouons faux, assurez-vous bien de faire comme si on jouait juste; est-ce que topless est un gros mot, etc.
Bref, une découverte et un disque à vous procurer de suite!
Dans la foulée, j'ai commencé à rechercher les disques précédents, tous sortis sur l'indépendant Shimmy Disc, le label fondé par Kramer (ex-Shockabilly, B.A.L.L., Bongwater, etc). Certains de ces albums ont d'ailleurs été publiés sous les deux noms de Dogbowl et Kramer, qui les produit et qui joue dessus. Petite déception cependant pour le premier que j'ai pu me procurer, "Grosse chaleur sur Waco", qui n'est pas du tout aussi emballant que 'Cigars,...' : les chansons ne sont pas toutes aussi fortes, et surtout le côté bricolage en studio et le son un peu électronique de la production de Kramer sont en porte-à-faux complet avec la spontanéité et la fraîcheur du live...

05 mai 2007

THE ROLLING STONES : Paint it, black


Acquis chez sur un vide-grenier de la Marne au début des années 2000
Réf : 333.017 -- Edité par Decca en France en 1972 -- Offert par Antar
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Paint it, black -/- Long long while

Question de génération : pendant de longues années, je n'ai au qu'un seul single des Rolling Stones, "Miss you", acheté au moment de sa sortie en 1978. Et puis, au fil du temps, j'ai fini par en acheter quelques autres, des titres des années 60 uniquement, mais évidemment jamais dans des boutiques spécialisées ni au prix fort.
La plupart de ces quelques disques sont en fait des rééditions du début des années 1970 sorties par Decca après que les Stones aient quitté le label pour fonder Rolling Stones Records, qu'on trouve assez souvent dans deux séries, "Golden Hit-Parade" et celle des disques "Offert par Antar" dans ses stations-service. Offerts, oui, mais probablement contre un bon paquet de litres d'essence.
L'essence est brûlée depuis longtemps, mais une bonne partie des disques a survécu, et bon sang qu'ils sont bons !
En 1965-1966, les Stones (et les Beatles aussi) progressaient à la vitesse de la lumière, et étaient peut-être à leur meilleur. Sur "Paint it black", les repompages de Chuck Berry et du rhythm'n'blues américains sont loins, et en plus les drogues ont déjà planté des graines psychédéliques dans le cerveau des membres du groupe, sans avoir encore eu le temps de les bousiller, et il en résulte des sons et influences orientales (sitar, percussions) parfaitement intégrés aux arrangements et qui viennent enrichir le tout. La chanson elle-même n'est pas un pur rock'n'roll, mais elle dégage une énergie folle, grâce notamment au jeu de batterie très particulier de Charlie Watts et aux percussions. Les paroles sont bonnes, le chant est excellent : on a bien à faire à l'un des nombreux classiques des Stones !
Dans leur frénésie créative de ces années-là, les Stones (et les Beatles aussi) créaient tellement de bonnes chansons tellement vite qu'ils les gâchaient presque. "Paint it black" a été enregistré pendant les sessions de l'album "Aftermath". Cette chanson est sortie en single en 1966 et a été un tube en Angleterre et aux Etats-Unis, mais elle a été écartée de l'édition anglaise d' "Aftermath".
En France, c'est encore différent (pire ?) : "Paint it black" n'est pas sur l'album et n'est pas sorti non plus à l'origine en face A de single : on le trouvait avec "Long long while" en face B du EP "Mother's little helper", 'Lady Jane" étant le quatrième titre qui bouclait le EP : trois classiques sur un même 45 tours avec une superbe pochette, un rapport qualité-prix imbattable !
Cette édition est donc la premièse sortie française de "Paint it black" en face A de 45 tours. Pour compliquer un peu plus la discographie déjà passablement compliquée des Stones, elle reprend la maquette de la pochette du single américain (mais avec une photo différente, issue de la même session) et la face B du single anglais, "Long long while", une bonne ballade soul qui, elle, montre encore bien ses influences américaines.

01 mai 2007

LEWIS FUREY : The sky is falling


Acquis neuf à Châlons-sur-Marne en 1979
Réf : RSL 1075 -- Edité par Saravah/RCA en France en 1979
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Impossible de me souvenir précisément où j'ai acheté ce disque, mais vu l'époque ça ne peut être qu'au Hifi-Club, à La Clé de Sol ou à Carrefour. Ce qui est sûr, c'est que je me suis précipité sur ce disque et sur "Alibis", le premier album de Carole Laure, dès leur sortie simultanée, c'est à dire au premier trimestre 1979 puisque toute la promo autour de ces albums était axée sur l'annonce de leur second spectacle en commun à Bobino du 3 au 22 avril 1979.
C'est le troisième - et à ce jour le dernier - album édité par Lewis Furey sous son seul nom. Par la suite, par choix ou pour des raisons commerciales, sa compagne Carole Laure étant beaucoup plus connue et plus médiatique que lui, les productions musicales majeures de Lewis Furey sont sorties sous l'intitulé commun "Carole Laure et Lewis Furey", avant même qu'il ne s'efface à partir de la fin des années 80 pour les disques "solo" de Carole laure, qu'il a produits et composés. Ce qui ne l'a pas empêché par ailleurs de poursuivre un parcours très riche et varié d'auteur, de metteur en scène, de réalisateur et de compositeur, sa dernière production en date étant "A & C", d'après Antoine et Cléopâtre de Shakespeare, dont il signe la mise en scène, le livret et la musique.
"The sky is falling" a souffert de la sortie en simultané avec "Alibis". Les pochettes des deux albums se répondaient, les deux albums ont été enregistrés au cours des mêmes sessions avec la même équipe, et toute la promotion presse-radio-télé a été faite à deux, en insistant sur le spectacle en commun et les débuts de chanteuse de Carole Laure. Du coup, à part quelques critiques individualisées de l'album, notamment dans Rock & Folk et Best, presque personne ne s'est jamais vraiment intéressé à "The sky is falling" en tant que tel.

Après le premier album sans titre de 1975, le second "The humours of..." avait marqué une vraie rupture : enregistré à Londres avec un producteur renommé, Roy Thomas Baker (le producteur de "Bohemian rhapsody" de Queen), on y sentait une tension entre les choix artistiques de Lewis Furey et la volonté de son label et de son producteur den faire un artiste à succès plus large.
Après un changement de label et une installation en France, "The sky is falling" marque paradoxalement un retour aux sources pour Furey : c'est en fait la véritable suite du premier album, avec le même produteur, les mêmes techniciens et majoritairement les mêmes musiciens, avec des évolutions, bien sûr : Lewis Furey ne joue plus que du piano et les violons sont tenus par l'orchestre, les arrangements sont plus musclés et plus polissés aussi, avec un gros travail sur les choeurs. Lewis Furey chante toujours aussi bien, à mon goût en tous cas puisqu'il y a au moins un fan japonais de Carole Laure qui n'est pas d'accord avec moi !
Par le thème de leurs paroles et leur style, deux des meilleurs titres de l'album, "Waiting on you" et "Pretty baby", auraient carrément pu figurer sur "Lewis Furey". La collaboration pour les paroles de "Waiting on you" avec Barrie Wexler, une vieille connaissance montréalaise, me semble indiquer qu'il s'agit d'un titre remontant à plusieurs années. "Waiting on you" aurait mérité d'avoir la carrière de classique underground de "Hustler's tango". Quant à "Pretty baby", il y a un petit solo de gongs, cymbales et banjo qui me réjouit toujours autant, tant d'année après.
Les chansons "The sky is falling" et "Jacky Paradise" sont peut-être celles qui résument le mieux la tonalité de cet album, mais il y a aussi des arrangements plus aventureux, comme le côté reggae de l'excellent "Desire machine" et les marimba et l'ambiance carribéenne de "Circus melodie" ("Desire machine" et "Jacky Paradise" ont toutes les deux été écrites pour "Jacky Parady" la pièce de théâtre musical de Jean-Michel Ribes créée à Paris en janvier 1978). Globalement, cette première face sans aucun temps mort est un sans faute.

Les trois titres qui ouvrent la face B semblent tous traiter du "vertige" suscité par l'histoire d'amour de Lewis Furey et Carole Laure. Autour d'une magnifique chanson d'amour en hommage à Carole ("Song to Lorca"), on trouve "Circus melodie", qui file la métaphore animalière pour traiter de la relation de couple ("I try to eat you, you try to eat me, we're just as hungry as two lovers can conceivably be, and here we lie side by side, hoping to see what the other's got to hide") et "Thieves" ("La chanson des voleurs" sur "Alibis", le seul titre commun aux deux disques), qui raconte l'histoire d'amour de deux voleurs, l'un qui se fait voler un de ses sens par l'autre à chaque nuit d'amour, l'autre qui s'en sort en touchant le premier au coeur.
La fin de l'album est un peu moins forte. "Big casino" vaut surtout par son jeu de piano, et j'ai toujours eu un peu de mal avec les violons d'orchestre un peu grandiloquents et la voix plaintive de la reprise en anglais de "L'homme ordinaire" de Robert Charlebois.












Publicité pour l'album et le spectacle à Bobino parue dans la presse, notamment dans Best et Rock & Folk.
Un bandeau rouge à peu près similaire était fixé sur le recto de la pochette de l'album.

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