31 décembre 2008

ROY ETZEL : Il silenzio


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 27 décembre 2008
Réf : 423.575 BE -- Edité par Philips en France en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Il silenzio -- Sunrise -/- Blues d'amour -- Oh ! Warum ?

L'histoire ne se répète pas, mais avec Philippe R. on a quand même tenté le coup : suite à mes trouvailles récentes chez Emmaüs à Tours-sur-Marne nous sommes retournés y faire un tour. Malheureusement, il n'y avait quasiment aucun disque nouveau par rapport à ma dernière visite. J'ai quand même trouvé le moyen d'acheter neuf 45 tours, que j'avais soit ratés soit négligés la fois d'avant. Par exemple, j'avais remarqué la superbe pochette très colorée de ce 45 tours, mais je l'avais regardée trop distraitement et j'étais trop peu intéressé par une énième version à la trompette de Il silenzio pour le prendre un jour où j'avais déjà les bras pleins de disques (J'exagère...!). Mais un jour de disette on est plus attentif et je me demande maintenant comment j'ai pu laisser passer ce disque la première fois.
Cette pochette est un petit chef d'oeuvre. Le parasol est très coloré, un peu à la façon d'un dessin de ma grande soeur Paulette, et la composition de la photo de Gérard Decaux est très travaillée : les jambes de la "copine", comme on disait à l'époque, sont comme la petite et la grande aiguille d'une horloge sur le cadran du parasol. Et puis, alors qu'en 1965 les monokinis devaient encore être très rares sur les plages françaises, cette photo nous en propose une approximation arithmétique assez réussie, même si nous savons bien 1/2 bikini n'est pas égal à 1 monokini !
Et puis, ce disque annonce clairement la couleur avec la mention "Spécial slows". En ce 31 décembre que beaucoup d'entre vous vont passer en soirée ou en discothèque, j'ai une pensée pour tous ceux qui vont guetter les séquences de slows pour tenter de séduire le sujet de leurs convoitises.
En cet été 1965, torride, forcément torride, cette perspective de quatre slows n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd, comme en témoigne le petit mot inscrit par un certain Jean-Marc au dos du disque, en travers du titre principal :

"Je voudrais danser le slow avec toi" ! Ah, il attaque fort et direct le Jean-Marc, car on se doute bien qu'il n'espérait pas que danser le slow avec la personne à qui il a offert ce disque !!
Avec Il silenzio, Jean-Marc a dû être servi. Cet instrumental à la trompette de Nini Rosso est un vrai slow et il a été un tube international, numéro un dans plusieurs pays et vendus à dix millions d'exemplaires. Tous les grands trompettistes du monde entier ont dû le reprendre, à commencer par notre monument national Georges Jouvin, qui a sorti Le silence en face A de 45 tours (Référence EGF 825 chez Pathé Marconi). Roy Etzel est lui le "Mr. Trumpet" allemand. Il a dû avoir aussi du succès avec sa version d'Il silenzio puisque son disque est sorti dans toute l'Europe et même aux Etats-unis chez MGM. En 2004, Mister Trumpet a édité son auto-biographie, titrée de façon très originale Das ist mein Leben (on en trouve ici quelques extraits).
Par contre, si Jean-Marc a bien dansé sur ce disque et s'il n'avait pas emballé à la fin d'Il silenzio, il a dû être très désagréablement surpris à l'écoute du titre suivant. Sunrise n'a en effet rien d'un slow ! Je dirais que c'est un jerk, avec de l'orgue en contrepoint de la trompette et c'est du coup et de loin le titre le plus intéressant du disque.
Les deux titres de la face B sont assez lents, mais ce ne sont pas non plus de purs slows. Blues d'amour bénéficie de choeurs féminins qui chantent le titre en ouverture. J'imagine que des enregistrements ont été faits en plusieurs langues car chez MGM ce morceau s'intitule El amor.
Oh ! Warum ?, malgré son titre en allemand, a quelque chose de la dramaturgie des musiques d'Ennio Morricone pour les westerns spaghetti de Sergio Leone.
Sinon, je ne pense pas que j'aurais acheté ce disque avec la pochette du pressage espagnol :

29 décembre 2008

DEVO : Be stiff



Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne probablement début 1979
Réf : 941 002 -- Edité par Stiff en France en 1979
Support : 45 tours 30 cm
6 titres

Parfois on se sent tout con de ne pas avoir été capable d'additionner soit même deux et deux pour trouver la réponse, mais encore faut-il disposer de toutes les données du problème pour être en mesure de le faire. Par exemple, je sais que Devo, dès l'origine, s'est conçu comme un produit complet multimédia, pas juste comme un groupe de musique : ils ont réalisé des films, travaillé leurs costumes et leur jeu de scène, peaufiné tout leur concept de dé-évolution. Ils sont notamment responsables la plupart du temps de la conception graphique de leurs pochettes. Par ailleurs, je sais depuis quelques années que le graphiste Barney Bubbles a réalisé des dizaines de pochettes de disques, pour Hawkwind et pour les labels Stiff Records, Radar et F-Beat notamment, et qu'en règle générale Barney Bubbles ne créditait pas son travail sur ses pochettes de disques (J'ai parlé de Barney Bubbles notamment à propos du 45 tours Emotional traffic de The Rumour). Je savais aussi que ce mini-album six titres, qui compile les trois 45 tours de Devo édités par Stiff en Angleterre, était sorti alors que Devo avait déjà quitté Stiff pour Virgin et Warner. Pourtant, je ne me suis jamais posé de question et j'ai toujours assumé que cette pochette énigmatique, avec cette photo en noir et blanc d'un gars au crâne plutôt dégarni qui porte un loup et joue aux cubes avec la lettre E et des oeufs, était due à Devo.
Et bien non. Il a fallu que le Père Noël m'apporte la semaine dernière Reasons to be cheerful, le livre consacré à la vie et à l'oeuvre de Barney Bubbles, pour que j'eurékate en découvrant au détour d'une page une reproduction de la pochette de ce disque : Eh oui, la pochette est non pas de Devo, mais de Bubbles. On apprend même au passage que les photos ont été prises par un jeune Brian Griffin, qui s'est notamment illustré par la suite en signant les pochettes mémorables des disques d'Echo and the Bunnymen. En cherchant un peu, j'ai même trouvé sur le blog que David Wills consacre à Barney Bubbles des pages extraites de Copyright 1978, un livre publié par Brian Griffin à l'époque en tirage très limité, une troisième photo tirée de cette session :

Chronologiquement, j'ai dû acheter le 45 tours Satisfaction de Devo, puis le premier album Q : Are we not men ? A : We are Devo ! avant d'acheter ce mini-album, probablement au cours du premier semestre 1979, avant en tout cas que ne sortent à la mi-79 le 45 tours The day my baby gave me a surprise et l'album Duty now for the future. Ce qui signifie que, quand j'ai sorti ce disque en beau vinyl jaune claquant de sa pochette, je connaissais déjà quatre des titres, ceux qui figurent dans l'album, mais pas dans cette version pour Jocko homo et Mongoloid, et que j'ai découvert les deux autres titres, Be stiff et Social fools.
Passons rapidement sur les classiques que représentent les deux premiers 45 tours, repris dans d'autres versions donc sur Are we not men ?. Autant dire que, si les versions de l'album sont excellentes, elles sont tout autant inutiles puisqu'elles n'apportent pas grand chose aux versions originales qui figurent ici. La version album de Satisfaction est quasiment identique à celle du single. Celles de Jocko homo, Mongoloid et Sloppy sont accélérées. Après avoir fait une rapide écoute comparative aujourd'hui, je dirais que seule Sloppy gagne vraiment au change, tellement la version album est puissante, et je préfère peut-être un petit peu la version album de Mongoloid, mais bon, ces quatre titres semblent surtout confirmer ce qu'a exprimé Brian Eno, qui a avancé les fonds à Devo pour enregistrer cet album alors qu'ils n'avaient pas encore signé chez un label et qui l'a produit : le groupe est arrivé en studio en sachant très bien ce qu'il voulait et, contrairement à la pratique habituelle de Brian Eno en production, il ne lui a pas laissé de marge pour amener des sons, des inventions et des expérimentations au cours de l'enregistrement. Une rencontre de deux talents ratée en quelque sorte.
Au printemps 1978, c'était un peu la mêlée pour signer Devo, qui s'est un peu emmêlé entre ses différents représentants et a signé chez Virgin alors que des engagements avaient été pris chez Warner. Au bout du compte, Virgin a signé Devo pour l'Europe et Warner a eu le groupe pour les Etats-Unis et le reste du monde (cela explique notamment les pochettes différentes de chaque côté de l'Atlantique pour les deux premiers albums). Mais Devo avait aussi signé chez Stiff pour sortir trois singles. Les deux premiers avaient été des rééditions des singles auto-produits par Devo en 1977 sur son label Booji Boy, mais il en fallait un troisième. Devo a donc extrait des titres enregistrés pour son premier album Be stiff et Social fools, qui sont sortis en 45 tours chez Stiff en juillet 1978. Dès le mois d'août, Virgin sortait en avant-première de l'album Come back Jonee en single, avec encore Social fools en face B.
Mon mini-album ne donne aucune précision sur les crédits de production, mais les étiquettes du 45 tours Stiff précisent bien que Be stiff est produit par Eno et Social fools par Devo. Par contre, sur la face B du single Virgin, Social fools est indiqué comme étant produit par Eno. Après une écoute comparative attentive, même si je n'y ai pas passé des heures, la différence de cinq secondes de durée et de crédit de production entre les deux versions s'expliquent probablement par quelques bidouillages très mineurs et peut-être un peu de remixage, mais il me semble qu'à la base ces deux versions de Social fools résultent du même enregistrement.
En tout cas, à l'écoute de ces deux excellents titres rapides, électriques et énergiques, on se dit que Devo était tout simplement un grand groupe de rock, surtout à cette période-là, l'incorporation d'un grand batteur comme Alan Myers et le passage du studio maison 4 pistes à un vrai studio les ayant sûrement beaucoup aidés à se lâcher, comme le prouvent les versions plus anciennes de ces deux titres publiées sur les compilations Hardcore Devo.
Reste qu'il est dommage que les oreilles de la majorité des fans qui n'ont acheté que le premier album de Devo aient été privées de l'écoute de Be stiff et de Social fools, qui n'ont été rééditées que de faon aléatoire sur diverses compilations. Il me semble d'ailleurs qu'une réédition de qualité de Are we not men ? We are Devo ! ne peut se concevoir que :
a) en donnant la primauté à la pochette américaine, bien plus réussi que l'assez moche pochette européenne
b) en incluant en bonus les trois titres issus des sessions de l'album officiellement publiés, Be stiff, Social fools et l'excellemment titré mais un peu moins bon Penetration in the centrefold (la face B de The day my baby gave me a surprise).
Malheureusement, aucune des éditions en CD existantes de l'album ne répond à ces deux critères... De toute façon, le mieux serait carrément de mettre en bonus les six chansons de ce disque, qui témoignent dans leur ensemble que Devo a entamé sa carrière discographique par une série de coups de maître !
Précisons aussi que, contrairement à ce que beaucoup ont pensé à l'époque (il faut dire que tout a été fait pour...), la chanson Be stiff n'a aucun rapport avec le label Stiff : la chanson existait avant même que le label soit créé et donc bien avant que Devo ne signe chez eux. Mais en 79, Stiff a quand même organisé la tournée Be Stiff, avec cinq artistes du label, dont notamment Jona Lewie, Wreckless Eric et Lene Lovich, qui tous ont repris la chanson de Devo.
Enfin, je l'avais oublié mais je l'ai redécouvert en consultant l'excellente discographie du site Devo Obsesso, lorsque Vogue a repris en France la distribution de Stiff Records (fin 79 ou en 80 je dirais), ils ont réédité ce mini-album, mais avec une pochette différente, celle du 45 tours français Satisfaction.

Ici, on peut télécharger les deux faces du 45 tours Be stiff

25 décembre 2008

CLIFTON CHENIER : Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer


Acquis sur le vide-grenier de Chouilly le 17 juin 2007
Réf : 62.246 -- Edité par Barclay/Blue Star en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer (Keep-a-knockin' but you can't come in) -/- Choo choo ch'boogie

Mine de rien, ce 17 juin 2007, j'ai fait quelques bonnes trouvailles, puisqu'avant d'acheter à Damery la compilation Voulez-vous venir en surprise-partie avec moi ? et un 45 tours de Bo Diddley, j'étais tombé à Chouilly sur un album de Hank Snow, malheureusement plus parlé que chanté, et sur ce 45 tours de Clifton Chenier. Et ce n'est pas tous les jours qu'on voit des 45 tours de Clifton Chenier, en bon état qui plus est, avec une pochette sympa et un titre en français cadien.
Clifton Chenier, qui est mort fin 1987, a popularisé dans les années 70 et 80 une version du zydeco mâtinée de rhythm and blues et de rock and roll.
Sa carrière discographique s'est faite surtout chez Arhoolie mais en 1976 il a sorti en France un album intitulé Frenchin' the boogie, produit par le journaliste de Rock & Folk et producteur chez Barclay Philippe Rault. Les deux titres de ce 45 tours sont extraits de cet album.
Tu peux cogner mais tu peux pas rentrer est une version en créole du traditionnel Keep on knocking, repris par tout le monde, de Jacob Miller à Little Richard, mais le titre est ici crédité à Bartholomew et King, c'est à dire que la chanson concernée est celle connue sous le titre I hear you knocking, popularisée par Smiley Lewis, Fats Domino ou Dave Edmunds.
Cette version de Clifton Chenier est excellente et des plus festives. Son accordéon est bien en avant, ce qui n'est pas le cas tout le temps sur l'album Frenchin' the boogie, à la palette plus large que le seul zydeco puisque Chenier y reprend Ray Charles, Fats Domino, Willie Dixon, Sleepy John Estes et même Chuck Berry et Shake, rattle and roll (l'album peut s'écouter intégralement sur Deezer). La plupart de ces reprises, comme Tu peux cogner, sont en créole, ce qui est très bien et pourrait donner des idées aux groupes francophones qui veulent faire des reprises en français de titres anglais, mais je mentirais en disant que je comprends toutes les paroles !
Choo choo ch'boogie, pour le coup est chanté en anglais. C'est aussi un titre typiquement zydeco sur lequel l'accordéon de Chenier dialogue avec l'orgue d'une nouvelle recrue dans son groupe, Stanley Dural, plus connu depuis sous le nom de Buckwheat Zydeco.

Des photos prises à l'occasion du concert de Clifton Chenier pour le Mardi Gras au Jay's Lounge, près de Lafayette, en 1975.

24 décembre 2008

BRENDA LEE : Rock the bop


Acquis chez Emmaüs à Epernay le 20 décembre 2008
Réf : 10 611 Med. -- Edité par Brunswick en France vers 1961
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Rock the bop -- Ring-a-my-phone -/- Dynamite -- Love you 'till I die

C'est un coup de chance inespéré juste avant les fêtes. Depuis quelques temps il n'y a plus de rayon disques au magasin de vente d'Emmaüs à Epernay, tous les disques ont été rassemblés au siège de la communauté à Tours-sur-Marne. Mais j'imagine que de temps en temps les compagnons trouvent quelques disques dans un meuble ou dans un carton de livres. Dans ces cas-là, ils les posent sur une étagère et, l'été dernier, il y avait un lot de disques plutôt jazz assez intéressants (J'avais pris un bel album sixties du Golden Gate Quartet). Cette fois-ci, parmi la trentaine d'albums et la trentaine de 45 tours, il y avait surtout des disques variétés années 80 en bon état (genre Madonna dans toutes ses déclinaisons), très peu de disques plus anciens à part deux Aphrodite's Child et, perdu au milieu du reste, cet EP de Brenda Lee, assez usé mais qui passe bien.
J'avoue que Brenda Lee ne fait pas vraiment partie de ma culture musicale. Il se trouve que je ne dois avoir aucun titre d'elle sur mes multiples compilations années 50-60 et, si je sais que son plus gros tube est I'm sorry, c'est grâce à Ben Vaughn et à sa chanson I'm sorry (but so is Brenda Lee) sur son premier album.
Brenda Lee a été l'une des premières enfants star du rock, enregistrant dès 1956 alors qu'elle n'avait pas douze ans. A partir des années 60 elle s'est tournée vers la country et aujourd'hui, à 64 ans, elle s'apprête à recevoir un Grammy pour l'ensemble de son oeuvre et vient d'intéger le Rock and Roll Hall of Fame (elle était depuis longtemps dans son pendant Country).
Comme souvent, cet EP est une compilation de plusieurs singles américains : Rock the bop est une face B de fin 1957, Ring-a-my-phone une face A de juin 1958 et les deux titres de la face B du EP étaient sortis en single en mai 1957.
Dynamite est la chanson qui a donné à Peggy Lee son surnom de "Little Miss Dynamite". on comprend pourquoi en la voyant interpréter cette chanson pour la première fois en direct à la télé en 1957, à moins de 13 ans ! Cette autre interprétation de Dynamite, en 1961, nous permet de dater plus facilement la pochette de mon disque. Il existe une autre pochette, avec une photo datant plutôt de 56-57 (voir ci-dessous), mais le numéro de catalogue étant le même, je ne suis pas sûr que l'édition soit beaucoup plus ancienne.
Avec Dynamite, ce disque comporte trois rocks en tout. Rock the bop fait la part belle au saxo, tandis que Ring-a-my-phone comporte un très beau solo de guitare. Tous les titres ont des choeurs, féminins ou masculins selon les cas, mais sur Ring-a-my-phone c'est carrément les Jordanaires qui sont crédités.
Love you 'till I die est le titre pop du lot, dans une veine qui peut faire penser à Ricky Nelson ou aux Everly Brothers, avec également une belle partie de guitare. C'est une réussite et je veux bien que le Père Noël m'amène des disques comme ça tout le reste de l'année !



Voici une autre pochette de ce disque. 45vinylvidivici le date de 1958, la maquette est datée et c'est bien la Brenda de 1956-1957 qu'on voit sur la pochette, mais le numéro de catalogue du disque, le même que pour le mien, placerait plutôt l'édition vers 1961, après le succès de I'm sorry si les disques ont bien été édités dans l'ordre des numéros...

23 décembre 2008

FLY ASHTRAY : Doodnat Mahadeo


Offert par Dark Beloved Cloud par correspondance en décembre 2008
Réf : dbc255 -- Edité par Dark Beloved Cloud aux Etats-Unis en 2008 -- Fourni dans le cadre du Dark Beloved Cloud Singles Club
Support : CD 7,5 cm
10 titres

Je ne sais pas comment il survit financièrement, mais c'est une joie de savoir qu'un label comme Dark Beloved Cloud existe en 2008.
La première fois que j'ai entendu parler d'eux, c'est quand ils ont sorti en 1998 le premier best-of en CD de Family Fodder suivi en 2002 de Tender words, l'album de la reformation du groupe.
Puis j'avais découvert sur leur site la présentation de leur Singing catalogue II, un mini-CD de 17 titres d'environ une minute chacun : "Vous en voulez un exemplaire gratis ? C'est simple, envoyez-nous un mot, dites-nous votre nom et votre adresse et (c'est important) quel est votre souvenir le plus heureux lié à la musique". Je ne sais plus quel souvenir j'avais cité — j'imagine qu'il y en avait plusieurs — mais j'avais reçu ce mini-CD, avec notamment Family Fodder, Oedipus, Chris knox et Franklin Bruno dessus mais aussi Grace Braun et Fly Ashtray.
Depuis quelques temps, Dark Beloved Cloud ne s'embarrasse plus avec le commerce. Un grand nombre de leurs références sont toujours en vente mais toutes les nouveautés sont des mini-CD 3" disponibles dans le cadre du Dark Beloved Cloud Singles Club.
Et comment on s'inscrit à ce club ? Et bien, le label appréciant de donner de la musique en échange de quelque chose d'autre que de l'argent, il faut envoyer six pochettes carrées de 7,5 cm de côté originales faites à la main à Dark Beloved Cloud pour recevoir en échange au fil du temps six mini-CD avec des pochettes uniques faites par les autres abonnés. Super, non ?
Cet été, j'ai découpé avec son accord six oeuvres de ma grande soeur Paulette Dodu et je les ai envoyées à DBC. La semaine dernière, j'ai reçu mes deux premiers mini-CD : un deux-titres folk de Grace Braun et cet EP de Fly Ashtray.
Grace Braun, je la connais surtout pour son excellent It won't hurt sur la première compilation Loose, New sounds of the old West. C'est amusant, car il y a tout juste deux mois j'ai acheté un CD de Neil Casal avec une reprise de cette chanson et du coup j'avais fait des recherches en vue d'acheter un album de Grace Braun.
Fly Ashtray, je ne les connaissais pas du tout. En écoutant leur disque une première fois distraitement en faisant la vaisselle, je me suis dit entre le bruit du chauffe-eau et les écoulements d'eau que j'avais l'impression d'entendre un condensé de musiques que j'ai aimées, du post-punk indépendant du début des années 80 au lo-fi des années 90 en passant par la noisy pop. Ce n'est pas quelque chose qu'on pourra leur reprocher puisque justement Fly Ashtray est un groupe qui a été fondé en 1983 !!
Cet EP propose dix titres en moins de vingt minutes, ce qui vous donne une idée de la durée moyenne de chaque chanson. Elles sont censées être inédites par ailleurs, mais on trouvait sur le Singing catalogue Slam the pugeot (The board game), un titre en deux parties dont on retrouve ici la première dans l'intégralité de ses glorieuses 32 secondes sous le titre altéré Slam the puegot (Ça n'engage que moi mais il me semble qu'ils ont tout simplement du mal à orthographier le mot "Peugeot"...!). Il y a aussi une chanson qui s'appelle Stop the zockos, qui est le titre d'un de leurs disques, enregistré en 1995 et sorti en 2002, mais je ne sais pas s'il y avait une chanson éponyme dessus.
Donc, à l'écoute du disque, on pense parfois à des indépendants anglais comme Twelve Cubic Feet, à The Fall, à Guided by Voices en moins saturé, aux Fire Engines, aux June Brides quand des cuivres s'invitent sur Hole in the wall et même à Dogbowl ou plutôt, comme il est question de "Fly", à King Missile (Dog Fly Religion), mais ce qui compte c'est que Doodnat Mahadeo propose une série de courtes chansons réussies qui s'enchaînent toutes parfaitement.
La pochette de mon exemplaire avec sa paix en conserve est signée Laura Dunn, une artiste de Biddeford, où elle a notamment exposé cet été au Franklin Street Art Space. Je me demande bien qui a hérité des pochettes signées Paulette...

Il y a plein de MP3 sur le site de Fly Ashtray.
On peut toujours s'inscrire au Dark Beloved Cloud Singles Club.

22 décembre 2008

CASIO DOG BAND : Casio Dog Band


Réalisé par Pol Cocul à Reims en septembre 1989
Réf : [sans] -- Edité par Vivonzeureux! en France en 1989 -- Hors commerce
Support : cassette
9 titres

Si j'avais été meilleur manager j'aurais peut-être pu trouver un contrat pour ce groupe que j'avais imaginé, fondé, produit et peut-être alors le Casio Dog Band aurait pu obtenir ne serait-ce qu'une fraction du succès des Chiens Chanteurs.
Le concept du Casio Dog Band est né pendant l'été 1989 quand Dorian Feller m'a prêté son synthé numérique portable Casio, bien plus gros qu'un VL-Tone mais aussi plus performant et faisant un très bon usage des techniques numériques en train de se populariser. Ça fait bien longtemps que j'ai rendu son instrument à Dorian et ça fait bien longtemps aussi que l'instrument a lui-même rendu son âme et je ne me souviens plus de quel modèle il était. Toujours est-il qu'il avait quelques fonctionnalités sympathiques, notamment une sélection de sons pré-programmés de qualité (genre Lion, Laser, Robot, Chien...) et quelques morceaux de démonstration comme on en trouve sur tous les instruments de ce type.
Le Casio Dog Band est né le jour où je me suis rendu compte que les morceaux de démonstration se modifiaient en fonction des sons pré-sélectionnés pour les instruments solo. Je crois qu'on pouvait sélectionner deux sons et j'ai fini par me rendre compte que si je sélectionnais le son "Dog" pour ces deux instruments, j'obtenais à l'écoute des titres de démonstration la performance hilarante d'un groupe de chiens !
Le 13 septembre 1989, j'ai procédé sur cassette à l'enregistrement de l'intégrale du répertoire du Casio Dog Band. Je croyais suffisamment en ce groupe pour ne pas hésiter à coller au dos de la cassette l'enregistrement d'un classique du synthétiseur, le Moog indigo de Jean-Jacques Perrey !
Evidemment, le répertoire du groupe est limité à la série de grands classiques pré-enregistrés, de Picnic alla turca de Mozart à Auld lang syne, mais certaines versions sont excellentes, notamment les titres rapides comme la Symphonie surprise de Haydn et le Clair de lune de Debussy qui bénéficient d'effets de boite à rythmes proto-house qui me rappellent Chernobyl baby et plus globalement d'arrangements de grande qualité. Sur les titres plus lents, comme Le beau Danube bleu, le son du vibraphone est assez proéminent, ce qui rappelle les premiers enregistrements de 1955 des Chiens Chanteurs.
Pendant quelques semaines, seules mes connaissances ont eu à subir les assauts du Casio Dog Band, mais courant novembre 1989 j'ai lancé mon émission solo Vivonzeureux! et, à l'approche du Noël, le 18 décembre 1989, j'ai diffusé pour la première fois un titre du Casio Dog Band, de circonstance puisqu'il s'agissait bien sûr de Jingle bells.
C'est alors que j'ai eu l'idée de consacrer une rubrique régulière à ce groupe canin. J'ai alors réenregistré leur répertoire en leur consacrant une cassette spécifique, visiblement conçue comme une cassette démo pour démarcher les labels. Cette cassette, dont la jaquette a pris l'eau, probablement dans le grenier lors de la tempête de décembre 1999, a surtout l'avantage de me rappeler la composition du groupe, que j'avais complètement oubliée : le Casio Dog Band était un duo composé d'un cocker, Phil, et d'un épagneul, Raoul. Les noms de baptême des chiens étaient un clin d'oeil à Phil Sex et Raoul Ketchup, les fondateurs de Rock Comptines avec Denis K7, Rock Comptines étant l'autre émission à laquelle je participais en cette saison 89/90.
Une fois épuisé le répertoire d'une petite dizaine de titres de démonstration proposés par Casio sur le synthé, j'ai réemprunté l'instrument de Dorian avec dans l'idée de programmer une suite à ces aventures, mais j'ai vite renoncé, les arrangements basiques que j'étais en mesure de composer ne rivalisant pas avec la qualité et la complexité de ceux proposés par Casio.
Je regrette simplement de ne pas être en mesure techniquement de vous proposer aujourd'hui de danser sur Surprise symphony ou Clair de lune ou d'écouter une des quatre versions (avec variations de rythme) de O when the saints : je n'ai pas sous la main de platine K7 avec sortie audio et je ne peux donc pas pour l'instant proposer de titres du Casio Dog Band dans le radio-blog...

Mise à jour à 15h le 22 décembre 2008 :
Effectivement, je n'ai pas le matériel pour numériser correctement la cassette du Casio Dog Band mais je sentais bien que c'était nécessaire de vous donner l'occasion d'écouter mes titres préférés du groupe.
Alors, pour répondre à l'impatience légitime d'Olivier, j'ai fait les choses comme je sais les faire, pas comme il faut. Je vous passe les détails, mais disons que ça a notamment consisté à approcher le mini-magnétophone mono à piles Panasonic qui m'a notamment servi à enregistrer des concerts au Living Room du haut-parleur d'un Macintosh...

Clair de lune de Debussy par le Casio Dog Band :
Surprise symphony de Haydn par le Casio Dog Band : Picnic alla turca de Mozart par le Casio Dog Band :

21 décembre 2008

LES CHIENS CHANTEURS : Hot dog rock and roll


Offert par Philippe R. à Nantes le 6 août 2008
Réf : A 75.305 -- Edité par RCA en France vers 1956
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Hot dog rock and roll (Au clair de la lune - Frère Jacques, etc...) -- Hot dog boogie -/- Pat-a-cake - Three blind mice - Jingle bells -- Oh ! Susanna

Si Philippe a pensé à moi lorsqu'il est tombé sur ce disque sur un vide-grenier nantais cette année et s'il a décidé de le prendre pour me l'offrir, c'est parce qu'il se souvient du Casio Dog Band, un groupe que j'avais lancé et qui a fait les beaux jours de la première saison de l'émission Vivonzeureux! en 1989/1990.
Si à l'époque je me doutais bien qu'il y avait eu des numéros de cirque avec des chiens chanteurs, comme il y a eu des dresseurs de puces, je n'imaginais pas qu'un groupe de chiens chanteurs avait eu un succès énorme dès 1955 et encore moins qu'ils avaient au moins un titre en commun dans leur répertoire avec le Casio Dog Band, Jingle bells.
A l'origine des Chiens Chanteurs (connus sous le nom de Singing Dogs dans le monde anglo-saxon, oeuf corse !) il y a Carl Weismann (1906-1999), un ornithologue danois très très réputé, notamment pour la qualité de ses enregistrements de chants d'oiseaux. La légende veut que, puisque évidemment dans la nature il y a de nombreux bruits parasites, Carl Weismann se soit retrouvé un jour, après avoir fait le tri à coups de ciseaux dans ses enregistrements, avec, d'un côté des chants d'oiseaux et de l'autre des aboiements de chiens. Il se serait ensuite amusé, en jouant sur la vitesse de défilement de la bande, en réenregistrant et en faisant un travail de montage, à produire les premiers enregistrements des Chiens Chanteurs (la face B de ce disque) qui, édités en 78 tours aux Etats-Unis, ont connu un grand succès en 1955 (n° 22, 7 semaines dans le Top 100), succès réédité à Noël 1971 après que Howard Smith ait matraqué un exemplaire d'occasion du disque original dans son émission de radio : RCA a alors ressorti Jingle bells et en a vendu 420 000 en trois semaines et plus d'un million en tout.
Par contre, le deuxième 45 tours des Chiens Chanteurs, Hot dog rock and roll, sorti en 1956, n'a pas du tout marché mais, si l'on en croit les auteurs du livre 45 RPM, ce 45 tours mérite quand même de rester dans l'histoire, puisqu'il fut choisi par RCA, au détriment d'Elvis Presley (!) enautres, pour être le premier 45 tours de rock and roll à pochette illustrée !!
Cette édition française regroupe donc les deux (seuls ?) singles des Chiens Chanteurs. Malheureusement, mon exemplaire a en partie fondu et les deux débuts de face sont à peu près inécoutables. Il est évident cependant que les deux medleys, l'original avec Jingle bells et Hot dog rock and roll, ne sont justement pas les deux titres les plus intéressants. Hot dog boogie, accompagné par un vrai groupe encore très jazz, est excellent et j'aime aussi beaucoup, dans un autre style, la version d'Oh ! Susanna.

La face A du single original.

20 décembre 2008

WIRE : Wire on the box : 1979


Acquis par correspondance chez Posteverything en Angleterre en novembre 2004
Réf : PF7TV -- Edité par Pink Flag en Angleterre en 2004
Support : DVD 12 cm & CD 12 cm
20 titres + 1 interview

J'avais décidé que je me méritais bien de m'offrir un cadeau et mon choix s'était porté sur ce Wire on the box, un document d'archive édité par Wire sur son propre label. Il faut dire que j'aime bien cette idée d'associer un DVD musical avec le CD de sa bande sonore et puis, je n'ai jamais vu Wire en concert et, même si ma première rencontre avec un souvenir live du groupe, le désastreux Document & eyewitness enregistré en 1980 lors du dernier concert de leur première période, m'a laissé un goût amer, j'espérais bien que ce concert enregistré le 14 février 1979, pile entre les sorties de Chairs missing et de 154, mes deux albums préférés de Wire, serait beaucoup plus intéressant.
Et je n'ai pas été déçu. Déjà, il y les images, enregistrées pour l'émission Rockpalast en Allemagne, une émission qu'on connait en France parce qu'Antoine de Caunes en a rediffusé quelques éditions au début des années 80 dans Chorus (je ne pense pas que ce concert de Wire en ait fait partie).
Après une courte introduction par le présentateur, Wire attaque Another the letter, un titre qui, comme dans la version studio, est terminé au bout d'une minute, ce qui laisse un instant le public interloqué avant qu'il se mette à applaudir, mais ce qui est suffisant pour que je me sois rendu compte d'une chose : je n'avais jamais auparavant vu Wire en action ! Certes, j'ai vu des photos de Wire, dans des magazines ou des livres mais pas en gros plan au recto des pochettes de disque, ce n'est pas le genre de la maison, mais là, voir le groupe filmé sur la durée c'est tout autre chose, et c'est suffisant pour en savoir tout de suite beaucoup plus sur l'apparence et la personnalité des membres du groupe, qui sont très contrastées.
Les deux musiciens le plus en avant sont les deux vocalistes. Le chanteur principal et guitariste Colin Newman, en chemise blanche et cravate stricte, une tenue qui pourrait définir le stéréotype du jeune homme chic de la new wave, sauf que, comme j'imagine pour Ian Curtis ou Philippe Pascal, cette tenue ne suffit pas à contenir l'énergie et les émotions du chanteur, loin d'être un frêle intellectuel, dont les veines saillent du cou solide lorsqu'il chante.
Graham Lewis, le bassiste et chanteur, je n'avais aucune idée de son apparence physique. Avec sa combinaison design et son côté brun ténébreux, il aurait pu être la "rock star" du groupe. Je n'imaginais pas non plus son importance dans le groupe en tant que chanteur : à deux voix avec Colin Newman c'est souvent très efficace, comme sur Practice makes perfect et Being sucked in again par exemple, et surtout, il a fallu ce DVD pour que je découvre que Blessed state, un de mes titres préférés de 154, était chanté par Lewis et non pas par Newman !
Le guitariste Bruce Gilbert semble être la discrétion même. Habillé en noir, abrité près de son ampli, caché derrière les deux autres, cela ne l'empêche pas de sortir des sons aussi impeccables qu'improbables de sa guitare ni d'être le seul auteur — paroles et musiques — de certaines des chansons interprétées.
Le batteur Robert Gotobed pourrait être une caricature de batteur : grand, sportif, son look tranche avec celui, assez strict de ses compères : au bout de dix minutes il quitte son tee-shirt gris informe pour jouer torse nu. En-dessous, il est en pantalon de survêtement recouvert d'un short ! Sauf qu'on s'attendrait à ce qu'il soit extraverti, ce qui ne semble pas du tout le cas : au cours de l'interview qui suit le concert, le présentateur, dont c'est au moins la seconde interview du groupe, se moque gentiment de lui en lui posant directement une question, vu que c'est apparemment le seul moyen de lui arracher quelques mots.
Wire enchaîne 19 titres en moins d'une heure, en se contentant la plupart du temps d'annoncer au public le titre du morceau qui va suivre. Au moment où ils remontent sur scène pour jouer un rappel, un spectateur commet la faute de goût de réclamer I am the fly, ce à quoi répond assez froidement "We don't play requests", et le groupe enchaîne alors sur Pink flag, le morceau-titre de leur premier album et le seul extrait qu'ils ont joué ce soir-là de ce "vieil" album sorti quinze mois plus tôt ! Le reste des titres se répartit à part à peu près égales entre extraits de Chairs missing, sorti six mois plus tôt (on apprend dans l'interview que c'est la première fois ce soir-là qu'ils interprètent sur scène l'excellent Heartbeat) et titres alors inédits, pour la plupart déjà enregistrées comme démos le 14 décembre 1978 (éditées sur Behind the curtain) et sortis dans les mois suivants sur le single A question of degree et sur 154.
Au bout du compte, le CD de Wire on the box est un album live d'excellente facture et le DVD, la seule apparition télévisée vraiment conséquente du Wire de l'époque qui subsiste, un document d'archive inestimable, notamment pour les fans français du groupe qui n'ont quasiment pas eu l'occasion de les voir en action : si on en croit la gigographie disponible sur leur site, le seul concert français du Wire première époque a eu lieu un mois après celui-ci, le 11 mars 1979 à Paris, dans le cadre d'une tournée en première partie de Roxy Music !

Ce disque est en vente chez Pink Flag.

14 décembre 2008

SORRY : Oh !! Cathy


Acquis sur la braderie/brocante d'automne d'Ay le 26 octobre 2008
Réf : 20 97994 -- Edité par Kiswell en France en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Oh !! Cathy -/- You're leaving

Ce 45 tours fait partie du lot de sept 45 tours que j'ai achetés sur un même stand à Ay cet automne, parmi lesquels figurait notamment celui de Pro Cromagnum.
Je n'avais absolument jamais entendu parler de ce groupe Sorry. Si j'ai acheté ce disque c'est bien sûr à cause de l'intrigante mention "New wave disco" sur la pochette. D'autant plus intrigante que, si le disco a influencé énormément de monde à l'époque et s'est infiltré sur les disques d'artistes aussi divers que les Rolling Stones ou Blondie, pour n'en citer que deux, je n'ai pas connaissance d'un sous-genre ou d'une étiquette associant particulièrement la new wave au disco même si, j'en conviens, l'influence du disco était quasiment partout en 1978-79.
Enfin bref, Sorry semble être le groupe d'un seul album et d'un seul single, celui-ci, qui en est extrait. Je ne sais pas ce qu'il en est de la version longue Discomix sortie en maxi, mais la très bonne nouvelle c'est que Oh !! Cathy n'a absolument rien de disco et qu'en plus elle s'avère être une bonne chanson !
A première écoute, sans connaître la date de sortie et sans avoir vu la mention de la pochette, je n'aurais pas spontanément associé Oh !! Cathy à de la new wave : la principale concession au son de l'époque c'est que la petite mélodie insistante qui fait toute la chanson est jouée aigüe avec un synthé ou un séquenceur. Le tempo est moyen, la rythmique c'est de la guitare saturée, ce qui fait qu'on est dans un schéma pas très loin du Jacno en solo, mais le chant a un vague côté Rod Stewart (D'ya think I'm disco ?) et au bout du compte ce que je trouve comme comparaison qui correspondrait le mieux à ce titre c'est un amalgame de Pop muzik et M factor, les deux faces du 45 tours le plus célèbre de M (le groupe de Robin Scott bien sûr, pas le fils de Louis), qui date aussi de 1979 (Mais Oh !! Cathy est daté 1978 sur la pochette). Pas un chef d'oeuvre, loin de là, mais une bonne surprise et une chanson qui accroche bien et reste dans la tête avec son refrain "Oh !! Cathy" et sa ritournelle synthétique.
Evidemment, faut pas rêver, ça se gâte énormément sur la face B. You're leaving est une ballade rock à grand renfort de violons, de descente de toms de batterie, de chant haut perché et de choeurs encore plus aigus. Le slow rock dans toute son horreur, sans intérêt pour moi mais sur lequel les nombreux fans du tube Lover why de Century seraient bien avisés de jeter une oreille : en effet, il se trouve que Sorry était le projet de Paul Ives, parolier et producteur (décédé en 2007, apparemment), dont le principal fait d'arme est d'avoir travaillé pour Century, groupe de Hard FM français auteur de ce tube "immortel" en 1985. Or, il suffit de remplacer les violons de You're leaving par des synthés et on a, avec six ans d'avance, le prototype parfait de Lover why !
Sinon, la pochette de ce disque conserve quelque chose d'énigmatique. Je n'arrive pas à lui trouver un sens, si ce n'est qu'il y a probablement un aspect homoérotique à cette sculpture — peut-être en papier maché — d'un mec au jean moulant ouvert et en bottes américaines (un look assez disco pour le coup) qui tient par l'épaule et qui est attaché à un buste identique mais sans bras. C'est peut-être plus flagrant encore sur la pochette de l'album où l'on voit que la sculpture était posée à l'origine sur un canapé.

(Vous l'aurez compris, Oh !! Cathy n'a absolument rien de commun avec le Oh Catherine de Pere Ubu...)



La pochette de l'album de Sorry

12 décembre 2008

LES FRERES NUBUCK : E.P. 3 titres Preview


Offert par Sorry But Home Recording Records par correspondance en France en décembre 2008
Réf : [sans] -- Edité par Sorry But Home Recording en France en 2008
Support : 1 fichier Zip comprenant 3 fichiers MP3 et 1 fichier JPG
Titres : In meiner Garage (Wie Ribery) -- L'oeil de Moscou -- Seconde main

Je n'aime pas trop faire ce genre de grande déclaration à l'emporte-pièce, mais à mon sens et sans conteste Les Frères Nubuck sont le groupe français le plus injustement sous-estimé des années 2000.
Les frangins Chris Gontard et Rémy Chante ont atteint ensemble une certaine maturité musicale dès l'album Chez les nudistes en 2004. On peut comprendre que la pochette et le titre de cet album et du EP qui l'accompagnait (Les culs nus) aient pu avec leur côté grosse blague occulter la qualité de ce disque, qui justifie pourtant pleinement le slogan du groupe, "Bombe pop artisanale", mais l'album suivant, Chaque vivant est un mort en puissance, aurait dû permettre aux Frères Nubuck d'éclater au plan national et de toucher un public au-delà de son réseau indé du sud-est avec des connections belges.
Après tout, on a là un groupe complet, avec deux auteurs-compositeurs de talent, qui écrivent en français et composent en intégrant et ingérant 50 ans d'histoire de la pop-music, un grand groupe de scène avec un vrai showman comme chanteur. Franchement, si j'étais directeur artistique d'un gros label (si ça existe encore), cela fait longtemps que j'aurais fait bien plus que de m'intéresser de près aux Frères Nubuck pour leur donner l'assise populaire qu'ils méritent.
Au lieu de ça, sous prétexte que leur label Sorry But Home Recording édite leurs disques en édition limitée sur CD-R, la presse nationale semble au pire les ignorer ou au mieux relègue les chroniques de leurs disques au rayon des auto-productions. Je rage...
Mais, enfermés dans leur Good Morning Twist Studio, les Nubuck ne lâchent pas l'affaire. Cet été, ils annonçaient sur leur blog MySpace la diffusion d'une série de EPs en prélude à un nouvel album, avec des nouveautés, des démos et des sessions live. Je ne suis pas sûr qu'il y aura effectivement une série de EPs, mais en tout cas les Nubuck proposent depuis le début de ce mois en téléchargement libre sur leur site cet EP de trois titres qui donne un avant-goût de leur nouvel album, Disque mineur, fin de règne animal, annoncé pour janvier 2009 et on ne saurait trop les remercier de ce cadeau.
Si j'en crois la numérotation des MP3 fournis, In meiner Garage (Wie Ribery) ouvrira l'album. C'est un titre pop très accrocheur, comme la chanson Chez les nudistes en son temps, mais en plus rapide et encore plus dansant. L'accroche commence avec une ligne de cuivres et une ligne de basse façon Motown, mais les guitares électriques sont aussi bien présentes sur le refrain.
Les paroles sont encore une fois excellentes. Elles accrochent sans raconter une histoire linéaire. Au début, on se croirait encore dans l'album précédent, dont le thème central était la mort et la maladie (Il est question de broche, d'écrous dans l'os, de cicatrice, de ganglions,...), puis vers le milieu de la chanson on prend la tangente ("Depuis dix ans j'apprends la guitare dans mon garage"). Une fois de plus, il faudrait montrer les textes des Nubuck en exemple à tous ces groupes francophones qui préfèrent nous imposer de mauvaises paroles en anglais (mal prononcées souvent) plutôt que de se risquer à nous proposer des paroles en français qu'on risque de comprendre.
L'enchaînement avec le deuxième titre est tellement réussi, même si cela ne sera pas le cas sur l'album, que lors d'une écoute distraite il a fallu que je regarde le numéro de piste sur le lecteur CD pour savoir où j'en étais. L'oeil de Moscou est plus atmosphérique, avec des vocaux raconteurs/déclamatoires, mais aussi et toujours un travail impressionnant d'accompagnement musical, avec notamment de la trompette quasi-mexicaine, plus Calexicaine que Jouvinienne.
Avec Seconde main, on revient à de la bombe pop comme les Nubuck en sont grands pourvoyeurs. Les paroles parlent d'avoir envie de baiser des filles mais abordent aussi la question de la réussite et du succès ("Quand je regarde ma vie de façon chronologique, et ben y'a rien qui fout la trique. Je rêvais d'une ascension fulgurante et au lieu de ça c'est la descente". On dirait du Miossec chanté sur un ton guilleret, si c'est imaginable. Les deux autres titres du disque abordent plus ou moins aussi ce thème, mais avec à chaque fois un angle et une situation différents. J'espère simplement que les prochains disques des Nubuck traiteront des affres du succès, un peu comme ce tube des Streets, When you wasn't famous, dont ils ne sont pas si éloignés que ça.

Hier, Les Frères Nubuck jouaient à domicile, à Grenoble, avec Perio en première partie. Du coup, le gratuit culturel local Le Petit Bulletin leur a consacré sa couverture et un article en deux parties (ici et ).
Cet EP peut être téléchargé ici.
Les disques Sorry But Home Recording sont notamment disponibles sur leur site, mais aussi en CD ou en téléchargement chez CD1D.

Ajout du 1er décembre 2009 :

A l'occasion de leur concert à Grenoble le 27 novembre 2009, France 3 a consacré un sujet aux Frères Nubuck.

08 décembre 2008

THE SABRES OF PARADISE : Wilmot


Offert par Eric B. à Châlons-en-Champagne le 8 novembre 2008
Réf : WAP 50 CD -- Edité par Warp en Angleterre en 1994
Support : CD 12 cm
Titres : Wilmot -- Wilmot (Wilmot meets Lord Scruffage) -- Siege refrain -- Wilmot (Edit)

Voilà un titre que je connais pas coeur, vu qu'il a été l'indicatif de mon émission de radio Vivonzeureux!, mais que je n'avais jamais eu dans ma discothèque avant que mon frère ne me l'offre, car j'avais utilisé à l'époque pour enregistrer mon indicatif l'exemplaire de l'album Haunted dancehall, dont ce single est extrait, que La Radio Primitive avait dans sa discothèque.
La version ici qui se rapproche le plus de celle de l'album, c'est la piste 2, avec sa basse synthétique et le côté sautillant de la mélodie qui est bien accentué. C'est une version remixée par Scruff, alias Steve Gilder (à ne pas confondre avec l'artiste Ninja Tune Mr. Scruff, sauf erreur de ma part), le producteur de l'album, et c'est une ironie savoureuse d'entendre un remixeur remixé de cette façon puisque la particularité des Sabres of Paradise était d'être un groupe formé par le célèbre remixeur Andrew Weatherall accompagné des ingénieurs du son Jagz Kooner et Gary Burns.
Andrew Weatherall a sauvé à lui tout seul la carrière de Primal Scream en remixant de lui-même la ballade I'm losing more than I'll ever have qui figurait sur le désastreux deuxième album du groupe. Pour les avoir vus sur scène à Paris début 90 dans la tournée qui a suivi la sortie de cet album, avec le guitariste en pantalon moulé satiné façon hard-rockers, le groupe était mal parti avant que Weatherall ne leur offre Loaded puis produise Come together et l'album Screamadelica (même si ma version préférée de Higher than the sun restera à jamais celle produite par The Orb).
A cette époque, Weatherall est devenu très à la mode. Avec Aphex Twin par exemple, il fait partie de ces DJs qui ont accepté de remixer un nombre incalculable de morceaux, alternant le génial et le pire, et surtout en profitant parfois pour se foutre ouvertement des groupes ou des labels qui les avait embauchés, et du public qui achetait les disques sur la seule fois de leur nom par la même occasion, en ne gardant rien du titre original, ce qui en soi n'est pas un problème quand le remix est bon, mais qui en devient un quand on obtient une bouillie sonore avec une grosse basse et quelques boucles rythmiques qui s'étire sur six minutes (Weatherall) ou une séquence de blips et de rythmes saccadés sans queue ni tête (Aphex Twin).
Mais, de ce que j'en connais avec The Sabres of Paradise puis Two Lone Swordsmen, Andrew Weatherall c'est plutôt bien tiré de l'exercice quand il est passé de l'autre côté de la barrière et il a sorti d'excellents disques, Wilmot étant mon préféré.
La version "normale" de Wilmot commence par une longue introduction, avec les ingrédients habituels, notamment une ligne de basse bien marquée, qui n'est pas ce que je préfère dans le titre (et le troisième titre du CD, Siege refrain, consiste uniquement en un remix jungle de cette partie...) mais dont le principal intérêt est de faire monter la sauce et la tension avant que n'arrive la petite mélodie aux cuivres qui fait l'accroche et tout l'intérêt de la chanson. Cette ligne de cuivres, c'est la version de Scruff qui la met le mieux en valeur. Elle a un petit côté musique des îles / calypso, mais je n'ai jamais pu en déceler l'origine (c'est plus que probablement un sample, et certainement pas une fanfare d'harmonie qui la joue, comme ce clip pourrait le laisser croire !). D'où qu'elle vienne, cette mélodie a en tout cas un côté folklorique. La preuve, c'est que, aussi étonnant que ça puisse sembler, le morceau que je connais qui se rapproche le plus de Wilmot dans sa construction et sa mélodie, c'est Galop de Cortesia, une musique de danse populaire catalane, dans la version live interprétée par Pascal Comelade et son groupe sur l'album Un tal jazz !

06 décembre 2008

LEONARD COHEN : I'm your man


Acquis chez Emmaüs ou sur un vide-grenier de la Marne vers le milieu des années 2000
Réf : 651522 7 -- Edité par CBS en Europe en 1988
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I'm your man -/- Chelsea Hotel no. 2

Je me souviens très précisément du moment où j'ai écouté pour la première fois des extraits de l'album I'm your man de Leonard Cohen : c'était le 5 février 1988, dans la camionnette de tournée qui emmenait Biff, Bang, Pow! et Momus de Rennes, où ils avaient joué la veille à L'Ubu, au Coatelan à Morlaix.
Cette tournée avait mal commencé — les artistes avaient été bloqués à Plymouth le 3 par une grève des ferrys et le concert de Tours avait dû être annulé — et elle a mal fini, mais c'est une autre histoire.
Le concert de Rennes était donc effectivement le premier de la tournée et tout aurait pu se passer au mieux, mais certains membres de BBP! étaient malades, ils venaient tous de passer une journée entière bloqués au port et ils étaient maussades. Le groupe a pris le prétexte qu'il se retrouvait en première partie du concert et non en tête d'affiche pour extérioriser sa mauvaise humeur : mais quand on sait que la tête d'affiche du jour était Dominic Sonic, gloire locale rennaise, managé alors par Jean-Louis Brossard des Trans, également responsable de la programmation de la salle, on peut tout à fait comprendre et respecter cette décision, complètement sensée ne serait-ce que dans le but de remplir la salle.
C'est probablement ce soir-là que j'ai fait rencontré pour la première fois Momus. Un enregistrement de l'émission Décibels de Jean-Lou Janeir avait été organisé pour lui ce jour-là, mais ça tombait en plein pendant la balance de BBP!, alors on y a conduit Momus (c'était genre la porte d'à côté) et il s'est débrouillé ensuite comme un grand. Il a interprété pour l'émission I was a maoist intellectual et je dois toujours avoir la cassette de l'émission quelque part dans un placard. Il en avait aussi profité pour aller se balader en ville et il avait dû tomber sur Rennes Musique puisqu'il était revenu tout excité à L'Ubu avec la cassette de l'album I'm your man, qui venait tout juste de sortir.
Visiblement, Nick attendait impatiemment la sortie de cet album, mais je ne crois pas me tromper en affirmant que ce n'était pas le cas de la majorité du public. Le précédent album de Cohen , Various positions, remontait déjà à quatre ans et il était passé plutôt inaperçu, tout comme Recent songs en 1979. C'est avec la sortie de I'm your man et des initiatives comme le I'm your fan des Inrockuptibles en 1991 que Cohen allait redevenir cool, comme Mojo l'écrivait ce mois-ci.
Le 5 février au matin, Biff, Bang, Pow! était de meilleure humeur et c'est pendant le trajet que Momus m'a gentiment proposé son Walkman pour que je jette une oreille sur I'm your man. Bien que je sois fan de new wave, moi qui étais resté bloqué sur New skin for the old ceremony j'avoue que j'ai été assez répulsé par le son du disque : la basse un peu funky et les synthés toc de First we take Manhattan, le saxo en intro de Ain't no cure for love, j'ai eu le sentiment que Cohen avait pris tous les mauvais ingrédients musicaux des eighties pour produire son disque... Il faudra plusieurs années, et notamment l'excellente reprise de I can't forget par les Pixies, pour que je revienne m'intéresser à cet album et que je réussisse à oublier certains sons qui restent difficilement supportables encore pour moi aujourd'hui et à apprécier l'immense qualité des meilleures chansons du disque et la voix impeccable de Cohen.
Momus avait lui tout de suite apprécié I'm your man et je ne serais pas surpris d'apprendre, même si le disque n'est sorti que quelques mois plus tard, que certains aspects synthétiques du son de l'album Tender pervert ont été en partie inspirés par cet album.

La chanson I'm your man est l'une de celles que j'aime beaucoup sur l'album et l'une de celles dont le son ne m'a jamais écorché les oreilles. Elle est presque entièrement jouée au clavier, mais avec des sons que j'aime bien et une basse automatique comme je les apprécie. C'est une chanson lente et une chanson d'amour bien sûr, mais pas une bluette, plutôt une de celles où l'amoureux est prêt à tout pour conquérir ou garder son amoureuse, y compris se jeter littéralement à ses pieds même s'il est conscient qu' "un homme n'a jamais fait revenir une femme, pas en suppliant à genoux". La voix de Cohen est grave à souhait. On a l'impression qu'elle ne peut pas tomber plus bas, même si j'imagine bien qu'aujourd'hui quand il chante cette chanson elle est quelques tons plus bas encore.
La photo de pochette de ce 45 tours est la même que celle qui figure sur l'album, sauf qu'elle est plus grande et que la banane que tient Cohen a été colorée. C'est vrai que cette photo assez intrigante de Cohen en costume super classe — comme d'habitude — se tenant debout un fruit à la main dans une sorte de hall ou d'entrepôt est mieux mise en valeur ici que sur l'album. Mais quand même, là on ne voit plus que la banane. Pourquoi alors ? Y a-t-il là un message caché, autre que celui de promouvoir les bananes de Guadeloupe et Martinique (Car c'est bien une banane française que Cohen tient à la main, soyez-en sûr) ?
Oui bien sûr, il y en a un. Si je vous parle de banane sur une pochette de disque de rock, à quoi pensez-vous ? On est d'accord, à l'album The Velvet Underground and Nico de 1966 et à sa pochette signée Andy Warhol. Or, où se trouvait Leonard Cohen en 1966 ? A New-York bien sûr, où il a notamment fait la connaissance de Lou Reed et de Nico. Une fois qu'on a fait ce rapprochement, qui parait évident mais que personne n'a encore révélé à ce jour, tout devient clair et les pièces du puzzle s'ajustent comme par miracle : I'm your man est comme une réponse au I'm waiting for the man de Lou Reed, mais une réponse qui s'adresserait à Nico plutôt qu'à Lou Reed. Je me demande si Lou et Leonard en ont reparlé en mars dernier quand Lou Reed a présenté Leonard Cohen pour son intronisation au Rock and Roll Hall of Fame.
En tout cas, le choix de Chelsea Hotel no 2 en face B de ce 45 tours, que j'avais toujours considéré, comme la sélection de Sisters of mercy en face B de First we take Manhattan comme un choix commercial par défaut du fait que Cohen n'avait pas dû fournir de titres supplémentaires pour les faces B, prend tout sens et vient compléter le puzzle de ce que j'avance. Certes, on sait que Chelsea Hotel est une chanson qui fait référence à Janis Joplin, mias Nico est encore plus associée à celieu, avec son premier album Chelsea girl et le film Chelsea girls de Warhol. Un des vers marquants de la chanson est "Tu m'as dit que tu préférais les hommes beaux, mais que pour moi tu ferais une exception". Nico, elle, n'aurait pas fait d'exception pour Cohen, (selon Mojo toujours elle lui aurait signifié qu'elle préférait les hommes plus jeunes que l'âge qu'avait Cohen à l'époque) et Cohen avait déjà composé à son intention une autre des chansons de New skin for the old ceremony, Take this longing.
Leonard Cohen, Janis Joplin, Chelsea Hotel, Take this longing, Nico, Lou Reed, le Velvet Underground, la banane, Leonard Cohen : la boucle est bouclée, et Cohen est bien notre homme.

A voir, une version live de Chelsea Hotel à Saint Sébastien, enregistrée justement en 1988, l'année de la sortie de I'm your man.

05 décembre 2008

LEONARD COHEN : Lover lover lover


Acquis sur un vide-grenier de la Marne vers 2007
Réf : CBS 2699 -- Edité par CBS en France en 1974
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Lover lover lover -/- Who by fire

Au début des années 80, je connaissais un petit peu la musique de Leonard Cohen, mais grosso modo guère plus que le contenu du premier Greatest hits de 1975 (celui dont la pochette a été fameusement pastichée par Ween), et j'avais déjà mes titres préférés (Bird on the wire, Sisters of mercy, So long, Marianne, Hey, that's no way to say goodbye) parmi lesquels ne figuraient pas spécialement les trois extraits de l'album New skin for the old ceremony à la fin de la face 2. Par contre, dès que j'ai su que cet album de 1974 avait été non seulement produit par John Lissauer, le producteur du premier album de Lewis Furey, mais qu'en plus on y entendait quasiment tous les musiciens de cet album, y compris Lewis Furey lui-même au violon, me suis précipité dessus (1 £ d'occasion à Londres) et c'est devenu un disque important pour moi, même si je me rends compte aujourd'hui que je ne l'ai pas écouté intégralement aussi souvent que ça.
Par exemple, il a fallu la reprise très pure de Who by fire par les Weather Prophets en 1987, en face B de l'édition limitée du maxi She comes from the rain, pour que je prête vraiment attention à cette très belle chanson, qui ne sonne pas comme une prière par hasard puisque Leonard Cohen explique dans les notes de pochette du Greatest hits qu'elle est basée sur une prière récitée le jour de Yom Kippour. Vers la fin de la chanson il y a un break, puis la musique reprend et, pendant cette courte séquence instrumentale où le violon domine on a presque l'impression d'entendre un extrait inédit de l'album de Lewis Furey !
Sur Lover lover lover on n'entend pas du tout le violon, mais c'est l'une de celles que j'ai préférées lors de mes premières écoutes de l'album, avec Is this what you wanted, There is a war, et Chelsea Hotel #2. Le rythme de la chanson est très enlevée. elle démarre avec un petit riff de guitare acoustique, puis la basse et les bongos entrent en scène et portent toute la chanson. On retrouve les mêmes bongos et un rythme très proche sur There is war, mais Lover lover lover bénéficie en plus d'un refrain accrocheur, basé sur la répétition du mot "lover". C'est probablement pour cette raison que, lorsqu'il a adapté — très fidèlement — cette chanson en français en 1975, Graeme Allwright n'a pas traduit "lover". Si j'ai entendu et connu Lover lover lover dans les années 70, ce dont je crois me souvenir, c'est d'ailleurs très probablement via la version d'Allwright.
Je ne crois pas en effet que ce 45 tours ait vraiment été un tube lors de sa sortie. Ça n'a pas empêché les différentes filiales nationales de CBS de l'éditer en Europe avec au moins cinq pochettes différentes, plus des variations !
Je vous conseille cette version en play-back de Lover lover lover sur la Rai Uno en 1975 dans une émission qui semble être l'équivalent italien d'Aujourd'hui Madame et cette version, en direct à la télé mais un peu particulière de Who by fire, qui date visiblement des années 80 mais qui serait très proche de la version studio sans la présence de choristes masculins un peu trop exubérants et surtout du maître du saxophone Sonny Rollins, dont la musique se marie avec celle de Cohen comme l'eau avec l'huile !

30 novembre 2008

GABRIEL DALAR : Docteur Miracle


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 14 novembre 2008
Réf : 460.602 ME -- Edité par Fontana en France en 1958
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Docteur Miracle -- Hé, Youla ! -/- Viens -- Croque-Crâne-Creux

Ça fait bien longtemps que je ne fais plus trop de bonnes affaires à l'Emmaüs de Tours-sur-Marne, du coup j'y vais moins souvent. Depuis l'album de Donovan, à part un EP de Marcel Bianchi plus tôt cette année je suis presque toujours revenu bredouille. Mais en cette saison les vide-greniers se font rares, alors j'ai retenté ma chance l'autre jour et, dès les premiers disques feuilletés, j'ai senti un changement d'ambiance : je venais de tomber sur le This is pop ? de XTC en pressage anglais alors que je n'avais que le pressage français, plus un EP live d'Eddie and the Hot Rods de 76 avec quatre reprises de classiques (enfin un peu moins que ça car le disque a dû être fondu par un mégot et le début de chaque face n'est pas écoutable...). En tout, j'ai ramené neuf 45 tours, dont un Gilles Marchal, un Morrissey et un Bobby Patterson et en plus au moment de payer j'ai vu quelques cartons de CD singles promo à 50 centimes et j'ai fait quelques affaires de plus !
Pour ce qui est de cet EP, j'aurais tout de suite dû réagir à la lecture du nom de Gabriel Dalar vu que j'avais emprunté à la Médiathèque il y a quelques temps le CD Twistin' the rock vol. 1 sur lequel on trouve les huit titres des deux EPs qui constituent son l'intégrale de son oeuvre publiée, ainsi que huit titres de Teddy Raye.
Non, en fait ce qui m'a fait m'arrêter sur ce disque et y prêter attention, ce n'est ni le nom de Dalar, ni la pochette assez moche, mais bel et bien la mention de Docteur Miracle, un titre enjoué que je connais surtout interprété par Jacques Hélian, et Annie Cordy aussi.
Ces temps-ci, je suis bien content quand mes disques sont répertoriés sur le site Amour du rock'n'roll. Ça signifie que j'ai dégotté un disque de rock français des fifties. Ce disque de Gabriel Dalar y figure bien, et, sans le savoir, j'ai bien fait de suivre la recommandation qui y figure : "Parfois le verso d’un EP gagne à être montré".
Et en effet, outre qu'on y apprend par un tampon que mon disque a appartenu précédemment à Louis Parent d'Epernay, le verso nous indique que Gabriel Dalar propose des chansons "choc", qu'il est accompagné par Alain Goraguer et son orchestre et que l'adaptation de l'un des titres est signée Boris Vian.
En me creusant un peu, j'aurais pu deviner tout seul que les notes de pochette signées Anatof de Raspail étaient en fait de Boris Vian, alors directeur artistique de Fontana. Au passage, je connaissais les activités de directeur artistique de Vian, mais jamais je n'aurais imaginé que, en plus de ses compositions, il avait adapté un nombre impressionnant de chansons anglo-saxonnes en français dans les seules années 1958-1959, dont 39° de fièvre, version française de Fever, interprétée en premier par Gabriel Dalar sur son deuxième EP.
La sélection des reprises de ce disque est symptomatique de ce qui se passait visiblement à l'époque : quand les labels voyaient passer une chanson susceptible de marcher ils se précipitaient pour la faire enregistrer par un de leurs poulains. Il y a un paquet de versions de Docteur Miracle, mais c'est le cas aussi pour Viens (reprise de When des Kalin Twins), enregistrée par Claude Piron, le futur Danny Boy, en septembre 1958, puis par Richard Anthony en novembre (sa version ne sera éditée que plus tard) et aussi donc par Gabriel Dalar. Le EP de Claude Piron de 1958 a carrément trois titres en commun avec celui de Dalar (Docteur Miracle, Hé Youla ! et Viens) et, quand on découvre que le quatrième titre est une adaptation de Where have you been Billy Boy ? par Boris Vian, on comprend que le directeur artistique de Fontana n'a pas eu besoin d'aller chercher trop loin pour sélectionner les titres à enregistrer par son poulain Dalar. Et la chaîne continue car le EP Hula hoop sorti en décembre 1958 par Moustache et ses Moustachus chez Barclay, le label qui allait embaucher Vian quelques mois plus tard, a lui aussi trois titres en commun avec celui de Gabriel Dalar.
Musicalement, avec Alain Goraguer aux manettes on sait que la base de l'instrumentation est bien plus jazz que rock : les cuivres sont ici bien plus présents et mis en avant que la guitare. Mais je trouve que les arrangements et les interprétations sont ici très fins et excellents, meilleurs que sur d'autres enregistrements que je connais d'Alain Goraguer.
Ça s'entend par exemple sur Docteur Miracle dans les bruitages qui accompagnent le remède magique du médecin. Pour Hé, Youla !, on entend un peu plus la guitare, mais c'est une chanson que je n'aime pas trop.
Il y a une chose impressionnante avec Viens, c'est que tous les ingrédients du yéyé sont déjà présents, des paroles un peu niaises aux claquements de mains, alors que le mouvement n'éclatera qu'au début des années 60. Richard Anthony et Danyel Gérard, qui sort lui aussi sa version de Viens sur son premier disque fin 1958, en seront deux des vedettes. Gabriel Dalar aura alors déjà abandonné sa carrière de chanteur, mais ce n'est pas un hasard si le magazine Music-Hall de mai 1959 consacre un article à ces chanteurs regroupés sous le terme des "trois agités".
Tout cela est bien beau, mais le clou du disque c'est le dernier titre, Croque-crâne-creux. C'est le plus rockabilly des quatre, mais c'est surtout le plus drôle.
Il s'agit d'une reprise de Purple people eater de Sheb Wooley. Je n'en avais strictement jamais entendu parler, et pourtant ce titre a été un tube énorme qui est resté six semaines n°1 aux Etats-Unis en 1958, vendant alors trois millions d'exemplaires (et cent millions en tout depuis !).
L'histoire est celle d'un monstre extra-terrestre mangeur d'hommes pourpres, qui s'avère pas si méchant que ça. Le genre d'histoire à la Here come the Martian Martians de Jonathan Richman. Vian a transformé le monstre en croqueur de crânes creux et toute l'équipe s'en donne à coeur joie, des bruitages de science fiction à la voix extra-terrestre trafiquée. Vian n'a pas pu s'empêcher de placer une référence à son pote Claude Luter, mais à sa décharge il semble que la version originale comportait effectivement un solo de clarinette.
En tout cas, des disques de chansons "choc" de cinquante ans en parfait état à 30 centimes comme celui-là, je veux bien en trouver toutes les semaines !

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