30 mars 2008

FELT : Compilation



Offert par Philippe R. à Nantes le 24 août 2006
Réf : 206 074 -- Edité par Virgin/Cherry Red en France en 1984
Support : 33 tours 25 cm
Titres : My face is on fire -- Something sends me to sleep -- Trails of colour dissolve -- Red indians -/- Penelope Tree -- The world is as soft as lace -- Mexican bandit

J'étais en train de farfouiller dans les étagères de disques de Philippe quelques heures avant de le reprendre (le train), et j'ai été saisi quand j'ai sorti ce disque de la pile. Sur le coup, j'avais complètement oublié l'existence de ce 25cm que je n'avais pas vu depuis des années. Notant mon intérêt, Philippe a tout de suite décidé de m'offrir ce disque, un cadeau dont la valeur symbolique est d'autant plus grande qu'il avait pris la peine de faire autographier son disque par tous les membres du groupe au soir du concert de Felt à Reims le 21 juin 1986 (Mais il n'avait pas pensé à prendre un feutre indélébile, la signature de Neil Scott est donc effacée ; restent celles, fragiles, de Lawrence, Gary Ainge, Marco Thomas et Martin Duffy), avant d'héberger la moitié du groupe chez lui à Rilly-la-Montagne (lire ici les souvenirs très vagues de Lawrence à ce sujet).
Les raisons pour lesquelles je n'ai pas acheté moi-même ce disque au moment de sa sortie sont multiples. Déjà, j'étais en Angleterre au moment de sa sortie. Ensuite, ce disque, le premier édité en France de Felt, a probablement été tiré à 1000 exemplaires au maximum et on ne l'a pas vu pendant longtemps chez les disquaires. Et enfin, au moment de sa sortie, ayant déjà acquis Pillows and prayers, The splendour of fear et Penelope tree, j'avais déjà 5 des 7 titres de ce disque et mon budget limité impliquait de donner la priorité à d'autres parutions.
Je parierais que cette compilation a été éditée autour du mois de mai 1984 pour étrenner un tout récent contrat de distribution de Cherry Red et pour coïncider avec la parution dans Actuel d'un grand reportage signé Christophe Nick sur les "purs" du rock anglais, avec en vedette les Smiths, les Pale Fountains, Eyeless in Gaza et Felt (Voir la partie sur Felt ci-dessous).
Je suis à peu près sûr également que Lawrence n'a rien eu à voir quant à la décision de sortir ce disque. Deux indices pour cela. D'abord, il n'y a pas de mention de Shangai Packaging Company sur la pochette, ce qui laisse à penser que Lawrence, qui se cache habituellement derrière cet intitulé, n'en est pas responsable, contrairement à l'habitude. Si la maquette de la pochette est très proche de celles de Felt de l'époque, la photo d'un gars en imper sous la pluie aurait mieux convenu pour un inédit de Joy Division. Ensuite, on trouve sur ce disque My face is on fire, une chanson que j'adore, mais que Lawrence semble avoir reniée après sa sortie, au point de l'avoir réenregistrée sous un autre titre en 1984 (Whirpool vision of shame, sur The strange idols pattern and other short stories, beaucoup moins bien que la version originale mais avec la guitare bavarde de Maurice Deebank) et de l'avoir écartée des trois compilations officielles de la période Cherry Red qu'il a supervisées, Gold mine trash, Absolute classic masterpieces et Stains on a decade (Ce qui fait que, outre les différentes rééditions de Pillows and prayers, on ne trouve My face is on fire que sur le CD bonus du coffret sorti en 1993).
C'est pourtant justement la présence de My face is on fire qui contribue à faire de ce disque un résumé presque parfait des débuts de Felt. On y trouve les faces A des trois premiers singles Cherry Red, une bonne face B, Trails of colour dissolve, et trois extraits de The splendour of fear. N'y manque pour être complet qu'un extrait du premier mini-album, Crumbling the antiseptic beauty, Fortune ou Cathedral par exemple, mais la priorité a visiblement été donnée à The splendour of fear, qui était alors le disque le plus récent du groupe.
Je suis bien content que cette parution française exclusive figure désormais dans ma collection au côté de rares autres exemples, comme le Eighties goldies, d'XTC, également édité par Virgin. Mais la compilation de Felt a un énorme avantage par rapport à celle d'XTC : c'est un beau vinyl à un format que j'aime beaucoup, 25 cm, alors que la compilation d'XTC est malheureusement une vulgaire cassette.

Felt dans Actuel n° 55, mai 1984. Article de Christophe Nick.
Felt dans Actuel n° 55, mai 1984. Article de Christophe Nick.

29 mars 2008

DOMENICO MODUGNO : Piove


Acquis sur le vide-grenier de Condé-sur-Marne le 24 mars 2008
Réf : EA 234 -- Edité par Pathé en France en 1959
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Piove (Ciao ciao bambina) -- Farfalle -/- Io -- Come prima

Eh oui, cette année la brocante du Lundi de Pâques de Condé-sur-Marne avait lieu en mars, et la région était sous le coup d'une alerte orange aux chutes de neige depuis la veille. Finalement, la neige n'était pas là au matin, et nous avons pu parcourir, dans le froid quand même, des rues de Condé en partie seulement désertées par les chalands et les passants.
Ce n'est que tout à la fin de notre parcours, bien abrité dans un garage, que j'ai trouvé ce 45 tours niché dans un lot de trois cartons.
Quand je demande autour de moi si on connait Domenico Modugno, tout le monde me répond non. Il y a 50 ans tout pile, il triomphait au Festival de San Remo avec Nel blu dipinto di blu et finissait 3e à l'Eurovision. Ça ne vous dit rien ? A l'époque en France, cette chanson était plus connue sous le tite Dans le bleu du ciel bleu; Dalida, Eddie Barclay, Georges Guétary ou Georges Jouvin en ont sorti des versions. Ça ne vous dit rien ? C'est sûrement parce que, aux Etats-Unis, cette chanson, dans sa version originale et avec ses paroles italiennes d'origine, est devenue un tube énorme qui a remporté le premier Grammy de la meilleure chanson de l'année, sous un titre différent emprunté à son refrain, Volare. Et là, ça devrait commencer à vous dire quelque chose, même si vous n'êtes pas un grand fan des Gipsy Kings, qui ne sont après tout qu'un groupe parmi tant à avoir eu du succès avec cette chanson.
Moi aussi, pendant des années j'ai vu le nom de Modugno sur des crédits de chansons sans y prêter particulièrement attention. Jusqu'à ce que, à au moins deux reprises à la fin des années 80 ou au début des années 90, j'ai la chance d'entendre Jonathan Richman interpréter sur scène en solo une très belle version d'une chanson poignante de Domenico Modugno, Vecchio frack, un titre des débuts de Modugno sorti pour la première fois en 1955.
Je ne sais plus pourquoi, mais Jonathan associait dans sa présentation cette chanson à Victor Borge, un pianiste d'origine danoise réputé pour son humour. En tout cas, avant de la chanter, il expliquait que cette chanson décrivait la ballade solitaire d'un vieil homme bien habillé (le vieux en frac du titre) qui traverse la ville avant d'aller s'enfoncer en marchant dans la mer. En regardant ici et surtout les très bonnes et très sobres interprétations en direct à la télé italienne de Vecchio frack par son créateur, on comprend que cette chanson ait intéressé Jonathan Richman.
Malheureusement, mon EP, qui compile plusieurs 45 tours, est loin d'être aussi bon que Vecchio frack. Piove (Ciao ciao bambina), qui a aussi remporté le Festival de San Remo, en 1959, et a aussi représenté l'Italie à l'Eurovision, est typique de ces chansons lourdement arrangées de l'époque. Elle a aussi été beaucoup interprétée en France, notamment par Dalida et Line Renaud, ce qui vous donne une idée du genre.
J'aime beaucoup mieux Farfalle (Les papillons), avec son refrain "Le farfa-lle-lle".
Io, de 1958, avec sa contrebasse et ses choeurs, est un slow qui a été considéré comme assez bon par l'équipe de Presley pour qu'il l'enregistre et le sorte en single en 1964 : Ask me a été un petit tube pour le King.
Come prima, un classique que Pascal Comelade a enregistré en instrumental et interprété sur scène en version chantée par Roy Paci, est la seule de ces quatre chansons qui n'est pas composée par Domenico Modugno (il a sorti sa version, tout à fait honnête, en 1958, l'année du succès de la version originale).
Au final, je suis bien content d'être tombé sur cette version française en très bon état d'un EP sorti à l'origine en Italie. Mais si vous tombez sur Vecchio frack en 45 tours, pensez à moi...

24 mars 2008

LD BEGHTOL : 69 love songs - A field guide


Acquis par correspondance chez Amazon en février 2008
Réf : 978-0-8264-1925-5 -- Edité par Continuum aux Etats-Unis en 2006
Support : 158 p. 17 cm
9 titres

Si la Médiathèque ne l'avait pas assez rapidement proposé en prêt, j'aurais probablement acheté le triple-album des Magnetic Fields 69 love songs, sorti fin 1999. Il n'est d'ailleurs pas impossible que je finisse par l'acheter, mais je n'aime pas le double-boitier cristal de l'édition européenne (disponible en ce moment pour 12 € chez Glitterhouse), il faudrait donc que je me décide soit pour l'édition américaine en coffret (limitée mais encore trouvable, un peu chère mais avec un livret de 72 pages exclusif) ou pour l'édition en trois CDs digipacks individuels, également chez Merge.
A la place, comme la plupart des gens confrontés à cette masse de 69 chansons d'amour, dont la plupart sont bien mieux que de simples exercices de style, je me suis gravé un CD avec une sélection de mes titres préférés du lot que j'ai arrêtée à 23 titres pour la beauté du geste mathématique et pour remplir le CD. Sauf que ça fait deux jours que je n'arrive pas à remettre la main sur ce disque et que ça m'énerve...
Par intérêt pour la collection 33 1/3, des petits livres consacrés à un album, plus souvent écrits par d'autres musiciens ou artistes que par des journalistes ou des critiques (j'avais déjà celui consacré à Armed forces de Costello par Franklin Bruno), par intérêt pour 69 love songs bien sûr et un peu pour compenser mon piratage du groupe, je me suis décidé à acheter ce 69 love songs - A field guide écrit par LD Beghtol, l'un des chanteurs invités de l'album, également membre de Flare et des Moth Wranglers, et dont j'ai acquis récemment l'album Tragic realism sorti sous le nom de LD & the New Criticism.
La grande réussite de ce livre, c'est que LD ne s'est pas lancé dans la tâche fastidieuse et probablement impossible dans ce format de retracer l'historique de l'enregistrement du disque (principalement dans des studios à la maison, d'ailleurs) ou d'analyser en détail chacun des 69 titres. Il a fait ce travail, bien sûr, mais il nous le livre retravaillé et synthétisé, en deux grandes parties :
Une grosse moitié du livre est consacrée à All his little words, un lexique des mots de 69 love songs. De Iota à Rota (Nino), de Cuckoo à Choo-choo, mais aussi puisqu'il est question d'amour de Kiss à Sex, LD Beghtol butine dans l'univers de Stephin Merritt, l'âme des Magnetic Fields, avec érudition mais aussi avec la dose d'humour et de dérision qui convient.
Les 69 titres sont quand même passés en revue dans la seconde partie, mais là aussi sur un ton très réjouissant avec une courte note technique et des commentaires des membres et amis du groupe.
Il y a même une grille de mots croisés et des annexes, dont bien sûr des listes de chansons. Faute de retrouver mon CD, vous n'aurez pas ma liste des 23, mais je sais en tout cas que parmi mes favoris de 69 love songs, il y a All my little words, Yeah ! Oh, yeah !, Absolutely cuckoo, The one you really love, Long-forgotten fairytale, Meaningless, I think I need a new heart, The night you can't remember.

Le site officiel du livre.

23 mars 2008

JOE JACKSON : Is she really going out with him ?


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres probablement dans les années 1990
Réf : AMS 7459 -- Edité par A&M en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Is she really going out with him ? -/- You got the fever

J'ai ressorti ce disque récemment pour l'exposition Back to 78 à la Médiathèque d'Epernay. Du coup, j'ai regardé la pochette avec plus d'attention que d'habitude et je me suis dit qu'elle était vraiment très réussie : On a l'image devenue très vite iconique de la pochette de l'album Look sharp !, des boots super classes censées représenter Joe Jackson (une photo de Brian Griffin, responsable notamment des pochettes des premiers albums d'Echo & the Bunnymen). En y ajoutant les pieds eux aussi chiquement chaussées d'une femme et ceux d'un gars dotés de pompes dans un état lamentable, les concepteurs ont su parfaitement résumer en une unique image la situation de jalousie décrite dans la chanson, Est-ce qu'elle sort vraiment avec lui ?
En regardant et en appréciant cette pochette, je me suis même demandé si cette photo n'aurait pas précédé celle choisie pour l'album, s'il n'avait pas été décidé au dernier moment de ne garder que la seule paire de boots pour illustrer le sens littéral du titre de l'album, "Aie un look qui claque !", les paroles de la chanson correspondante étant basées sur un jeu de mots, l'expression signifiant aussi "Grouille-toi !".
A la lecture de la discographie de Joe Jackson, il semble bien que la réponse à cette question soit non. Car en fait, quand ce 45 tours est sorti pour la première fois fin 1978, quelques semaines avant l'album, il avait une toute autre pochette :

Ce n'est que six mois après la sortie de l'album et après avoir sorti entre-temps en single les excellents Sunday papers et One more time qu'A&M a choisi de rééditer pour l'été Is she really going out with him ? avec la nouvelle pochette qui faisait référence à celle de l'album. La chanson sera classée 13e au hit-parade anglais. En France, elle passait beaucoup en radio, mais je crois qu'elle n'est jamais sortie en 45 tours.
Is she really going out with him ?, comme le reste de l'album, n'est pas d'une grande originalité. On se situe entre Elvis Costello, Graham Parker et Police, qui débutait au même moment sur le même label, mais la grande force de ce premier Joe Jackson était de comporter un grand nombre de chansons de très bonne qualité, qui synthétisaient parfaitement l'air du temps. La grande erreur de Joe Jackson sera de sortir son deuxième album I'm the man beaucoup trop rapidement, en octobre 1979, avec un rapport bonnes chansons/chansons ordinaires beaucoup moins favorable. Et les chansons ordinaires sans intérêt chez Joe Jackson, ça donne des choses comme la face B You got me, initialement écartée de Look Sharp !, mais qu'on trouve en bonus dans les récentes rééditions CD.
J'ai par contre toujours beaucoup aimé Is she really going out with him ? même si, depuis 1990 et la réédition à succès de The joker de Steve Miller suite à une une pub Levi's, mon appréciation de la chanson de Joe Jackson est un petit peu gâchée par la connaissance du tube de Steve Miller, sorti à l'origine en 1973. Je ne crois pas qu'il y ait un quelconque repompage direct de notes entre les deux titres, ni un plagiat éhonté, mais il y a un petit quelque chose indéfinissable dans la rythmique et le chant qui à chaque fois me fait immanquablement associer les deux titres, au profit du plus ancien bien sûr.

16 mars 2008

SABO : 8 saisons à l'ombre


Acquis par correspondance en France en février 2008
Réf : RUM035 -- Edité par Ruminance en France en 2007
Support : CD 12 cm
12 titres

Quand Bob Morlock m'a proposé de me prêter son exemplaire de ce premier album de Sabo, je l'ai pris vraiment par simple curiosité : je n'attendais rien de particulier d'un groupe formé d'anciens membres de Sloy et de Drive Blind, deux groupes rock bien électriques.
En fait, le premier titre Fatigue à Paris n'était pas terminé que j'étais déjà accroché et avant la fin de l'album j'avais déjà surfé pour trouver l'album à bon prix et passé ma commande !
Il faut dire que ce n'est pas tous les jours que je tombe sur un album qui me plaît de bout en bout, un disque original qui ne renie pas ses influences musicales et s'assume pleinement culturellement avec des paroles en français (une nouveauté pour Armand Gonzalez), ce qui m'évite pour une fois de m'énerver sur l'accent pourri de compatriotes qui plombent leurs disques avec un epéranto de pacotille (dernier exemple en date, The peak de Pokett. Un CD promo à la pochette assez réussie, aux crédits écrits en anglais. Le gars n'avait pas chanté trois syllabes que je savais qu'il était français et que son accent allait rendre le disque insupportable).
Alors, quels sont les ingrédients musicaux qui font que 8 saisons à l'ombre me plaît tant ? Oh, ils sont très simples : guitare électrique souvent twang, guitare acoustique, basse, du chant et des choeurs très réussis, plus de l'orgue, des percussions et un peu de boîte à rythmes.
Il a fallu deux interviews (ici et là) pour que je réalise que l'impression laissée à l'écoute de musique faite pour les grands espaces, que ce soit le désert d'Arizona, la Camargue ou les lieux de tournage en Espagne des westerns spaghetti, était sûrement en grande partie due à l'absence de batterie sur le disque. Elle s'explique aussi par les influences affichées ou ressenties, du Calexico de Road map 98-99 à Ennio Morricone en passant par de l'exotica easy listening (Sabo a démarré en projet instrumental - il en reste plusieurs sur le disque - sur des rythmes de bossa-nova, d'où le nom du groupe). Côté français, je pense à A trip to Tripville, mais aussi, pour rester dans le sud-est de la France où Sabo est installé, au travail solo de Rémy Chante des Frères Nubuck et aussi à l'album Rangés des voitures du Bingo Bill Orchestra.
Il n'y a aucun temps mort sur ce disque, qui démarre très fort avec Fatigue à Paris et 260 jours de vent et se termine en beauté avec Rétrospective d'une vie ("Je marche, je marche, je marche, je marche et je collecte toutes vos merdes, à la pelle"), mais pour moi la séquence la plus forte se situe pile au milieu d'une disque avec l'enchaînement de deux instrumentaux et deux chansons intercalés : La ultima voltà (ché ho visto la mia nonna viva), 7 heures 20 route de Valras Plage, Le train du dimanche soir et Requiem pour un gangster imaginaire.
Voici un album que je savoure à chaque écoute, teintée d'un seul regret, celui de ne pas m'être intéressé assez tôt à Sabo pour venir les voir lors de leurs concerts dans le nord-est de la France. En effet, Sabo est passé par la Lorraine, puis par la Champagne, à trois reprises à l'automne 2007, et si j'avais écouté 8 saisons à l'ombre avant cette date j'aurais tout fait pour aller assister à au moins l'une de ces prestations.

Des extraits de l'album sont en écoute sur le site du label Ruminance et on peut aussi y voir une vidéo bricolée pour Fatigue à Paris.

10 mars 2008

MOSKDL : MOSKDL


Offert par Philippe D. par correspondance en février 2008
Réf : [sans] -- Edité par MOSKDL en [France] vers 2006
Support : CD 12 cm
Titres : [Reverb sucks] -- [Apt people] -- [Horse on the moon] -- [Uncle Fer]

Avant-hier, j'étais en train de préparer mon billet sur Something to do et j'étais donc en plein trip Pastels/Shop Assistants.
A un moment, je sors ce CD gravé de sa pochette cartonnée faite à la main. Visiblement une démo, sans autre information que le dessin avec le nom du groupe au recto et l'adresse de leur page dans l'espace de Rupert Murdoch écrite au crayon de mine au verso. Je mets le disque dans la platine pour l'écouter pour la toute première fois et là, surprise, j'ai l'impression d'écouter un inédit des Pastels période 1984 ! La voix, surtout, rappelle celle de Stephen, mais le chant est presque plus juste. La musique est dans le même esprit aussi, mais la guitare pour le coup a du mal à assurer son solo pour Reverb sucks, mais elle se rattrape avec une partie très réussie à la fin de Apt people. Deux titres plutôt rapides (Reverb sucks et Uncle Fer) et deux plutôt lents, un disque parfaitement équilibré.
Habituellement, je suis incapable d'écouter les clones de Gang of Four, Wire ou d'autres groupes que je connais par coeur, mais là, bien qu'on soit complètement dans l'esprit Pastels, ça passe très bien pour moi.
Alors je suis allé sur la page de MOSKDL, persuadé d'y trouver les Pastels en tête de leur liste d'influences. Raté, puisque c'est Pavement qui se trouve à cette place et les Pastels ne figurent pas du tout dans la liste, où on trouve pourtant tous les suspects habituels en matière de noisy pop lo-fi, de Guided by Voices à Sonic Youth en passant par les Television Personalities, avec même des choix pointus comme les Tall Dwarfs et les Halo Benders, qui prouvent qu'on a à faire à un groupe très cultivé.
J'ai découvert à cette occasion que MOSKDL est un groupe français, ce que pour une fois le chant ne m'avait pas révélé dès les premières secondes, ni après. Il est composé de deux frères, un cousin et un étranger à la famille, qui habitent Paris et Rennes. Si jamais le groupe fantasme sur le concert de Pavement aux Transmusicales de Rennes en 1992, alors qu'eux-mêmes étaient probablement en maternelle ou en primaire, qu'ils se rassurent : c'était pas bien du tout !

Les quatre titres du CD, et deux autres, sont en écoute ici et on trouve une vidéo de Reverb sucks .

09 mars 2008

BUBA & THE SHOP ASSISTANTS : Something to do


Acquis chez Rough Trade à Londres en 1984 ou début 1985
Réf : 002 -- Edité par Villa 21 en Ecosse en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Something to do -/- Dreaming backwards

Même si on compte les gens que je connais, il y a quand même très peu de disques dont j'attendais la sortie avant qu'elle soit annoncée, voire avant même que le disque soit enregistré.
Il y a notamment eu le Visage, et aussi cet unique single de Buba & the Shop Assistants.
Comment j'ai pu attendre la sortie de ce disque, devenu presque instanément un collector, des mois en avance ? Tout simplement pace que, fin 1983 ou tout début 1984, Paul Groovy m'a donné à la Living Room un exemplaire du n° 7 de son fanzine gratuit Groovy black shades et, outre trois pages sur Nikki Sudden et une appréciation des Smiths par The Creation Cowboy (alias Alan McGee), on trouvait page 14 ce court article (cliquer pour l'agrandir) :

Il y est question d'un groupe ultra-éphémère, Only the worst, dont le titre Something to do figurait sur une cassette enregistrée par Stephen Pastel pour Paul Groovy. Le groupe très volatile de David Keegan a ensuite fait un concert sous le nom de Crispy Crunchies avant de se retrouver sans nom mais avec un chien comme manager ! Ce qui avait retenu mon attention, c'est le dernier paragraphe qui annonçait par ailleurs une collaboration à venir entre David Keegan, Stephen Pastel, Aggi (qui publiait le fanzine Juniper Beri-Beri mais n'avait pas encore rejoint les Pastels) et peut-être Dan Treacy et Jowe Head des Television Personalities.
David Keegan avait déjà remplacé au pied levé la batteuse des Pastels pour le concert publié sur cassette par Paul Groovy. Encore quelques années et il deviendrait membre du groupe à part entière.
Des mois plus tard, quand je suis tombé sur ce disque en vente chez Rough Trade à 1,40 £, je me suis donc précipité dessus. J'ai quand même eu de la chance de passer à Londres à ce moment-là car il semble bien que le tirage de ce disque ait été très limité (un site mentionne 500 exemplaires) et il n'a donc pas dû être en vente bien longtemps. C'est d'ailleurs aujourd'hui un disque très recherché.
Finalement, pas de membre des TVP's sur ce disque, juste David, Stephen et Aggi, qui chante Something to do, et deux gars appelés Murray et John, sûrement le batteur et le bassiste mentionnés dans l'article.
Something to do est une très grande réussite. C'est un des meilleurs titres de la galaxie noisy pop C86, dont il est l'un des précurseurs avec les Pastels et Jesus & Mary Chain (dommage qu'il ne figure sur aucune des rétrospectives du genre, comme le CD86 de Bob Stanley). C'est une chanson entaînante et enthousiasmante où tout est parfaitement en place, le chant, les guitares et la batterie, qui suggère même des claquements de main par moments.
Je ne vous dis pas ça pour que vous vous mettiez en chasse pour trouver ce 45 tours à un prix fou (apparemment jusqu'à plus de 100 £ sur eBay), d'autant plus que la face B, Dreaming backwards, est un instrumental, pas particulièrement mauvais, mais pas exceptionnel. Sa principale qualité est quand même de permettre à l'auditeur de souffler un peu avant de se précipiter pour retourner le disque et réécouter Something to do !
Non, Something to do vous suffira et, je ne sais pas combien de temps les liens seront valables mais aujourd'hui on peut l'écouter ici ou .
Buba & the Shop Assistants n'ont pas duré plus longtemps que ce disque mais, quelques mois plus tard, David Keegan revenait avec encore un nouveau groupe, sous le simple nom des Shop Assistants, qui allait durer quelques temps et rencontrer un certain succès.

PS : J'ai indiqué "concert" et "rencontre" pour ce disque. C'est un petit peu exagéré. Je n'ai jamais vu Buba & les Shop Assistants en concert, si tant est qu'il y en ait jamais eu. Mais j'ai vu en concert et rencontré séparément les Pastels et les Shop Assistants, c'est déjà bien !

02 mars 2008

FOUR TOPS : It's the same old song


Acquis sur le vide-grenier d'Aigny le 27 mai 2007
Réf : 2 C006-91598 M -- Edité par Tamla Motown en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : It's the same old song -/- Everybody's talking

Hier matin, je lisais en buvant mon café un billet de Moistworks qui traite grosso modo de l'originalité et du plagiat en art, de l'inspiration et de la copie. Et là, patatras, voilà que je lis, preuve sonore à l'appui, qu'Under my thumb des Rolling Stones serait en partie pompé sur It's the same old song des Four Tops, sorti l'année précédente :
"Les Stones avaient directement repompé les Four Tops, et pas seulement ça, mais ils avaient repiqué une chanson qui était elle-même à propos de la répétition et de la reprise. (...) Pour venger ça, j'ai mis le titre des Four Tops sur une compile intitulée Avant coup" (jeu de mot sur Aftermath, Après-coup, titre de l'album sur lequel figure Under my thumb).
Malgré la misogynie de ses paroles, je considère comme Ben, l'auteur du billet de Moistworks, et comme beaucoup d'autres qu'Under my thumb est un classique du rock et l'une des meilleures chansons des Stones. Heureusement pour moi, cette chanson est tellement inscrite dans mon esprit depuis des années que la révélation de cet emprunt avéré (la ligne de basse de la chanson des Stones reprend quasiment note pour note le riff d'introduction de celle des Four Tops, ça ne m'était jamais venu à l'esprit) ne me gâchera pas l'écoute d'Under my thumb dans l'avenir.
De toutes façons, pour moi comme pour nombre de français de ma génération, It's the same old song est déjà très connoté pour une toute autre raison puisque ce succès des Four Tops de 1965 a été un tube en France en 1971 quand il a été repris par Claude François sous le titre C'est la même chanson. Cloclo avait déjà connu le succès avec un titre des Four Tops dès 1966 avec
Reach out I'll be there, repris sous le titre J'attendrai, mais pour C'est la même chanson et pour plusieurs autres titres de son album de 1971, il est carrément allé enregistrer à Detroit avec des musiciens de Motown, ce qui explique, avec une traduction fidèle des paroles, que sa version se tienne bien et soit très fidèle aux arrangements originaux.
Voilà pourquoi, même trente ans après la mort de M. François (l'anniversaire de sa mort vient d'ailleurs, à un jour près, chaque année parasiter celui de ma naissance !), quand j'entends It's the same old song je pense à Claude et pas à Mick. Il faut dire que ce titre était sur toutes les radios et sur toutes les deux chaînes de la télé, comme on peut le constater ici, et surtout avec un extrait typique des grandes heures de l'ORTF qui voit le playback démarrer et le rideau se lever sur Claude et ses Clodettes bien embêtés car ils n'ont pas de retour et sont bien en peine de commencer à danser !
Indépendamment de tout ce lourd contexte culturel, l'histoire de la création de It's the same old song suffirait à elle seule à garantir à cette chanson une place dans l'histoire de la musique. Car elle a été commandée en toute urgence par Berry Gordy, le patron de Motown, à son équipe pour contrer l'initiative de Columbia qui, suite au n°1 des Four Tops I can't help myself, avait opportunément décider de ressortir un vieux titre des Four Tops qu'ils avaient à leur catalogue pour profiter des retombées de ce succès. En 24 h, la Motown a donc composé, enregistré, mixé, et gravé ce titre pour l'envoyer aux radios ! Non seulement ça, mais sous couvert d'une histoire qui exprime un sentiment universel de nostalgie suscité par la musique (cette chanson qu'on écoutait ensemble ne m'évoque plus les mêmes sentiments depuis que tu m'as plaqué), Holland/Dozier/Holland ont poussé le vice jusqu'à reprendre des éléments de la mélodie et des progressions d'accord de I can't help myself pour prouver que, décidément, c'est bien toujours la même vieille chanson ! N'est-ce pas messieurs les Stones ?
Ce 45 tours, opportunément sorti en France en 1971 pour capitaliser sur le succès de Claude François parce que, si vous avez suivi, c'est bien toujours la même vieille chanson, je l'ai trouvé un jour de veine à quelques pas du stand où je venais d'acheter le Turtles et le Aphrodite's Child, en bon état et pour pas cher (merci Annick d'en avoir pris soin).
Sans le billet de Moistworks, je me serais sûrement contenté de signaler sa pochette à Vinyl Vidi Vici après l'avoir écouté, comme je l'avais fait initialement. Mais du coup le voici ressorti et exposé, avec sa face B, une reprise du Everybody's talkin' de Fred Neil sortie à l'origine sur l'album Still water de 1970. C'est un classique rendu célèbre dans sa version par Harry Nilsson grâce à la BO du film Midnight Cowboy, qui a été maintes fois repris. Cette version, comme les autres, je la trouve sympathique, mais sans plus.

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