27 avril 2008

WC3 : Moderne musique


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne en 1982
Réf : CBS 85856 -- Edité par CBS en France en 1982
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Je me suis intéressé relativement tôt à WC3, pas au moment de la sortie de leur premier 45 tours Contagion / Chic choc sous le nom d'A trois dans les WC quand même (j'ai acheté ce 45 tours à un pro pour 50 centimes il y a 4-5 ans à Epernay : il ne savait visiblement pas ce qu'il vendait...), mais dès le maxi Poupée be-bop qui a suivi, grâce notamment à Bernard Lenoir qui passait souvent What is the price, le titre qui ma fait acheter ce disque. Lenoir invitait souvent Berroyer dans son émission à cette époque et c'est ce même Berroyer qui signe les notes de pochette. Berroyer était rémois, les WC3 étaient de Saint-Quentin, dans le département voisin de l'Aisne, c'est l'autre raison qui a fait que j'ai suivi de près ce groupe.
Mais ce qui compte avant tout, c'est que j'aime beaucoup la musique de WC3, et ce disque m'a suffisamment plu pour que, encouragé par Dorian Feller, j'en écrive une chronique sous le pseudonyme de Stéphane Polarroc pour le magazine Notes début 1983, la première de mes chroniques de disques à être publiée, en même temps que celle du maxi Let's go to bed de Cure, sur lequel j'étais très réservé.


Ma chronique de "Moderne musique" dans le n° 9 du magazine "Notes", mars 1983 (cliquer pour agrandir)

Ving-cinq ans plus tard, cette chronique ne me fait pas honte du tout. Certes, j'y parle plus de marketing et de la pochette que de la musique, mais quand on visite l'excellent site consacré à WC3, on lit justement à propos de cet album : "La pochette de Moderne Musique nous a destroyé. Nous nous attendions à une pochette cartonnée, épaisse, genre des pochettes de Blue Note, mat en plus, et c'est tout l'inverse . . . la communication était un peu dure, un "peu", difficile . . . Mais à l'intérieur de cette pochette, il y avait un poster avec des images de Gassian et de Bouvier. C'est GGN qui avait mis ce mini zine en forme."
Comme quoi je ne m'étais pas trop planté !
Quant au disque, il n'a pas trop pris de rides en vingt-cinq ans. Certes, avec le second album La machine infernale WC3 avait fortement progressé et sorti un disque plus fort et plus abouti, sans contexte l'un des meilleurs disques de rock produits en France dans les années 1980, mais Moderne musique, pris indépendamment, reste un disque excellent. Mes titres préférés aujourd'hui sont Derniers baisers du vautour, Léna et Duchesse.
Malheureusement, les deux albums de WC3 n'ont jamais été réédités et la compilation de la période CBS sortie en 1989 au moment du succès de leur ex-chanteur Reno Isaac est depuis lontemps épuisée. Reste aux fans à se procurer le CD 1978-1980 d'A trois dans les WC, sorti récemment, qui regroupe le premier single et des démos inédites du groupe.

26 avril 2008

JESUS LOVES YOU : After the love


Acquis probablement à Brentwood fin 1989 ou en 1990
Réf : PROCD 2 -- Edité par More Protein/Virgin en Angleterre en 1989
Support : CD 7,5 cm
Titres : After the love (10 glorious years edit) -- After the love (10 glorious years mix) -- After the love (Orbital house mix)

Je n'arrive plus à me souvenir dans quel ordre les choses se sont passées. Je crois que j'ai d'abord découvert ce disque parmi les nouveautés reçues à La Radio Primitive et que je l'ai ensuite acheté en neuf à prix bradé parce que je l'aimais bien. Par contre, je ne sais plus du tout à quel moment j'ai appris que Jesus Loves You c'était en fait Boy George, qui a d'ailleurs écrit cette chanson sous le pseudonyme Angela Dust avec son compère de Culture Club Jon Moss. En tout cas, je crois bien qu'After the love est le seul et unique disque de Boy George que je possède !
C'est le premier single de Jesus Loves You, un pseudo adopté pour mieux faire passer un son plus dance que celui de Culture Club et des premiers disques solo de George, probablement forgé dans les raves et l'ecstasy de la folle année 1988. Les singles suivants, Generations of love et surtout le plaisant Bow down mister ont eu plus de succès, mais ces disques ont été souvent sortis sous le nom de Boy George en-dehors de l'Angleterre pour mieux exploiter sa notoriété.
Dans ces années-là, presque tout le monde faisait de la "dance" et je trouve que ce single a plutôt bien vieilli et en vaut largement d'autres plus réputés.
Ma version préférée est le 10 glorious years mix : après trois premières minutes très pop, où on reconnait bien le chant de Boy George, on part dans une transe légère avec de bonnes trouvailles sonores, dont le rythme de base, un son de violon et des choeurs en dou-dou-dou à la Walk on the wild side. Franchement, alors que ce disque est sorti un an avant Loaded.. et même sans la patte d'Andrew Weatherall, on n'est pas si loin du Primal Scream explosé de Screamadelica ou du Times sous extase de Et dieu créa la femme et Pure (mais je ne pense pas qu'il y ait un rapport entre le pseudo Angela Dust et la chanteuse Angel Dust présente sur ces disques de The Times)
Des grands noms de la scène house sont par contre bien présents sur les autres mixes de cette chanson. Orbital propose une version certes plus techno que l'autre, mais assez bien dosée, surtout par rapport à certaines autres de leurs productions. Quant à la version du 45 tours (non présente sur mon CD mais visible ici), elle était mixée par Norman Normal, alias sauf erreur de ma part Norman Cook/Fatboy Slim.

20 avril 2008

THE BAND OF... BLACKY RANCHETTE : Heartland


Acquis au Record & Tape Exchange de Pembridge Road à Londres le 25 mai 1999
Réf : ZONG 014 -- Edité par Zippo en Angleterre en 1986
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

C'était presque inespéré : en général, quand je partais à Londres avec des listes de disques, il s'agissait de disques parus récemment que je pouvais décemment espérer trouver en vente dans les bacs. Pour les disques d'occasion, c'est au petit bonheur la chance en espérant une trouvaille dans les soldes d'un disquaire ou au fond d'une cave.
Mais cette fois-là, j'étais parti avec une liste très courte en tête de laquelle figurait cet album, le deuxième de The Band of... Blacky Ranchette, le groupe country de Howe Gelb et Rainer. J'avais pourtant depuis quelques années 70% des titres de ce disque, ajoutés en bonus sur l'édition CD anglaise du troisième album, mais j'avais vraiment envie d'avoir ce disque, pour avoir l'occasion d'écouter les titres qui me manquaient (One way ticket et la version originale de Nowhere, Down on these badlands ayant été repris sur les compilations Giant Sandwich et Giant Songs 2) et aussi quand même pour compléter ma collection, incomplète, forcément incomplète mais c'est pas un problème, des productions de Howe.
Heartland n'ayant été édité qu'en Angleterre, c'est quand même bien à Londres que j'avais le plus de chance de tomber sur un exemplaire du disque, même une vingtaine d'années après sa sortie et même si j'étais revenu bredouille de précédentes visites à Londres. La liste n'était donc là que pour me faire penser à chercher dans les bacs "B", mais aussi "G" (pour "Giant Sand") et "R" (pour "Ranchette", on ne sait jamais). Mais je n'espérais pas que, une après-midi tranquille, je tomberais précisément sur ce disque dans la petite boutique de Pembridge Rd de Record & Tape Exchange, une boutique qui appartient toujours à la même chaîne mais qui vend désormais des fringues rétro... Il y était pourtant bien, et depuis un petit moment déjà, vu que son prix avait eu le temps de baisser de 7 à 5 livres. Je paie rarement ce prix pour un disque d'occasion, mais je pense que pour celui-ci j'aurais été près à miser jusqu'au triple.
Mais qu'est-ce qui différencie un disque de Giant Sand d'un disque du Band of... Blacky Ranchette ? La première raison, expliquée par Howe lui-même dans les notes de pochette de Sage advice, c'est que d'utiliser plusieurs noms ça permet de sortir des disques plus souvent. Aucun label n'acceptera de sortir des disques de Giant Sand à moins d'un an d'écart, d'où en partie les parutions sous les noms de Howe Gelb, de Blacky Ranchette, et plus tard d'OP8 et d'Arizona Amp And Alternator.
Mais quand même, Blacky Ranchette a sa spécifité, et c'est la country. Si, même à ses débuts, Giant Sand a produit un rock qui avait au moins un pied dans la country, on pourrait dire que Blacky Ranchette joue plutôt du country rock, en insistant sur la country. Et cela se ressent dans l'instrumentation, puisque qui dit Blacky Ranchette dit Neil Harry à la pedal steel guitar, mais aussi Bridget Keating au violon et évidemment Rainer Ptacek à la guitare slide et au dobro. Mais les frontières sont bien entendues poreuses : Steadfast ici présent avait déjà été publié sur le tout premier disque de Howe, un EP des Giant Sandworms, et il a aussi enregistré Nowhere plus tard avec Giant Sand sur Ramp. Et quand The Band of... Blacky Ranchette se met à jouer des titres rapides, comme ici avec Roof's on fire ou Moon over Memphis, la différence avec Giant Sand est vraiment des plus ténues, même si Underground train bénéficie avec Blacky de choeurs assez gospels que Giant Sand n'aurait pas utilisés à ses débuts.
Ma préférence a tendance à aller vers les titres les plus lents du disque, et donc les plus country, que ce soit Heartland, dont la version originale sur le premier album de Blacky était déjà très bien, mais dont cette seconde version, un peu plus dramatique, en fait un titre à placer de façon incontournable dans toute compilation couvrant la carrière de Howe (bonne chance à celui qui sera chargé de ça un jour, j'espère qu'il aura droit au moins à une cinquantaine de titres s'il ne veut pas trop s'arracher les cheveux) ou Changing heart, la poignante chanson d'amour qui clôt le disque. Je ne sais pas où ils en étaient à l'époque de leur histoire, mais la présence aux choeurs de Paula Brown, la première épouse de Howe Gelb, renforce le poids des paroles : "I guess I'm dreaming, Guess I'm dreaming, Yes I'm dreaming of you I've had a change of heart And I don't know what to do I've had a change of heart My old one's been torn apart By a woman never coming back".
Et qu'en est-il des trois titres qui me manquaient ? One way ticket, un titre co-écrit par le bassiste Jacob Martinez, fait partie des moceaux rapides du disque et il est tout à fait au nivau du reste. Down on these badlands fait partie des titres au tempo plutôt lent, très country sur son rythme à trois temps, avec des choeurs et des parties de guitare et de violon très réussis.
Quant à Nowhere, la version de Ramp en duo avec Pappy Allen, la première que j'ai connue, garde une magie et une force particulières, mais cette version originale avec un jeune Howe seul au chant ne mérite pas de rester indéfiniment perdue sur un disque jamais réédité.
En 2003, avec mes amis Les Petits Sablés, de Nantes, nous avons repris Nowhere en français pour un album-hommage de fans de Giant Sand. Si le coeur vous en dit, vous pouvez trouver Nulle part ici, même si en l'examinant bien cette phrase n'est pas très logique.
Bonne chance à tous les fans de Howe Gelb qui souhaiteraient partir en quête de ce beau 33 tours, vraiment pas facile à dénicher. A ceux qui ne l'ont pas déjà, je conseillerais d'abord de commencer par chercher l'édition originale en CD de Sage advice, celle qui contient en bonus sept titres de Heartland en plus de l'excellent troisième album de Blacky. C'est un disque un tout petit peu moins rare, mais attention, le CD que l'on trouve le plus couramment c'est la réédition américaine chez Restless de la fin des années 90 qui ne contient que les douze titres de Sage advice. Croyez-en mon conseil de sage, celle qu'il vous faut c'est l'édition Demon de 1990 (réf : FIEND CD 181).

Des versions différentes de Nowhere et Heartland figurent sur I can't find my best friend, le disque virtuel de The Band of... Blacky Ranchette et Jonathan Richman que j'ai édité sur Vivonzeureux! Records en 1999.

16 avril 2008

GERARD PALAPRAT : Ô France


Acquis sur le vide-grenier de Tours-sur-Marne le 6 avril 2008
Réf : CBS 5790 -- Edité par CBS en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ô France -/- Un wagon de souvenirs

Ça fait longtemps que je prévoyais de parler d'un disque de Gérard Palaprat ici, mais jusqu'à présent je n'avais pas réussi à me décider, entre le choix évident, le 45 tours tube Pour la fin du monde / Svasti, que nous avions à la maison et dont mon frère et moi aimions beaucoup les deux faces, et des choix plus exotiques tels que Dostoïevsky (avec Gérard sans barbe sur la pochette, mais en superbe pancho orange et bleu), Sais-tu ces grands voyages (Gérard en bottes jaunes assis dans une épave), Il était écrit (pochette à l'aérographe : toutes les pochettes sont visibles ici), ou Tu comprends (pour la photo de pochette montrant Gérard jouant du sitar et surtout pour la face B, Et Dieu viendra jouer des tablas).
Finalement, c'est ce deux titres qui a le premier les honneurs de Blogonzeureux!. J'ai pourtant failli le laisser passer, sur ce vide-grenier frisquet comme presque tous ceux de ce début de saison, vu qu'il est tardif et que sa pochette fait un peu peur, mais j'ai eu la bonne idée de le retourner et le crédit pour la composition de la musique de la face A attribué à Tom Waits (!) m'a suffisamment intrigué pour que j'investisse 20 centimes dessus.

Réglons d'abord son compte au disque lui-même. Avec un titre et une pochette pareille, j'avais raison d'avoir peur.
Ô France est effectivement une ode à la France, la France éternelle, la France des villes et surtout des champs (celle, floue devant laquelle Gérard pose : une ferme du retour à la terre pas rénovée, les pieds dans la boue et le purin). La France de Michel Sardou, quoi, celle qui demande à l'Orchestre de la Garde Républicaine de jouer des airs de Rika Zaraï dans la cour de l'Elysée en l'honneur du Premier Ministre israëlien (source : Le Canard Enchaîné d'aujourd'hui) et celle qui refuse d'obtempérer à de diktat.
Un wagon de souvenirs a le mince avantage d'être plus entraînante. On est plus près de chez Gérard Lenorman que de chez Sardou : "Ma mémoire est un oiseau qui vole dans ma tête, qui m'entraîne et me fait refaire ma vie en marche arrière"...

Reste cette question de la reprise d'une musique de Tom Waits. En 1977, et encore maintenant, Tom Waits n'était pas des plus populaires en France, il s'agit donc d'un choix de composition assez pointu.
Comme je n'ai pas de disque de cette première période de Tom Waits, il a fallu que je mène une petite enquête (avec l'aide de la Médiathèque) pour identifier cette composition.
Il s'agit en fait de Tom Traubert's blues (Four sheets to the wind in Copenhagen), le titre qui ouvrait l'album paru l'année précédente, Small change. Cette chanson est l'une de splus connues des débuts de Tom Waits. Pendant longtemps, il la jouait en clôture de ses concerts.
Elle est aussi réputée pour incorporer des extraits de Waltzing Matilda, une chanson qui est à peu de choses près l'hymne national officieux de l'Australie. J'imagine du coup que c'est aussi en référence à cette chanson le premier mouvement du Street hassle de Lou Reed s'intitule Waltzing Matilda.

Quant à Gérard Palaprat, il est toujours actif. Il est annoncé sur le plateau de Vivement Dimanche de Michel Drucker pour le 4 mai prochain. Allez, tiens, je parie qu'il y sera question de Mai 68, de Hair et du Tibet...

15 avril 2008

MEAT WHIPLASH : Don't slip up


Offert par Creation Records à Londres en 1985
Réf : CRE 020 -- Edité par Creation en Angleterre en 1985
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Don't slip up -/- Here it comes

Meat Whiplash est le groupe d'un seul et unique disque, celui-ci, ce qui en fait un candidat parfait pour les compilations style Nuggets couvrant les années 80. Ils figurent d'ailleurs en bonne place sur CD86, le double CD compilé par Bob Stanley il y a deux ans.
Meat Whiplash, c'est surtout un groupe dont la très courte carrière, l'année 1985 globalement, s'est déroulée entièrement dans l'ombre de The Jesus and Mary Chain. Pas seulement parce que les deux groupes étaient amis et venaient tous les deux d'East Kilbride, la ville nouvelle au sud-ouest de Glasgow qui est désormais la commune la plus peuplée d'Ecosse. Pas parce que la première apparition notable de Meat Whiplash eut lieu le 15 mars 1985, en première partie des Jasmine Minks et de Jesus and Mary Chain à la North London Polytechnic, où ils ont joué un rôle non négligeable dans l'émeute qui a suivi. Mais surtout parce que, moins d'un an après Upside down, les deux faces de ce 45 tours reprennent toutes les facettes de l'identité sonore de Mary Chain : feedback, chant désabusé, ligne de basse primitive, les petits "Ah ah ah" après "You souldn't slip up" qui font très Jim Reid, etc.
Le mimétisme est tel que certains ont cru pouvoir affirmer que Meat Whiplash était un groupe fantôme derrière lequel se cachaient les frères Reid. Ça semble peu probable. Plus souvent, et dès les chroniques du disque à sa sortie, les Mary Chain ont été présentés comme producteurs du disque. Ce que semble confirmer le batteur Michael Kerr interrogé par John Robertson pour sa biographie de Jesus and Mary Chain (Omnibus Press, 1988). En tout cas, il n'y a aucune mention de producteur sur le 45 tours, dont la pochette avec une photo de Robert Vaughn dans Agents très spéciaux (Man from U.N.C.L.E.) a, à juste titre, été très remarquée à l'époque (A propos de cette pochette, toutes les bios qu'on trouve en ligne mentionnent qu'elle a été imprimée par Bobby Gillespie et pliée à la main par Alan McGee, comme si c'était un traitement spécial qu'avait reçu cette pochette. En fait, les vingt premiers singles édités par Creation ont tous bénéficié, pour des questions d'économie, de ces fameuses pochettes pliées en deux glissées dans un sac en plastique. Elles étaient bien imprimées à Glasgow dans une imprimerie où Bobby Gillespie travaillait ou avait travaillé, et les pochettes étaient pliés à Londres, principalement par Alan, mais aussi par Joe Foster ou tous ceux qui traînaient par là. Votre serviteur a lui-même eu l'honneur de passer une paire d'heures pendant une après-midi de début 1985 à plier des pochettes d'Upside down de Jesus and Mary Chain dans l'entrepôt de Rough Trade pour éviter que les disquaires ne se retrouvent en rupture de stock de ce disque, resté pendant des semaines n°1 des charts indépendants).
Ce que peu de gens savent, c'est qu'avant de se décider pour cette pochette efficace avec Robert Vaughn, Meat Whiplash et Creation avaient fait imprimer une première pochette, bien moins réussie. Ils ont dû se raviser au dernier moment et cette pochette n'a jamais été distribuée. Ça a dû être un sacrifice tellement les budgets de Creation étaient riquiquis à l'époque. J'ai récupéré un exemplaire de cette pochette, soit chez Luke de Chromatone Design, qui s'occupait alors des pochettes Creation, soit chez Alan, et au verso de cette pochette originale et inédite, il est précisé, contrairement à la pochette définitive, que le disque est "arrangé" (ah! ah!) et "produit" par Meat Whiplash, ce qui peut laisser un doute sur l'implication des frères Reid.


Recto et verso de la pochette inédite de Don't slip up (document JC Brouchard)

Quoi qu'il en soit, Don't slip up est un témoignage excellent de la première période noisy de Creation, moins bien que Upside down mais mieux que le I'll follow you down de Slaughter Joe alias Joe Foster, pourtant l'homme qui a le premier noyé Mary Chain dans le feedback. Here it comes est sans aucun intérêt.

J'ai fait la connaissance des membres de Meat Whiplash en novembre 1985 au cours d'un séjour d'une vingtaine de jours bien occupés en Angleterre, qui m'ont vu participer à des séances d'enregistrement pour le deuxième album de Biff, Bang, Pow!, qui devait s'appeler Submarines ! (Cet album n'est jamais paru, mais plusieurs titres se sont retrouvés un peu plus tard sur The girl who runs the beat hotel) et partir en tournée pour deux dates avec The Jesus and Mary Chain, Felt et les Shop Assistants !
Entre ces deux événements, j'ai accompagné Dick Green, le bras droit d'Alan, chargé de convoyer une camionnette de location de Londres à Glasgow, puis d'accompagner ("tour manager" serait un bien grand mot pour l'organisation de l'époque) Primal Scream et Meat Whiplash pour deux concerts, à Aberdeen le 14 novembre 1985 et à Croydon, dans la banlieue de Londres, le 20 novembre 1985, en première partie des Weather Prophets.
Nous avons fait l'aller le 13 et nous avons été hébergés à l'arrivée chez Paul et Joogs de Primal Scream à Glasgow. Le lendemain a été une longue journée. A partir de la fin de matinée, nous avons collecté les membres des deux groupes à différents points de Glasgow et d'East Kilbride, ce qui m'a permis de vérifier depuis la fenêtre de la camionnette que ce n'est effectivement pas le genre d'endroit où on rêve de vivre. Après un trajet quand même assez long, nous sommes arrivés à Aberdeen, dans ce club, le Flesh Exchange à l'Hôtel Metro, situé dans une avenue qui montait depuis le bord de la mer (du Nord). Le concert s'est bien passé. Il me semble que nous y avons retrouvé des membres des Jasmine Minks, qui sont originaires d'Aberdeen, mais mes souvenirs sont peut-être flous car la semaine suivante Jim était à Croydon, son domicile londonien, où il m'a hébergé après le concert.
Au retour d'Aberdeen, en pleine nuit, il a fallu faire le périple inverse pour redéposer tout le monde chez soi.


Quelques jours plus tard, le voyage retour Londres-Glasgow, avec dans la camionnette une bonne dizaine de membres agités des deux groupes, a été beaucoup moins calme qu'à l'aller, avec les bêtises habituelles, comme le raid dans cette boutique de station-service qui s'est fait dépouiller de quelques confiseries et de rouleaux de papier WC, vite transformés en longs serpentins sur l'autoroute à l'arrière du véhicule. Il y avait de la musique dans la camionnette, et je me souviens que ça chambrait sec à propos d'un groupe de Glasgow dont je me suis fait préciser le nom : il s'agissait des Soup Dragons alors débutants. On a également écouté ce que j'avais pris pour des démos ou l'enregistrement du prochain maxi de Meat Whiplash. Je pense qu'il s'agissait en fait des quatre titres de la Peel session enregistrée le 15 octobre et diffusée le 28 octobre 1985. A l'écoute de ces quatre titres, on comprend qu'ils n'aient finalement jamais donné lieu à un second single. Seule l'intro de Loss me fait dresser l'oreille : elle semble pompée sur Gut feeling de Devo, avec un bassiste incapable de reproduire toutes les notes.

Deux des membres de Meat Whiplash dans les loges au Croydon Underground le 20 novembre 1985 (Photo : JC Brouchard)
Deux des membres de Meat Whiplash dans les loges au Croydon Underground le 20 novembre 1985 (Photo : JC Brouchard)

Quelques jours plus tard, tout ce petit monde s'est retrouvé au Croydon Underground, avec aussi bien sûr toute la bande londonienne de Creation, pour un concert avec en tête d'affiche les Weather Prophets, qui faisaient leur toute première tournée, Oisin Little et Greenwood Goulding ayant été recrutés tout récemment, après l'enregistrement de Worm in my brain sorti pendant l'été 1985 sur la compilation It's different for domeheads.
Il y avait du monde partout dans les loges (voir la photo de pochette de ma compilation I believe in rock'n'roll), mais à un moment de calme entre les balances et le concert, j'ai été tout surpris d'y trouver Paul, le chanteur de Meat Whiplash, en train de remballer dans son sac le sèche-cheveux avec lequel il venait de retoucher son "brushing". Je crois que c'est la seule fois que j'ai vu un rocker s'apprêter de cette façon avant un concert !

Meat Whiplash n'a donc sorti qu'un seul et unique disque, mais les membres du groupe ont continué par la suite sous le nom de The Motorcycle Boy, après avoir recruté Alex Taylor, l'ex-chanteuse des Shop Assistants. Trois singles sont sortis sous ce nom.

13 avril 2008

PATTI SMITH : Hey Joe


Acquis probablement au Hifi-Club à Châlons-sur-Marne vers 1979
Réf : 2C052-60133z -- Edité par Arista en France en 1977
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Hey Joe -/- Radio Ethiopia (Live version)

Pendant un moment, les maxi-45 tours étaient vraiment rares et me fascinaient assez. Ils étaient chers, certes, mais ça c'est la seule raison d'être des maxis, vendre des grands 45 tours plus chers que des petits 45 tours, mais ils avaient l'avantage d'être rares (je l'ai déjà dit, je sais), différents et souvent de contenir de la musique inédite par ailleurs.
Par la suite, pendant toute la seconde partie des années 80, les singles sortaient systématiquement en 45 tours et en maxi (et aussi, suivant les époques, en cassette ou en CD), et alors j'ai souvent marché marché dans le système pour avoir un maximum de faces B inédites. Mais à l'époque où j'ai acheté ce disque, ou ceux de Ian Dury ou Laurent Voulzy, les maxis c'étaient vraiment des OVNI. Aujourd'hui, je préfère de loin les EP 4 titres bien compacts dans leur petite pochette à ces maxis grands et fragiles dans leur pochette souvent pas épaisse.
Celui-ci, c'est le deuxième disque que j'ai acheté de Patti Smith après le 45 tours Because the night. J'allais dire que c'était aussi le dernier, ce qui est vrai en quelque sorte : je n'ai pas acheté les disques suivants neufs au moment de leur sortie, mais au fil du temps j'ai récupéré les quatre albums de la première période et d'autres singles.
Avant que j'ai le budget pour investir dedans, j'ai longtemps lorgné sur ce disque chez le marchand. La pochette me plaisait bien avec son aspect bricolé au scotch et surtout cette photo de Patti Smith chevauchant ce qui semble bien être un antique cheval à bascule. Et puis, il n'y avait aucun moyen de trouver les deux titres du disque ailleurs : la face A est la réédition de celle du premier single de Patti Smith, sorti en 1974, et la face B est une version live inédite de Radio Ethiopia. Et ce disque n'a été édité qu'en France...
Au bout du compte, je ne regrette pas mon achat, et je ne suis pas près de me séparer de ce disque (pas la peine de me faire des offres...!), mais à l'écoute c'est quand même quelque peu décevant.
Patti étant une poétesse rock, Hey Joe commence par un poème, Sixty days, qui fait référence à Patty Hearst qui, au moment de l'enregistrement en juin 1974 venait de rejoindre l'Armée de Libération Symbionaise qui l'avait enlevée. Ensuite s'enchaîne la reprise effective de Hey Joe, une pâle version parmi toutes les reprises que je connais, de Jimi Hendrix et même jusqu'à Alain Bashung. Tom Verlaine est à la guitare solo, mais c'est surtout le piano de Richard Sohl qui est au premier plan, comme sur l'autre face du 45 tours, Piss factory, que j'ai sur un disque qui n'a rien à voir, la compilation New wave sortie par Vertigo en 1977.
Il se passe beaucoup de choses pendant le plus d'un quart d'heure que dure la version de Radio Ethiopia enregistrée au CBGB's de New-York le 5 juin 1977 (On peut d'ailleurs se demander si le Patti Smith Group a jamais enregistré une version studio de cette chanson car, sur l'album du même titre, Radio Ethiopia est aussi proposée dans une version live, du 9 août 1976), mais malheureusement elles ne sont pas toutes intéressantes, même si, globalement, je préfère cette version à celle de l'album.
Déjà, l'enregistrement commence trop tôt : on a droit à quelques mesures de la fin d'un morceau assez électrique, puis Patti annonce que le titre mettra en vedette un guitariste électrique comme un Jackson Pollock. Mmouais, s'agissant d'une chanson déjà dédiée à Arthur Rimbaud et Constantin Brancusi, on aura compris qu'on écoute de l'art en train de se faire. L'intro guitare/voix est d'ailleurs très bien, comme la harangue électrique à la Doors qui nous mène au milieu de la face. Après, au lieu de s'arrêter là, ça se gâte, avec coupures de rythme et une Smith qui parle, qui dit qu'elle se faisait appeler Smith Smith dans le passé (elle a lu aussi Tintin ou quoi, la Dupont Dupond ?), qui dit au public que s'ils écoutent ça, ils pourraient écouter n'importe quoi, puis elle menace de leur marcher sur la tête sauf que, ouf, "ils" ont installé une barrière magnétique autour de la scène parce qu'ils pensent qu'elle est cinglée ! Gloup, mais, sachant que sa fameuse chute de scène avait eu lieu quelques mois plus tôt seulement, il est possible qu'elle fasse obliquement référence à un corset qu'elle portait peut-être encore alors.
Heureusement, dans les six-sept minutes qui restent il y a les trois plus intéressantes de la face : une très bonne version de Rock'n'roll nigger, un titre alors inédit qu'on retrouverait l'année suivante sur Easter, dans un habillage sonore qui donne à penser qu'il s'agit aussi d'un enregistrement live même si ce n'est pas indiqué dans les crédits. Rock'n'roll nigger n'étant pas crédité sur la pochette, j'ai l'impression que la plupart des discographies omettent de signaler l'existence de cette version.
Aujourd'hui, loin d'être une "nègre du rock'n'roll" et "en-dehors de la société", Patti Smith est d'un âge suffisamment respecté pour avoir été intégrée en 2007 au Rock'n'roll Hall of Fame et être de fait muséifiée dans un temple de l'Art joaillier français, la Fondation Chaumet. Le temps a fait son oeuvre...

12 avril 2008

THE JUSTIFIED ANCIENTS OF MU MU : It's grim up North


Acquis à Paris ou à Reims fin 1991
Réf : JAMS 028CD -- Edité par KLF Communications en Angleterre en 1991
Support : CD 12 cm
Titres : It's grim up North (radio edit) -- It's grim up North (Part 1) -- It's grim up North (Part 2) -- Jerusalem on the moors

En ces temps où le pays est pris d'un panurgisme chtinématographique, il est utile de ressortir cet ultime single des Justified Ancients of Mu Mu.
En fait, Rockman Rock et King Boy D sont probablement les seules personnes au monde à savoir pourquoi ce disque n'est pas sorti sous le nom de The KLF, comme leurs trois ou quatre précédents tubes. Mais cette raison est probablement toute simple : The KLF sortait au même moment la nouvelle version "grand public" de Justifed and ancient, avec Tammy Wynette, alors que It's grim up North est un titre techno-rave qui n'avait aucune chance de marcher autant que Wha time is love ? ou 3 AM eternal.
It's grim up North est d'ailleurs très loin d'être mon morceau préféré des JAMs, mais c'est une bonne blague entièrement basée sur une litanie de noms de villes du Nord de l'Angleterre (qui, selon la tradition, commence à Watford, à 30 km de Londres) et sur les clichés qui s'y attachent, clichés qui sont visiblement très proches de ceux sur le Nord de la France : l'image du Nord c'est du noir et du blanc (comme le clip des JAMs), qui se résume en fait à du gris pluvieux. Le Nord, c'est moche, c'est morne et c'est mort.
Alors que la saison des communions et des mariages débute, je parierais qu'une version en français de It's grim up North, dansée en chenille, pourrait permettre à un émule musicale de Dany Boon de tout casser dans le Nord-Pas de Calais.
Les paroles de ce tube pourraient ressembler à ça :

C'est mort le Nord

Roissy
A1
A16
A26
La Panne

Bruay
Outreau
Ronchin
Le Quesnoy
Bergues

Roubaix
Wattrelos
Stenvoorde
Armentières
Ypres

Liévin
Dunkerque
Hénin-Beaumont
Maubeuge
Douai

sont tous dans le Nord

Calais
Béthune
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C'est mort le Nord
C'est mort le Nord

07 avril 2008

THE B-52'S : Planet Claire


Acquis à l'Intermarché de Saint-Martin-sur-le-Pré vers la fin des années 1990
Réf : 551 210-2 -- Edité par Karussell en Allemagne en 1995
Support : CD 12 cm
14 titres

Je m'étais arrêté pour faire quelques courses en rentrant du boulot et, à peine entré dans le supermarché, je tombe sur quelques CDs en promotion, dont cette compilation des B-52's à un prix tellement bas que je n'ai pas pu m'empêcher de l'acheter. J'avais la plupart des titres en vinyl, mais bon, comme je n'avais pas racheté ces disques en CD ça me faisait une bonne excuse.
Le problème avec les B-52's, c'est qu'on a l'impression qu'ils font partie de ces groupes qui ont donné tout leur jus avec leur premier album. Et, contrairement à d'autres, commes les Young Marble Giants ou Basement 5, ils ne se sont pas arrêtés là. Non pas qu'ils n'aient jamais ressorti de bons disques par la suite, simplement ils se sont imposés dès le premier album avec un style particulier et très reconnaissable, associant des éléments musicaux rétros et parodiques aux prestations vocales si particulières de Fred Schneider et Kate Pierson, et par la suite ils n'ont jamais été capables de faire évoluer ce style : les mêmes gimmicks vocaux et instrumentaux se retrouvent sur tous leurs disques à partir de 1980 et je serais incapable de citer un seul élément qui n'aurait pas déjà été au moins en germe dans le premier album.
Dans ces conditions, avec une idiosyncrasie aussi marquée et n'évoluant pas, il n'est pas étonnant que les B-52's aient très vite donné le sentiment de tomber dans l'auto-parodie, et ce malheureusement dès les premières notes du deuxième album, Wild planet, le titre d'ouverture Party out of bounds sonnant comme un pâle cocktail de Rock lobster mâtiné de Dance this mess around. C'est d'ailleurs dommage que l'entâme de Wild planet soit aussi décevante, car la suite de l'album, à partir du quatrième titre, est bien meilleure et développe quelques qualités propres : bonnes chansons et un son plus rock que le premier album.
Cette compilation des années Island du groupe (jusque 1986) est un disque à prix économique sorti uniquement en Allemagne. Elle tient tout à fait la route par rapport aux trois autres compilations sorties au fil des années, Dance this mess around (1 CD, années Island, très bien), Time Capsule (1 CD, toute la carrière, à déconseiller) et Nude on the moon (2 CD, la plus complète, mais seul le premier CD vaut le coup).
Tel qu'il est, ce disque contient presque toutes mes chansons favorites du groupe. Il fait la part belle au premier album avec six titres, les chefs-d'oeuvre Rock lobster et Planet Claire, plus Lava, Downtown, 6080-842 et 52 girls. On pourrait simplement substituer à cette dernière chanson, sympa mais sans plus, l'indispensable Dance this mess around, qui manque cruellement ici.
Il y a trois titres de Wild planet, le génial Give me back my man, Strobe light et Dirty back road, mais ce dernier titre est vraiment moyen alors qu'il y avait sur cet album un petit bijou, Private Idaho, à rajouter impérativement.
Si on ne devait garder que deux titres du mini-album Mesopotamia, pourquoi s'encombrer de Loveland en plus de Nip it in the bud alors qu'on avait à disposition l'excellent morceau-titre ?
Un seul extrait de Whammy kiss, Song for a future generation, mais c'est un excellent choix et ça m'a permis de redécouvrir ce titre.
Pour Bouncing off the satellites, le choix de Wig est excellent. Rien d'original, mais j'avais assez aimé cette chanson, surtout le solo de guitare/sitar/synthé je ne sais pas, pour en acheter le 45 tours à l'époque de sa sortie. Par contre, Girl from Ipanema goes to Greenland est le seul titre vraiment mauvais du disque et je propose de le remplacer pour finir par le sympatique 53 miles West of Venus de Wild planet.
J'ai pris la peine d'écouter Hot corner, le nouveau single des B-52's qui reviennent avec un album et une tournée après une longue absence. Comme l'exprime parfaitement Mojo dans sa chronique de l'album, on a l'impression d'entendre un groupe sans conviction et sans énergie qui reproduit mécaniquement ses tics musicaux. Dommage, mais j'imagine qu'avec le côté nostalgie ça n'empêchera pas leur tournée de faire le plein. Sans moi, je préfère m'éclater à la maison sur leurs anciens disques.

06 avril 2008

GILLES VIGNEAULT : I went to the market


Acquis dans la Marne dans les annés 1980
Réf : ESC 17666 -- Edité par L'Escargot en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I went to the market (I love you) -/- Faut que je me réveille

Dans ces années-là, la première grosse moitié des années 70, il y avait quelques chansons françaises avec beaucoup de paroles que j'étais capable de chanter de bout en bout, pour le malheur de ma famille et de ceux qui me côtoyaient. De tête, me viennent en exemple Les rois mages de Sheila (sorti en 1971), Gigi l'amoroso de Dalida (sorti en 1974) et ce I went to the market de Gilles Vigneault.
Ce 45 tours ne vient pas de la collection familiale, nous ne l'avions pas mais je l'aimais assez pour l'acheter quelques années plus tard, neuf, soldé à quelque chose comme 5 F.
On se souviendra surtout de Gilles Vigneault pour des titres comme Mon pays ou Gens du pays, mais I went to the market, titre plus léger et néammoins très réussi, a quand même aussi connu un beau succès.
Apparemment, l'idée de la chanson est venue à Gilles Vigneault en entendant un pilote d'avion se plaindre d'être obligé parler en anglais, même avec un francophone, à partir d'une certaine altitude. Il en a tiré sur une base folklorique cette chanson qui aborde le thème du bilinguisme de manière légère mais très efficace, comme il s'en explique bien mieux que je ne pourrais le faire ici (et un pastiche pas très drôle par Thierry Le Luron). L'arrangement et les choeurs typiquement grand orchestre de la version studio ne réussisent même pas à bousiller cette ritournelle entraînante, il y a juste à noter au milieu une reprise instrumentale de la mélodie du refrain avec un instrument qui est soit un synthé soit un cuivre trafiqué.
On peut déplorer que, parmi tous les groupes français qui ont choisi de chanter en anglais parce que "le français et le rock sont incompatibles", il n'y en aient pas plus qui cherchent à exploiter le procédé utilisé ici par Vigneault d'un vers en anglais alterné avec un vers en français.
Allez, tous ensemble :
I must te speak english
À partir de c'te hauteur-là
I love you vous n'm'entendez guère
I love you vous ne m'entendez pas

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