28 septembre 2008

EILEEN : Mon frère le poisson


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 14 septembre 2008
Réf : EP 1002 -- Edité par Disc'AZ en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Mon frère le poisson -- Ni jamais -/- Je cherche un coin de terre -- Texas

Quelques dizaines de mètres après avoir acheté le EP Formidable et celui des Aiglons, et après avoir entre-temps pêché un EP de Léo Ferré avec T'es rock, coco et La langue française pour 30 centimes, je suis arrivé à ce stand où une brave dame était en train de fixer avec application un écriteau en carton pour indiquer que ses deux boites de 45 tours étaient à 50 centimes pièce.
Je m'en veux juste de ne pas avoir demandé à la dame plus de précisions sur la provenance de ses disques. Elle m'a juste expliqué que les 45 tours sans pochette avaient appartenu à quelqu'un (un homme) qui avait un juke-box. Je pense en tout cas que les autres disques venaient d'un commerce car, même si certaines pochettes ont été attaquées par les souris, ils sont pour la plupart en état neuf, avec même une sous-pochette en kraft ou en plastique, ils portent presque tous une étiquette de prix et certains de ces disques des années 60 étaient présents en plusieurs exemplaires.
Au bout du compte, je suis reparti du stand avec une bonne vingtaine de disques, pour la plupart des disques de chanson française des sixties, de Karine à Stella, en passant par Petula Clark (y compris Un jeune homme bien, une bonne reprise de Well respected man des Kinks), Sandie Shaw, et y compris aussi Les Célibataires (avec deux reprises des Beach Boys), les Christy Minstrels et Greyhound.
Dans le lot, j'ai pris les trois disques différents d'Eileen qui s'y trouvaient (j'ai laissé les doubles). Je ne la connaissais pas du tout, mais sachant que l'un de ces disques avait en face A Ces bottes sont faites pour marcher, et que trois autres reprises de Lee Hazlewood se trouvaient réparties sur les six faces, je me doutais que ça pouvait être une bonne pioche et au bout du compte je n'ai pas été déçu de cette découverte.
Avec juste un prénom, j'ai eu un petit peu de mal au début à trouver des infos sur cette chanteuse, mais au bout du compte j'ai fini par en apprendre pas mal sur sa carrière.
Eileen est américaine et pas britannique comme je le pensais. Diplômée de français, on lui a demandé de traduire dans notre langue des chansons du folklore américain. Prise au jeu, elle a décidé d'en enregistrer quelques-unes elle-même. Arrivée à Paris, elle a été soutenue par Lucien Morisse qui l'a aidée à signer chez Disc'AZ. Sa discographie compte au moins huit disques français dans les années 60, plus des publications en Allemagne (et en allemand !). Elle a notamment collaboré avec Michel Colombier et Mickey Baker.
Tout ça sonne un peu comme une série d'heureuses coïncidences, mais ces coïncidences ont sûrement été en partie rendues possibles par le fait qu'Eileen est une enfant de la balle, puisque son père Michael Goldsen est un très grand monsieur de l'édition musicale américaine, fondateur de Criterion Music. Michael Goldsen s'intéressait lui aussi de près à la chanson française (lire ici la belle histoire de comment il a acheté les droits des Feuilles mortes pour les faire adapter en Autumn leaves aux Etats-Unis) et il fait partie des personnes qui ont permis à Lee Hazlewood de signer chez MGM en 1965, ce qui a véritablement lancé sa carrière.
Ce n'est donc pas étonnant que sa fille Eileen se soit retrouvée très vite à adapter en français des chansons d'Hazlewood. C'est d'ailleurs surtout pour son adaptation de These boots are made for walking qu'elle est encore connue aujourd'hui, puisque c'est sa traduction qui fait référence et qui est utilisée la plupart du temps pour des reprises en français. Ces bottes sont faites pour marcher est d'ailleurs à ma connaissance son seul titre a avoir été réédité relativement récemment, sur la compilation Femmes de Paris. Cet EP Mon frère ce poisson est celui qui est sorti juste avant Ces bottes sont faites pour marcher.
Mon frère ce poisson
est une courte fabulette cruelle écrite par Eileen. Il y est question des deux enfants d'un gardien de phare et d'une sirène, une fille et un poisson, donc, dont les chemins finissent naturellement par se séparer. Ils se retrouvent finalement dans un bistrot quand la fille entend "Au revoir ma petite soeur". Ça vient du four car son frère est le plat du jour !
Je cherche un coin de terre est visiblement une adaptation d'une chanson folk américaine (écrite par un certain M. Settle), dont je n'ai pas réussi malheureusement à déterminer le titre original.
On trouve sur ce disque les deux premières chansons de Lee Hazlewood enregistrées par Eileen. Ni jamais est une bonne reprise de So long, babe, interprété notamment par Nancy Sinatra.
A partir des paroles françaises, je n'ai pas réussi non plus à déterminer le titre original de Texas. En tout cas, c'est visiblement à ce titre que font référence la neige et les moufles de la pochette puisqu'il y est question d'un cowboy originaire du Texas perdu dans une plaine lointaine où il neige depuis trois cents jours. Il finit par trouver un piquet auquel il attache son cheval, lequel cheval se retrouve accroché au clocher d'une église une fois la neige fondue !
Eileen n'a quasiment pas sorti de disques après 1968, année qui l'a vu notamment adapter en français Lookin' out my backdoor de Creedence Clearwater Revival. Mais elle n'a pas pour autant quitté ni la France ni le monde de la musique puisqu'elle a fondé en 1982 sa propre maison d'édition, French Fried Music, qui représente en France nombre d'éditeurs indépendants internationaux, qui gère notamment les droits des adaptations d'Eileen et qui travaille avec des grands noms français comme Sylvie Vartan. Alors, Eileen à quand une compilation de l'intégrale des enregistrements des années 60 ?

(Je ne peux que dédier ce billet à la première Eileen dont j'ai fait la connaissance, Eileen Kinnear)

27 septembre 2008

STUART MOXHAM : Fine tuning


Acquis par correspondance chez Downtown Music Gallery aux Etats-Unis vers début 2003
Réf : F7003 -- Edité par Feel Good All Over aux Etats-Unis vers 1995
Support : CD 12 cm
13 titres

Pour l'album précédent Signal path, son premier en plus de dix ans, j'étais tombé dessus un peu par hasard chez Danceteria, mais ce Fine tuning, sorti seulement aux Etats-Unis, je ne pense pas l'avoir vu chroniqué, ni en France ni en Angleterre, et j'ignorais jusqu'à son existence jusque vers 2002, quand je l'ai vu listé dans la discographie de Cardiffians, le site dédié aux Young Marble Giants. Peu de temps après, je l'ai trouvé en soldes dans la page des disques à 10$ de la Downtown Music Gallery et je l'ai commandé.
C'est un disque un peu particulier dans la discographie de Stuart Moxham : comme le précisent les notes de pochette écrites par le patron du label John Henderson, Stuart n'accepterait probablement pas de sortir un "Greatest hits" (quels hits ?), mais il a accepté de sortir cet enregistrement acoustique réalisé live en studio devant quelques personnes, à la fin d'une session pour son album Plan A (for America), selon Moxham lui-même ce qu'il a fait de mieux mais cet album est à ma connaissance toujours inédit.
Par contre, pour cette session qui a donné Fine tuning, le but original était d'enregistrer de simples versions acoustiques de ses compositions, de dépouiller ses chansons et d'enregistrer ces démos pour démarcher des éditeurs.
Cette après-midi là, Stuart a enregistré 30 à 40 titres, souvent réclamés par le maigre public, en ayant besoin parfois de se rappeler des accords ou des paroles des chansons, qu'il n'avait jamais chantées lui-même pour quelques-unes, ou de transposer à la guitare des chansons écrites à l'orgue.
De tout cela, Feel Good All Over a sélectionné 13 titres qui, des Young Marble Giants à son disque le plus récent de l'époque, Cars in the grass, présentent un panorama très large de l'oeuvre de Stuart Moxham et démontrent amplement sa qualité constante d'auteur-compositeur, mais aussi, notamment lors d'une écoute attentive au casque, la qualité de son jeu de guitare et la pureté de sa voix.
On pensait, moi le premier, que ce qui faisait la magie des Young Marble Giants, c'était l'amalgame instable de la guitare et de la basse électriques, de l'orgue, de la boite à rythmes et surtout du chant d'Alison Statton. On se rend compte ici à l'écoute de Final day et de Credit in the straight world que la seule chose indispensable pour faire de Colossal youth un chef d'oeuvre, c'étaient les compositions de Stuart Moxham. Avec juste sa guitare acoustique et sa voix, il rend compte de toutes les nuances de ces chansons, et on en oublie même de se faire la remarque que c'est un mec qui chante à la place d'Alison Statton.
Pour la troisième chanson des YMG, N.I.T.A., je trouve que la sauce, surtout le chant, prend un peu moins bien. C'est pourtant la chanson du groupe qui est la préférée de Moxham.
Avec This is love de The Gist on est un peu moins dépaysé, car la guitare acoustique était déjà très présente sur l'enregistrement original. C'est le seul titre de The Gist présent ici. Il n'y donc aucun extrait d'Embrace the herd. C'est la seule grosse impasse du disque puisqu'on trouve parmi les autres titres des extraits de Random rules et Cars in the grass, et même un titre enregistré par Barbara Manning et deux bons inédits, I wish et One of these days. Que du bon dans tout ça, mes préférés étant peut-être Broken heart blues, Hanging on et Mutual gaze.
En juin 2007, au moment où il sortait son dernier album en date, (Huddle House, en collaboration avec Louis Philippe) et juste avant de refaire quelques concerts avec les Young Marble Giants (le prochain, c'est le 1er novembre 2008 à Nivelles, en Belgique), Stuart Moxham expliquait qu'il vivait au fin fond de la campagne anglaise, en famille avec ses trois enfants, qu'il gagnait sa vie comme moniteur d'auto-école, avait un studio à la maison, faisait partie d'un groupe de "sonneurs de cloches d'église" et jouait des reprises tous les vendredis dans une clinique. A moins d'aller le traquer par là, ou de le suivre sur les scènes des festivals où se produisent les (plus si) Jeunes Géants de Marbre, cet album est le meilleur moyen de s'offrir un concert privé de Stuart Moxham, et une occasion rare de (re)découvrir trois des chansons de Colossal Youth mises à nu. Le disque n'est plus officiellement distribué, mais aujourd'hui encore j'ai pu constaté que de nombreux exemplaires sont mis en vente à un prix tout à fait correct.

21 septembre 2008

FORMIDABLE RHYTHM AND BLUES - MINI PARTY SPECIAL DISCOTHEQUE USA SELECTION EXTRA FOR YOU


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 14 septembre 2008
Réf : 750.023 M -- Edité par Atlantic en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : BILLY GRAHAM : Ooh-poo-pah-doo -- DON COVAY : Shingaling '67 -/- WILSON PICKETT : I'm drifting -- JOE TEX : Show me

Ce n'est qu'après avoir parcouru une bonne moitié du parcours du vide-grenier que j'ai commencé à trouver des disques intéressants. Mais à partir de là, c'est devenu vraiment intéressant.
Sur ce premier stand où j'ai fait mes achats, j'ai demandé le prix des disques à la vendeuse. Elle m'a répondu en me demandant quel était mon prix. J'ai répondu 50 centimes, et elle m'a dit que c'était bien comme ça, en me précisant pour l'anecdote que, le matin même, quelqu'un lui avait répondu en lui achetant un disque 3 €.
Quand j'ai donné ma réponse, j'avais déjà repéré ce 45 tours, et pour faire un compte rond, j'y ai ajouté un EP des Aiglons pas mauvais du tout, Stalactite.
En France, à partir de 1966, la série de compilations de rhythm and blues Formidable éditée par Atlantic a rencontré un grand succès. Il y a eu douze volumes, les premiers de la série, qui avaient une pochette ouvrante, ont été réédités avec une pochette simple dans les années 70. La série avait même des petites cousines (Surboum, Terrible, Incroyable) et les concurrents de Chess ont même édité au moins trois volumes de Remarquable Rhythm & Blues.
On trouve sur l'excellent site français consacré à Otis Redding trois pages de présentation de cette collection.
On voit donc souvent les albums Formidable dans les vide-greniers ou chez Emmaüs. Très souvent, ils sont en piteux état, tellement ils ont servi à animer de soirées ! Par contre, je n'avais jamais vu avant de tomber dessus ce superbe petit EP édité juste après le premier volume pour faire la promotion de la collection, et dont le titre à rallonge, accumulation de slogans et d'expressions qui devaient être à la mode à l'époque, compte plus que probablement une bonne part d'humour.
On trouve, toujours sur le site de Jean-Paul Pécréaux, une reproduction de la chronique par Kurt Mohr de ce 45 tours dans le n°8 de Rock & Folk de juin 67. Inutile de dire que je suis d'accord avec lui pour dire qu'il n'y a rien à jeter sur ce disque.
Ooh-poo-pah-doo, par Billy Graham (and The Escalators, en fait) est une reprise d'un tube de 1960 de Jessie Hill qui est si bonne qu'elle avait été aussi sélectionnée pour ouvrir le premier album de la série. Par contre, les titres de Don Covay et de Wilson Pickett ne sont sur aucun des albums Formidable.
Shingaling '67 est une face A de single, un titre qui, comme le décrit Kurt Mohr, a un groove assez lent qui met un certain temps à se déployer, ce qui ne l'empêche pas d'être des plus efficaces.
I'm drifting de Wilson Pickett, un titre de l'album The exciting Wilson Pickett de 1966, est un peu en-dessous du niveau général de ce disque : l'accompagnement musical et la production ne sont pas aussi bons, ou plutôt pas parfaits comme pour les les trois autres titres.
Show me, un tube de Joe Tex, l'est, parfait. Avec une telle rythmique, je défie quiconque de tenir en place. Le chant et les paroles sont excellents, et la guitare électrique rivalise avec les cuivres comme sur les meilleurs enregistrements d'Otis Redding. Un chef d'oeuvre, qu'on trouve notamment sur le volume 2 de la série.

20 septembre 2008

JONATHAN RICHMAN : You can have a cell phone that's OK but not me


Acquis par correspondance chez Amazon aux Etats-Unis en septembre 2008
Réf : 7-482364 -- Edité par Vapor aux Etats-Unis en 2008
Support : 45 tours 17 cm
Titres : You can have a cell phone that's OK but not me -/- When we refuse to suffer (Third version)

7 mai 2008 au Nouveau Casino de Paris, Jonathan Richman chante en rappel, pour la deuxième fois de la soirée, sa chanson Tu peux avoir un téléphone portable si tu veux, mais pas moi et il boit du petit lait. Il s'amuse même comme un petit fou, je dirais, à essayer de séparer le public en deux groupes pour leur faire chanter le refrain. C'est très rare de le voir procéder ainsi sur scène. Généralement, le public participe beaucoup à ses concerts, en tapant dans les mains, en chantant, en souriant, mais, à part pour réclamer un rythme quand il jouait en solo, je crois bien ne l'avoir jamais vu utiliser ce genre de technique. Mais je pense que personne n'est dupe et que, aussi bien Jonathan que l'immense majorité de l'assistance goûte tout le sel de la situation : parmi tous ceux qui entonnent de bon coeur le refrain, presque tous ont un portable, et une partie d'entre eux l'a même utilisé pendant le concert, pour prendre des photos, enregistrer, filmer, voire même pour écrire ou téléphoner !
Si on en croit les différents témoignages, et ce document, la même scène s'est reproduite à la plupart des concerts de la tournée nord-américaine qui a immédiatement suivi. Aussi, quand la sortie en 45 tours de You can have a cell phone that's OK but not me a été annoncée, j'ai cru que, de façon assez surprenante pour un label indépendant qui met à jour son site une fois par an, Vapor le faisait pour répondre à une sorte de buzz que cette chanson aurait pu faire naître. C'est peut-être en partie le cas, mais j'ai appris ensuite que ce 45 tours était déjà disponible, en bonus de la version vinyl de l'album Because her beauty is raw and wild.
Pour moi, ce disque est entièrement placé sous le signe de l'ironie. Ironie de voir chanter des accros au portable qu'ils n'en veulent pas. Ironie, bien sûr, de sortir cette chanson uniquement en vinyl, technologie encore très utilisée, par moi le premier, mais complètement dépassée. Une fan se demandait naïvement en commentaire du Jojoblog si le 45 tours serait accompagné d'un coupon pour télécharger les titres au format numérique. Je lui ai répondu, sans grand risque de me tromper, que, vu l'attitude de Jonathan Richman par rapport à certaines technologies - il a demandé à ce que soit spécifié sur le Jojoblog et sur la page officielle que son label lui consacre qu'il n'est pas impliqué dans ces sites, ni dans aucun autre - et vu le sujet de la chanson, on pouvait être certain qu'il n'y aurait PAS de coupon pour télécharger les titres.
Il est paradoxal également de constater que cette courte chanson, dans laquelle Jonathan Richman se demande ce qu'il fera lorsqu'il n'y aura plus de cabines téléphoniques publiques, lui qui est souvent sur la route, enregistrée complètement en acoustique (guitare, piano, batterie si mes oreilles ne me trompent pas), est dans un style proche du 1969 des Stooges, avec en tout cas pas plus d'accords (c'est à dire un, on ne peut pas faire moins je crois, et peut-être deux en tout), ce qui en fait le single le plus proche des Modern Lovers première version depuis que Beserkley a sorti Roadrunner en 1977 !!
Cette impression est corroborée par la face B, la troisième version de When we refuse to suffer (les deux premières, une plutôt acoustique et une plutôt électrique, sont sur Because her beauty is raw and wild). Celle-ci est visiblement issue des mêmes sessions que la deuxième, dont elle est très proche. Avec sa basse et sa guitare solo électriques, on pense aussi aux premier Modern Lovers, donc, mais surtout à la BO de Revolution Summer, dont le réalisateur joue d'ailleurs de la basse ici, si j'en crois les notes de pochette de l'album.
Les deux chansons n'ont rien à voir musicalement, mais Jonathan exprime dans When we refuse to suffer à peu près la même chose que ce qu'il disait avec Affection en 1979.
Pour Affection, il disait qu'il fallait donner une chance à ce sentiment de s'exprimer et ne pas le laisser s'ennuyer tout seul dans son coin. Pour When we refuse to suffer, il explique aussi qu'il faut pouvoir ressentir les choses, et que donc il faut savoir parfois accepter la souffrance sous toutes ses formes et ne pas toujours s'abriter derrière des protections illusoires, que ce soit du désodorisant (pour les souffrances odorantes), de l'air conditionné pour la chaleur ou du Prozac pour la dépression, car sinon on triche et la nature finira par nous faire souffrir encore plus.
A propos de nature, il y a encore une forte ironie associée à ce disque. On sait que Jonathan se soucie fortement de l'écologie. Il l'a exprimé en chansons (je pense par exemple à Circle I) et par de nombreuses prises de position, notamment dans sa ville de San Francisco. Je crois aussi que Vapor, ou en tout cas son propriétaire Neil Young pour ses propres disques, prend grand soin d'utiliser du papier recyclé et des encres certifiées pour les livrets de ses CDs. Mais, pour éditer des microsillons, il faut pouvoir les presser. Je savais qu'en Europe la République Tchèque était le dernier bastion du pressage de disques. Et bien, il semble qu'il ne reste pas beaucoup plus de presseurs aux Etats-Unis, puisque mon 45 tours a été fabriqué en Tchéquie, ce qui signifie que, pour qu'il me parvienne en France, il a traversé deux fois l'Atlantique, en avion plus que probablement, ce qui doit lui donner un bilan carbone catastrophique !!

18 septembre 2008

LES DJINNS : Célèbres chansons américaines


Acquis sur le vide-grenier de Fagnières le 7 septembre 2008
Réf : DUX 40.244 -- Edité par Ducretet Thomson en France vers 1963
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Après la pluie, dans le froid, c'est le seul disque parmi les deux-trois caisses d'albums à 1 € que proposait ce stand qui m'a attiré l'oeil et que j'ai eu envie d'acheter. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il était en très bon état et que sa pochette pelliculée brillait. Peut-être parce que l'étiquette centrale du disque Ducretet Thomson a un délicieux air rétro.
Pardon ? Comment ? Ah oui, vous avez raison. Peut-être aussi et surtout que ce bikini très coloré y est pour quelque chose !
Les Djinns, je vois très souvent dans les bacs leur 45 tours et leur 25 cm Les Djinns chantent Noël, dont la pochette est évidemment beaucoup plus sage. Les Djinns sont un groupe vocal féminin issu de la Maîtrise de la Radio Télévision Française. Comme l'explique Claudie Lebozec, une de leurs anciens membres, le groupe a été formé sous la direction de Paul Bonneau à la fin des années cinquante et a été parrainé par Gilbert Bécaud (ici, une autre membre du groupe parle aussi des Djinns). Le groupe a eu pas mal de succès avant de s'arrêter en 1964... pour des raisons budgétaires. Plusieurs de ses disques ont même été édités aux Etats-Unis chez ABC Paramount.
Avant l'écoute, j'avais eu un petit espoir car il s'agissait de reprises de chansons américaines, mais on est ici plus dans le music-hall et les chansons de comédie musicale que dans l'americana. Et surtout, les arrangements style grand orchestre à cordes sur lesquels les voix féminines chantent presque tout le temps toutes ensemble (en choeur effectivement vu qu'il s'agit bien d'une chorale, mais sans solo ni voix de basse) produisent un son uniforme et sans aspérité. A part Joue à joue (Cheek to cheek d'Irving Berlin), seules les fins de face ont un peu attiré mon attention, Ramona d'un côté et Fumée aux yeux de l'autre, mais je préfère la version de Gainbourg sur Rock around the bunker sous le titre original Smoke gets in your eyes.
Dommage qu'aucun génie musical à mon goût ne se soit échappé de la pochette des Djinns quand j'en ai sorti le disque !

14 septembre 2008

PROTOTYPES : Synthétique


Acquis par correspondance via Price Minister en France en août 2008
Réf : 11733 -- Edité par Boxson/MuMa en France en 2008 -- Promotional use only. Not for sale
Support : CD 12 cm
11 titres

Voilà un groupe qui a sorti son troisième album en ce printemps 2008, qui a tout pour me plaire et à côté duquel j'étais complètement passé. Pourtant, je me suis intéressé à Bosco, dont j'ai deux disques, et 100% de Bosco constituent les 2/3 de Prototypes. Pourtant, leur musique à base de new wave électronique avec un côté yé-yélectro apporté par la chanteuse Isabelle Le Doussal, ne peut que m'attirer l'oreille, dans la lignée de groupes comme Mikado, Elli et Jacno ou même plus récemment, et en moins synthétique justement, La Position du Tireur Couché. Pourtant, ils ont eu un certain succès, notamment avec Danse sur la merde et l'excellent Je ne te connais pas sur leur premier album en 2004.
Malgré tout cela, il a fallu que je repère le titre en français Un coup de langue dans la liste des titres diffusés par un MP3 blog anglo-saxon pour que je m'intéresse à eux. Chaque fois que ça arrive avec un groupe que je ne connais pas, je le télécharge par curiosité : c'est notamment comme ça que j'étais tombé sur Les Breastfeeders. Ce seul titre a réussi à m'accrocher à Prototypes, là où l'electro-danse de Bosco y parvenait rarement, principalement je pense parce que Prototypes se concentre sur un format chanson, avec des influences bien digérées et une distance suffisante, aussi bien dans les paroles que dans les citations musicales, qui leur évite de tomber dans le plagiat ou la reproduction. Les paroles ne vont pas chercher loin, mais elles sont efficaces et on ne leur demande rien de plus. Pour Un coup de langue, on a l'impression d'écouter le 7 h du matin de Jacqueline Taïeb passé à la troisième personne et mis au goût du jour de l'ère de la chirurgie esthétique : "Toujours au naturel, en soirée, la tête dans la sono, un verre de trop, décolleté bien gonflé, elle s'arrête, dans les yeux d'un garçon et se rappelle, du prix de ses nichons".
Prototypes sort des albums courts, qui pourraient tenir sur des 33 tours si ça avait un sens de sortir des disques de musique électronique en vinyl en 2008, mais ça a surtout l'avantage de donner des albums compacts, sans temps morts, qui s'enchaînent bien. Au petit jeu des influences ou des citations, je pourrais citer le Devo de New traditionalists (Elle), la Lio du premier album (Go to hell Mademoiselle), mais ce qui compte c'est que Prototypes réussit l'exploit de faire sonner frais à mes oreilles des chansons référençant des musiques que je connais pas coeur.
Il faut préciser que tout n'est pas synthétique sur ce disque, il y a de la guitare, comme sur le dernier titre Machine arrière, et aussi, des choeurs des deux garçons, très efficaces. D'ailleurs, on dirait que sur scène ils peuvent même sonner assez rock.

12 septembre 2008

GILLES MARCHAL : L'étoile filante


Acquis sur le vide-grenier de Germaine le 31 août 2008
Réf : SG 199 -- Edité par Disc'AZ en France en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : L'étoile filante (Whand' rin' star) -/- Quand je te regarde vivre

Cette semaine, une info est sortie, que j'ai d'abord lue sur le site de la BBC (elle a aussi été reprise par Le Monde et par Le Nouvel Observateur, mais sous un angle moins intéressant pour moi). S'il y a une chose à retenir de cet article, c'est que parfois les scientifiques feraient mieux de faire un peu plus confiance à l'empirisme pour éviter d'avoir à enfoncer des portes ouvertes et mieux se concentrer sur de véritables sujets de recherche avec de vraies problématiques à explorer.
Là, il s'agit d'une équipe anglaise qui, avec le Magical Memory Tour, a entrepris de collecter des témoignages : ils demandent aux gens de raconter un souvenir qu'ils associent aux Beatles.
Et, oh surprise !, les premières conclusions de l'étude laissent apparaitre que la musique peut aider les humains à se souvenir d'événements de leur vie oubliés depuis longtemps, qu'un lien entre des sentiments positifs et la musique pourrait expliquer pourquoi les mélodies déclenchent des souvenirs, que les souvenirs peuvent être très vifs et souvent évoquer des sons, des odeurs ou des images,... Bref, toutes ces pseudo-conclusions ne sont qu'un constat que tout un chacun, même sans être particulièrement mélomane, a déjà pu faire. Personnellement, il m'arrive très souvent à l'écoute d'une cassette en voiture de me remémorer précisément la ou les fois précédentes où j'ai écouté cette cassette dans les mêmes conditions : la date, l'endroit où j'étais alors, ma destination,... De toute façon, cette caractéristique de la musique est l'une, sinon l'unique, des raisons d'être de ce blog : sans souvenirs associés à la musique, pas de Blogonzeureux!
Par exemple, ce disque de Gilles Marchal, trouvé le même jour que le Rupie Edwards, je ne connaissais son interprète ni d'Eve ni d'Adam, je n'en connaissais pas la pochette non plus. Mais, à cinquante centimes et quasiment en état neuf, je ne prenais pas grand risque à l'acheter, en espérant fermement que cette Etoile filante était bien la chanson de cow-boy avec une voix grave que j'ai chantée pendant longtemps dans les années 1970, mais que je n'avais pas eu l'occasion d'écouter depuis très longtemps.
C'était bien cette chanson et, dès les premières secondes, j'ai retrouvé ce qui me l'avait fait aimer : la voix très grave, l'ambiance western à la Lucky Luke (j'ai longtemps cru qu'il s'agissait de la version française de I'm a poor lonesome cow-boy) avec la guitare et l'harmonica. Je ne connaissais pas les couplets de la chanson, mais ce que je chantais tout le temps, en essayant de rendre ma voix la plus grave possible et en l'éraillant, au point que c'était devenu un tic, c'était le refrain "Je suis né-é sous une étoile filante,...". La première fois que j'ai entendu du chant diphonique mongol, c'est à L'étoile filante que ça m'avait fait penser !
Il s'agit bien d'une chanson de western, adaptation en français d'un titre chanté par Lee Marvin dans le film musical La kermesse de l'ouest (Paint your wagon). L'original était intitulé Wanderin' star, mais quand on voit l'orthographe au dos de la pochette on se dit que le label avait des problèmes avec la langue de Shakespeare !
Le 45 tours de Lee Marvin a eu du succès, à tel point qu'il est surtout réputé aujourd'hui pour avoir empêché Let it be d'être n°1 des hit-parades anglais (tiens, encore un souvenir lié aux Beatles, ils sont partout ceux-là).
A la réécoute aujourd'hui, et avec le recul, je trouve que la version de Gilles Marchal n'a pas trop mal vieilli, et je dirais même que je la préfère à la version originale de Lee Marvin. Tout ce que j'aimais dedans me plait toujours, c'est à dire surtout le début de la chanson, et, dans le milieu, il y a des couplets, notamment celui qui commence par "J’ai joué à qui perd gagne et j’ai jamais gagné" qui, aussi bien par les paroles que par la voix grave, m'évoquent quasiment Kevin Ayers !! Il n'y a guère que le dernier couplet, "Compagnons des grands chemins, amis des nuits de gnôle,...", qui est assez insupportable, parce qu'il est chanté par un choeur masculin.
Je viens de le découvrir, mais Gilles Marchal a eu d'autres succès et il s'était fait une spécialité du style cow-boy avec ses reprises de la chanson de Macadam cow-boy, sous le titre Comme un étranger dans la ville, et de deux titres de Lee Hazelwood, Pauvre Buddy River et Summer wine.
Malheureusement, pas de (bonne) surprise pour la face B de ce 45 tours; c'est une ballade au piano pure variété française assez insoutenable !
Cela fait bien longtemps que Gilles Marchal ne sort plus de disques. Il se consacre actuellement à l'écriture de livres d'histoires sur l'histoire.

07 septembre 2008

APPLEJACK #4


Offert par E.A.R par correspondance en août 2008
Réf : [sans] -- Edité par E.A.R en France en 2008 -- n° 33/100
Support : 24 p. 21 cm + CD 12 cm

Lorsque l'on me propose, très aimablement, de m'envoyer un fanzine, je ne dis jamais non. Et je regrette encore moins ma décision lorsque je découvre, en visitant la page internet de ce fanzine, que le numéro que je vais recevoir contient à la fois une interview de Dogbowl et un CD 6 titres ! Sans compter que cette page s'ouvre au son de l'immortel Nothing to be done des Pastels.
J'ai dû lire quelque part, et je l'ai constaté en voyant les annonces de sortie tous les deux mois dans Abus Dangereux, que le bon vieux fanzine photocopié reprenait du poil de la bête, un peu comme le disque vinyl. Pour ma part, quelque soit le support, webzine, photocopie ou CD gravé pour un groupe, ce qui compte c'est que ces projets sont le fait de gens passionnés, qui ont envie de partager cette passion avec d'autres, le plus possible en-dehors des contraintes économiques du marché du spectacle. J'ai d'ailleurs remarqué que la plupart de ces nouveaux fanzines sont proposés gratuitement, en téléchargement pdf (ce qui me parait logique) ou même pour leur version imprimée.
Ce n°4 d'Applejack, amoureusement relié à la ficelle blanche et au raphia, fermé d'un ruban, accompagné de son CD-R et d'un ticket numéroté, est lui aussi disponible gratuitement, avec échanges possibles contre cassettes, timbres, fanzines, disques, lettres d'amour, billets de monopoly, sachets de thé, points d'exclamation, etc.
Qu'est-ce qui change entre les fanzines de la grande vague des années 80 et ceux des années 2000, comme Applejack ? Eh bien, pas grand chose. Là où les fanzines des années 80 s'intéressaient principalement au rock indé et à la noisy pop, avec pour icones les Smiths, les Pastels ou les Television Personalities, ceux des années 2000 vont plutôt mentionner l'antifolk, avec en vedette Jeffrey Lewis ou Herman Düne. Sinon, c'est la même chose, on vit sa passion pour la musique en rencontrant (même si c'est par email) ceux qui produisent la musique qu'on aime, et on partage cette passion en écrivant dans son fanzine.
Dans ce style, Applejack est d'une grande qualité, très bien écrit avec des références d'une grande culture, au-delà des évidences, de Richard Brautigan à Jonathan Richman (quand on me prend par mon point faible...) en passant par Gorky's Zygotic Mynci.
Le plus gros article est consacré à Dogbowl (6 pages, avec interview), et c'est là une preuve d'éclectisme et d'ouverture d'esprit, d'autant plus que Dogbowl s'est fait très discret ces derniers temps. On apprend d'ailleurs au passage que Dogbowl travaille à un nouveau disque, Zone of blue, et pense également sortir à nouveau de vieilles bandes, comme il l'avait fait pour ses lives en français et au CBGB.
J'ai cru un moment que le dessin de couverture du fanzine, un monstre gentil qui boulotte quand même à tout va des vaches dans un champ, était signé Dogbowl lui-même, vu qu'il est un peu dans son style, mais non, cette réussite est due à Mat.
Les autres articles et interviews concernent The Wave Pictures, Thomas Patrick Maguire et les deux groupes qui se partagent le CD, Überaffe et Edam Edam.
Tous les titres de ce CD sont chantés en anglais. A l'écoute, ce n'est pas trop gênant pour Überaffe, un peu plus pour Edam Edam.
Überaffe, c'est David, de Rennes, qui enregistre tout seul chez lui de la pop un peu lo-fi. J'aime beaucoup ses deux titres rapides avec boite à rythmes, l'excellent Better than running, qui ouvre le CD, et My dog, ponctué, vous l'avez deviné, par un échantillon d'aboiement du dit chien.
Edam Edam, comme son nom l'indique, est un duo composé de Shyle, par ailleurs dessinateur, et de Benjamin, le frère d'E.A.R, la rédactrice principale d'Applejack. C'est leur premier titre que je préfère, Strawberry, avec sa partie musicale centrale, qui n'est pas un solo car il y a deux instruments (guitare et orgue), mais qui est très délicate.
Pour en savoir plus sur Applejack, c'est qu'il faut se rendre. Et puis, j'allais l'oublier, j'ai moi aussi publier un fanzine dans les années 1990 : les quatre numéros peuvent être téléchargés ici.

THE JESUS AND MARY CHAIN : Upside down


Offert par Alan McGee à Londres en février 1985
Réf : CRE 012T -- Edité par Mayking en Angleterre en 1984 -- [non commercialisé]
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Upside down -/- Vegetable man -- Upside down (Demo)

Je crois que, pendant un certain temps, j'ai raconté que j'avais vu le tout premier concert de The Jesus and Mary Chain. En fait, c'est faux : j'ai vu leur deuxième concert, qui a eu lieu le lendemain du premier. Il faut dire que de fausses informations circulent sur la date de ce premier concert. J'ai lu quelque part qu'Alan McGee le situait un jeudi. Ailleurs, notamment dans le livre The Jesus and Mary Chain : A musical biography de John Robertson et sur le site April Skies consacré à Mary Chain, la date donnée est celle du 9 juin, celle où j'étais présent, c'est la source de mon erreur. En fait, le premier concert a eu lieu le vendredi 8 juin au Living Room, au pub The Roebuck sur Tottenham Court Rd à Londres, en première partie de The Loft et Microdisney (on trouve un compte-rendu très détaillé de ce concert dans le chapitre 4 du livre très fouillé de David Cavanagh, The Creation Records story : My magpie eyes are hungry for the prize). Le second a eu lieu au même endroit le samedi 9 juin, en première partie de Khartomb et 1000 Mexicans.
A cette période, les concerts Living Room avaient lieu dans ce lieu tous les vendredis et les samedis. En général, j'y allais au moins un de ces deux soirs chaque semaine mais rarement les deux, en fonction de la programmation mais aussi parce que je ne pouvais pas vraiment me payer le métro toutes les semaines depuis Harrow-on-the-Hill et je n'étais pas toujours disponible : en cette fin d'année scolaire passée à Londres, je commençais à avoir quelques connaissances et quelques activités extérieures, notamment le club de bridge à Brentwood, mais ça en général c'était le jeudi je crois, et le club de basket. C'est d'ailleurs cette activité qui m'occupait ce vendredi 8 juin 1984 : d'après mes notes je jouais un match (plus que probablement comme remplaçant) avec les Kingston Cobras contre les Pentax. Il est assez improbable que, d'assistant de langue vivante à Harrow je me sois retrouvé à jouer avec un club de Kingston, à l'opposé géographique du Grand Londres, mais je crois que c'est uniquement parce que Ray, si je me souviens bien de son prénom, rencontré à Harrow, me l'avait proposé.
Seul un tout petit détail a pu me faire penser que ce concert du 9 juin 1984 au Roebuck pourrait avoir quelque chose de particulier : quand je suis arrivé, j'ai remarqué sur une vitre du pub une affichette photocopiée A4 qui avait été collée dessus. Il y avait un nom de groupe, The Jesus and Mary Chain, la première fois que je l'ai vu écrit, évidemment, une illustration plus ou moins en forme de croix, il me semble me souvenir, et l'annonce de leur concert du soir. Ça m'a surpris car, jamais, sans autre exception, je n'ai vu d'affiche annonçant les concerts du Living Room. De tracts non plus d'ailleurs. Je me suis dit que ces gars devaient en vouloir, mais ça m'a plutôt laissé une impression négative car j'ai aussi pensé qu'ils devaient s'y croire un peu trop. Sans compter que je le nom du groupe n'était pas trop à mon goût.
Tous les récits du premier concert précisent bien que la majorité du public présent, membres des groupes, leur entourage et les rares spectateurs payants, est resté au rez-de-chaussée à boire des coups pendant pendant que Mary Chain a donné sa prestation au premier devant grosso modo une quinzaine de personnes. Je peux confirmer que c'est exactement comme ça que ça s'est passé le lendemain, même si entre-temps la prestation du groupe avait déjà bien excité Alan McGee !
Comme à mon habitude, j'ai assisté intégralement à la prestation des trois groupes, dont celle de Mary Chain donc, pour laquelle nous n'étions pas vingt dans la salle.
Pour moi, j'ai assisté à un concert d'un groupe punk, impression caractérisée non pas tant par le look du groupe que par les deux seules cordes de la basse de Douglas Hart et par la distortion de leur son de guitare. Je tiens à préciser que c'était bruyant et électrique, mais dans mon souvenir le feed-back qui a caractérisé leur son sur scène et sur disque à partir de l'automne 1984 n'était pas ou quasiment pas présent ce soir-là.
A la fin du set, j'ai discuté avec Alan, qui ne tenait pas en place. "C'est les nouveaux Sex Pistols", disait-il, "je vais les signer et enregistrer un album avec eux". Il faut savoir qu'à ce moment Creation n'avait sorti que six ou sept 45 tours, et un album compilation live... enregistré sur mini-cassette !! Ce que j'ai dit à Alan, c'est que c'était très punk, mais que ça m'avait plu parce qu'il y avait de bonnes chansons (je ne crois pas avoir reconnu Somebody to love et je ne connaissais pas alors Vegetable man, deux reprises qu'ils ont dû jouer ce soir-là).
En septembre 1984, en prévision du passage à Reims le 3 novembre 1984 de la tournée européenne Creation Package, avec The Jasmine Minks, Biff, Bang, Pow ! et The Jesus and Mary Chain, j'ai rédigé un long communiqué de presse.
Voici ci-dessous le paragraphe qui concerne Mary Chain. Sachant qu'à l'époque il n'y avait eu quasiment aucun article publié sur le groupe, on excusera les erreurs flagrantes de la première phrase sur le nom du groupe et leur nationalité galloise. Par contre, relire cet article m'a rappelé l'anecdote du batteur assis sur une chaise de jardin en plastique rouge :


(cliquer pour agrandir)


Il n'y a qu'un seul enregistrement de l'époque sur lequel j'ai eu l'impression de retrouver l'ambiance sonore de ce premier concert de Jesus and Mary Chain, avec beaucoup de distortion et peu de feed-back. Et... cet enregistrement n'a jamais été commercialisé !
Il s'agit de la démo d'Upside down, leur premier single, qu'ils ont dû enregistré chez eux sur cassette avec un Portastudio au printemps 1984.
Pour capitaliser sur le succès du 45 tours Upside down, sorti le 5 novembre 1984 mais qui est resté très haut dans les charts indépendants jusqu'au printemps 1985, Creation a eu dans l'idée début 1985 d'éditer ce single en maxi-45 tours, avec les deux titres du 45 tours et la version démo d'Upside down en face B bonus, comme on ne disait pas à l'époque. Comme pour beaucoup d'indépendants anglais, les disques Creation étaient pressés en France par MPO (dont les tarifs étaient apparemment imbattables), mais le label devait passer par l'intermédiaire d'un prestataire anglais, Mayking. Mayking a pressé le 13 février 1985 une douzaine d'exemplaires "test pressing" du maxi. A l'origine, l'étape du test pressing, comme le bon à tirer chez l'imprimeur, était purement technique. Un ou deux exemplaires d'un tel disque devraient donc suffire, mais au fil du temps les labels ont pris l'habitude de les utiliser aussi comme exemplaires promo, pour en faire parvenir très en avance à des journalistes sélectionnés (ici, une photo du test pressing du maxi précédent de Creation).
En février 85, j'avais trouvé un CDD de quelques mois en plus de mon inscription en fac. Comme Londres me manquait, j'ai posé trois jours de congé à la mi-février pour y passer un long week-end. Le voyage a été épique. Pas d'Eurostar à l'époque, mais un train de nuit qui passait par Calais ou Dunkerque, puis le ferry jusque Douvres. Sauf que la mer était sacrément secouée cette nuit-là et, comme presque tous les passagers, j'ai passé une bonne partie du trajet, qui a duré au moins le double de ce qui était prévu, à dégueuler sur le pont. Mais le pire ça a été au moment d'arriver au port de Douvres, dans le petit matin blême. Il y avait tellement de vagues que le ferry ne pouvait pas entrer dans le port sans risques. C'est alors que le capitaine nous a annoncé qu'il allait essayer l'autre port de Douvres, sinon il faudrait repartir d'où nous venions ! J'ai encore passé une heure horrible, malade et inquiet car si on repartait en France mon week-end était foutu. Finalement, on a pu accoster aux Eastern Docks de Douvres et j'ai poursuivi mon voyage jusque Londres, où j'étais attendu chez Alan chez lui à Beaconsfield Road, où il m'a hébergé une ou deux nuits au cours de mon séjour.
La première journée a d'ailleurs été d'anthologie, puisque j'ai suivi Alan dans ses activités de patron de label et de manager des Mary Chain, des bureaux de Rough Trade à ceux de Warner (où j'ai récupéré le maxi de Monochrome Set), en passant par la gare de Liverpool Street et le Wendy's Burger de Shaftesbury Avenue. Elle s'est terminée le soir par un concert de soutien aux mineurs en grève avec les Poison Girls et les Mekons (que j'ai ratés tous les deux), Microdisney, The Men They Could'nt Hang et les Waterboys, dont je n'ai vu que deux chansons.
Au cours de ce séjour, Alan m'a donné cet exemplaire du test-pressing d'Upside down, pour que je puisse l'avoir à mon retour en France et le passer dans mon émission radio.
Ce n'est qu'une fois rentré en France que j'ai appris qu'au bout du compte la sortie du maxi avait été annulée. Apparemment, Jim et William Reid n'avaient pas été mis au courant de ce projet et avaient mis leur véto. Ou bien ils ne souhaitaient pas sortir cette version démo d'Upside down. Ou bien encore Blanco Y Negro ne souhaitait pas que ce maxi fasse de l'ombre à la sortie du deuxième single de Mary Chain, Never understand. Ou plus sûrement un cocktail de ces raisons et d'autres.
Il n'existe donc qu'une douzaine d'exemplaires de ce disque, probablement en possession de proches de Creation, de Mary Chain ou de quelques journalistes.
Pourtant, il en circule d'autres, au point que le blog Worthless Trash l'a même chroniqué un l'an dernier et l'a proposé un temps en téléchargement (le MP3 n'est plus disponible mais on peut toujours y lire la lettre de Jim qui accompagnait l'envoi de la démo à l'origine). Mais ces autres exemplaires sont des "white labels", pas des test pressings et l'histoire, qui me parait véridique, racontée en commentaire du billet par un ancien vendeur de chez Rough Trade, est que, courant 1985, Alan aurait à plusieurs reprises livré des exemplaires de ce maxi à Rough Trade, et ils se vendaient très bien !
On le voit, j'ai un très grand nombre de souvenirs attachés à ce disque, mais le fait que ses sillons contiennent le son qui se rapproche le plus de leurs deux premiers concerts n'est pas le moindre de ses intérêts. Du coup, il est bien dommage que le coffret rétrospective The power of negative thinking qui va sortir à la fin de ce mois ne contienne pas cette version démo d'Upside down, même s'il y contiendra un extrait de ces premières démos, l'inédit Up too high.

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