26 septembre 2010

EL COMBO MODERNO : Seul au monde


Acquis chez Emmaüs à Essey-les-Nancy le 18 septembre 2010
Réf : RC 77 -- Edité par Aux Ondes/Disques Célini en France vers le début des années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Seul(e) au monde -/- An nous dansé tumbelé (Tumbelé Combo Moderno)

Allez, on clôt, peut-être provisoirement, la série de billets sur les disques trouvés chez Emmaüs Nancy la semaine dernière avec ce disque Célini/Aux Ondes. Depuis Les Maxel's, j'achète systématiquement les disques de ce label quand je tombe dessus à un prix raisonnable. J'en ai maintenant une dizaine, souvent très bons, tous intéressants, même si je ne les chronique pas tous ici, à l'exception du Emile Volel.
Je ne savais pas en achetant ce disque que le tumbelé est la version de la rumba congolaise importée aux Antilles à la fin des années 1960 par Ry-Co Jazz, mais comme j'avais déjà quelques titres sur ce rythme, je le connaissais assez pour savoir que c'est obligatoirement du bon. J'ai donc commencé par écouter la face B qui, pour faire une bonne transition avec Le chant de la terre, commence et se termine par le son d'une sirène. C'est effectivement un très bon titre rapide, avec des influences africaines marquées.
Ce n'est qu'ensuite que j'ai écouté la face A. Il faut dire que le titre, Seul(e) au monde, et la description au verso de la pochette, "Slow de Sébastien", font un peu peur. Dès les premières mesures, j'ai su que je connaissais cette chanson. Il m'a fallu toute la durée du titre et encore trois minutes pour mettre le doigt sur le titre, qui était passé du creux de mon oreille au bout de ma langue. Il s'agit de I love the life I'm living, une chanson que j'ai découverte sur une compilation de Slim Harpo au printemps dernier et que j'ai beaucoup écoutée ces six derniers mois. C'est d'ailleurs un titre un peu à part dans l'oeuvre de Slim Harpo, plus pop et moins rhythm and blues. On pourrait presque imaginer quelqu'un comme Dean Martin la chanter.
El Combo Moderno en fait effectivement une version ralentie, façon slow de baloche, adaptée en français avec un chant à deux voix en harmonie. Seul problème, Slim Harpo n'est absolument pas crédité, contrairement aux auteurs de Try a little tenderness, repris en anglais sur un autre 45 tours Aux Ondes par Les Rapaces, un disque qui associait lui aussi un slow et un tumbelé.
A part ce disque, je ne connais rien d'El Combo Moderno, un nom de groupe étonnamment hispanisant pour des antillais, à tel point qu'on pourrait les confondre avec le groupe de salsa du même nom, visiblement plus connu.

Seul(e) au monde est en écoute sur le radio-blog ci-contre.

25 septembre 2010

LE CHANT DE LA TERRE


Acquis chez Emmaüs à Essey-les-Nancy le 18 septembre 2010
Réf : [sans] -- Edité par Atlas Copco en France dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : DORE MODESTI : Chhhttt... -/- MARIO PAGARO : Le rock du roc

On continue de passer en revue les pépites trouvées chez Emmaüs à Nancy avec ce disque publicitaire pour l'entreprise Atlas Copco, dont j'ai ouvert la pochette par simple curiosité. Quand j'ai vu le titre et la description de la face B , "Le rock du roc : un arrangement de Mario Pagaro (mélodie pour sept instruments et marteau-perforateur)", il a rejoint ma pile d'achats sans aucune hésitation !
L'objectif ici est de présenter une gamme d'outils "silencieux". Comme il est écrit, toujours sur la pochette intérieure : "Nous vous présentons ici nos recherches sur le ton de l'humour" et "Quand il s'agit de bruit, le mieux est de se faire entendre. Alors, sur une face... écoutez le silence d'Atlas Copco. Sur l'autre vous découvrirez les rythmes d'Atlas Copco".
Avec une telle présentation, j'étais à peu près sûr que la face A Chhhttt... , présentée comme une création de Dore Modesti, serait une plage de silence complet, une bonne blague que pas mal de gens ont faite au fil du temps. Mais non, en fait il s'agit d'une sorte de reportage sonore à la ville (façon City life de Steve Reich, on va dire pour faire bien) et à la campagne, avec un commentaire publicitaire dit par une femme et un homme qui vise à attirer l'attention sur les problèmes du bruit et sur leur solution : les marteaux-perforateurs dits silencieux. J'en relève quand même le passage suivant, "Aujourd'hui, même nos loisirs sont remplis de bruit. C'est comme une drogue. On en prend même l'habitude.", suivi de la clameur d'une foule et... d'un "sample" d'une version de 96 tears !!
La face B, par contre, est à la hauteur de ce que le titre et la description laissaient espérer. Un bon instrumental au son sixties, avec cuivres et orgue, disons l'équivalent d'un Nino Ferrer de la bonne époque. J'ai juste un petit regret : quitte à faire dans la musique concrète, j'aurais préféré que l'accompagnement de marteau-perforateur soit plus présent et mixé plus en avant. On est loin des débuts d'Einstürzende Neubauten.
Un site marchand, qui propose un exemplaire de ce disque à un prix réduit qui reste malgré tout excessivement prohibitif, décrit Le rock du roc comme un jerk. Certes. Mais pour être plus complet et plus précis, il aurait fallu aussi indiquer, comme le fait Wax FM, que ce jerk est en fait une reprise instrumentale non créditée de Papa's got a brand new bag de James Brown !!!
J'avoue sans honte que ma connaissance très limitée de l'oeuvre de James Brown ne m'avait pas permis d'opérer le rapprochement par moi-même.
Quant à Atlas Copco, la société d'origine suédoise à qui nous devons cette curiosité, elle se porte bien, merci, avec 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 30 000 employés dans le monde. Au fil du temps, son siège français s'est déplacé de quelques kilomètres, de Franconville à Cergy-Pontoise, mais il est étonnant de constater que le logo de l'entreprise est, lui, resté identique après plus de trente ans.

Le rock du roc est en écoute dans le radio-blog ci-contre.

24 septembre 2010

THE POP PARADERS : Pop time


Acquis chez Emmaüs à Essey-les-Nancy le 18 septembre 2010
Réf : G-348 -- Edité par Gala des Variétés en France vers 1964
Support : 33 tours 17 cm
7 titres

Parmi tous les disques glanés chez Emmaüs à Nancy la semaine dernière, je ne pensais pas initialement que j'aurais envie de dédier une chronique à celui-ci. J'aime bien la collection Gala des Variétés (probablement une étiquette de la Guilde Internationale du Disque), notamment  ce format d'un disque 17 cm (comme un 45 tours) qui s'écoute en 33 tours et compte trois à quatre titres par face. Mais les disques sont soit des compilations de gens très connus (de Ray Charles à Maurice Chevalier), soit des disques de reprises de grands succès, instrumentales ou chantées, par des gens plus ou moins connus (Il y a au moins trois disques chantés par Dominique, la partenaire de Georges Jouvin).
Bref, des disques souvent sympathiques mais rien d'exceptionnel. J'en ai déjà une grosse douzaine mais je ne connaissais pas ce Pop time à la pochette sympathique et au générique appétissant (deux tubes des Beatles et d'autres succès du Merseybeat ou non remontant à fin 1963-début 1964). Il faut dire le nombre de ces demi-albums Gala des Variétés est beaucoup plus important que ce que je pensais : Encyclopédique en liste rien moins que 63, sortis moins de dix ans.
La version anglaise de cette collection s'appelle Pop Parade. Il y a des disques qui sont strictement identiques d'un pays à l'autre mais il y a surtout un beau méli-mélo de titres de disque, de photos de pochette et d'interprètes qui doit constituer un beau casse-tête pour les collectionneurs. Par exemple, Dance with me... a la même pochette que Dansez avec moi..., mais le disque anglais est interprété par les Roland Shaw Strings alors que le français est crédité à l'Orchestre des Champs-Elysées avec la chanteuse Dominique...
Pop time est lui crédité aux Pop Paraders, comme le nom l'indique un orchestre maison anonyme, accompagnés par trois chanteurs, Herbie Coleman, Travers Crawford et Hugh Bryant.
On trouve ici des versions tout à fait compétentes, avec souvent un bon son de guitare de She loves you et I want to hold your hand, Glad all over du Dave Clark Five, 24 hours from Tulsa de Gene Pitney, Hippy hippy shake (repris par les Swinging Blue Jeans fin 1963), You were made for me de Freddie and the Dreamers et Needles and pins, créé par Jackie DeShannon en 1963 et repris par les Searchers en 1964.
J'étai en train d'écouter le premier titre, She loves you, plus ou moins distraitement, quand tout d'un coup j'ai dressé l'oreille. Une voix impressionnante, très basse et très profonde, venait d'entonner "And you know that can't be bad" d'une façon qui sort immédiatement l'interprétation de l'ordinaire. Du coup, je me suis mis à chercher des informations sur les trois chanteurs et j'ai vite découvert que, pour le coup, ce sont loin d'être des anonymes.
En effet, Herb Coleman, Traverse Crawford et Hugh Bryant constituaient avec Lee Gaines la formation des Delta Rhythm Boys au moment où ce groupe vocal américain s'est installé en Europe à la fin des années 1950. Et à ce moment, le groupe avait déjà une sacrée carrière et un immense succès derrière lui puisqu'il s'est formé en 1934 (Gaines et Crawford étant deux des membres fondateurs) et a débuté sa carrière discographique en 1940 ! Il s'agit de l'un des plus grands groupes vocaux pré-doo wop qui a été très populaire sur scène, au cinéma (quinze films de 1940 à 1956) et à la radio. Malheureusement pour eux, leur postérité est handicapée par le fait qu'ils n'ont eu qu'un tube aux Etats-Unis, Just A-Sittin and A-Rockin. Un autre de leurs titres populaires est Dry bones.
Une fois installé en Europe, le groupe a poursuivi sa carrière, principalement en France, où ils ont sorti un bon paquet de disques (dont un au Gala des Variétés, sorti chez Pop Parade avec une pochette différente). Je ne connais pas du tout les disques des Delta Rhythm Boys, mais si j'en crois le sublime scopitone de Come softly to me, ils étaient encore à leur meilleur niveau pendant leur carrière européenne.
La suite de l'histoire est malheureusement tragique. Herb Coleman s'est fait tirer dessus à Paris en 1974 et est mort dans les bras de Lee Gaines. L'année suivante, c'est Traverse Crawford qui est décédé. En 1987, Lee Gaines est mort à Helsinki à 73 ans. A son enterrement, Hugh Bryant a chanté He will understand and say well done... avant de s'effondrer et de mourir sur le coup, apparemment d'une crise cardiaque ! C'est cet événement, filmé par NBC, qui a ponctuellement remis les Delta Rhythm Boys à la une aux Etats-Unis.

She loves you est en écoute dans le radio-blog ci-contre. 
A lire chez Perfect Sound Forever, une interview passionnante de 2001 avec Carl Jones, membre des Delta Rhythm Boys des années 40 à la fin des années 50. 


L'édition anglaise de Pop time. Cette photo a été utilisée en France pour un autre disque Gala des Variétés, Beat time !

23 septembre 2010

CHANTS ET DANSES DES NOUVELLES-HEBRIDES - ILE VATE


Acquis chez Emmaüs à Essey-les-Nancy le 18 septembre 2010
Réf : AS 71175 -- Edité par MF en France dans les années 1960
Support : 33 tours 17 cm
Titres : Avec le "Bambou-Lagon" -- Chant d'amour -/- Chant célébrant les charmes de l'île de Vaté -- Chant de bienvenue, d'amitié et de départ

En week-end à Nancy, notamment pour assister à un concert de Jeffrey Lewis, je m'étais réservé un temps pour passer chez Emmaüs le samedi et un autre pour arpenter deux vide-greniers le dimanche.
Si les vide-greniers d'Essey et de Boncourt-sur-Meuse ont été plutôt décevants, ma récolte chez Emmaüs a été presque miraculeuse. En quelques minutes, alors que le rayon des 45 tours n'était pas d'une taille énorme, j'en ai sélectionné une quinzaine, dont quelques-uns, c'était d'emblée évident, finiront par être chroniqués ici. J'ai bouclé l'affaire en trouvant au dernier moment, alors que j'avais failli le rater et que j'étais revenu en arrière de quelques disques, un superbe album années 60 de Tahiti par Eddie Lund et ses Tahitiens.
Pour tout dire, ce disque-ci est le premier sur lequel mes yeux se sont posés en arrivant. Pendant longtemps dans le passé, il m'aurait laissé parfaitement indifférent mais mes goûts et mes intérêts se sont fortement diversifiés.
Ces enregistrements sont des documents recueillis par Maurice Bitter lors de ses voyages en Océanie. Il a publié de nombreux livres les relatant, dont Iles merveilleuses du Pacifique en 1976, et aussi des disques. On voit assez souvent ceux concernant Tahiti et la Polynésie, mais je n'en connaissais pas venant de Mélanésie (L'archipel des Nouvelles-Hébrides constitue depuis 1980 un état indépendant, la République de Vanuatu. La capitale se situe sur l''île Vaté, appelée également Efaté).
Maurice Bitter s'en excuse presque dans les notes de pochette, en justifiant l'authenticité de la musique produite par les jeunes musiciens, mais ce disque a été enregistré sur l'esplanade de l'hôtel Le Lagon. Cet exemplaire du disque a lui fait au moins une fois un tour du monde complet : fabriqué en France, il a été acheté en souvenir de l'île Vaté sur place par un marin du porte-hélicoptéres français "Jeanne d'Arc" le 30 janvier 1974.
Ces chants, accompagnés à la guitare ou au ukulélé, ne sont pas très différents des chants tahitiens, à un instrument près, dont Maurice Bitter détaille la description au dos de la pochette : "L'instrument que vous entendez et qui ressemble curieusement à une contrebasse n'a en réalité pas de nom. Il est composé de 12 bambous évidés, attachés ensemble et de taille croissante. Ils vont de un mètre à trois mètres environ. Cette sorte d'orgue tropical est manié par un jeune garçon qui en joue... en frappant sur les trous de bambou avec une vieille savate. Et voilà ce qui donne cette musique assez proche du jazz ma foi et réellement mélodieuse."
La description me disait quelque chose et cela a été confirmé à l'écoute dès les premières notes : cet instrument, dont le son très particulier fait effectivement tout le sel (marin) de ces enregistrements, est le même ou un très proche cousin de l'ensemble de douze tuyaux pilonnants que j'ai entendu il y a quelques temps sur un CD en accompagnement de l'ensemble de flûtes de Pan 'aré'aré des Îles Salomon.
En fouinant, j'ai trouvé la trace d'un autre 33 tours petit format chez MF enregistré par Marurice Bitter sur l'île Pentecote. Je pense que ce sont ces deux petits disques qui constituent l'album Chants et des danses des Nouvelles-Hébrides édité chez Visages du Monde.

Deux des titres de ce disque sont en écoute dans le radio-blog ci-contre.




La pochette de l'album des enregistrements recueillis par Maurice Bitter.

17 septembre 2010

OUM JEAN, PAULA ISIDORE, MBOO FERDINAND ET SON ORCHESTRE : Folklore du Cameroun


Acquis auprès de Dorian Feller à Villedommange le 10 septembre 2010
Réf : 424.801 BE -- Edité par Philips en France dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Matoa - Mandjombi -- Hingondabidjou -/- Paula - Bassa -- Angonda - Gwes - Me

Dorian Feller achète tellement de disques qu'il ne peut tous les conserver. En plus de ceux dont ils m'a fait cadeau (dont un superbe album des Barefoot Boys avec Loma), j'en ai sélectionné trois vendredi dernier dans les caisses de ceux qu'il s'apprêtait à vendre sur un vide-grenier : deux maxis de Jona Lewie et des Talking Heads (The lady don't mind, pour faire pendant à And she was) et ce 45 tours de musique camerounaise sur lequel je me suis jeté dès que je  l'ai aperçu.
En effet, avec Philippe R., depuis notamment qu'on a écouté des compilations de rumba congolaise et d'autres rééditions, on guette sur les vide-greniers les disques africains, mais ils ne sont pas légion (peut-être parce qu'ils commencent à être recherchés) et les quelques-uns que j'ai trouvés depuis deux ou trois ans ne sont pas renversants.
Celui-ci est beaucoup plus intéressant. Enregistré au Cameroun, édité en France vers 1965, il a été acquis par l'un de ses précédents propriétaires en Cote d'Ivoire, en avril 1970. Voilà un disque voyageur !
J'ai trouvé la mention "Folklore du Cameroun" uniquement sur la tranche du disque et j'ai bien l'impression qu'il s'agit effectivement d'enregistrements de terrain de chanteurs et de musiciens. En tout cas, il semble bien que ceux dont les noms sont mentionnés sur la pochette n'ont pas publié d'autre disque dont on trouverait aujourd'hui la trace sur internet. D'ailleurs, la typographie est tellement fichue que j'hésite encore sur le nom du ou des chanteurs. J'ai décidé qu'il y en avait deux (et il y a bien au moins deux vois sur le disque), Oum Jean et Paula Isidore, sauf que, étant donné qu'il n'y a pas de voix féminine, ce dernier nom désignerait un homme et pas une femme.
La photo, elle, créditée au Ministère de la France d'Outre-Mer, ne représente sûrement pas les gens qu'on entend sur le disque.
Les quatre titres sont dans un style assez uniforme (deux d'entre eux sont en écoute dans le radio-blog ci-contre) à base de chant donc (plus du sifflement sur le troisième titre), de guitare acoustique et de percussions, principalement du tam-tam, agrémenté de pièces métalliques pour le premier titre et d'une bouteille frappée pour le second.
Il est précisé sur le disque que l'enregistrement concerné est en langue Bassa du Cameroun. Du coup, je me demande si le genre musical capté ici n'est pas une forme traditionnelle d'assiko, une musique à base de guitare et de percussions, comme le précise le site Zic Trad, l'assiko étant aussi une danse du pays Bassa.
Dans sa version modernisée, l'assiko s'est électrifiée. Son porte-drapeau était Jean Bikoko Aladin, qui est mort cet été.
Voilà en tout cas un disque excellent, pas si éloigné dans l'esprit de ceux de P'tit Frère ou Emile Volel. Je me méfie un peu des comparaisons un peu trop rapides que je pourrais être amené à faire dans un domaine musical que je ne maîtrise pas, mais quand je lis chez Zic Trad que la musique camerounaise prend parfois un rythme syncopé de beguine qui donne l'impression que c'est une musique des Antilles, je me dis que je ne me plante pas complètement.

12 septembre 2010

LOW : The great destroyer


Acquis par correspondance avec un abonnement à Magnet Magazine en 2005
Réf : ADVSP 643 -- Edité par Sub Pop aux Etats-Unis en 2005 -- Not for sale. Surrender on demand
Support : CD 12 cm
13 titres

Après être passés de Low de Bowie à Bowi de Lowe, continuons notre chemin avec Low, de Duluth, Minnesota (Je précise quand même qu'il m'a fallu presque deux jours après avoir décidé d'enchaîner ces deux billets pour me rendre compte que ça fonctionnait parfaitement. J'ai retenu ça de mon expérience à la radio ou comme compilateur : la part de chance et de hasard est très grande dans les enchaînements les mieux réussis). Peut-être que ça incitera Nick Lowe à continuer le jeu de la disparition en sortant un disque intitulé Th grat dstroyr pour répliquer à Low ? Pour l'heure en tout cas, c'est Robert Plant qui m'a poussé à réécouter ce disque (qui traînait depuis au moins deux ans sur l'une de mes nombreuses piles, celle des "à réécouter avant de ranger", dans ce cas précis) en reprenant deux titres de The great destroyer sur son nouvel album, Band of joy.
Je dois dire que, après l'avoir laissé macérer de longs mois, j'apprécie bien mieux The great destroyer maintenant qu'au moment de sa sortie. Comme beaucoup d'amateurs du groupe, j'imagine, j'avais été surpris à l'époque de voir le son de Low se normaliser en quelque sorte pour cet album co-produit par Dave Fridmann (réputé pour son travail avec les Flaming Lips et Mercury Rev). Les tempos s'accélèrent, les guitares sont plus saturées et plus présentes. J'ai eu l'impression que Low perdait un peu son identité pour se mouler dans un style pop-grunge.
Aujourd'hui, mon sentiment est que, certes, certains des titres de cet album, comme California, Everybody's song ou Step, ne dépareraient pas sur des disques des Posies, de Velvet Crush, de R.E.M. ou de Sugar, mais premièrement, dans cette catégorie ils sont de très bonne qualité, et deuxièmement, ils conservent la plupart du temps certaines des marques de fabrique du groupe (comme le chant en harmonie d'Alan Sparhawk et Mimi Parker, à la fin de California par exemple) qui font que ça reste immanquablement du Low.
D'autres excellents titres, comme Silver rider, When I go deaf, Cue the strings ou Death of a salesman, conservent le rythme lent caractéristique de Low, mais les bidouillages qui ont fait la réputation de Dave Fridmann sont souvent présents et les guitare saturées ne sont jamais loin, comme dans la deuxième partie de When I go deaf.
Low a dû annuler une partie de la tournée qui a suivi la sortie de cet album car Alan Sparhawk traversait une période de sombre déprime, accentuée par la vie en tournée. Après coup, on peut repérer dans les paroles de ce disque des indices de cet état d'esprit, notamment dans les deux chansons où il est fait explicitement référence au travail d'auteur-compositeur, When I go deaf ("Quand je serai sourd, j'arrêterai d'écrire des chansons, de raturer des vers, je n'aurai plus à penser, et ça n'aura plus à rimer") et Death of a salesman, dont je pourrais citer tout le texte, où il est question d'écrire des chansons, d'arrêter sur le conseil d'amis qui disent que l'avenir est dans les maths, pas dans la chanson. Ceci fait, les enfants sont nourris, mais le narrateur oublie ses chansons et brûle sa guitare de rage, avant de trouver le repos auprès de sa mie.
Heureusement, Low et Alan Sparhawk n'ont pas renoncé. Après Drums and guns en  2007, qu'il faudra aussi que je réécoute, Sparhawk a notamment été actif au sein de Retribution Gospel Choir. Quant à Low, que je trouvais très discret ces derniers temps, ils vont tourner cet automne en Australie et en Europe (mais pas en France, apparemment).

J'ai eu  cet album grâce à un abonnement à Magnet, un magazine américain. Pendant plusieurs années, pour un prix imbattable de 25 $ (mais à condition de ne pas être pressé car la revue mettait deux bons mois à arriver par voie de surface), j'ai reçu six magazines par an accompagnés chaque fois d'une compilation vingt titres, de jeunes groupes pour la plupart. Et à chaque renouvellement d'abonnement on avait la possibilité de choisir un CD cadeau dans une liste. C'est comme ça que j'ai eu ce disque, donc, et le Okkervil River.
En 2008, Magnet a sorti un numéro spécial avec Nick Cave en couverture pour fêter ses 15 ans. Depuis, la parution papier semble s'être arrêtée, sans qu'aucune annonce n'ait jamais été faite (particulièrement aux abonnés en cours dont je suis). A part ce manque d'information, ça ne me surprend pas vu les difficultés de la presse indépendante. On peut se consoler en consultant le site de Magnet, qui est lui resté très dynamique avec une mise à jour quotidienne  et un rédacteur en chef invité chaque semaine (Stuart Moxham l'a été récemment).

11 septembre 2010

NICK LOWE : Bowi


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate dans les années 2000
Réf : LAST 1 -- Edité par Stiff en Angleterre en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Born a woman -- Shake that rat -/- Marie Provost -- Endless sleep

J'achète des disques de Nick Lowe régulièrement depuis une trentaine d'années maintenant. Donc, de toute façon, j'aurais été très content de tomber sur ce superbe EP Stiff de 1977 en bon état pour 1 £. Mais en plus, il se trouve que, depuis que j'avais appris pourquoi ce disque s'intitule Bowi, il faisait partie de ceux qui m'intéressent particulièrement.
En effet, je suis sensible aux blagues, même mauvaises ou légères, et le fait que ces coquins de Nick Lowe et de Stiff aient décidé de répliquer ainsi à David Bowie, qui avait sorti quelques semaines plus tôt son album Low, suffit à me faire sourire. Comme l'explique Paul Gorman dans son livre Reasons to be cheeful (qui bénéficiera très prochainement d'une nouvelle édition, à l'occasion de l'exposition Process : The working practices of Barney Bubbles, qui ouvre à Londres la semaine prochaine), Barney Bubbles n'a pas manqué d'utiliser la même typographie que pour l'album de Bowie. Gorman explique aussi que le premier album de The Rumour, sorti aussi en 1977, avait été nommé Max en réaction au Rumours de Fleetwood Mac !
Si mon disque date bien de 1977, il ne s'agit pas du tout premier tirage, qui apparemment s'écoutait en 33 tours.

Comme souvent quand je rentre d'Angleterre, j'ai une énorme pile de disques à écouter. J'ai donc écouter une fois Bowi, en notant que je connaissais un seul titre, Marie Provost, qui a été inclus sur le premier album de Nick Lowe en 1978. J'ai trouvé ça pas mal, sans plus, et j'ai rangé le disque en me disant quand même que je le ressortirais probablement à la première occasion, sûrement pour en parler ici.
Cette occasion s'est présentée il y a une dizaine de jours quand j'ai écouté en voiture la compilation The wilderness years, parue en 1991, qui regroupe des singles et des raretés parues pendant la période Stiff de Nick Lowe et juste avant. Plusieurs titres m'ont notablement accroché l'oreille, dont l'instrumental Shake that rat, le titre Born a woman (Ça fait bizarre d'entendre Nick Lowe chanter "If you're born a woman, you're born to be hurt") et Endless sleep, chanté tout doucement, presque chuchoté, un peu comme Basing Street, qu'on trouve aussi sur cette compilation. En entendant ça, je me suis dit qu'il faudrait que je vérifie une fois rentré à la maison si au moins de ces titres se trouve sur Bowi, pour finalement ressortir ce disque. Bingo ! C'est bien plus que ce que j'espérais, puisque tous les trois sont dessus !!
Marie Provost raconte l'histoire et le fin tragique de Marie Prevost, d'origine canadienne, qui fut une star hollywoodienne du cinéma muet. Retrouvée morte dans son appartement quelques jours après son décès, ses jambes avaient servi de repas à son teckel... Lowe raconte cette histoire peu ragoûtante comme si de rien n'était, dans son style de pop pure habituel, avec des choeurs très sixties sur le refrain.
Shake that rat est un instrumental à guitare dans un genre à peu près surf, mais comme Nick Lowe est plutôt un bassiste, la guitare solo est ici, sauf si je me méprends, de la basse. C'est excellent, mais Dr Feelgoed rapporte que Nick Lowe a indiqué dans les notes de pochette de The wilderness years qu'il avait pompé sur un morceau de Dr. John. Sauf qu'il indique un mauvais titre... Dr. Feelgoed a découvert que le morceau pompé était One night late, qu'on trouve sur Zu zu man, un obscur album pirate. Feelgoed explique aussi que c'est volontairement que Endless sleep est joué le plus lentement possible. Ce titre a quand même été repris par Leo Kottke.
Born a woman, écrit par Martha Sharpe, a été un gros tube pour Sandy Posey en 1966. Sur la même longueur d'onde que Stand by your man, mais deux ans plus tôt, sa vision timorée du rôle social de la femme a logiquement prêté le flanc à la critique et à la parodie. Interprétée par un homme, la chanson prend encore une autre dimension.
Les petits jeux de Nick Lowe et Barney Bubbles ne se sont pas arrêtés au choix du titre du disque. Au recto, le slogan "Pure pop for now people" a été opportunément ressorti au moment où il a fallu trouver un titre de remplacement pour l'édition US du premier album, Jesus of cool, un titre original qui risquait d'indisposer certains américains zélotes.
Je ne sais pas pourquoi la référence du disque est LAST 1 et pas un numéro dans la série normale des BUY de chez Stiff. Par contre, j'imagine que la face A est dite LIVE par opposition à la face B DEAD, dont les deux titres traitent l'un de la mort de Marie Provost, l'autre de sommeil sans fin.
Sur l'étiquette du disque, encore une énigme avec la face A indiquée en "Swan stereo" et la B en "Duck Stereo". Certes, il s'agit de deux volatiles, mais associés à Nick Lowe et au pub rock, ça me fait penser à Swan Song, le label de Dave Edmunds, et au groupe Ducks Deluxe. Oui, mais encore ? Mystère.

Les quatre titres de ce disque ont été plusieurs fois réédités, notamment en 2008 sur l'édition des trente ans de Jesus of cool, qui contient dix titres bonus par rapport au 33 tours original.

05 septembre 2010

HERBIE HANCOCK : Watermelon man


Acquis sur un vide-grenier de la Marne à la fin des années 2000
Réf : 45-1862 -- Edité par Blue Note en France en 1962
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Watermelon man -/- Three bags full

Ça doit faire environ un an que j'ai acheté ce disque (je n'ai pas vérifié mes notes, mais c'est sûrement à Epernay) mais je ne l'avais pas encore rangé. Il était resté près du tourne-disque, pas tellement parce que je l'ai adoré quand je l'ai écouté, plutôt parce que je trouve que c'est un bel objet, l'un de ces disques dont la pochette est imprimée en France (avec des notes signées Kurt Mohr) alors que le disque est le pressage américain sur lequel on a juste collé le timbre montrant que les droits afférents ont bien été réglés au BIEM. Cerise sur le gâteau, le timbre est ici (presque) assorti au bleu du label Blue Note.

J'attendais donc de savoir si j'en ferais quelque chose (c'est à dire : si j'en parlerais ici) et c'est finalement l'interview avec Herbie Hancock à l'occasion de ses 70 ans parue dans le n° 203 de Mojo (daté d'octobre 2010 mais disponible depuis la fin août). Herbie y explique notamment que Watermelon man fait partie des six compositions qu'il a présentées en deux jours aux responsables du label pour être signé chez Blue Note. Six titres qui ont formé la matière de son premier album, Takin' off. Il explique aussi que la chanson lui a été en partie inspirée par le chant du vendeur de pastèques qui passait dans son quartier quand il était jeune et le rythme des roues de sa carriole sur les pavés.
Pour ma part, à Châlons, au tournant des années 70, on avait aussi une carriole qui passait dans le quartier (tirée par un cheval ou à bras, je ne sais plus). C'était celle du chiffonnier qui criait "Peaux de lapin, peaux", suivi d'une liste de quatre ou cinq autres choses qu'il était susceptible d'acheter (ferraille, chiffons,...). C'était une époque où les lapins étaient encore vendus avec la peau, on pouvait donc en tirer quelques centimes en la revendant, mais quand même, la carriole faisait un sacré contraste dans le quartier H.L.M., digne de celui entre la banlieue de M. Hulot et celle de son beau-frère dans Mon oncle.
Du coup, j'ai réécouté mon 45 tours et en fait il se trouve que j'aime vraiment bien Watermelon man, et si je l'aime bien (alors que j'ai du mal à aller au bout de la face B Three bags full avec ses trois solistes qui se succèdent) c'est sûrement parce que la base de cette composition est un simple blues en seize mesures (selon Wikipedia) avec un piano presque New Orleans et un équilibre quasi-mathématique (Hancock a fait des études scientifiques).
Cette version originale a eu un succès modéré mais notable lors de la sortie (vers la 84e place des charts, se souvient Herbie Hancock) mais la chanson est devenue un véritable tube quand Mongo Santamaria en a fait une reprise dans un style cubain quelques mois plus tard.
Par la suite, Watermelon man est devenu une sorte de classique du jazz, souvent repris. Hancock y est revenu lui-même en 1973 pour une version plus jazz-funk sur son album Head hunters, un autre immense succès. Il y a peu de chances que je cherche un jour à me procurer cette deuxième version : pour Herbie Hancock, ce 45 tours et son expérience hip hop Rock it me suffisent largement.

Salut à Pascal D. sur ce coup là.

03 septembre 2010

THE FRESHIES : I can't get "Bouncing babies" by The Teardrop Explodes


Offert par Paulette Dodu à Mareuil-sur-Ay en août 2010
Réf : MCA 725 -- Edité par MCA/Razz en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : I can't get "Bouncing babies" by The Teardrop Explodes -/- Tell her I'm ill

Quand Chris Sievey, plus connu ces vingt-cinq dernières années sous le nom de son personnage Frank Sidebottom, est mort il y a quelques semaines, je m'étais dit en lisant les articles nécrologiques que, parmi les singles de son ancien groupe The Freshies, il y en avait deux que j'aimerais bien avoir, I'm in love with the girl on the Manchester Virgin Megastore checkout desk, une chanson que son titre rapproche immanquablement de The new teller de Jonathan Richman, et ce I can't get "Bouncing babies" by The Teardrop Explodes.
Finalement, l'occasion de se procurer ce dernier s'est produite plus rapidement qu'espéré, grâce à un pari gagné contre ma grande soeur Paulette dont la prime pour ce qui me concerne était "un 45 tours au choix à 10 € maximum port compris".
Pourquoi je voulais ce disque ? Parce qu'il fait référence à l'impossibilité de se procurer un 45 tours que j'aime bien et que je possède ? Oui, mais aussi parce qu'il se trouve que cette chanson semble avoir été écrite plus ou moins pour et sur moi, puisqu'il y est question d'un collectionneur de disques pathétique et quasi-pathologique.

Voici les paroles transcrites par DJ Ian :
"I collect ‘em you know all the Indie I just wanna go
I need it you see 1,433 singles in PCs
Don’t know why I do it just haven’t a clue, it kinda sucks don’t it ?
But I can’t get Bouncing babies by the Teardrop Explodes
It’s a disease but stamps and football cards do nothing for me
But when I spread my collection cross the floor
From the window wall to the door you seem closer to me
Don’t know why I do it, can someone see through ? I’m lost and I’m lonely
And I can’t get Bouncing Babies by The Teardrop Explodes
I can’t get (boing boing boing) Bouncing Babies Bouncing Babies
Don’t know why I do it, I just haven’t a clue
It kinda sucks don’t it, can someone see through ?
These things I’m doing I am doing for you and the lost and the lonely
And I can’t get Bouncing Babies by The Teardrop Explodes
I can’t get (boing boing boing) Bouncing Babies Bouncing Babies"

J'avais déjà un maxi des Freshies, Wrap up this rocket, et un double-album de Frank Sidebottom. Aucun des deux ne me plait vraiment et c'est un peu le même problème avec I can't get... : le titre est accrocheur, l'idée est sympa, mais musicalement ça ne suit pas car la chanson construite avec ces paroles ne fait pour le coup aucunement écho aux Teardrop Explodes. Pire, c'est une sorte de ballade au piano digne d'Elton John qui ne me déride un peu que lorsque que les choeurs font "Boing boing".
La face B, Tell her I'm ill, est mieux. C'est un titre pop-rock rapide à guitare, genre Squeeze ou Sinceros, pas hilarant mais sympathique.
Ce qui est amusant dans l'histoire, c'est que pour ma part je n'ai eu aucune difficulté à me procurer Bouncing babies des Teardrop Explodes, qui m'est tombé tout  cuit dans les mains chez Rough Trade à Londres (deux ou trois ans après que la chanson des Freshies a été écrite, pourtant), et que, une fois que j'ai eu l'idée de choisir ce disque pour le cadeau que Paulette me devait, je n'ai eu aucune difficulté non plus à me le procurer puisqu'il a dû me falloir pas plus de cinq minutes chrono pour en trouver un exemplaire en bon état en achat immédiat sur eBay pour un prix tout à fait correct.
Si les chansons des Freshies ne sont pas toujours aussi drôles qu'on pourrait l'espérer, j'aime quand même bien la reprise de la typo des Teardrop Explodes sur la pochette et la photo décorée de nez jaunes avec le gars au premier plan (le deuxième en partant de la droite) qui ressemble à un jeune Robert Smith.  Il y a aussi le bassiste du groupe qui est un dénommé Rick Sarko. A une lettre près, c'était un coup de maître !

Les Freshies n'ont pas sorti d'album pendant leur existence, mais Cherry Red a édité il y a quelques années une compilation CD (toujours disponible), The very very best of... some long and short titles,  à préférer à Remembering The Freshies, une compilation sortie tout récemment, après le décès de Chris Sievey, et disponible uniquement en téléchargement, qui contient moins de titres et coûte presque aussi cher.

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