27 février 2011

SIMPLE MINDS : Chelsea girl


Acquis chez Woolworths à Londres vers la fin 1983
Réf : ZUM 11 -- Edité par Zoom en Ecosse en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Chelsea girl -/- Garden of hate

Je crois me souvenir que j'ai eu ce 45 tours dans l'un des lots de dix disques emballés sous plastique achetés chez Woolworths au centre de Londres, comme le Mystic Knights of the Oingo Bongo. Si c'est le cas, comme il s'agit d'un groupe connu on peut être sûr qu'il faisait partie des deux seuls disques du lot dont la pochette était visible.
Chelsea girl est le deuxième single de Simple Minds, sorti quelques semaines après l'album et le single titrés Life in a day, (Chelsea girl est sur l'album). J'ai acheté ce premier album alors que j'avais déjà Real to real cacophony et je me souviens que ce disque était assez décrié à l'époque. J'avais lu au moins une chronique qui voyait en Simple Minds de simples suiveurs de Magazine ou XTC, allant même jusqu'à embaucher leur producteur John Leckie, qui en fait n'était pas leur premier choix : ils auraient préféré John Cale ou John Anthony, le producteur de Van Der Graff Generator.
Le groupe a très vite renié cet album, avant de sortir le deuxième dans la foulée quelques mois plus tard. Ce n'est certes pas un chef d'oeuvre, mais outre une pochette trés réussie, il propose au moins deux excellentes chansons, les deux singles, Life in a day et Chelsea girl. Sauf que, à la réécoute, les points de référence musicale me semblent plus à chercher vers Ultravox!, Sparks, Roxy Music, les Stranglers ou le Velvet Underground que chez Magazine.
Alors que la pochette du 45 tours Life in a day était plus que minimale, celle de Chelsea girl est presque luxueuse, avec une peinture au recto, de Thomas Rathmell, et une au verso de Mary Ruth Craig. En fait, c'est cette dernière qui avait d'abord été contactée pour la pochette, mais elle a été plus inspirée par la face B, Garden of hate, et a produit un beau tableau bien lugubre, qui s'est naturellement retrouvé au verso. Pour le recto, c'est Jim Kerr qui a repéré le tableau chez l'avocat d'Arista Records. Il a trouvé qu'il convenait parfaitement pour illustrer cette chanson, dont le personnage est basé sur le mannequin du Swingin' London Jean Shrimpton.
Sur Chelsea girl, Simple Minds est dans son registre plus électrique que synthétique. Il y a un bon gros riff de guitare et même un solo. C'est un morceau que j'aime toujours beaucoup, avec un refrain pas vraiment pop mais qui fonctionne bien. Quelques semaines après avoir beaucoup écouté Rock and roll heart de Lou Reed pour le chroniquer, la parenté de Chelsea girl avec Temporary thing, signalée par le site simpleminds.org, ne m'a pas sauté aux oreilles. Après vérification, je saisis ce qu'ils ont pu piquer chez Lou Reed pour construire leur composition, mais on est très loin d'un véritable plagiat.
Dans un même ordre d'idée, avec le jardin dans le titre, j'ai eu un petit coup au coeur en entendant l'intro au synthé de Garden of hate, qui m'a fait penser au Jardin chinois de Taxi-Girl. Il y a un petit lien aussi dans la thématique des paroles, mais, même si l'écoute de cette chanson plutôt quelconque, composée après le sessions de l'album, aurait pu très éventuellement déclencher chez Taxi-Girl l'envie de composer Jardin chinois, toute comparaison s'arrête là : la chanson de Taxi-Girl est une réussite à mille lieues au-dessus de celle de Simple Minds.



25 février 2011

PRELUDE : Out there


Acquis sur un vide-grenier d'Epernay vers 2009
Réf : 45.PY.3052 -- Edité par Pye en France en 1974
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Out there -/- After the goldrush

Mojo a récemment consacré sa couverture à Neil Young pour les quarante ans de l'album Harvest. A cette occasion, ils ont produit une liste de ses cinquante "meilleures" chansons, sélectionnées et commentées par des journalistes et des vedettes, dont Howe Gelb, qui revient sur Music arcade, un titre dont il a fait une reprise sublime. Je signale ça pour l'anecdote car on sait que ces classements ont autant de valeur qu'un sondage prétendument réalisé en bonne et due forme, mais  Music arcade se retrouve à la toute dernière place du classement et c'est After the goldrush qui est n°1. Ça m'a au moins permis d'apprendre que cette chanson, comme la majeure partie de l'album, a été inspirée par un scénario de Dean Stockwell et Herb Berman pour un film qui ne s'est jamais fait. Le thème de la chanson reste énigmatique, mais ça tourne visiblement autour de l'écologie.
Pendant des années, j'ai refusé de m'intéresser à cette période de Neil Young. En pleine new wave, je rejetais particulièrement Harvest, que je considérais comme un disque typiquement baba cool. J'ai changé d'avis depuis, et quand j'ai vu After the goldrush sur cette pochette de disque d'un groupe inconnu, ma curiosité a été éveillée et je l'ai pris. Je ne connaissais pas du tout ce groupe, et dans un premier temps, vue la maquette, j'ai même cru qu'il s'appelait Out There et que la face A était After the goldrush. En fait, Prelude est un groupe anglais et ceci est son premier 45 tours, extrait de leur premier album How long is forever ?.
La face A Out there a tous les attributs de la chanson folk-rock, entre les Byrds et Fairport Convention, mais il y a quelque chose qui cloche, un rythme un peu boiteux, des ingrédients qui ne se mélangent pas bien, et ce n'est franchement pas une réussite.
C'est en attendant un bus que les membres de Prelude se sont mis à chanter After the goldrush. Ça leur a plu et ils ont enregistré cette très bonne version a cappella, plus Crosby-Stills-Nash & Young que CSNY eux-même, qui s'est vite retrouvée en face A d'une deuxième édition du 45 tours car c'est ce titre qui a été un tube en Angleterre et aux Etats-Unis en 1974. C'est d'ailleurs quasiment le seul tube de Prelude, à part Platinum blonde en 1980, mais il l'a été deux fois puisqu'une nouvelle version a été aussi classée dans le hit-parade anglais en 1982.
En préparant ce billet, j'ai (re)découvert avec un grand étonnement que j'avais depuis août 2008 dans mon iTunes une version d'After the goldrush par... Nana Mouskouri ! Nana a sûrement été inspirée par le succès de Prelude pour inclure sa version, également a cappella, dans son album de reprises Nana's book of songs paru en cette même année 1974. C'est bizarre, mais quand elle chante en anglais Nana me donne l'impression d'avoir un cheveu sur la langue (Nana a souvent interprété cette chanson sur scène, comme ici à Monte-Carlo en 1981). Dans le style, ça vaut la reprise de Still I'm sad des Yardbirds par Les Compagnons de la Chanson en 1965 sous le titre Les corbeaux de l'hiver. C'est cette version française que Patrick Eudeline a interprétée sur scène en septembre 2005 à Perpignan, accompagné par Pascal Comelade.

Une version live d'After the goldrush de 1984.

20 février 2011

LE TONE : Joli dragon


Acquis probablement à Reims en 1998
Réf : 004 / NV 3102-2 -- Edité par MangeDisc / Naïve en France en 1998
Support : CD 12 cm
Titres : Joli dragon -- Is it love -- Joli dragon (Mad Professor remix)

Voilà le genre de truc un peu béta, bien nigaud en fait, qui est parfait pour moi. Une base hip-hop, un soupçon de reggae, du synthé glou-glou à la J.J. Perrey (à qui Le Tone avait rendu hommage avec son premier single Jean-Jacques et les Dauphins) et une certaine Judith qui cherche un joli dragon. Super.
En plus, ce n'est pas comme si ce truc m'arrivait de nulle part. C'est un peu comme si le petit dinosaure de Jonathan Richman avait muté en joli dragon, en gagnant la capacité de cracher le feu mais en perdant tous ses couplets. Puisqu'on est dans le domaine de l'électronique rigolote, le rapprochement est plus probant avec le fameux Boule (viens ici) ! de Ptôse Production. Je pense aussi à un contemporain des années 1990, Roudoudou et son Peace and tranquility to Earth, et c'est encore plus flagrant sur la face B, Is it love, qui démarre façon House music très fortement ralentie.
Le remix de Joli dragon par Mad Professor est trop vaguement dub pour être vraiment intéressant. Avant de consulter la discographie de Le Tone, j'avais complètement oublié que, par le truchement de ses accords avec son actionnaire Sony, c'était Creation qui avait sorti ce disque en Angleterre, où il a eu un certain succès. L'édition anglaise comporte plein d'autres remixes, mais je suis bien certain que seule la version originale est indispensable.

18 février 2011

THE DAVE CLARK FIVE : Glad all over


Acquis chez Age Concern à Douvres le 29 décembre 2010
Réf : DB 7154 -- Edité par Columbia en Angleterre en 1963
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Glad all over -/- I know you

Après le Lonnie Donegan et le Johnny Kidd, voici un troisième et probablement dernier disque pris dans la petite pile de 45 tours sixties trouvés chez Age Concern à Douvres fin décembre.
Comme Shakin' all over, Glad all over a été n° 1 des ventes en Angleterre, début 1964, ce qui explique qu'il puisse en traîner des exemplaires comme ça dans la province anglaise des années plus tard. Le n° 1 précédent était I want to hold your hand et, comme pour beaucoup de groupes anglais de l'époque, c'est tout le parcours du Dave Clark Five qui s'est fait dans l'ombre des Beatles, y compris aux  Etats-Unis où ils ont été le deuxième groupe de l'invasion British à passer au Ed Sullivan Show. Le Dave Clark Five est un groupe qui a eu beaucoup de succès, mais qui n'a pas très bonne réputation et est plutôt relégué dans les annexes de l'histoire du rock. Significativement, j'avais peut-être un de leurs titres ou là sur des compilations, mais c'est bel et bien le premier disque d'eux que j'achète, même si j'avais depuis relativement peu de temps une reprise d'époque de Glad all over par les Pop Paraders.
J'ai pris la peine d'écouter en entier l'album de 1964 sur lequel ce single figure et, si le groupe est efficace et dynamique, sa place de second couteau semble artistiquement méritée. Le chant, souvent à plusieurs voix, est complètement Beatles, comme chez des centaines de groupes de l'époque. Au niveau musique, c'est très souvent dérivatif, avec des décalques crédités aux membres du groupe de Twist and shout (No time to lose) et de Tequila (Chaquita), un titre inspiré du folk et du gospel (Doo Dah) et une bonne reprise de Do you love me.
Pour s'en tenir à ce 45 tours, les deux faces sont énergiques et rythmées. La B, I know you, a un chant décidément trop Beatles, mais de bons riffs de guitare et d'orgue. Le tube Glad all over s'éloigne du canon Beatles et, sans avoir un son garage ni tutoyer Louie Louie, il vaut par sa rythmique, batterie lourde (le batteur est le leader Dave Clark, dont l'instrument était placé en avant sur scène) et saxophone bien gras, avec un orgue agréable juste derrière. Ça ne va pas chercher midi à quatorze heures, mais ce titre, sorti un an avant les premiers Kinks à riff, est trop souvent oublié des anthologies sixties.
La réputation posthume du Dave Clark Five n'a pas été favorisée par la jalousie suscitée par le sens du business de Dave Clark, qui a notamment conservé les droits sur ses enregistrements, ce qui lui a permis d'éditer de juteuses compilations, et acquis ceux de l'émission sixties de la BBC Ready Steady Go !, dont les rediffusions et éditions en vidéo des années 80 comportaient presque systématiquement, comme c'est étrange, une prestation du Dave Clark Five. On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même...

13 février 2011

FELT : Bubblegum perfume


Acquis au Big Sound System Primitif à l'Appart Café à Reims le 8 janvier 2011
Réf : CRE LP 069 -- Edité par Creation en Angleterre en 1990
Support : 33 tours 30 cm
20 titres

C'est ce qui s'appelle boucler la boucle, ou ravaler sans la faire éclater la grosse bulle de chewing-gum qu'on a fait gonfler au maximum.
Pour Felt, quelques mois après sa séparation, il s'agissait de mettre un point final à son parcours avec cette première compilation des années Creation. Pour ma part, tomber sur ce disque après plus de vingt ans, au même endroit où j'ai "retrouvé" mon exemplaire d'un autre compilation Creation, Sunset des Jasmine Minks, ça donnait également l'impression de refermer un chapitre. Même si cela fait bien longtemps que je ne suis plus un membre actif de La Radio Primitive, ça m'a fait tout drôle de tomber sur des disques que j'avais souvent passer à l'antenne, et encore plus de savoir que c'est pour contribuer à assurer sa survie financière que l'association s'est résolue à les vendre.
J'ai longtemps protesté contre la légende, créée par Lawrence au moment de la séparation du groupe, qui voudrait qu'il ait eu comme projet de départ de sortir dix albums et dix singles de Felt avant de s'arrêter. La première objection étant que ce décompte omet sciemment Index, le premier disque de Felt, enregistré par Lawrence seul. Sur ce point j'avais tort, puisque j'avais moi-même négligé le fait que cette affirmation, qu'on retrouve en très gros au recto de la pochette de ce Bubblegum perfume, est assortie de la restriction "during the eighties". Le compte est bon, donc, même si l'idée du grand projet mené de bout en bout reste évidemment une légende auto-fabriquée, qui a bien plu aux journalistes.
Si j'en crois la bio glissée dans cet exemplaire du disque envoyé en radio, les journalistes français ne risquaient pas trop de reprendre cette légende : Virgin France, qui distribuait Creation à l'époque, s'est contenté de photocopier sur son papier à en-tête la bio d'une page et demie rédigée en anglais par Creation. Sauf que cette bio ne date pas de 1990, mais de 1988, au moment de la sortie de The pictorial Jackson Review, l'album précédent paru chez Creation et diffusé par Virgin. Il n'y est du coup évidemment pas précisé qu'il s'agit d'une compilation posthume !
Lawrence a soigné la pochette. Pour la première fois, mais pas la dernière (voir Tearing up the album chart ou une photo diffusée dans la presse en 2010), il utilise son torse pour nous communiquer de l'information (Ici, un choix de quatre des titres de l'album). Au dos, il s'amuse bien en écrivant, en très gros encore, "Regardez la tranche pour la liste des titres". Et effectivement, on retrouve, en tout petit pour le coup, la liste des vingt titres de l'album sur la mince tranche de la pochette ! Je trouve la pochette du CD encore un peu plus réussie : comme il y a moins de place, il y a un gros plan sur la photo, avec le texte qui est tronqué, et surtout il y a un jeu de couleurs sur le rose et le vert qui me plait bien (Pour le vinyl, le contraste rose-vert n'est utilisé que pour les étiquettes du disque).
C'est en partie parce que j'avais moi aussi tourné la page Felt que je n'ai pas acheté ce disque à sa sortie. L'autre bonne raison, c'est que, contrairement à Gold mine trash, la compilation équivalente pour la période Cherry Red, qui contenait deux démos inédites, celle-ci ne comporte que des titres précédemment publiés, et j'en avais déjà dix-neuf sur vingt (Il ne me manquait que Book of swords, le seul extrait de l'album sans Lawrence Train above the city).
Mine de rien, et malgré le manque de budget pour enregistrer, un drame pour Lawrence, Felt a été très prolifique chez Creation. En à peine trois ans, de 1986 à 1988, ils ont sorti quatre singles plus ou moins maxis et cinq albums plus ou moins minis et plus ou moins instrumentaux. Je trouve le dosage des vingt titres proposés très équilibré et très à mon goût. Assez logiquement, la priorité semble avoir été donnée aux titres sortis hors albums, qui comptent pile pour la moitié du total. Les faces A sont toutes là (Ballad of the band, Space blues, The final resting of the ark), mais aussi les meilleures faces B, comme I didn't mean to hurt you, Be still des Beach Boys, la seule reprise publiée sur disque par Felt (Il leur arrivait d'en jouer d'autres sur scène. A Reims, notamment, ils ont repris Hyacinth House des Doors et Outdoor miner de Wire), There's no such thing as victory. Il y a aussi, stratégiquement placées au début et à la fin de la première face, les deux faces B du maxi Rain of crystal spires, I will die with my head in flames et Sandman's on the rise again. Plus j'écoute ces deux titres très courts et très rapides et plus ils me plaisent ! En plus, deux des trois titres extraits de Forever breathes the lonely word sont les faces A du maxi, qui se trouve donc être le seul des disques de Felt chez Creation à être intégralement repris ici.
Côté instrumentaux, le dosage est bon aussi. Il y en a cinq, plutôt courts, répartis habilement sur tout le disque. Mes préférés sont Ferdinand Magellan, au piano, et Voyage to illumination, extrait de Let the snakes crinkle their heads to death.
S'il y a une chose qui reste mystérieuse, c'est le titre de la compilation. "Bubblegum perfume" ne semble pas être extrait des paroles d'une chanson de Felt et j'ai du mal à associer un parfum de bubblegum, quel qu'il soit, à ce groupe. Par contre, ce parfum et ces couleurs rose et vert constituent comme un avant-goût de Denim, le nouveau projet dans lequel Lawrence s'était déjà plongé au moment de la parution de cette compilation.
Il y a eu d'autres compilations de Felt publiées depuis. Mon conseil serait d'éviter Stains on a decade, pourtant le seul disque qui couvre l'ensemble du parcours de Felt, mais en seulement quinze titres, ce qui n'est pas assez. Il me semble plus judicieux de combiner Goldmine trash et Bubblegum perfume ou les deux volumes des Absolute classic masterpieces. Le problème étant que, si Cherry Red a bien réédité en 2003 et garde disponible l'ensemble du catalogue album de Felt, les compilations du catalogue Creation, Bubblegum perfume et Absolute classic masterpieces II, ne sont actuellement plus disponibles.

12 février 2011

THE DELGADOS : American trilogy


Acquis chez Oxfam Books & Music à Kentish Town le 18 novembre 2010
Réf : Chem039CD -- Edité par Chemikal Underground en Ecosse en 2000
Support : CD 12 cm
Titres : American trilogy (Edit) -- Euphoria heights -- How can we hang on to a dream ?

Les boutiques de charité d'Oxfam sont réputées pour être parmi les plus chères. Elles sont aussi parmi les seules à avoir la prétention de vendre certains disques à prix collector. Alors, une boutique Oxfam spécialisée dans les livres et la musique et en plein Londres, on n'est pas surpris d'y trouver généralement peu de bonnes affaires, mais ça ne m'empêche pas d'aller y jeter un coup d'oeil quand j'en ai l'occasion. Et ce jour-là, c'était fête. Je ne sais pas pourquoi, mais il y avait des promotions dans deux rayons qui m'intéressent. Les polars étaient à 99 pence les deux, et j'ai trouvé deux Richard Stark/Donald Westlake que je n'avais pas, tandis que les CD singles étaient à 99 pence les trois. En fouillant bien, j'ai réussi à faire un lot composé aux deux-tiers de disques des Delgados, dont celui-ci.
Dès les premières secondes d'American trilogy, j'ai su que je connaissais cette chanson, ce qui signifie que je l'ai probablement quelque part sur un CD compilation diffusé par un magazine. J'ai aussi tout de suite associé ce titre à ma période préférée de Mercury Rev, celle de Deserter's songs et son classique Goddess on a hiway, ce qui n'est pas surprenant car Dave Fridmann a mis sa patte de producteur sur ces deux disques. Fridmann a la réputation d'avoir la main lourde en matière de production et de multiplier les couches de son. Ici, c'est certes très travaillé mais c'est de l'ouvrage parfaitement ciselé et bien dosé. Les cordes notamment sont présentes mais suffisamment restreintes pour ne pas faire retomber la chantilly.
Côté paroles, c'est assez surprenant, avec un narrateur en proie à la dépression qui se confie. Je n'ai pas compris pourquoi la chanson s'intitule American trilogy, mais en tout cas ça semble n'avoir aucun rapport avec An American trilogy de Mickey Newbury. Si mon titre préféré des Delgados reste The dirge, qui a pour seul défaut d'être une reprise des New Bad Things, American trilogy arrive en deuxième place de ce classement général et sera donc rebaptisée Poulidor, mais elle prend la première place du classement annexe des titres originaux des Delgados.
Si le premier titre est chanté par principalement par Alun Woodward, c'est Emma Pollock qui s'y colle de manière assez diaphane pour Euphoria heights, une chanson plutôt réussie où les guitares sont plutôt,à l'arrière-plan, laissant la vedette à la section rythmique.
How can we hang on to a dream ? est une de mes chansons préférées de Tim Hardin. La reprise qu'en font les Delgados est agréable mais n'apporte pas grand chose. J'en retiens surtout les échantillons sonores bruitistes qui lui servent de colonne vertébrale.

06 février 2011

LOU REED : Rock and roll heart


Acquis à la Petite Boutique Primitive à Reims à la fin des années 1980
Réf : AL 4100 -- Edité par Arista aux Etats-Unis en 1976
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Pour ce qui concerne Lou Reed, mon parcours a commencé avec Street hassle. Ensuite, j'ai refait en partie le chemin à l'envers en m'intéressant au tube Walk on the wild side, au live électrique Rock and roll animal, deux disques que pas mal de copains avaient, tout comme Berlin, que les critiques recommandaient fortement, à tel point que le disque m'a relativement déçu. Les critiques insistaient beaucoup sur le Velvet Underground, que j'ai découvert avec bonheur, et même sur Metal machine music, que j'ai commis l'erreur de m'offrir à un prix déjà collector, pour fêter la réussite à un examen je crois, et que je ne regrette absolument pas d'avoir revendu très rapidement, sauf que j'aurais dû essayer d'en tirer un meilleur prix.
Pour ce qui concerne Rock and roll heart, nos routes ne s'étaient jamais croisées jusqu'à ce jour de 1988 ou 1989, quand j'ai entendu le morceau-titre de l'album, avec le riff de guitare saturée et le piano en intro, la voix si particulière de Lou Reed et l'orgue sur le refrain. Et je me suis dit : "Mais c'est dingue, on dirait un extrait de The pictorial Jackson Review de Felt !".
Coup de chance, quelqu'un a mis en vente peu de temps après à La Primitive un exemplaire en pressage américain de l'album, en parfait état et pas trop cher. Je ne l'ai pas laissé passer...
Le morceau Rock and roll heart, le seul 45 tours extrait de l'album (ça n'a pas été un tube), reste l'un de mes préférés du disque. Dès le Velvet, Lou Reed avait chanté le pouvoir du Rock and roll. Là, il parle de lui-même et de sa nature profonde : "I guess I'm just dumb, 'cause I know that I ain't smart, but deep down inside, I got a rock 'n' roll heart. Yeah-yeah-yeah, deep down inside I got a rock and roll heart" ("Je dois être un peu béta, car je sais que je n'ai pas l'esprit vif, mais tout au fond de moi, j'ai un coeur rock and roll. Yé yé yé, tout au fond de moi, j'ai un coeur rock and roll"). Etant donné que Lou Reed se présente depuis des années comme un artiste dont la discipline est le rock and roll, j'imagine que, s'il devait écrire ou chanter cette chanson aujourd'hui, il la transformerait en Rock and roll art. Le seul problème que me pose ce titre, c'est que je me suis mis en tête que notre Monument National du Rock aurait pu la reprendre, sur le bon conseil d'un manager ou de son label. Autant que je le sache il ne l'a pas fait, mais rien que de l'imaginer chanter "Oh Yéééééé ! Yéééééé !  Yéééééé ! J'ai un coeur rock et rolleeeuuu !!!", ça me gâche un peu mon plaisir.
Il est aussi question de rock dans le premier titre du disque, I believe in love : "As everybody knows I believe in good time music. Yeah, good time rock 'n' roll. I believe in music, music, music. It'll satisfy your soul, but - Ah, I believe in love (Good time music)". Autant je marche pour Rock and roll heart, autant là j'ai vraiment l'impression que Lou se fout de notre gueule, comme son "As everybody knows" et son "but" semblent l'indiquer. Il s'amuse sur la fin à faire plein de choeurs différents sur "I believe in love" et "Good time music", mais j'ai autant de mal à prendre cette chanson au premier degré que toute la discographie de Denim.
Ce disque est le premier que Lou Reed a enregistré pour Arista après avoir quitté RCA. Il a été enregistré très rapidement avec un groupe dont plusieurs musiciens sont issus de la scène jazz. Ce sont les trois titres où ça s'entend le plus que j'aime le moins : l'instrumental Chooser and the chosen one, Follow the leader et A sheltered life. Ça ne peut pas être un hasard si ces deux derniers titres sont justement deux vieilles chansons qui figuraient déjà au répertoire du Velvet, la première était interprétée sur scène en 1969 (on en trouve une version sur The Quine tapes) et l'autre a été enregistrée comme démo en 1967 et publiée dans le coffret Peel slowly and see. Ça a dû amuser Reed de les maltraiter ainsi. Au moins, A sheltered life est sauvée par son humour, Lou interprétant un personnage de provincial qui n'a jamais quitté son trou ("Never been to England, never been to France, never really learned how to dance, I've never taken dope and I've never taken drugs, ah, I've never danced on a bear-skin rug, Guess it's true, what all those people they say, I'm gonna have to loose my hometown ways").
Mais il y a bien un titre sur cet album qui sonne comme du Velvet Underground, c'est l'épatant Banging on my drum. La courte partie instrumentale à la fin me fait même penser à certains titres pré-Velvet comme You're driving me insane.
Mes autres titres préférés du disque sont Vicious circle, assez minimal avec la voix bien mise en avant, You wear it so well, une chanson lente avec du piano et des cuivres, du Lou Reed assez typique avec Garland Jeffreys aux choeurs, et pour finir le disque Temporary thing, un titre lent et rythmé qui semble annoncer l'album suivant, Street hassle.
Je n'irai sûrement pas prétendre que cet album est un chef d'oeuvre, mais c'est un disque agréable et très cohérent, peut-être un peu trop méconnu au-delà des rares extraits qui figurent sur les compilations. En tout cas, je parierais que Lawrence a dû user son exemplaire jusqu'au fond des sillons.

05 février 2011

GO-KART MOZART : Tearing up the album chart


Acquis par correspondance chez Amazon en juillet 2005
Réf : BRUM 2 CD -- Edité par West Midlands en Angleterre en 2005
Support : CD 12 cm
12 titres

Après le deuxième album de Denim, Denim on ice, que j'ai très peu écouté, je me suis un peu désintéressé des activités de Lawrence. La compilation Novelty rock ne m'a pas tenté car j'en avais déjà la grande majorité des titres. Je n'ai pas été au courant sur le moment de la mésaventure survenue en septembre 1997 à Lawrence quand son ultime tentative d'avoir un hit planétaire avec Summer smash sur la major EMI a capoté au dernier moment, le label ayant annulé la sortie du disque au prétexte que la gaité affichée de ce tube au second degré collait mal avec l'émotion suscitée par le "Summer crash" de Diana Spencer. Et quand Go-Kart Mozart a sorti son premier album, Instant wigwam and igloo mixture, j'ai dû être plus ou moins au courant mais je ne me suis pas senti suffisamment concerné pour chercher à écouter ou acheter ce disque. Par contre, allez savoir pourquoi, quand Tearing up the album chart est arrivé à la mi-2005, je me suis dit que c'était quand même un album de Lawrence et j'ai eu envie de le soutenir en achetant le disque et surtout de voir où il en était musicalement.
Et à l'écoute, le premier bonheur c'est de découvrir que Lawrence est effectivement bien là, et surtout qu'il a conservé sa voix et sa façon de chanter de petit frère de Lou Reed. Musicalement, on reste exactement dans la lignée de Denim, avec une certaine distance par rapport aux sujets traités, pour ne pas dire des chansons au troisième degré la plupart du temps, et des références toujours aussi nombreuses aux années 1970, à commencer par la pochette, dont le lettrage est inspiré d'un album de James Last. Quant aux photos, Lawrence fait très fort, puisqu'on le voit en bob et en maillot de bain en couverture du livret ("I still want to be a star but I just sold my guitar and you know the way things are..."). A l'intérieur, qui se déplie en poster, il est dans la même tenue sur une photo plus grande, assis sur un couvercle de toilettes, et on arrive à lire le message écrit sur son ventre (Il avait déjà utilisé ce support en 1990 pour la pochette de la compilation Bubblegum perfume) : "Go-Kart Mozart — Classic upstarts".
Si la continuité avec Denim est si forte c'est parce que, comme Lawrence l'expliquait notamment dans une interview pour Magic en 2003, il s'agit en fait de projets inséparables, les sorties sous le nom de Denim étant réservées aux disques avec un budget conséquent sortis par de gros labels, les "faces B" ou enregistrements faits avec des bouts de ficelle étant réservés à Go-Kart Mozart. Ceci explique pourquoi quatre des titres de cet album devaient initialement sortir sur Denim take over, le troisième album du groupe qui n'a finalement jamais vu le jour.
Au bout du compte, alors que j'ai fini par acheter aussi Instant wigwam and igloo mixture, je dirais que Tearing up the album chart est mon album préféré de la production post-Felt de Lawrence. C'est un album court et compact de douze bonnes chansons, avec une unité très forte, même si la palette de sons va du rock électrique à la pop seventies, en passant par les différentes évolutions des sons synthétiques du début des années 70 aux années 80 (de Jean-Jacques Perrey à la new wave, concrètement). Même si je suppose que le budget ne correspondait pas aux espérances de Lawrence, le son est excellent et les participants au projet assez nombreux, avec notamment Terry Miles et W H Smiffy (le Smithy de Denim, probablement) aux synthés, Tony Barber (ex-Buzzcoks de deuxième génération) et Steve New (Rich Kids, qui est mort à 50 ans en 2010) aux guitares.
Comme j'aime tout le disque, j'ai du mal à en isoler des titres. Après avoir fait référence précédence à Chicory Tip et Foghat, Lawrence cite cette fois Marmalade, un groupe écossais du tout début des années 70, sur Listening to Marmalade, peut-être son titre le plus électrique depuis Index en 1979 ! Bizarrement, Electric rock & roll l'est beaucoup moins, électrique. C'est au contraire un titre très synthétique, presque new wave, sur lequel Lawrence chante au début un peu comme Jona Lewie, dont il a justement repris le Seaside Shuffle de Terry Dactyl and the Dinosaurs en face B de Summer smash. A chaque écoute, ça me fait drôle de l'entendre chanter "Ooh rock & roll"...
Summer is here est très pop et est peut-être à considérer comme un Summer smash bis. Les deux titres qui s'enchaînent On a building site, dont la rythmique rappelle In the Summertime de Mungo Jerry, et Fuzzy duck, une valse rythmée par un son étranglé de canard électronique, sont peut-être ceux où Lawrence donne le plus l'impression de nous tirer la jambe et d'avoir sa langue dans la joue, comme disent les anglais.
Plus de quinze ans après son départ de Felt, il semble que Lawrence avait encore un message à faire passer à Maurice Deebank. Il utilise pour Delta Echo Echo Beta Alpha Neon Kettle l'alphabet radio international, mais le message reste cryptique, il semble juste être question du souvenir d'un contrôle policier. Le titre lui-même sonne comme du Devo ou du Taxi-Girl première période.
Au moins deux titres font clairement référence au monde de la drogue et des drogués, At the DDU (Au centre anti-toxicomanies), qui commence assez électrique avant de partir dans une envolée pop, sur un refrain surprenant, "You know that massive shot of meth won't hit you at the DDU", et Donna & the Dopefiends ("Hey Donna come on, I want to score, Hey Donna come on, I want some more"). C'est un monde qui de prime abord aurait semblé complètement étranger au Lawrence de Felt, mais ces paroles et les photos d'un Lawrence décharné donnent à penser qu'il y a du vécu là-dedans, ce que confirme un article de 2010 du Guardian qui parle d'une période où Lawrence a été au fond du trou, accro à l'héro et sans domicile.
Cette période semble heureusement révolue et 2011 devrait être une année pleine de projets réalisés pour Lawrence (mais méfions-nous, ces projets étaient déjà annoncés pour 2010 et Lawrence est coutumier des reports incessants), avec deux disques pour mettre un point final à Go-Kart Mozart, le mini-album Mini-Mart et l'album On the hot dog street, et deux projets avec Paul Kelly, le documentaire, Lawrence Of Belgravia, dont une ébauche a été projetée à Londres il y a déjà plusieurs années, et un livre de photos de Felt accompagnées d'extraits du journal de Lawrence.

Tearing up the album chart est toujours disponible, notamment chez son distributeur Cherry Red.

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