29 mai 2011

DAVE EDMUNDS : Girls talk


Acquis chez YMCA à Douvres le 24 mai 2011
Réf : SSK 19418 -- Edité par Swan Song en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Girls talk -/- Bad is bad

Dans sa frénésie créatrice des années 1978-1981, Elvis Costello a relégué des pépites d'une qualité incroyable en face B de ses 45 tours. Les meilleures sont : Big tears, avec Mick Jones en invité à la guitare, issue des sessions de This year's model; Tiny steps en face B de Radio radio, issue des sessions d'Armed forces; et Girls talk, sortie tout début 1980 en face B de I can't stand up for falling down, enregistrée lors des sessions de Get happy !!.
Pour Girls talk, ce traitement s'explique sûrement par le fait que la chanson, écrite par Costello avait déjà été créée quelques mois plus tôt par Dave Edmunds, qui l'a mise sur l'album Repeat when necessary et en face A de ce 45 tours, qui a plutôt bien marché. Voilà ce qu'en disait Elvis dans les notes de pochette de la réédition de Get happy !! en 2003, réédition en double CD qui proposait deux versions de Girls talk, celle sortie en face B et une précédemment inédite et beaucoup plus rapide : "Girls talk avait été donnée à Dave Edmunds dans un moment de bravade enivrée et a fini par atteindre la 2e place des charts anglais. Aucune des versions des Attractions n'est vraiment terminée mais elles illustrent la façon dont le groupe travaillait."
Sur ce coup, je ne suis pas vraiment d'accord avec Alex Twist, qui a parlé de la version de Girls talk par Dave Edmunds l'an dernier, et qui semble la préférer à celle de Costello. Déjà, j'ai découvert pour ma part cette chanson il y a  plus de trente ans dans sa version Costello, qui restera donc pour moi à jamais la version de référence, même si Elvis lui-même estime qu'elle n'est pas terminée. Mais surtout, même si je trouve que la version de Dave Edmunds, enregistrée avec Rockpile au grand complet et en même temps que l'album Labour of lust de Nick Lowe (eux aussi, ils n'arrêtaient pas dans ces moments-là), n'est pas mauvaise du tout (et plus je l'écoute, plus elle me plait), j'ai vraiment le sentiment qu'il lui manquera toujours un petit quelque chose, qui se situe dans l'interprétation. En effet, Edmunds, Lowe et les autres nous balancent ça dans un excellent style power pop-rock qu'ils maitrisent à merveille, et ça coule tout seul. Mais Edmunds pourrait aussi bien nous réciter l'annuaire, ou chanter le refrain  de C'est un vrai paradis ce Céfalù (J'ai trouvé les deux disques dans le même bac), on a l'impression qu'il emploierait le même ton. Alors que là, il chante du Costello au maximum de sa causticité. Quand Costello chante "Don't come any closer, don't come any nearer, my vision of you can't get any clearer" ou "Though you may not be an old fashioned girl, you're still going to get dated", on y croit et on a le goût de la bile qui remonte dans la gorge, alors qu'avec Edmunds ce serait plutôt du miel. Idem évidemment avec Linda Ronstadt, qui a beaucoup repris Costello dans ces années-là, notamment Girls talk sur l'album Mad love dès 1980.
En face B, on a un autre titre de l'album, Bad is bad, là encore la création d'un titre d'un auteur-compositeur reconnu, Huey Lewis, qui est d'ailleurs présent à l'harmonica sur cet enregistrement blues pub-rock. Comme Costello, Huey Lewis en donnera sa propre version un peu plus tard, sur son album à succès Sports.

28 mai 2011

LIA LINDA / THE GREGORY SISTERS : C'est un vrai paradis ce Cefalù' / The blue sky of Cefalù'


Acquis chez YMCA à Douvres le 24 mai 2011
Réf : W - 004 -- Edité par Meca Record Wildbad en Italie probablement dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : LIA LINDA : C'est un vrai paradis ce Cefalù' -/- THE GREGORY SISTERS : The blue sky of Cefalù'

Quand j'ai vu ce disque, j'ai tout de suite su que pour une fois je n'étais pas tombé sur un disque de musique traditionnelle ! J'ai bien noté qu'il y avait certains crédits en italien, mais je me suis demandé où pouvait bien être précisément ce Cefalù dont je n'avais jamais entendu parler (c'est une station balnéaire de Sicile), et ça m'a amusé de voir que ce disque à moitié en français s'était retrouvé là, outre-Manche.
L'un des premiers "villages" du Club Méditerranée a ouvert à Cefalù dans les années cinquante (on en voit le toit des cases à droite de la photo). Ce village est en cours de rénovation et va rouvrir en 2012. Le film L'explosion de Marc Siménon avec Mylène Demongeot, sorti en 1970, a été tourné sur place. Je donne ces précisions parce que ce disque, vendu en exclusivité dans la boutique de souvenirs "Chez Nino", 22 rue Umberto 1er à Cefalù, n'existe que par et pour les touristes.

On trouve ici deux versions d'une chanson populaire sicilienne, Vitti 'na crozza, qui a été interprétée, entre beaucoup d'autres, par Domenico Modugno.
Sur la version française en face A, chantée par Lia Linda, l'orchestre de Tony Decora fait bien sûr la part belle à l'accordéon. Pour la version anglaise des Gregory Sisters, l'arrangement est (un tout petit peu) plus traditionnel.
Le premier vers étant "Tirullalleru lalleru, lalleru, lalleru, lalleru, lalleru, lallà", on comprend tout de suite qu'on est en pleine culture GO/GM, celle-là même qui a fait le succès de Darla dirlada, avec une base de folklore grecque et non sicilienne, et qui des années plus tard inspirera Les bronzés.

Ma plus grande surprise en cherchant des infos sur ce disque a été de découvrir qu'il existait au moins deux autres versions publiées de C'est un vrai paradis ce Cefalù', les deux avec The blue sky of Cefalù en face B, d'ailleurs !!
La première par Les Sans' Sa Nana, un patronyme fort judicieusement choisi, a été sorti sur le même label, Meca, quelques temps plus tard (référence W - 016 contre W - 004), avec également les Gregory Sisters en face B.
On note qu'un couplet a été modifié, qui montre une certaine évolution en quelques années. On passe d'un côté pseudo-naïf tout le monde il est beau tout le monde il est gentil ("Une seule semaine c'est court à Cefalù. On n'a même pas le temps de faire un tour. Si on reste deux semaines on peut un jour.Trouver des bons amis et un grand amour") à quelque chose de déjà bien plus beauf ("Il y a des G.Os partout à Cefalù. Et de très jolies filles il y en a beaucoup. Et comme ils ont bon goût à Cefalù. C'est l'Etna à tout coup à Cefalù").


Le troisième disque, interprété par un certain Mimi' Uva, est sorti chez C&M en 1980, complet avec basse funky et synthé ! En suivant les liens, vous pouvez écouter ces deux versions chez Bide & Musique, si vous y tenez vraiment. Pour les complétistes, sachez que Les Sans' Sa Nana ont sorti au moins un autre disque, Mon ange blond.

27 mai 2011

DEPARTMENT S : Is Vic there ?


Acquis au Prisunic de Châlons-sur-Marne en 1981 ou 1982
Réf : 101536 -- Edité par Stiff / Vogue en France en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Is Vic there ? (French version) -/- Is Vic there ? (English version)

Ah non, quand même, il y a des limites. Que le magazine Mojo soit peuplé de chevaux de retours, on y est habitué, et même, c'est intégralement lié à leur projet éditorial. En-dehors des articles eux-mêmes, ça se ressent souvent vers la fin, là où sont concentrées des annonces de concert dominées par des noms remontant aux années 60, 70, 80, 90... Rien que ce mois-ci (n° 211 daté de juin 2011), The Impressions, Hawkwind et Echo and the Bunnymen sont au programme. Mais là, ce qui m'a fait réagir c'est une pleine page de pub couleurs dans le début du magazine pour Department S. Je ne sais pas où ils ont trouvé le budget pour se payer ça, vu qu'ils doivent être en indépendants, mais ils ne manquent pas de cran à proclamer en chapeau "The return of the post-punk legends who brought you the classics 'Is Vic there ?', 'Going left-right' and 'I want' ".
Mmouais. Ils ne risquaient pas de citer plus de trois titres car, si on reprend les choses, on peut dire que Department S est un groupe new wave de seconde zone qui a sorti  en tout et pour tout avant de se séparer trois 45 tours en 1980-1981, dont le classique mineur Is Vic there ?, Going left-right, qui a moins bien marché, et I want, qui a dû faire un four. L'album qu'ils ont enregistré à l'époque n'est sorti que bien des années plus tard, sans changer la face du monde.
J'en étais là de mes réflexions quand, pour couronner le tout, j'ai (re)découvert que le seul membre du groupe dont j'étais capable de citer le nom de tête, le chanteur Vaughn Toulouse, a trépassé il y a une vingtaine d'années et ne participe donc pas, a priori, à la formation actuelle du groupe. A méditer avant d'envisager d'acheter un billet de concert ou l'un des nouveaux titres du groupe, qui annonce un nouvel album pour bientôt. En France, je n'arrive plus à me souvenir s'ils ont eu droit ou non à un concert Feedback, mais si c'est le cas cela aura été le summum de leur gloire par chez nous.
Attention, je me moque, mais j'aime bien Is Vic there ?. C'est une chanson qui fonctionne bien, dans la lignée de tous ces groupes new wave inspirés par Bowie et le glam : le disque est produit par deux anciens membres de Mott The Hoople et la face B de l'édition originale était une reprise de T. Rex, Solid gold easy action (Bananarama avait enregistré les choeurs sur cette reprise, ce qui aurait constitué sa première apparition discographique, sauf que Department S explique aujourd'hui que, vue la qualité la prestation, on a fait appel aux choristes de Mott The Hoople Thunder Thighs pour les réenregistrer). Si on cherche des points de repère parmi leurs contemporains, on sera peut-être surpris de constater qu'on n'est pas si loin des Psychedelic Furs ou des Sisters of Mercy des débuts.
En quelques mois, ce premier 45 tours de Department S a connu trois éditions différentes en Angleterre. Le première chez l'indépendant Demon, à la toute fin décembre 1980. Il y a eu ensuite au printemps 1981 une réédition à l'identique chez la major RCA. Puis le groupe a signé chez Stiff qui, à un moment ou un autre dans l'année 1981 a ressorti le disque dans une version remixée par David Tickle, le producteur du deuxième single, Going left right.
Ce 45 tours français sous étiquette Stiff correspond à cette troisème sortie anglaise chez Stiff, sauf qu'on a logiquement mis en avant une version française de la chanson, sortie outre-Manche uniquement en face B du maxi Going left right. Contrairement à ce qu'indique la pochette (1980), ce disque n'a pas pu sortir chez nous avant 1981.
La version française ne l'est que partiellement, en français : le titre n'est pas traduit et la moitié des couplets reste chantée en anglais. Moins bonne note que Julian Cope avec son Traison (C'est juste une histoire), donc, mais encouragements du jury quand même. L'adaptation française est due à Henry Padovani, un nom qui n'aurait pas fait sursauter grand monde avant sa récente renommée télévisuelle. Pour ma part, je l'associe surtout à l'un des premiers concerts que j'ai vus à Londres, le 19 juin 1982 au Zig Zag Club, où les Flying Padovanis, avec Lol Coxhill en guest-star, avaient fait la première partie de Midnight Oil.
Mon exemplaire du disque, je l'ai acheté un fameux jour où le Prisunic de Châlons avait soldé plein de disques à 2 F le 45 tours et 10 F l'album. J'avais pris deux albums, dont le Trans Europe Express de Kraftwerk, et plein de 45 tours, dont plusieurs de ska sur le label Two-Tone. Ce disque de Department S me suffit largement (d'autant plus qu'entre temps j'ai récupéré d'occasion un exemplaire de l'édition anglaise chez RCA), ne me cherchez donc pas à leurs prochains concerts : je n'y serai pas !



23 mai 2011

BEN WEAVER : The ax in the oak


Acquis par correspondance via Amazon aux Etats-Unis en mars 2011
Réf : BS 156 -- Edité par Bloodshot aux Etats-Unis en 2008
Support : CD 12 cm
12 titres

En France, c'est surtout Fargo qui nous a fait connaître Ben Weaver, en sortant son quatrième album Stories under nails en 2003, suivi en 2004 de Blueslivinghollerin', une compilation des trois premiers, inédits par chez nous. Puis il y a eu Paper sky chez Glitterhouse en 2007. The ax in the oak est sorti aussi chez Glitterhouse en Europe, mais c'est le premier disque de Weaver édité aux Etats-Unis par Bloodshoot, l'indépendant américain de la country insurgée.
Ben Weaver c'est une voix de raconteur et un auteur-compositeur qui suit sa voie, qui pourrait croiser de temps à autres celles d'autres américains, comme Steve Westfield (en moins déjanté) ou Ramsay Midwood (en moins blues).
Ce disque a ceci de particulier pour Ben Weaver qu'il a été entièrement composé lors d'un séjour à Berlin (après l'enregistrement, Weaver y est retourné pour faire les dessins qui ornent la pochette et le livret.
L'enregistrement s'est fait lui à Chicago, avec le même producteur que pour Paper sky, Brian Deck, qui a aussi travaillé avec Califone, Modest Mouse, Iron and Wine ou les Fruitbats. Cette fois-ci, les deux hommes, qui jouent tous les instruments sauf la basse et les cordes, ont pris le parti de rajouter à la base folk-rock habituelle de Weaver des sons plus synthétiques (la boite à rythmes en intro et le synthé du très poppy Pretty girl) et des échantillons (des balles de ping-pong qui rebondissent sur une table sur Soldier's war, par exemple), qui contrastent avec le violoncelle, présent sur plusieurs titres. Le tout donne un éventail sonore plus varié que ce qu'on trouve habituellement sur les disques de Ben Weaver.
Il y a des titres plus rapides que les autres, mais au bout du compte mes préférés sur The ax in the oak ont tendance à être ceux qui sont les plus calmes et le plus sur le ton de la confidence comme White snow, Alligators + owls, Anything with words, Hawks + crows, quatre titres très proches les uns des des autres, ainsi que Out behind the house.

Ben Weaver a sorti fin 2010 un nouvel album, Mirepoix and smoke,  à la tonalité plus acoustique apparemment. Un autre excellent disque, si j'en crois East Jefferson, proposé en téléchargement par Bloodshot.


L'affiche pour le concert célébrant la sortie de l'album, à Chicago le 13 août 2008.

21 mai 2011

LEO FERRE : Vingt ans


Acquis chez Gibert Joseph à Lyon le 18 mai 2011
Réf : 70 402 -- Edité par Barclay en France en 1961
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Vingt ans -- Nous deux -/- Les temps difficiles -- Les chéris

Pour ce passage rapide chez Gibert Joseph, pas de trouvaille de l'ampleur du 25 cm de Marcel Bianchi pioché la dernière fois, mais j'ai été bien content d'en revenir avec ce EP de Léo Ferré en très bel état et à prix raisonnable.
De Vingt ans, une chanson que Ferré a interprétée tout au long de sa carrière je crois, à Les chéris, une chanson à la gloire des chevaux enregistrée avec une rythmique qui rappelle celle des sabots d'un cheval sur le sol, en passant par Nous deux, attribuée sur la pochette entièrement à Ferré mais dont les paroles sont de Jean-Roger Caussimon, ce disque se tient très bien. Mais s'il m'a intéressé, c'est principalement pour le quatrième titre qu'on y trouve, le premier enregistrement studio de Les temps difficiles, une chanson politique que Ferré a fait évoluer au fil de l'actualité en la publiant cinq fois de 1961 à 1966.
Si on en croit Encyclopédisque, qui indique octobre 1961 comme date de sortie de ce disque, cette version studio serait donc la toute première à être sortie. La seconde version studio date de 1965. J'ai tendance à leur préférer les versions sur scène, à commencer par celle de L'Alhambra le 18 novembre 1961 (La deuxième, Les Temps difficiles - Suite a été enregistrée à L'A.B.C. entre décembre 1962 et janvier 1963. Les temps difficiles - Dernière édition a été captée le 16 juillet 1966 au Casino de Trouville), car Ferré y chante plus naturellement, avec moins d'emphase, et surtout parce qu'on y entend en direct les réactions du public.
C'est justement avec la version à L'Alhambra que j'ai découvert cette chanson : j'ai eu une édition de l'album en 33 tours que j'ai offerte à un fidèle de Ferré, L'Incohérent, qui ne l'avait pas dans sa collection. Ça reste pour moi la version la plus forte.
En l'écoutant, j'essaie de me mettre dans le contexte. On est en 1961. Plus tôt dans l'année, Barclay a mis au pilon un album de Ferré qui contenait une chanson intitulée Mon Général. Un mois plus tôt, la manifestation du 17 octobre pour l'indépendance de l'Algérie a été réprimée sauvagement. Selon Jacques Layani, à cause de La gueuse et de Les temps difficiles, l'OAS avait organisé une alerte à la bombe dans la salle. "Prévenu, Ferré s’adresse au public et dit qu’il va continuer à chanter, invitant ceux qui le désirent à rester. Le public reste."
Je ne sais pas si cette scène s'est déroulée le soir même de l'enregistrement publié, mais ça donne une bonne idée de la tension ambiante.
Là-dessus, Ferré démarre sa chanson, amuse un peu le public, qui applaudit après chaque couplet, en s'en prenant aux journalistes qui vont à la soupe, en mentionnant Hallyday, Dalida, BB et Vadim.
Puis arrive la politique, avec K-K (Kennedy-Khroutchev) et le tout récent mur de Berlin, puis l'Indochine : "En Indochine c'est bien fini, en Indochine ça refleurit, quand l'Indochine c'est terminé, où c'est-t-y qu'on pourrait s'tailler ? Les temps sont difficiles.". Là, les applaudissements arrivent, mais avec un temps de retard, le temps d'encaisser.
Vient alors le couplet le plus fort à mon sens :
"Quand on n'a pas les mêmes idées, on s'les refile, c'est régulier. File moi ta part, mon p'tit Youssef, sinon je te branche sur l'E.D.F. Les temps sont difficiles." (applaudissements)
D'une voix grave : "Réponds, dis-moi où est ton pote, sinon tu va être chatouillé, dis-moi." (Quelques rires) "Réponds, lâche ta camelote : quand on questionne y a qu'à causer. Les temps sont difficiles." (Grand blanc. Un ou deux applaudissements en décalage, juste au moment où le couplet suivant démarre).
Ferré savait de quoi il parlait en évoquant ainsi la "gégène" : Robert Belleret indique dans son livre Léo Ferré : Une vie d'artiste (Actes Sud, 1996, p. 324) qu'il préparait alors un libre sur la torture. Un projet qui n'est pas allé à terme.
Je el reprécise bien, il n'y a pas d'applaudissements sur la version de ce 45 tours, qui n'est pas en public, mais ça reste quand même très fort, comme on peut s'en rendre compte en regardant la vidéo ci-dessous, issue probablement d'un passage télé (Je n'imagine pas qu'on ait pu en faire un Scopitone). En tout cas, avec l'image, on bénéficie en plus des mimiques de Ferré, preuves indéniables d'un grand talent d'acteur en plus de celui de chanteur.
Quant à moi, je peux continuer ma quête et essayer de trouver le 45 tours Barclay référence 71 082 sorti en 1966 : sous la bannière Les temps sont difficiles, il compile les trois versions en public de la chanson...

19 mai 2011

AFRICAN DANCES OF THE WITWATERSRAND GOLD MINES, PART 2 B


Acquis sur le vide-grenier  du quartier de la Goësse, rue Frédéric Plomb à Epernay le 15 mai 2011
Réf : XEP 7015 -- Edité par Gallotone en Afrique du Sud dans les années 1950 ou 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : MPONDOMISI TRIBE : Salukazana -- XHOSA TRIBE : Umeyo -/- BACA TRIBE : Isicathulo (Gum-boot dance)

Quelques instands avant de trouver le Albert King et quasiment à l'endroit même où j'avais acheté il y a trois ans des disques de Marino Marini et d'Henri Génès, je me suis jeté sur deux 45 tours de cette collection Musique d'Afrique. Comme il y avait dans le même (petit) carton d'autres disques d'ailleurs dans le monde entier, de la chanson espagnole par exemple, j'ai demandé au Monsieur qui me les vendait s'ils savaient à qui ils avaient appartenu. Ils m'a dit qu'ils venaient de son beau-père, qui a pas mal voyagé.
L'autre disque, le 29e de la collection, est dédié à des rythmes de tambour, avec une belle photo de tambours en pochette, mais la pochette de celui-ci, le n° 13, c'est autre chose. La photo est très belle, la maquette très réussie, à l'exception du titrage jaune sur fond noir en bas.
Ne soyons pas naïfs. Jamais à l'époque où est parue ce disque, et quelles que soient les traditions locales, on aurait mis en photo seins nus sur une pochette des alsaciennes ou des écossaises aussi jeunes, ou même un plus vieilles. Et là, même s'il s'agit d'enregistrements réalisés dans le cadre d'une mission scientifique ethnologique documentant des danses des mines d'or du Witwatersrand, c'est bien pour attirer le chaland qu'on a choisi, sous couvert d'exotisme comme souvent, d'illustrer cette pochette non pas avec des mineurs danseurs mais bel et bien avec des mineures.
Sur l'édition originale en 25 cm de 1952 de ce disque, ainsi que sur la couverture du livre qu'il accompagnait, ce sont bien des danseurs qui étaient en photo.
Je pense qu'on a ici à faire à une première réédition de ce disque, qui existe en 33 tours et aussi dans une série de deux 45 tours pour la partie 2, tous avec la même pochette (J'ai la 2 B, voici la 2 A).
S'agissant de documents sur la danse, il nous manque justement l'image pour apprécier pleinement ce que font ces mineurs, mais avec le son et les quelques lignes de description au dos de la pochette, on se fait quand même une bonne idée.
Sur le premier titre, Salukazana, il y a du chant, mais aussi des battements de mains, un sifflet et le son de frottements quand les danseurs lèvent leur jambe à l'horizontale.
Pour la "shaking dance" Umeyo,  on a encore un sifflet, qui sert notamment à communiquer les instructions aux danseurs, un accompagnement musical au concertina, et surtout le son des clochettes fixées sur la poitrine des danseurs qu'ils secouent en pliant et dépliant rapidement les genoux.
Dans les mines, les employés travaillaient souvent les pieds dans l'eau, ce qui causait de nombreuses maladies. Plutôt que de faire de gros travaux pour assécher les mines, les patrons ont préféré équiper les mineurs de bottes en caoutchouc. Et au fil du temps, en frappant sur les bottes ou en tapant le pied dans l'eau, les mineurs ont inventé une nouvelle danse, la gum-boot dance (la danse des bottes en caoutchouc).
Isicathulo, le titre de gum-boot dance qui nous est proposé ici, c'est presque du punk. Certes, côté accompagnement musical, la guitare n'est qu'acoustique, mais elle ne joue qu'une seul accord pour donner le rythme. Pas de chant, mais un chef qui crie ou éructe des ordres pour annoncer les figures que les danseurs doivent effectuer, en tapant avec les mains sur les bottes ou en les tapant entre elles. C'est excellent.
Ces enregistrements ont été collectés par l'ethnomusicologue Hugh Tracey, mort en 1977, qui, non content de faire ses recherches sur le terrain des années 1920 aux années 1970, a fondé en 1954 The International Library of African Music, qui a édité ces enregistrements, parmi de nombreuses autres publications.
Le nom de Hugh Tracey est également connu pour être associé à la kalimba, une variante adaptée la musique occidentale du traditionnel piano à pouces africain. Encore aujourd'hui, une société commercialise la kalimba Hugh Tracey sous marque déposée.

Ces enregistrements ont été réédités en CD par l'International Library of African Music.
A lire aussi ce billet chez Soul Safari, avec quelques titres à télécharger, dont Isicathulo.

18 mai 2011

JC BROUCHARD : Felt : La ballade du fan


Acquis par correspondance chez The Book Edition à Lille mai 2011
Réf : 978-2-9536575-2-4 -- Edité par Vivonzeureux en France en 2011
Support : 119 p. 20 cm
23 titres

Après deux livres de Pol Dodu en 2010 (Mes disques improbables et Tu m'as trompette mon amour), Vivonzeureux sort le premier livre signé JC Brouchard, ex-conseiller spirituel d'Alan McGee, le fondateur de Creation Records.
Dédié à Felt, il raconte à la fois l'histoire de ce groupe et celle d'un de ses fans, votre serviteur. En toute logique, et en référence à l'un des singles du groupe, le livre s'intitule Felt : La ballade du fan.
Les lecteurs de ce blog en ont eu la primeur puisque les chroniques ont été publiées ici même en avant-première depuis 2006. Pour la parution en livre, ces chroniques ont été revues, des documents rares ajoutés, ainsi qu'une discographie et une compilation virtuelle, Until the fools get wise.

Plus d'infos sur Vivonzeureux!

Acheter Mes disques improbables




Felt : Primitive painters (1985). Une vidéo tournée en 1987, prétendument pour la sortie brésilienne de l'album Ignite the seven cannons. Lawrence est accompagné par Phil King, qui a joué avec Felt en 1987 mais n'a pas participé à l'enregistrement de ce titre.

 
Cette nouveauté est en fait double car La ballade du fan est éditée simultanément dans une version traduite en anglais, Ballad of the fan

17 mai 2011

JACQUES DUTRONC : Le bras mécanique


Offert par Dorian Feller à Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2011
Réf : 45. V. 12 126 -- Edité par Vogue en France en 1975
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Le bras mécanique -/- Mais surtout sentimentale

Dorian venait de chiner ce disque qu'il avait déjà : il m'a aimablement offert son double.
La pochette ferait un bon sujet d'exercice pour une école d'arts appliqués.
Que voit-on ? Jacques Dutronc à droite, nonchalant et très classe, adossé à la devanture d'une boutique présentant des boites (de chocolats ?) ringardes, ornées ou non d'un ruban noué. A gauche, une gamine, pimpante, en marinière et chapeau de paille,jupe, socquettes blanches et souliers vernis. Soit.
Parmi les photos de pochette de l'album correspondant, le septième de Dutronc, sorti en 1975 et son dernier chez Vogue, on voit une photo issue de la même session, prise à l'intérieur de la boutique cette fois (un salon de thé ?). On y retrouve les deux mêmes personnages, avec un Dutronc qui semble se demander ce qu'il fait là, accompagné d'un troisième, une femme qui pourrait être une cousine de Sylvia Kristel (on est en 1975). Ambiance bizarre, assez rétro. C'est toujours mieux que le portrait, qu'on trouve au moins sur les éditions de l'album à pochette ouvrante, d'un Dutronc en noir et blanc avec une horrible moustache on est en 1975).
A partir de là, quelqu'un chez Vogue a dû écouter le disque et se dire qu'avec une telle pochette, le 45 tours risquait fort de ne pas trouver son public (mon exemplaire, vendu initialement 9,50 F aux Nouvelles Galeries, avait été soldé à 5 F, signe que ça n'a pas dû trop marcher. Pour ma part, je connaissais ce titre grâc à des compilations de Dutronc). On a donc rajouté sous le titre une sorte de bulle de BD, comme on en utilise pour les onomatopées, complètement incongrue dans ce contexte, qui précise qu'il s'agit de "Rock !"...
Inutile de dire que cette simple mention ne suffit pas à faire de cette pochette l'opposé de ce qu'elle est. Rien de rock là-dedans ! Sur le même thème, on pourrait disserter, pour continuer l'exercice, sur une pochette vraiment rock, celle réalisée deux ans plus tard par Barney Bubbles pour New boots and panties !!, le premier album de Ian Dury.
Le comble dans tout ça, c'est que Le bras mécanique est effectivement bien rock. Une sorte de boogie basique, avec guère plus qu'un accord, dans la lignée de Et moi et moi et moi ou de Mini mini mini. Deux prises différentes permettent à Dutronc de se répondre à lui-même pendant qu'il débite le portrait tout en allitérations d'une poule de luxe que Gainsbourg a dû lui griffonner sur un bord de comptoir. Comme il est question de mécanique, de plastique et d'inox, on peut se demander si, en plus d'X Ray Spex, cette femme au bras mécanique n'a pas été l'une des sources d'inspiration pour l'Edith Nylon du groupe du même nom en 1979.
Mais le rock ne dure pas au-delà de la face A sur ce 45 tours. Mais surtout sentimentale, dont l'esprit convient bien mieux à l'illustration de la pochette, est une horreur mielleuse, sur des paroles de Jean-Loup Dabadie. Insupportable, presque autant que Gentleman cambrioleur, le gros tube de l'album dont ce 45 tours est extrait.

Ces temps-ci, l'association Zebrock et la commune de Villetaneuse rendent hommage à la maison de disques Vogue. Il y a eu notamment des rencontres en 2010 et une exposition en 2011. La première partie de cette exposition vient de se terminer à Villetaneuse mais la suite est annoncée pour cet automne à la Bibliothèque Nationale de France.
Pour fêter ça, Blogonzeureux! s'est doté d'un mot-clé Vogue, qui vous permet désormais de retrouver facilement nos chroniques de disques de ce label. 

15 mai 2011

ALBERT KING : Cold feet


Acquis sur le vide-grenier du  quartier de la Goësse, rue Frédéric Plomb à Epernay le 15 mai 2011
Réf : 169029 -- Edité par Stax en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Cold feet -/- You sure drive a hard bargain

C'est fou, mais ça fait partie de ces denses coïncidences...
Début 2010, j'ai eu l'occasion de promettre à Patrice Caillet que, dès que je mettrais la main sur un disque à la pochette faite maison dans l'esprit de son discographisme récréatif qui me botterait vraiment, j'en parlerais ici, notamment pour avoir l'occasion de faire un peu de promo pour son livre.
Depuis, rien, sauf qu'hier j'ai quand même mentionné ici le discographisme récréatif en chroniquant le disque de Blaszczyk et les Electrolux sur lequel Patrice Caillet joue de la batterie. Et comme par hasard, ce matin-même, dans le froid revenu brusquement et avant quelques averses, j'ai fait l'acquisition de cet OVNI qui emballe un 45 tours d'Albert King.
Vu le nombre de bacs à disques que j'écume, j'imagine que, si je n'ai pas trouvé de pochettes bricolées vraiment remarquables plus tôt, c'est parce que je n'y prête pas suffisamment attention. Celle-ci par exemple, qu'il est impossible de rater si on la regarde ne serait-ce qu'un dixième de seconde, je ne l'ai pas remarquée au premier passage dans un carton d'une trentaine de disques. Mais comme j'avais trouvé plusieurs 45 tours de rhythm and blues intéressants (Arthur Conley, Otis Redding, Aretha Franklin), un superbe EP de Louis Armstrong et le Green river de Creedence que je n'avais pas, j'ai eu la bonne idée avant de payer de vérifier que je n'avais rien laissé passer. Et le premier disque, c'était celui-ci, le premier 45 tours d'Albert King sorti en France, un disque Stax qui, comme les six autres achetés à ce stand, a appartenu à un certain Gérard.
Pour faire sa pochette, Gérard a retourné une copie à petits carreaux sur laquelle il avait dessiné la carte de la géographie physique des Îles Britanniques, et il s'est éclaté : Deux lettrages différents bien appliqués pour l'artiste et le titre, une étoile filante et une planète, sa signature (qu'on retrouve en grand en plusieurs exemplaires au verso), deux autocollants de monstres que je ne reconnais pas (Quelqu'un peut les identifier ?) mais je pense qu'ils sont assez postérieurs à la sortie initiale du disque, et des citations/expressions, dont la moins con, signée Garcia Lorca et apparemment en espagnol, est en partie masquée par un autocollant.
Je m'identifie très fortement à Gérard. De temps à autre, moi aussi il m'est arrivé de bricoler une pochette maison, et surtout j'ai également passé des heures entières en cours, au collège, au lycée et  même à la fac, à recopier des noms de groupes et en inventer (Biaphra and the Supermarkets, pas mal...), me chercher une signature, retranscrire ou traduire des paroles, me chercher des pseudonymes, noter des citations, faire des classements et des listes...
Ce qui ne gâte rien, c'est que le disque que cette pochette emballe n'est pas de la gnognotte. Il s'agit de l'un des nombreux enregistrements du bluesman Albert King pour Stax, où il est accompagné par les musiciens maison, notamment Booker T and the MG's. Pour l'occasion, l'artillerie Stax est un peu en retrait, afin de laisser place à la guitare électrique d'Albert, mais la basse est très ronde et l'orgue efficace sur l'excellent Cold feet, tandis que les cuivres, quasiment inaudibles sur la face A, sont mieux en valeur sur You sure drive a hard bargain.
Il parait évident à l'écoute que les enregistrements originaux duraient bien plus que les deux minutes et quelques de chaque face de ce disque, mais initialement ces deux titres n'ont été disponibles que sur ce simple. Dès 1969, Atlantic les a compilés sur King of the blues guitar, dans des versions peut-être un peu moins abrégées.


La pochette originale du 45 tours, celle que devait avoir Gérard avant de l'égarer ou de l'abimer.

14 mai 2011

BLASZCZYK ET LES ELECTROLUX : Electrolux


Acquis probablement chez Parallèles / Gilda à Paris vers le milieu des années 2000
Réf : 36.012 -- Edité par Bricolage du Maquis en France en 1996
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Electrolux -/-  Le rock du crockmore

L'autre jour, j'ai déplacé mes 45 tours de "rock français" d'une étagère à une autre et à un moment lors du transfert mes yeux sont tombés au verso de la pochette de ce disque sur le nom (et l'adresse) de Patrice Caillet, que l'on connait depuis quelques temps comme le chantre du discographisme récréatif, une spécialité qui fait plus que simplement m'interpeller !
Du coup, j'ai ressorti ce "disque 45 tours de twist électro-ménager et de rock bricolagiste" pour me rafraichir les oreilles (je n'avais dû l'écouter qu'une seule fois juste après l'avoir acheté), et je me suis bien régalé !
Seule galère au moment de le chroniquer ici : il a fallu que je scanne ma pochette car, si j'en crois les photos disponibles en ligne, la majorité des 500 exemplaires du tirage a bénéficié d'une pochette (bricolée, bien sûr) imprimée sur du papier blanc, alors que la mienne est bien sur fond vert.
Il s'agit du second et dernier 45 tours d'El'Blaszczyk, le premier, Rock band himself with girls, étant paru l'année précédente. Patrice Caillet, non content d'être le "responsable des fan clubs d'El'Blaszczyk en France" (!) officie à la batterie sur celui-ci.
Chez Monsieur Blaszczyk, le rayon bricolage se trouve visiblement au garage : on a droit ici à deux titres de rock garage du plus bel effet, principalement instrumentaux (à part quelques scansions d' "Electrolux" sur la face A et des échantillons sonores de disque publicitaire). Si vous aimez la musique électro, vous serez également servi, mais sachez qu'il s'agit d'électroménager ("Pour vous madame..."), aspirateurs, mixers, perceuses et autres, de marque Electrolux ou non, qui habillent du plus bel effet sonore ce disque, principalement les différents breaks de la face A, Electrolux. Du coup, alors que Le rock du crockmore en face B s'en rapproche bien plus par son titre, c'est la face Electrolux qui me rappelle le plus un autre titre de bruitisme musical sur un disque que j'ai acheté l'an dernier, le fameux Rock du roc du Chant de la terre.
Et en tant que rémois, cet hommage à Electrolux me parle particulièrement, puisque la ville a abrité jusqu'en 2004 une usine qui fabriquait principalement des fours de cuisinières. Elle s'appelait Electrolux au moment de sa fermeture, mais quand j'ai eu l'occasion de la visiter dans le cadre de mes études en 1981 elle s'appelait encore Arthur Martin (et des centaines de personnes y travaillaient).

Les deux faces de ce 45 tours sont en écoute sur Youtube.

08 mai 2011

THE ROLLING STONES : (I can't get no) Satisfaction


Offert par Philippe Roger à Reims le 2 mai 2011
Réf : 72.039 S -- Edité par Decca en France en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : (I can't get no) Satisfaction -/- The under assistant West Coast promotion man

Fin avril, à Bisseuil, j'ai trouvé pour 50 centimes le EP Heart of stone des Rolling Stones (sorti en mars 1965, avec aussi The last time et Play with fire), après avoir eu un coup au coeur car quand je suis arrivé sur le stand une ménagère de plus de cinquante ans avait pris le disque pour le poser sur le carton. En fait, elle n'avait pas l'intention d'acheter ce 45 tours, elle l'avait juste déplacé pour se faire de la place !
Après ça, j'avais expliqué à Philippe que j'avais cru un instant ne pas avoir chez moi la version studio du classique absolu qu'est Satisfaction. J'en ai depuis très longtemps une version live sur l'album Got live if you want it et je savais que je n'avais pas le 45 tours. Après vérification, je me suis rendu compte que j'avais quand même depuis quelques années l'album titré Satisfaction dans la série L'âge d'or des Rolling Stones, qui correspond en fait à la version de l'album Out of our heads qui contient les titres sortis en single, contrairement au pressage anglais.
Le 1er mai, sur la place du village à Mareuil, autrement dit à domicile, je me procurais, selon les jeunes filles qui tenaient le stand, "des CD à 20 centimes", c'est à dire un petit paquet de 45 tours parmi lesquels la plus belle pièce est un EP de Ronnie Bird sorti en mai 1965 dont la face A est Elle m'attend !, une excellente version française de The last time. Avec celui trouvé dans une poubelle, cela me fait deux EP de Ronnie Bird pour un coût total de vingt centimes !
Ce même 1er mai, à quelques dizaines de kilomètres de là sur un vide-grenier de l'Aisne, Philippe achetait à mon intention cette superbe pièce, la version deux titres de Satisfaction en pressage français, sortie en juillet 1965.
Je pense que j'ai toujours connu Satisfaction, mais je suis d'une génération qui a grandi avec cette chanson chantée pas seulement par les Stones mais aussi par Tritons, Laurent Voulzy dans Rockcollection et surtout Devo. Avec ce 45 tours, il n'est plus simplement question d'un "classique" : on touche à l'essence même du rock'n'roll, un peu comme si on avait en main un 78 tours de 1955 de Chuck Berry ou de Little Richard.
1955 et 1965, ce sont probablement et sans les fixer artificiellement les deux bornes du premier âge du rock'n'roll. Le jaillissement originel en 1955 avec Chuck, Elvis, Little Richard et Bo Diddley, ses conséquences qui font le tour du monde et reviennent aux Etats-Unis avec la British invasion, qui culmine en 1965 avec les séquences de hits imparables alignées respectivement par les Beatles et les Stones. A partir de la fin 1966, ça change. Les drogues et la musique tournent psychédéliques, le rock évolue, part dans tous les sens, mais la fraîcheur et la simplicité des débuts s'estompent.
Je ne vais pas disséquer un classique aussi connu, assez long pour l'époque (3'45), surtout pas la musique et les parties de guitare. Côté chant, il y a un contraste très fort entre les parties, comme au début, où Jagger chante assez calmement et mixé assez en avant "I can't get no satisfaction", et les autres parties, notamment le refrain, où il s'étrangle presque d'énervement et de tension sexuelle et se retrouve noyé sous le volume sonore et la distorsion de la musique. L'association des habituelles questions de convoitise sexuelle et d'amour avec une ébauche de critique sociale, ici contre la publicité et plus largement la société de consommation, contribue largement à la réussite des Stones à cette période, et de ce point de vue ils avaient un temps d'avance sur les Beatles.
La chronologie hyper-ramassée de la création et de l'édition de ce disque me fascine et confirme qu'on est encore dans une phase d'explosion où rien, ou presque, n'est contrôlable :
Une première version de la chanson à peine écrite est enregistrée le 10 mai 1965 à Chicago, plus acoustique et plus bluesy, avec Brian Jones à l'harmonica. Ils remettent ça le lendemain et le surlendemain, les 11 et 12 mai à Los Angeles, sans harmonica mais avec cette fois-ci la fameuse guitare fuzz et Jack Nitzsche au tambourin.
La chanson est jouée pour la première fois à la télé le 20 mai, en play-back sur la version de Chicago.
Le 45 tours sort le 6 juin (ou le 27 mai selon les sources) aux Etats-Unis. Les anglais attendent un peu car ils avaient prévu de sortir le EP Got live if you want it.
Satisfaction est n°1 des ventes aux Etats-Unis le 10 juillet. Ce même moi, ce 45 tours deux titres sort en France, avec une photo de pochette tirée de la même session que celle de Heart of stone.
La sortie anglaise n'aura lieu que le 20 août, avec une face B différente, The spider and the fly. Satisfaction est n°1 des ventes le 9 septembre en Angleterre, le mois-même où sort en France le EP 4 titres, qui est l'édition la plus courante de Satisfaction.
En octobre, Eddy Mitchell sort Rien qu'un seul mot, sa version en français de Satisfaction. Enregistrée avec les London All Stars, elle se tient fort bien musicalement, mais comme à chaque fois avec les yéyés il ne reste des paroles qu'une bluette, et évidemment aucune allusion à l'agression publicitaire...
La face B de ce disque a été enregistrée le 10 mai à Chicago, le même jour que la première version de Satisfaction. Là, Brian Jones est bien à l'harmonica (et Ian Stewart au piano), pour une chanson moins révolutionnaire, très bluesy, mais néanmoins excellente, notamment grâce aux solos d'harmonica et de guitare.
Côté paroles, c'est féroce, comme Jagger savait très bien l'être, pour ce Sous-fifre chargé de promotion pour la Côte Ouest : "J'attends à l'arrêt de bus et je pense que j'ai vraiment la classe (...) Je fais la promo des groupes quand ils passent en ville. Eh bien, mon postiche les fait rire et ils se moquent systématiquement de moi. (...) Je suis un talent nécessaire derrière chaque groupe de rock'n'roll.". Apparemment, le pauvre gars visé par cette descente en flammes était clairement un certain George Sherlock Jr, un croulant de presque quarante ans à l'époque. George est décédé il y a quelques semaines seulement, le 5 février 2011.
Des questions se posent quant au statut des 2 titres français des Stones. Il y en a pas mal de listés chez 45 Vinyl Vidi Vici, mais certains sont indiqués comme des éditions promo ou pour juke-box. Celui-ci ne comporte aucune mention indiquant un promo et, comme pour The last time, Philippe se souvient bien l'avoir vu en magasin. Ce n'est peut-être pas le cas pour tous les autres, mais il parait évident que, dans la précipitation et vu le succès énorme aux Etats-Unis, Decca France a sorti Satisfaction en plein été, avant même les anglais, avant d'éditer le EP à la rentrée.


Les Rolling Stones dans l'émission américaine Shindig en 1965, filmés à Twickenham dans la banlieue de Londres le 28 juillet 1965.

07 mai 2011

FACTORY STAR : Enter Castle Perilous


Offert par Occultation par correspondance en avril 2011
Réf : MAB7DB011 -- Edité par Occultation en Angleterre en 2011
Support : 10 fichiers MP3
10 titres

Tout est parti il y a trois ou quatre semaines d'un email sympathique, en français, du label indépendant Occultation qui, suite à la (brève) mention dans ce blog des Blue Orchids, un groupe new wave Rough Trade du tout début des années 80, attirait mon attention sur la sortie prochaine du premier album de Factory Star, le nouveau projet de Martin Bramah, qui a fait partie avec l'organiste Una Baines des membres fondateurs de The Fall. Ils ont été aussi en 1979 parmi les tous premiers à quitter le navire turbulent de Mark E. Smith pour fonder Blue Orchids.
A courrier sympathique réponse aimable, et donc, après avoir jeté un coup d'oeil à la présentation du disque sur le site d'Occultation, je me suis décidé à chroniquer prochainement un disque de Blue Orchids, ce qui m'aurait donné l'occasion d'annoncer la sortie du disque de Factory Star.
Sauf que, entre-temps, j'ai pris la peine de télécharger les titres de l'album auxquels Occultation m'a donné accès et j'ai été tellement enthousiasmé que j'ai préféré chroniquer cette nouveauté plutôt qu'une vieillerie !
A la manière du Longest meow de Bobby Bare Jr, Enter Castle Perilous a été enregistré et mixé en quelques jours, principalement live en studio, et les deux disques ont les mêmes qualités d'énergie et de fraicheur. La formation de Factory Star est basique, avec Martin Bramah au chant et à la guitare, une basse, la batterie et un orgue. Cet orgue assez proéminent permet de faire un lien direct avec le son des Blue Orchids. Le chant et la structure de certains titres permettent aussi de remonter jusqu'à The Fall (Je pense que Bramah s'est bien amusé à laisser un grand silence après "Fall" quand il chante "This is a warning to you all, This is the story of the fall — of Great Britain" dans The fall of great Britain.
Un des points de repère qui m'est venu à la première écoute, c'est Jonathan Fire*Eater. La comparaison marche aussi avec le groupe qui lui a succédé, The Walkmen, sauf que j'ai récemment écouté Lisbon, leur dernier album, et même les titres les plus faibles de Factory Star (plus j'écoute le disque et moins j'en trouve) me donnent bien plus la pêche que ceux des Walkmen. J'ai du mal à sélectionner des titres préférés parmi les dix, mais Black comic book, New chemical light et Angel steps en font sûrement partie. Avec l'orgue, Tumbling stream et Arise Europa me font un peu penser aux Stranglers.
A la limite, ce que j'aime le moins c'est le nom du groupe, mais accolé au titre du disque, ça donnerait presque une façon littéraire d'évoquer un ouvrier qui pénètre dans son usine. La présence d'une chanson intitulée La grande usine (The big mill) et la phrase "There used to be a factory there" dans le titre suivant, Away dull care, donnerait presque du corps à cette interprétation.
Voilà donc une excellente surprise et une nouveauté très solide pour 2011 !

Trois titres sont en écoute sur le site d'Occultation, où le disque est en vente, en 33 tours, CD ou MP3.

01 mai 2011

BRAQUE : Youpi Yop


Acquis sur le vide-grenier de Condé-sur-Marne le 25 avril 2011
Réf : 106 411 -- Edité par K / Celluloid en France en 1982
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Youpi Yop (Dub de Munich)-/- Youpi Yop (Petit roi de Bavière)

Je suis un imposteur. Comme ai-je pu prétendre pendant des années me faire le chantre de la hip-pop optimiste alors que je ne connaissais pas le Youpi Yop ? D'un seul coup, mon concept philosopico-musical se dégonfle, perd de son aplomb et apparait pour ce qu'il est, fumeux.
Voilà un 45 tours dont le dub est en face A et la version chantée en B, qui commence, je reconnaitrais ce son entre mille, par une prestation du Casio Dog Band, suivie de quelques notes d'accordéon. Musicalement, on est sur une comptine électro new wave, entre Pit et Rik et du Jacno décoincé (le disque est sorti chez Celluloid/Vogue, comme ceux du label Dorian de Jacno). Pour le chant et la thématique, il faut aller chercher bien sûr chez les teutons, entre Klaus Nomi et la Nina Hagen d'African reggae. Je ne sais pas si le nom Braque de ce Jérôme est un pseudonyme, mais en tout cas il lui sied parfaitement, tellement ce disque est barré.
J'ai acheté ce 45 tours à un professionnel bien allumé lui aussi, qui la veille à Mardeuil avait refusé de m'indiquer un prix pour ses disques, et qui ce jour-là tenait absolument à me refiler ses deux cartons de 60 à 100 disques pour 20, voire 15 €. J'ai préféré m'en tenir à six, négociés à  2 €, dont un Billy McKenzie, un Ronnie Lane et celui-ci, sélectionné pour sa pochette et pour son label.
Jérôme Braque n'est peut-être pas hyper célèbre, mais je me suis rendu compte en regardant la vidéo (avec Sophie Duez) que j'avais déjà entendu La petite Jeannette. Et il y a du beau monde sur ce disque, réalisé et co-écrit par Daniel Schell, des groupes Cos et Karo, comme par exemple les Choeurs du Châtelet et Stephan von Grosgrabenstein au yodel. Yves Chaland n'est crédité que pour le lettrage, mais j'imagine qu'il a fait toute la pochette en-dehors de la photo, y compris donc le petit paysage.
Voilà un disque qui m'a mis d'excellente humeur et que je n'ai pas fini de faire tourner. Ne me reste plus qu'à me procurer les oeuvres complètes de Jérôme Braque et à réviser de fond en comble les tables de la hip-pop optimiste.


La pochette du maxi 45 tours Dansons le Youpi Yop !, qui propose une version Clubs du Youpi Yop et en face B Le petit déjeuner sur l'herbe.


Le Youpi Yop à la télé... Quand même pas dans l'émission de Danièle Gilbert ??!?

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