25 septembre 2011

GIANT SAND : Official bootleg series volume 2 : The rock opera years


Offert par Howe Gelb à l'Ekko d'Utrecht le 7 mai 2000
Réf : [Ow Om 1] -- Edité par Ow Om aux Etats-Unis en 2000
Support : CD 12 cm
13 titres

Dans sa folle campagne, lancée l'an dernier, de réédition de la quasi-intégralité de la production de Howe Gelb depuis plus de vingt-cinq ans, Fire Records va ressortir le mois prochain l'album Chore of enchantment, l'un des disques essentiels de Howe Gelb et peut-être le point d'entrée idéal dans son oeuvre pour un nouveau venu. Pas mal pour un disque conçu dans le chagrin et la douleur qui a bien failli ne jamais voir le jour !
Howe explique sur le site de Fire que les sessions pour l'album ont commencé à peine deux mois après la mort de son ami Rainer, à Tucson avec John Parish comme producteur, dans le studio même où Rainer avait fait ses ultimes enregistrements quelques semaines plus tôt. Howe n'allait pas bien et n'était pas capable, selon ses propres mots, de bien "écouter" ce qu'il venait d'enregistrer. D'où le début d'un long périple qui l'a mené à Memphis avec Jim Dickinson puis chez Kevin Salem. Cependant, une fois la sale période passée et Chore of enchantment finalement publié, Howe s'est rendu compte que les sessions initiales de Tucson, dont il restait relativement peu de choses sur l'album, étaient loin d'être mauvaises, et il a sorti ces enregistrements au printemps 2000 sur le deuxième volume de sa série de pirates officiels, un CD vendu lors des tournées et par correspondance. Aujourd'hui, c'est cet excellent CD, The rock opera years, qui se retrouve fort logiquement être le CD bonus de la réédition de Chore of enchantment.
En mai 2000, avec Philippe R., nous avons zappé le concert de Giant Sand à La Maroquinerie de Paris le 3 mai pour aller passer le week-end férié suivant en Hollande, où des amis pouvaient nous accueillir et où Giant Sand donnait deux concerts, au Paradiso d'Amsterdam le 6 et à l'Ekko d'Utrecht le 7. Le concert d'Amsterdam fut assez typique d'un concert de capitale : surchauffé, électrique et assez court. Pas mauvais, mais pas spécifiquement ce que j'attends d'un concert de Howe Gelb et consorts. Le concert du lendemain, comme j'ai eu l'occasion de le relater dans Vivonzeureux!, fut plus long et plus bordélique, marqué en ouverture et presque en clôture par une reprise de Just like a woman de Dylan et surtout empreint d'une grande tension sur scène, peut-être en grande partie due au fait qu'il s'agissait de la dernière date de Giant Sand pour cette tournée, les membres du groupe continuant leur périple européen séparément sous les intitulés de Calexico et de Howe Gelb.
C'est ce soir-là que Howe Gelb m'a offert ce CD de The rock opera years, alors que j'étais allé le saluer dans les loges et qu'il s'extasiait devant la dense coïncidence qui l'avait vu découvrir mon texte sur l'hommage à Rainer de Jonathan Richman & The Band of Blacky Ranchette chez lui, alors même que Jonathan Richman et Tommy Larkins se trouvaient dans la pièce !!
Je viens de réécouter The rock opera years plusieurs fois cette semaine. C'est vraiment un excellent disque et c'est presque dommage de le voir réduit à un appendice dans la discographie pléthorique de Howe Gelb. Il mérite mieux.
On a donc ici un album homogène enregistré à Tucson avec John Parish comme producteur et Head comme ingénieur du son (excusez du peu). On y retrouve les version originales de quatre des piliers de Chore of enchantment qui ont été réenregistrés ensuite à Memphis : Dusted, Astonished, Punishing sun et Shiver. Shiver est un chef d'oeuvre, quelle que soit la version. Je crois que celle de Punishing sun ici est supérieure à celle de Chore et j'ai une tendresse particulière pour Dusted, le premier titre joué par Giant Sand la première fois que je les ai vus en concert, en avril 1997 à Fribourg en Allemagne, et aussi pour Astonished, la chanson que le groupe était en train de répéter pendant les balances au moment où je suis arrivé sur la scène de l'Olympic le 23 octobre 2000 pour le fameux concert qui associait Giant Sand et Jonathan Richman à la même affiche.
Plusieurs des autres chansons de cet album ont eu une autre vie dans la discographie de Howe Gelb : Seldom matters again est une version toute en retenue de Seldom matters, qu'on trouvait en 1991 sur un autre disque essentiel de Giant Sand, Ramp ; une version de Catapult avait été publiée en 1998 sur Hisser de Howe Gelb ; on trouvera une autre version, moins bonne, de Hard on things sur Confluence de Howe en 2001, tandis que des éléments de cet enregistrement de Dilemma seront incorporés sur 3 sisters, toujours sur Confluence ; Quant à Not good, qui s'enchaîne parfaitement avec Dilemma, c'est fort logiquement une version de Bad, un titre publié uniquement sur la version vinyle et le CD japonais de Chore.
Tout cela est excellent, et il nous reste quatre titres spécifiques à The rock opera years, et pas des moindres.
Rock opera, d'abord. Alors que l'album Chore est marqué par l'utilisation d'une cassette d'airs d'opéra que Rainer écoutait souvent, on pouvait s'attendre à les retrouver ici. Il n'en est rien. Rock opera est un titre à la construction complexe, comme Howe les affectionnait à l'époque, une méditation sur le rock, bien sûr, et le succès. Il n'est pas impossible qu'il pense à lui-même, pionnier de l'Americana, artiste à l'influence marquante resté à la marge, quand il chante "You get by by what you can afford while millionaires with guitars exploit what you explore".
On trouve aussi ici, et uniquement ici, la chanson Chore of enchantment, qui fait probablement référence à Rainer. La discographie officielle Sa-Wa-Ro de Giant Sand créditait à l'origine Rainer à la slide sur cet album, sans préciser sur quel titre. A mon avis, c'est celui-ci.
Il a aussi Françoise, un titre de moins de deux minutes. Il est question d'une Françoise chanteuse : Françoise Hardy ou Françoiz Breut ? Probablement l'une des deux.
Terminons avec l'un des sommets du disque, et la seule reprise, Music arcade, collecté en 2001 sur la compilation Selections circa 1990-2000. Il faut être fou fan de Neil Young comme Howe Gelb pour aller piocher une ballade acoustique passée à peu près inaperçue en 1996 sur l'album Broken arrow et la réenregistrer dans une version électrique, qui prend son temps sur près de sept minutes. Et Howe n'est pas seul pour chanter le plus paresseusement possible ce récit d'une journée aux humeurs changeantes, puisque tour à tour les amis Victoria Williams et Evan Dando le rejoignent.
Sur la foi du premier couplet, j'ai longtemps pensé que cette chanson était plutôt gaie : "Je marchais dans la grande rue, pas sur le trottoir mais dans la rue, esquivant le trafic d'un pied agile, je me sentais bien à ce point. J'ai fait un tour à  la laverie, joué à la Music Arcade, je n'arrêtais pas de gagner pendant que le groupe jouait, je me sentais bien à ce point". Mais après diverses aventures, le refrain ne semble pas aussi optimiste : "As-tu déjà été perdu ? As-tu déjà été débusqué ? T'es-tu jamais senti tout seul ?". Un état d'esprit qui devait convenir  à celui de Howe à l'époque et une reprise magistrale pour un album qui ne l'est pas moins. A 10 £ le double-CD chez Fire, franchement il n'y a pas à hésiter !

24 septembre 2011

CORNERSHOP : Brimful of Asha


Acquis par correspondance via Amazon en septembre 2011
Réf : INT 8 84508 2 -- Edité par Wiiija en Angleterre en 1980
Support : CD 12 cm
Titres : Brimful of Asha (Radio friendly edit) -- Easy winners (Part 1 [Dublin]) -- Rehoused ([Walsall]) -- Brimful of Asha (Sofa Surfers solid state radio mix [Vienna])

Au début de l'année, j'ai eu dans l'idée de chroniquer ici Brimful of Asha. A mon assez grande surprise, je me suis alors rendu compte que je n'avais pas ce disque ! Certes, je savais qu'à l'époque de sa sortie je m'étais fort bien contenté d'avoir cet excellent succès de Cornershop sur l'une des compilations trimestrielles envoyées aux abonnés des Inrockuptibles, mais il me semblait qu'entre-temps j'avais eu l'occasion soit d'acheter le single, très courant vu son succès, soit de récupérer une version du titre sur un autre maxi CD (et j'avais bien Sleep on the left side, mais on n'y trouve pas Brimful of Asha).
J'ai alors décidé d'acheter ce disque à la première opportunité, mais bizarrement aucune ne s'est présentée tout au long des vide-greniers du printemps. Mon intérêt a été renforcé par l'excellente rubrique The making of... du Uncut daté de juin dédiée à cette chanson. Je n'ai pas non plus trouvé le disque cet été, alors j'en ai eu marre d'attendre et j'ai décidé de me commander Brimful of Asha. Comme j'avais le choix dans la multitude des différentes éditions, j'ai opté tout simplement pour la version originale de 1997 de cette chanson qui allait être un tube en 1998.
A l'origine, Brimful of Asha est un single extrait de l'album When I was born for the seventh time de Cornershop. C'est la version qu'on entend sur ce CD, à peine raccourcie pour les passages en radio. Et c'est même en 1997 leur plus grand succès depuis leurs débuts discographiques "bruyants" en 1993 : ce single indépendant monte à la 60e place des ventes au niveau national, et surtout les auditeurs de John Peel le placent en tête de leur sélection de fin d'année, le Festive fifty.
Pas mal, mais Norman Cook, l'ex-Housemartin qui venait de se transformer en Fatboy Slim, aimait bien le morceau et a proposé d'en faire un remix mieux adapté aux pistes de danse. Il a commencé par découvrir que la chanson n'avait pas de ligne de basse ! Il en a concocté une ainsi qu'un "beat" (pas trop big) à base de plusieurs échantillons, il a accéléré le rythme, ce qui a fait monté le tout d'un demi-ton, et le tour était joué ! Le remix, qui à l'origine devait uniquement être distribué aux professionnels des discothèques et des médias, a tellement plu qu'il a été utilisé pour une réédition du single, celle avec la pochette bleutée qui est devenue un vrai tube, n° 1 des ventes en Angleterre et 16e au Billboard aux Etats-Unis.
La grande réussite de Norman Cook, c'est qu'il a réussi à muscler le morceau, à le formater pour la danse et la radio, tout en conservant intacts ses différents ingrédients et ses qualités. La seule chose qui s'est un peu perdue au passage, et qu'on redécouvre à l'écoute de cette version originale, c'est le côté Velvet/Sweet Jane du riff de guitare qui est la colonne vertébrale de Brimful of Asha. Et même, si on ajoute les choeurs qui répondent en écho "45" (et non pas "Radio on"), on pourrait trouver une parenté avec le Roadrunner des Modern Lovers. Et ça tombe bien car, si Roadrunner est un hymne à la radio rock des années 50 qu'on écoute en voiture à la nuit tombée, Brimful of Asha est aussi un hymne, un hommage aux chanteurs des films de Bollywood comme la Asha Boshle du titre (qui a enregistré plus de 12 000 titres), certes, mais aussi et surtout un chant d'amour pour le 45 tours, ce qui explique pourquoi sa présence ici était indispensable. Et les références sont nombreuses. Je ne les aurais jamais décryptées seul à l'oreille mais un article du Melody Maker ou du NME à l'époque les avait détaillées, et j'avais été très surpris de découvrir que, entre le "Bolan boogie" et "Trojan Records", Tjinder Singh avait inséré deux références francophiles, à Jacques Dutronc et à Georges Brassens ("Bancs publics"). En plus de tout ça, il y a le refrain, d'anthologie : "Tout le monde a besoin d'une poitrine comme oreiller" !
Question remix, ce que le groupe autrichien Sofa Surfers a fait de Brimful of Asha est le contre-exemple de la réussite de Norman Cook. Ils ont gardé une partie du chant mais collé ça sur une sorte de dub tristos, à l'opposé de la gaité et de l'enthousiasme de la chanson originale.
Pour ce qui est  est des deux autres faces B de ce maxi, Easy winners est un titre électro à la voix vocodérisée qui annonce peut-être Clinton, le projet parallèle à Cornershop, mais qui ne me botte pas trop. J'aime beaucoup plus Rehoused, une chanson qu'on trouvait déjà en face B du single Born disco ; Died heavy metal en 1994. Je ne sais pas s'il s'agit de la même version, d'un remix ou d'un nouvel enregistrement, mais entre le côté drone orientalisant typique de Cornershop et la guitare, on se retrouve à nouveau dans une ambiance à la Velvet Underground, cette fois plus proche de celle du deuxième album White light, white heat, façon The gift avec cette histoire de maison qui vous mène à la mort où il me semble entendre bien entendre une voix parlée (et samplée ?) qui demande en français s'il y a quelqu'un à la maison.
Après un long sommeil, Cornershop est revenu sur le devant de la scène en 2009 avec l'excellent album Judy sucks a lemon for breakfast, où sitar et guitare se marient parfaitement sur le single The roll off characteristics (of history in the making), Soul school ou Who fingered rock'n'roll.

18 septembre 2011

FABULOUS TROBADORS : Demain, demain


Offert par La Radio Primitive dans un bar de Reims vers 2004
Réf : PRO4026 -- Edité par Tôt Ou Tard en France en 2003 -- Disque de promotion - Interdit à la vente
Support : CD 12 cm
Titre : Demain, demain

Parmi les dizaines de disques promo achetés chez Gilda en avril dernier, il y avait Duels de tchatche et autres trucs du folklore toulousain, le quatrième et dernier album en date des Fabulous Trobadors. Un disque excellent qui associe, comme son titre l'annonce, des chansons gaies, combattantes et optimistes comme Bonne nuit ou L'anniversaire avec des joutes verbales dans le style qui a fait connaître les Fabulous comme Si tu te fais ou Duel de sans-pareil. Le sommet du disque, c'est incontestablement Il nous ment : il ne faut pas trop de douze minutes pour raconter magistralement et de l'intérieur un conflit social.
C'est en rangeant l'album que j'ai (re)découvert que j'avais déjà depuis quelques temps un autre CD promo en pochette cartonnée avec le titre que le label avait choisi de mettre en avant pour la promotion du disque dans les médias, Demain, demain. Je dois avoir gagné ce disque avec une poignée d'autres en répondant correctement lors d'un blind-test organisé par La Radio Primitive dans un bar rémois.
Le choix du label de mettre en avant Demain, demain n'est pas trop surprenant. Sur un rythme latino-américain, il s'agit d'une chanson sereine chantée par Claude Sicre, accompagné aux choeurs probablement par Les Femmouzes T. (pas de crédits détaillés ni de livret sur les CD promo). C'est très agréable, ça passe bien, et sans faire injure aux Fabulous Trobadors, je crois bien que si je faisais encore de la radio j'enchaînerais probablement Demain, demain avec un autre hymne sudiste à l'aujourd'hui du futur, le Aujourd'hui peut-être... de Fernand Sardou !
J'hésite à affirmer qu'il s'agit de la même chanson tellement les arrangements et les choix musicaux sont différents, mais Demain, demain a son pendant en occitan sur Duels de tchatche... : il s'agit de Doman où, sur une rythmique plus habituelle pour les Fabulous T., Ange B. tchatche et les Femmouzes T. et Claude Sicre lui répondent.
J'ai été surpris de ne pas trouver en ligne une vidéo pour Demain, demain. Il n'y en a peut-être pas eu de réalisée. Pas d'infos récentes non plus sur les éventuelles activités des Fabulous Trobadors. Je ne sais pas s'ils sont encore actifs en tant que groupe mais j'imagine bien que, ensemble ou non, Claude Sicre et Ange B. ne manquent pas de projets, à Toulouse ou ailleurs.

17 septembre 2011

GRANDADDY : The crystal lake


Acquis je ne sais franchement plus où ni comment vers 2001
Réf : VVR5015693 -- Edité par V2 en Europe en 2001
Support : CD 12 cm
Titres : The crystal lake -- Moe Bandy Mountaineers -- She-deleter -- What can't be erased -- I don't want to record anymore

Onze ans après sa sortie initiale, The sophtware slump, le deuxième album de Grandaddy, vient d'avoir droit à sa réédition en grande pompe, en version double-CD avec faces B, raretés et inédits en bonus. Pour ma part, c'est dès la sortie de ce disque que, constatant que les longues ballades pseudo-cosmiques ce n'est décidément pas mon truc (même si, quand c'est Grandaddy qui les joue je ne les déteste pas, loin de là), j'ai entrepris de me concentrer sur certains aspects de la production du groupe de Jason Lytle : les titres courts, pop ou bruyants des albums, les EP bricolés, les démos et autres faces B pleines de fraîcheur. J'ai même édité une sélection de ces Pépites de Pépé sur Vivonzeureux! Records.
Concrètement, ça signifie que, sur Sophtware slump, même si j'aime beaucoup Miner at the dial-a-view ou Jed' other poem (Beautiful ground), mes titres préférés sont The crystal lake, Hewlett's daughter, Chartsengrafs et Broken household appliance national forest.
Sans trop de surprise, c'est The crystal lake qui a été le premier single extrait de l'album en 2000. C'est une chanson assez rapide, très pop, avec un un petit riff de guitare digne du Cure d'In between days. Les paroles sont bien, sur un gars qui regrette d'avoir quitté sa campagne pour la grande ville, et la vidéo est bien drôle aussi. En France, ce single n'a pas été commercialisé en tant que tel : V2 s'est contenté d'ajouter un deuxième CD, dans une pochette cartonnée reproduisant celle de l'album, qui a été fourni aux premiers acheteurs de The sophtware slump (principalement dans les FNAC je crois). Acheteurs qui se sont retrouvés à acheter d'un seul coup deux versions identiques de The crystal lake, celle de l'album et celle de la face A du single.
Et ce n'était pas fini, car The crystal lake n'a pas vraiment marché en Angleterre à sa sortie en mai 2000. Alors, après avoir sorti Hewlett's daughter en single, V2 a remis le couvert en 2001 en rééditant The crystal lake avec une nouvelle pochette et de nouvelles faces B. Etant donné que je figurais sur les listes de promo anglaises de Grandaddy depuis que j'avais reçu Machines are not she, je recevais presque à chaque sortie une carte postale. Pour la deuxième sortie de The crystal lake, il s'agissait d'une petite carte reproduisant la pochette du CD 1 anglais, qui s'ouvrait pour nous proposer, découpée et en relief, la famille esquimau vue sur la pochette du CD 2 anglais (sur ma photo, on ne se rend pas compte que les esquimaux sont découpés et à la verticale de la carte) :


Au bout du compte, je n'ai acheté aucun des deux CD anglais puisque j'ai eu la chance de tomber sur l'édition européenne de ce single, qui a le grand avantage de rassembler sur un seul disque les quatre faces B des CD anglais. Dommage que V2 Europe n'ait pas poussé sa logique jusqu'au bout et ait oublié d'inclure Rode my bike to my sister's wedding, qu'on trouvait en face B du 45 tours !
Parmi ces faces B, mes deux préférées sont aussi les deux plus courtes, que j'ai incluses sur Les pépites de Pépé. Il s'agit de la blague country Moe Bandy moutaineers, en référence au chanteur Moe Bandy, où il est question d'arrêter le whiskey, le vin et la bière tellement les effets d'un pulvérisateur nasal acheté dans un bric-à-brac sont bien plus efficaces pour planer, et de I don't want to record anymore, probablement composé à un moment où le bricolo de génie du studio maison qu'est Jason Lytle avait dépassé la dose prescrite !
She-deleter est un de ces titres (de près de six minutes) en plusieurs parties que Grandaddy affectionnait à l'époque. Après une minute calme au piano, un "solo" de batterie de trente secondes tellement basique que n'importe qui pourrait le jouer après une demie-leçon, introduit une partie électrique à la Pavement.
What can't be erased est une belle chanson lente qui n'aurait pas déparé sur l'album. C'est d'ailleurs chose faite en 2011 puisque bien sûr les cinq titres de ce CD se retrouvent tous sur la nouvelle édition de The sophtware slump.

11 septembre 2011

TELEPHONE ! : Métro / Hygiaphone


Acquis probablement au Hifi Club à Châlons-sur-Marne vers 1979
Réf : TP 40.001-- Edité par Tapioca en France en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Hygiaphone -/- Métro

C'est sûrement l'un des tous premiers disques que j'ai achetés non seulement parce que la musique qu'il contient m'intéressait mais aussi parce que je savais que ce tout premier 45 tours de Téléphone était assez difficile à trouver.
J'avais lu dans la presse que le groupe avait auto-édité son premier disque et le vendait 5 francs à ses concerts. Ça doit à peu près correspondre au prix que j'ai payé pour ce disque, trouvé en solde au Hifi Club, sauf que je ne savais pas à l'époque qu'il ne s'agissait pas de la première édition auto-produite et sans pochette du disque mais d'une réédition sortie quelques temps plus tard sur le label Tapioca. Signalons pour l'anecdote que ce label Tapioca est un point commun inattendu entre Pascal Comelade et Téléphone : en effet, outre leurs relectures personnelles et divergentes des répertoires de Chuck Berry ou des Rolling Stones, tous les deux ont eu un de leurs disques réédités au catalogue du label plutôt expérimental Tapioca ! (Pour Comelade, il s'agit de son premier disque Fluence).
Comme la plupart des gens qui  s'intéressaient un minimum au rock à cette époque, j'ai découvert Téléphone dès son premier album. J'ai énormément écouté ce disque tout au long de 1978, même si je ne l'ai pas acheté car j'avais pu me faire une copie sur cassette de l'exemplaire d'un copain.
C'est un peu plus tard que j'ai fait l'acquisition de ce 45 tours. Il a été enregistré le 8 juin 1977 au Bus Palladium lors d'un concert gratuit. La veille, ils avaient joué à l'Olympia, remplaçant au pied levé Blondie. Ça avait du coup donné une affiche intéressante du point de vue des  intitulés puisque la tête d'affiche ce soir-là était Television ! Sachant que le groupe avait à peine plus de six mois d'existence au moment de ce concert, c'est impressionnant de constater comme il est bien en place. Le son et l'interprétation sont excellents et les versions sont au bout du compte très proches de celles en studio. Je me souvenais bien sûr très bien du décalque de Chuck Berry que constitue Hygiaphone, mais ce qui m'a surpris à la réécoute c'est le son de guitare très blues de Bertignac, avec beaucoup de bottleneck, surtout sur Métro (c'est trop).
La chronologie de Téléphone en 1977 est presque aussi resserrée que celle d'un groupe sixties : ils signent en chez Pathé-Marconi fin août et l'album sort trois mois plus tard. Il a été enregistré à Londres avec Mike Thorne à la production, ce qui signifie que celui-ci a dû quasiment enchaîner la production de Téléphone avec celle du Pink flag de Wire. Un sacré contraste car, même si on était en 1977, Téléphone n'avait absolument de rien de punk ni de new wave.
En 1979, j'ai acheté Crache ton venin dès sa sortie, ce qui fait que j'ai la pochette originale en plastique qui, quand on sort la sous-pochette, peut faire accroire que ce groupe aux trois-quarts masculins n'avait pas de couilles. C'est grâce au billet aperçu chez Reimspunknroll que je sais ce que c'est précisément le 18 mai 1979 que j'ai assisté au concert de Téléphone à la Maison des Sports de Reims (qui ne devait même pas s'appeler encore René Tys). Un de mes tous premiers concerts, quelques mois après avoir vu à Epernay Jacques Higelin , avec qui Louis Bertignac avait joué quelques années plus tôt. Ensuite, j'ai très vite laissé Téléphone suivre son chemin sans plus trop m'y intéresser : c'est à peine si j'ai cherché à écouter Au coeur de la nuit à sa sortie en 1980.

Ce disque a été réédité une deuxième fois, en disque souple, pour être inclus dans Téléphone le livre en 1983, et autant que je sache c'est tout : pas d'édition en CD pour ces deux faces live. Il y a bien une version live de 1977 de Métro (c'est trop) sur l'un des CD du coffret Téléphone illimité, mais c'est un disque d'inédits, donc ce titre a dû être enregistré à une autre date.




10 septembre 2011

SMOG : Rock bottom riser


Acquis par correspondance via Amazon en août 2011
Réf : DC302CD -- Edité par Drag City aux Etats-Unis en 2006
Support : CD 12 cm
Titres : Rock bottom riser (+ vidéo) -- I feel like the mother of the world  (+ vidéo) -- Bowery -- Fools lament

J'ai déjà eu l'occasion de parler ici de Diamond dancer, le tout premier disque sorti par Bill Callahan sous son nom. Là, on a à faire au disque sorti juste avant, autrement dit, fort logiquement, la toute dernière parution créditée à Smog.
Pourquoi, un an après la sortie de l'album A river ain't too much too love, en extraire deux titres, qui constituent la moitié de ce EP Rock bottom riser, complétés par deux inédits composés au même moment que l'album mais enregistrés entre-temps ?
La réponse est sûrement à trouver dans les deux vidéos tournées pour ces extraits de l'album, incluses ici dans la partie multimédia du CD. Dans deux styles très différents, ce sont deux réussites. Celle de Rock bottom riser, réalisée par Brendan Cook et Paul McNeil, est animée à partir de dessins à l'aquarelle. Celle de I feel like the mother of the world, réalisée par Bryce Cass, est plus classique. On y voit une énigmatique Chloë Sevigny, à qui ce disque est dédié, et un Bill très crédible en présentateur télé.
Les deux chansons elles-mêmes sont excellentes. Arrivé à ce stade du développement de Smog, Callahan s'était forgé un style qu'il continue à cultiver depuis. Impossible de faire la différence dans le son et la production entre ce disque de Smog et ses productions solo. Comme toujours, c'est la voix profonde et posée de Callahan qui commande tout et nous guide tout au long des récits.
Le tempo est moyen à lent, l'instrumentation décontractée. J'ai une petite préférence pour I feel like the mother of the world, au rythme un peu plus enlevé et au refrain surprenant ("Oh, do I feel like the mother of the world, with two children, fighting").
Difficile de parler de face B avec une chanson du calibre de Bowery. Je l'ai découverte l'an dernier quand elle a été diffusée gratuitement en version live en MP3 à l'occasion de la sortie de l'album Rough travel for a rare thing (J'aurais d'ailleurs bien acheté cet album, mais il n'a pas été édité en CD et je n'avais pas envie de mettre une trentaine d'euros dans un vinyl du XXIe siècle, ni même une dizaine dans des fichiers MP3...). Cette version originale en studio est très proche de celle en concert quelques années plus tard. Autour d'un motif cyclique à la guitare, on est plongé au coeur d'un histoire familiale compliquée, où il est question de grand-père, de fils, de père, et même de méthadone. Et comme on est à New-York, bien sûr, on n'est pas si loin de la chanson Street hassle de Lou Reed.
Le dernier titre, Fools lament, une valse, relève le défi de ne pas faire baisser la qualité de l'ensemble. Un exploit au vu ce qui a précédé.

Bill Callahan a sorti cette année son troisième album, Apocalypse. Je ne l'ai pas encore acheté car ce que j'en ai entendu pour l'instant m'a semblé décidément trop lent et monotone. Mais je vais probablement finir par me décider... En attendant, Bill est annoncé à Paris le 26 novembre, à la Gaîté Lyrique, pour la seule étape française de sa tournée européenne.


04 septembre 2011

THE B-52'S : Give me back my man


Acquis probablement à Châlons-sur-Marne dans la première moitié des années 1980
Réf : 6010 236 -- Edité par Island en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Give me back my man -/- Give me back my man (Version instrumentale)

Dans mon souvenir, il s'était passé un temps assez long entre la sortie du premier album des B-52's et celle du deuxième, Wild planet. En fait non, puisqu'il s'est écoulé à peine plus d'un an entre les deux. L'effet de comparaison a été renforcé par le choix de donner au deuxième une pochette qui est le pendant, en rouge, du premier album "jaune".
Ce n'est jamais facile de donner une suite à un disque aussi réussi que The B-52's. On s'était éclatés en boum sur Rock lobster, Planet Claire, Dance this mess around, DowntownLava et 52 girls et ce qui est certain, c'est que Wild planet est nettement moins flamboyant que son prédécesseur. Au contraire, c'est un album solide et de bonne tenue, ce qui est déjà pas mal, mais du coup il nous a déçu à sa sortie. Question d'argent et d'envie, après l'avoir écouté chez un copain je ne l'ai pas acheté. Ce n'est que l'année suivante avec le mini-album Party mix !, qui contenait trois titres de Wild planet remixés, que j'ai vraiment découvert les deux perles de cet album que sont Private Idaho et Give me back my man, toutes deux éditées en single d'ailleurs.
Justement, ce 45 tours de Give me back my man, je l'ai acheté encore quelques années plus tard, surtout parce qu'il était soldé pas cher, avec une pochette assez réussie.
Il y a aussi une face B qu'on ne trouve pas ailleurs. Certes, ce n'est "que" une version instrumentale de la face A, mais elle a le mérite de mettre en valeur les atouts musicaux de ce titre : une basse implacable, tellement soutenue, insistante et rapide qu'elle ne peut qu'être électronique (pas exactement du séquenceur, je crois, mais un clavier basse), une guitare surf entêtante, des bruitages électroniques par-ci par-là et une petite mélodie au glockenspiel (sûrement synthétique).
Mais cette chanson ne prend tout son sens que lorsqu'elle est chantée par Cindy Wilson. Une performance impressionnante : la voix se fait vraiment suppliante et on veut bien la croire quand elle promet de tout donner, ou de se jeter à l'eau, si on ne lui rend pas son homme. Avec Give me back my man, les B-52's ne sont ni kitsch ni drôles, juste excellents...

03 septembre 2011

THE JESUS AND MARY CHAIN : Psychocandy


Offert par Matthew Jones par correspondance en août 2011
Réf : EDSG 8006 -- Edité par Edsel en Angleterre en 2011 -- For promotional use only
Support : 2 x CD + DVD 12 cm
20 + 24 + 9 titres

Le label a raté de quelques mois le 25e anniversaire (cet album aura vingt-six ans en novembre prochain), mais cette méga-édition de deux CD et d'un DVD convient très bien à un album de la stature et de l'importance de Psychocandy (les autres albums de Jesus and Mary Chain , sauf peut-être Munki, vont avoir droit au même traitement, même s'ils ne sont pas tous aussi marquants).
Voilà une reconnaissance supplémentaire pour cet album considéré comme un classique des années 1980, et cela devrait satisfaire Jim Reid, qui déclarait au moment de sa sortie : "On a passé des mois à faire des remixes pour obtenir le bon résultat. Il faut que ça tienne la comparaison pendant des années. J'espère que ce sera un de ces disques comme le premier album du Velvet Underground, qui continue à  se vendre, tout le monde l'a et il est toujours dans les rayons. J'essaie de me projeter à quelque chose comme dans une vingtaine d'années.". Bingo, Jim ! Et, comme pour le Velvet, on sait que Psychocandy a influencé énormément de monde. My Bloody Valentine, évidemment, mais aussi pour n'en citer que deux les Pixies, qui ont repris Head on, et Nirvana.
En plongeant dans ma malle à souvenirs, j'ai pu fournir quelques documents au coordinateur de ce projet. Seuls deux d'entre eux se retrouvent dans le livret (l'affiche de la tournée européenne Creation Package d'octobre-novembre 1984, avec aussi The Jasmine Minks et Biff, Bang, Pow ! à l'affiche, ainsi que mon passe pour le concert de JAMC à l'université de Leeds le 27 novembre 1985, mais ça m'a valu un remerciement dans le livret et cet exemplaire de la chose.
L'impressionnant à l'écoute des quatorze titres de l'album original c'est de constater que c'est un disque sans temps mort, excellent de bout en bout. J'aurais tendance à diviser les titres en trois groupes, les lents, les bruyants bruyants et les bruyants plus pop, mais on ne va pas chipoter ou disséquer, puisqu'on aime tout : les trois singles, Just like honey, Never understand et You trip me up (avec à chaque fois un petit pincement à l'écoute de ce dernier en me souvenant que, la première fois que j'ai entendu cet enregistrement, le 15 février 1985, il filtrait à l'extérieur du bureau de Geoff Travis chez Rough Trade, où les Mary Chain et leur manager Alan McGee étaient en réunion ); My little underground, qui aurait aussi pu sortir en 45 tours, et aussi The hardest walk, Taste of Cindy et Taste the floorThe living end et Inside me pour s'éclater; Cut dead et Sowing seeds pour se calmer un peu; Something's wrong avec sa boite à rythmes (présente sur une minorité de titres) et son chant plus travaillé, qui rétrospectivement semble annoncer Darklands.
Si les deux faces du tout premier 45 tours Upside down, reprises ici, sont imparables, il y a à boire et à manger dans les faces B des singles Blanco Y Negro. Just out of reach, que le groupe réenregistrera en 1988, est au-dessus du lot, tout comme la reprise d'Ambition de Subway Sect, deuxième dans la liste des reprises au goût impeccable de Mary Chain, après Vegetable man de Pink Floyd/Syd Barrett et avant Can, Bo Diddley et The Temptations, parmi d'autres.
On trouve sur le deuxième CD les trois sessions enregistrées par le groupe pour John Peel en 1984-1985. La plus intéressante, c'est la fameuse session "acoustique" du 29 octobre 1985, diffusée pile au moment de la sortie de l'album, que le groupe a certainement voulue aussi dépouillée pour montrer que ses chansons se tenaient sans feedback ni distortion. Cette session fournit les seules versions de Some candy talking et la chanson Psychocandy incluses dans cette édition. Les acheteurs de la version CD de l'album diffusée à partir de 1986 seront peut-être surpris de ne pas trouver ici la version single de Some candy talking, mais l'album original de 1985 (en 33 tours ou cassette) ne comptait effectivement que quatorze titres et Some candy talking, sorti en 1986, n'était qu'un ajout postérieur pour le CD. Le choix du label de le mettre plutôt sur la réédition de Darklands est logique.
L'un des intérêts de cette édition est de proposer des démos et autres titres rares ou inédits. C'est ainsi que la version démo d'Upside down que j'avais sur un maxi connait ici sa première sortie officielle, tout comme le titre multi-censuré mais musicalement sans trop d'intérêt Jesus fuck. Le morceau le plus intéressant du lot, ce serait plutôt Up too high, une démo des tous débuts du groupe (1983-1984), déjà éditée aux Etats-Unis en 2008 sur le coffret The power of negative thinking. Elle sonne très new wave, avec de forts échos de New Order, c'est à dire très différemment de tout ce qu'on connaissait de Mary Chain à cette époque. Il y a aussi deux bonnes version démos de The living end et de My little underground datées de juin 1985. Si j'en crois la cassette de cette session que j'avais repiquée chez Alan en 1985, il reste de la matière pour une prochaine édition définitive de Psychocandy (pour les cinquante ans ?), puisque trois autres démos avaient été enregistrées à cette occasion : Just like honey, You trip me up et surtout une très bonne version de Cool about you, que Sandie Shaw enregistrera (j'avais oublié ça) et que le groupe incluera sur Darklands avec un titre abrégé en About you.
Les illustrations proposées ici font la part belle à l'émeute du concert à la North London Poly le 15 mars 1985. Les quelques fois où j'ai vu les Mary Chain en concert, j'ai échappé à ces scènes de bagarres, même si les concerts étaient courts, bruyants et imbibés.
Le meilleur des cinq reste le tout premier, le 9 juin 1984 à la Living Room, où le son du groupe était saturé, distordu, mais sans feedback, ce qui fait que je n'avais pas eu besoin de l'avis d'Alan McGee, qui sautait partout en disant que c'était les nouveaux Sex Pistols, qu'il allait les signer et faire un album avec eux, pour apprécier la qualité des chansons du groupe.
Les autres fois, ces chansons étaient noyées dans le bruit. Il faut dire que, à la MJC Claudel de Reims le 3 novembre 1984, j'ai beau avoir organisé le concert, je n'ai fait qu'entendre les Mary Chain sans les voir car, le temps risquant de manquer, j'étais à l'étage en train d'interviewer Alan pour mon émission de radio.
Les concerts des 26 et 27 novembre 1985 à l'Hacienda de Manchester et à Leeds m'ont surtout marqué parce que j'accompagnais le groupe et parce que Felt et les Shop Assistants étaient de la partie.
Le concert du 6 mars 1985 aux Bains Douches, haut lieu de la branchitude parisienne à l'époque, était justement typiquement parisien. Les gens ont payé 90 ou 100 Francs pour l'habituel concert très court. Je pensais que pour ce prix ils pourraient profiter de la soirée entière en discothèque, mais non, tout le monde a été mis dehors après le concert, avant que la boite ne ré-ouvre. Mon meilleur souvenir reste le moment, dans les loges ou sur scène après le concert, quand le groupe a entonné comme une ritournelle "JC Brouchard, Brouchard JC" sur l'air du carillon de Big Ben !

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