26 février 2012

THEY MIGHT BE GIANTS : Boss of me


Acquis d'occasion dans les années 2000
Réf : PIASREST 005 CD -- Edité par Restless / PIAS en Europe en 2001
Support : CD 12 cm
Titres : Boss of me -- Mr. Xcitement -- Bird house in your soul (Live)

L'album Mink car de They Might Be Giants est sorti aux Etats-Unis le 11 septembre 2001. La sortie de ce disque est passée quelque peu inaperçue et l'une des conséquences économiques de ce qui s'est passé ce jour-là a été la faillite du label Restless qui l'avait édité. Du coup, cet album est le seul du groupe qui est longtemps resté indisponible, mais après dix ans (le temps j'imagine de récupérer les droits), le groupe vient d'annoncer sa réédition.
L'histoire discographique de cet album est de toute façon assez compliquée. Le disque américain compte 17 titres, parmi lesquels on ne compte pas l'un des plus gros tubes de TMBG, Boss of me, l'indicatif de la série télé Malcolm (Malcolm in the middle en version originale), sorti en single et sur la BO de la série l'année précédente et qui a valu au groupe un Grammy. On y trouvait par contre une nouvelle version de l'autre excellente chanson de TMBG utilisée dans la série, Older.
Les japonais, comme à leur habitude, ont ajouté des bonus à l'album (4 titres, carrément), mais en Europe, de façon incompréhensible, PIAS a sorti un album de 14 titres, en ajoutant 2 titres qui n'étaient pas sur la version américaine (Boss of me et Your mom's alright, avec la participation de Mike Doughty de Soul Coughing), mais en choisissant d'en éliminer pas moins de 5.
Ce single est celui qui a été extrait de l'album en Europe, avec justement Boss of me comme titre principal, même si bizarrement il n'est fait aucune mention de Malcolm sur la pochette alors que ce titre a été diffusé des milliers de fois dans le monde entier avec chaque passage des épisodes de la série à la télé.
La version originale de la chanson durait 35 secondes et elle a été d'abord diffusée sur leur fameux service Dial-a-song. Démarré fin 1983, il s'agissait d'un répondeur qui diffusait des chansons inédites du groupe. Comme beaucoup de fans, j'ai moi-même appelé au moins une fois ce numéro de Brooklyn dans les années 80. La chanson n'a donc pas été écrite spécifiquement pour la série, mais John Flansburg a eu l'occasion d'affirmer sur scène qu'elle faisait référence à son frère aîné, ce qui correspond parfaitement au thème de Malcolm.
En 35 secondes, Boss of me fonctionnait parfaitement, mais après un pont d'une autre trentaine de secondes, celle-ci, qui dure 3 minutes, garde le rythme et permet de s'éclater plus longtemps avec la guitare et les cuivres.
Il est précisé au verso de la pochette que Mr. Xcitement est extrait de Mink car. C'est une erreur pour ceux qui, comme moi, ont l'édition européenne, car PIAS a justement préféré Your Mom's alright, l'autre collaboration de TMBG avec Mike Doughty et le groupe Elegant Too, à ce Mr. Xcitement. Doughty fait son numéro, qui nous rappelle évidemment Soul Coughing. La rythmique échevelée est très jungle et électro, sûrement grâce à Elegant Too, avec une ligne de basse à la Peter Gunn.
Pour le dernier titre, on a droit à une vraie face B inédite avec une version en concert de Bird house in your soul, l'autre grand tube de They Might Be Giants. Enfin inédite, pas tant que ça. Pas de précision sur le disque, mais en cherchant un peu on apprend qu'elle a été enregistrée à New-York le 14 octobre 1994 et précédemment éditée sur un album promo et sur Severe tire damage. Ce qui compte, c'est que cette version frénétique et réorchestrée de la chanson est excellente. Et ça m'a donné l'occasion d'apprendre que le narrateur de cette chanson est une lampe-veilleuse comme on en trouve dans les chambres d'enfant !

25 février 2012

FAMILY FODDER : Why were you wearing the moon ? (Singularity 5)


Acquis par correspondance chez The State51 Conspiracy en Angleterre en août 2011
Réf : [CON5SING] -- Edité par The State51 Conspiracy en Angleterre en 2011 -- n° 9/50
Support : CD 12 cm
Titres : Why were you wearing the moon ? -- Primeval pony -- Very very nice

Seuls trois artistes ont droit à deux entrées en leur nom propre au sommaire de mon dernier livre, Mes disques virtuels : Pascal Comelade, Felt et Family Fodder, avec un best-of alternatif, concocté antérieurement au lancement officiel de Vivonzeureux Records, et La chanson de Craonne, que vous pouvez toujours télécharger librement.
Côté disques réels, Family Fodder a été très actif depuis la sortie de son album Classical music fin 2010. En effet, le groupe s'est lancé dans la publication de Singularity, une collection de douze singles dont le rythme de parution devait initialement être mensuel. Bon, le rythme n'est pas respecté, et la totalité de la collection ne verra peut-être jamais le jour, mais quand même, en un an le groupe a sorti cinq singles et le sixième, The moon told me so, est annoncé pour bientôt et déjà en écoute en ligne.
Le principe de la collection est très simple : des singles de trois titres avec à chaque fois une nouvelle chanson inédite, un remix d'un morceau de Classical music et un autre inédit tiré des archives de Family Fodder (archives qui doivent être riches puisque le groupe sort des disques depuis plus de trente ans !). Chaque disque est disponible à la vente en téléchargement, et en CD en édition limitée (de 20 à 50 exemplaires) avec pochette peinte à la main.
Je me suis réveillé trop tard pour mettre la main sur un CD du premier single de la série, mais j'ai commandé les quatre suivants. Pour cette chronique, j'ai choisi le cinquième de la série, tout simplement parce que j'aime beaucoup les trois titres et je trouve qu'ils s'enchaînent bien.
Why were you wearing the moon ? (en écoute ci-dessous), chantée par Alig, qui s'accompagne à l'accordéon, est une chanson rythmée et très enlevée, avec un petit quelque chose des Balkans. On y entend une voix d'enfant, comme c'était déjà le cas en 1979 sur la reprise par Family Fodder de Sunday girl.
Primeval pony, chantée par Darlini Singh-Kaul, est la chanson qui ouvrait Classical music. Elle est ici remixée de façon réussie, rehaussée de percussions et de sons électroniques qui savent rester discrets et qui ne lui font pas perdre ses qualités envoûtantes et presque relaxantes. 
Very very nice est une version électro-dub allongée de Walls of ice, un titre chanté par Vivienne Dogan-Corringham paru initialement en 1996 sur Foreverandever, un album crédité à Johnny Human (alias Alig).

Ce disque, ainsi que les autres de la série, est en vente sur le site de Family Fodder.




19 février 2012

DAN LE SAC vs SCROOBIUS PIP : Get better


Acquis chez Parallèles/Gilda à Parle 28 décembre 2011
Réf : SBEST81P -- Edité par Sunday Best en Angleterre en 2009 -- For promotional use only. Strictly not for sale, duplication or upload. This CD is watermarked and traceable back to you.
Support : CD 12 cm
7 titres

Celui-là, je l'ai pris parce que j'ai vraiment bien aimé Thou shalt not kill et parce que à 80 centimes le disque je ne prenais pas un grand risque. Franchement, je ne m'attendais pas à apprécier un deuxième disque de Dan Le Sac vs Scroobius Pip mais j'ai été très agréablement surpris à l'écoute de ce single diffusé à la toute fin 2009, en amont de la sortie de leur deuxième album, The logic of chance.
L'accompagnement électro de Dan Le Sac est plus cool. Le chant rappé de Scroobius Pip garde un ton sermonneur, mais il est beaucoup moins excité/en colère que sur leur premier tube.
De façon assez surprenante, les points de référence pour ce disque sont à aller chercher du côté de la période post-punk, comme le pointe le titre du seul remix intéressant, le '79 dub de Sunday Best.
Les paroles au message globalement hoptimiste lucide sont, pour leur couplet central, centrées sur un message positif pro-éducation sexuelle et anti-maternité adolescente qui fait de Get better un lointain successeur du Too much too young des Specials.
Côté musique, les références sont plus proches de 1981 que de 1979 : on pense à  Soft Cell et New Order.
Comme souvent avec les CD promo récents distribués à la presse, les titres de ce CD n'ont pas été distribués commercialement sur disque. Il y a juste eu un 45 tours en édition limitée avec deux des titres, les autres ont uniquement été vendus en téléchargement.



18 février 2012

BUZZCOCKS : Spiral scratch


Acquis chez Music Box ou chez New Rose à Paris fin 1979 ou début 1980
Réf : ORG-1 -- Edité par New Hormones en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Breakdown -- Time's up -/- Boredom -- Friends of mine

Je suis assez souvent pris de vertige quand je scrute les pages de pub de concerts vers la fin des numéros de Mojo ou Uncut. Quasiment que des gens très connus, des années 60 aux années 80 et même 90. Quand on y regarde de plus près, au-delà des noms et des logos familiers, on s'aperçoit qu'il y a de tout là-dedans : des vieux chevaux de retour, des anciens qui n'ont jamais arrêté, des groupes reformés, des groupes dont il ne reste aucun membre original (Dr. Feelgood ?!), des groupes-hommages qui singent les originaux, des gens qui font la promo d'un nouvel album, d'autres qui rejouent un classique... Il y a même quelques contemporains qui se glissent dans le lot, mais certains (Jonathan Wilson, Fleet Foxes) sonnent comme des vieux.
Deux annonces m'ont particulièrement interpellé récemment. La première est pour la tournée 5x5 de Simple Minds, qui passe par Paris ce mois-ci : le groupe jouera pour l'occasion cinq titres de chacun de ses cinq premiers albums, sortis entre 1979 et 1982. C'est la seule période de Simple Minds qui m'intéresse (jusqu'en 81), mais l'ironie de la chose c'est bien que la grande majorité du public qui viendra assister à ces concerts ne connait sûrement pas grand chose de ces premiers disques du groupe. Pour l'occasion, un coffret X5 sort, 6 CD (Sons and fascination et Sisters feelings call sont sur deux CD différents) avec des faces B de single en bonus pour moins de 20 €. Bonne affaire..?
L'autre annonce, c'est celle des deux concerts Back to front que les Buzzcocks vont donner en mai dans leur ville de Manchester et à Londres. Trois formations du groupe punk-pop se succéderont sur scène avec Pete Shelley et Steve Diggle comme seules constantes : le groupe actuel, la formation classique des années United Artists et, pour finir en beauté, celle des tous débuts avec Howard Devoto au chant !
Certes, on sait que Shelley et Devoto s'étaient réunis il y a déjà plus de dix ans pour un album de nouveau matériel, Buzzkunst, mais là c'est aussi assez vertigineux de savoir que Devoto va rejoindre le groupe sur scène trente-cinq ans après l'avoir quitté, alors que son passage dans le groupe a duré deux ans à peine, pour chanter les quatre titres du seul disque qu'il a sorti avec eux. Quel intérêt au-delà de l'anecdote et de la retrouvaille entre potes ? Je n'en vois pas pour ma part, et je préfère profiter de l'occasion pour réécouter le disque.



On sait que ce 45 tours Spiral scratch est réputé pour être le premier 45 tours auto-produit de la vague punk. Les mecs étaient tellement contents de sortir leur disque qu'ils ont choisi un titre qui se rapporte au procédé technique même qui permet de dupliquer leur musique : cette rayure en spirale, c'est bien le sillon gravé dans le vinyl dont les variations indiquent à la pointe du tourne-disques quel son transmettre.
Enregistré fin décembre 1976 et distribué début 1977, il a été le premier disque indépendant de l'année à se vendre très bien. Pourtant, si plus de 16 000 exemplaires de l'édition originale ont été écoulés, je n'ai jamais dû en voir un de ma vie. Mon disque, que j'ai trouvé soit chez Music Box peu de temps avant sa fermeture, soit chez New Rose quand ils venaient d'ouvrir, date de la première réédition du disque en 1979, celle qui a été plus largement distribuée par Virgin (au point que le disque est entré dans les charts anglais), celle qui comporte la mention "with Howard Devoto" ajoutée sous le nom du groupe.
Outre que j'avais déjà dû voir souligné dans la presse le caractère "historique" de Spiral scratch, cette mention de Howard Devoto a dû être pour beaucoup dans ma décision d'achat, puisque j'étais alors avant tout un grand fan de Magazine. Ce n'est qu'un peu plus tard que j'ai dû acheter Singles going steady et Love bites des Buzzcocks et je dois bien dire que, pendant toute cette période, même si j'appréciais ce disque, il venait pour moi au second plan, à titre documentaire, derrière les parutions ultérieures de Magazine et Buzzcocks.
N'empêche, quel excellent disque. Quatre chansons excellentes, un son brut, saturé juste comme il faut. Deux brûlots punk, Breakdown et Boredom, deux autres un peu plus élaborés, dont Time's up, qui annoncent presque la suite des Buzzcocks. La grande influence des Sex Pistols sur le groupe s'entend, particulièrement celle du chant de Johnny Rotten (Boredom).
C'est justement Boredom, un sentiment qui exprime la quintessence du punk, qui est devenu le classique ultime (ah, ce solo de guitare sur deux notes !), mais j'ai toujours aimé autant sinon plus Breakdown, plus ramassée, la chanson parmi les quatre qui a le plus évolué (elle s'est fortement accélérée) entre les démos enregistrées deux mois plus tôt en octobre 1976 (publiées ensuite sur le pirate Time's up) et la session de Spiral Scratch (racontée ici par l'ingénieur du son).
Sur la chanson Time's up, enregistrée en une prise, le groupe penche vers le progressif en se payant le luxe d'une deuxième voix et d'un overdub de guitare ! Sur Friends of mine, Devoto chante si vite que j'ai du mal à le suivre, même avec les paroles devant le nez (tirées du livre It only looks as if it hurts de Devoto).
Au-delà du chant, les paroles sont l'un des grands points forts de ce disque. Sur ce point, les Buzzcocks sont les seuls à rivaliser avec les Pistols. Avec Boredom, Devoto ne se contente pas d'écrire l'un des premiers grands titres punks, il écrit aussi la chanson définitive sur le punk : "You see there's nothing that's behind me, I'm already a has-been. Because my future ain't what it was, well I think I know the words that I mean. You know me I'm acting dumb, you know the scene, very humdrum. Boredom, boredom. (...) So I'm living in this movie, but it doesn't move me". Une réflexion des plus élaborées sur le "No future" des punks, écrite dès 1976.
Devoto en tirera rapidement les conséquences pour lui-même et quittera le groupe quelques semaines après la sortie du disque. Heureusement, il avait devant lui un avenir qui ne se réduisait pas à chanter ces quatre mêmes chansons pendant trente-cinq ans. Même s'il va le faire prochainement, cela ne ne nous fera pas remonter le temps. Par contre, magie de l'enregistrement sonore, les quatre chansons et dix minutes une secondes que dure Spiral scratch ont le pouvoir de nous ramener instantanément à cet après-midi de décembre 1976 dans un studio de Manchester où le groupe a enregistré son disque.

Spiral scratch ne figure pas sur Singles going steady. On trouve encore assez facilement la dernière réédition en CD du disque chez Mute. Sinon, on peut même se permettre le luxe d'investir dans Inventory, un coffret qui reprend en CD singles les quatorze 45 tours de la première période des Buzzcocks, Spiral scratch compris cette fois-ci, et qu'on peut trouver en cherchant un peu pour guère plus qu'une trentaine d'euros.


Buzzcocks filmé en concert au Lesser Free Trade Hall à Manchester en juillet 1976, en première partie des Sex Pistols. La bande-son ajoutée sur les images est la version de Breakdown de Spiral scratch.


Le début de l'émission What's on spéciale Buzzcocks et Magazine, présentée par Tony Wilson, diffusée le 27 juillet 1978 sur Granada TV.

12 février 2012

JOHN WAYNE SHOT ME : Let sleeping monsters sleep E.P.


Acquis par correspondance via Amazon en janvier 2012
Réf : 31182 -- Edité par 62 TV en Belgique en 2004
Support : CD 12 cm
7 titres

J'ai acquis ces derniers temps les deux albums du groupe hollandais John Wayne Shot Me, que j'aime beaucoup. J'avais aussi depuis l'époque de sa sortie un MP3 de leur reprise de I'm a little dinosaur de Jonathan Richman, mais quand j'ai vu la liste complète des titres de ce disque, j'ai eu envie de me le procurer, et ça n'a pas traîné car j'ai réussi à le trouver pour pas trop cher...
Ce disque est sorti début 2004, en avant-goût de The purple hearted youth club. On y trouve l'un des très bons titres de cet excellent album, Let sleeping monsters sleep, et six reprises, le tout durant la bagatelle de treize minutes. Les notes de pochette nous précisent que ces reprises ont été enregistrées pendant l'été ensoleillé de 2003 (tu m'étonnes !), dans les moments où le groupe ne jouait pas au frisbee, ne faisait pas de barbecue, n'enregistrait pas ses propres chansons et ne parlait pas au lama voisin du studio. Ils précisent qu'ils se sont plutôt bien amusés, mais c'est assez superflu.
John Wayne Shot Me était principalement le groupe de Thijs van den Broek (ils se sont séparés en 2009). J'adore leur côté bricolo, leurs ritournelles vaguement électro. Pour caricaturer leur description, je dirais qu'ils me font beaucoup penser au They Might Be Giants des débuts, avec un chanteur dont la voix me rappelle souvent  celle d'Euros Childs de Gorky's Zygotic Mynci. Let sleeping monsters sleep est un très bon exemple de leur style, avec en prime un refrain que les Nits des débuts n'auraient pas renié.
On n'est pas très surpris de voir John Wayne Shot Me reprendre Jonathan Richman et Daniel Johnston. Pour Richman, ils ont choisi l'une des chansons inédites de l'album Modern Lovers live ! de 1977, I'm a little dinosaur et leur version est justement à rapprocher de ce que They Might Be giants a fait de la chanson cousine de celle-ci, I'm a little airplane.
Je ne connsaissais pas Funeral home, une petite chanson rigolote de Daniel Johnston avec des paroles dignes d'un blues. Grâce à JWSM, c'est fait. Il y a notamment une version filmée au milieu des années 80 (au son asseez pourri) mais je préfère celle en concert (mais sans images) où il fait chanter le public "Je me suis dégoté un cercueil noir et brillant. Je vais aux pompes funèbres et je n'en reviendrai jamais.".
Les quatre autres titres, je ne les connaissais pas non plus, mais je ne suis pas allé rechercher les originaux. Ce sont des choix de reprises plus surprenants, et il semble bien que l'objectif ait été un éclectisme maximum, d'Electric Light Orchestra à Destiny's Child et de Napalm Death à la Carter Family ! De toute façon, le groupe met tout ça à sa sauce. Calling America pourrait être un original et Survivor pourrait avoir inspiré Let sleeping monster sleep. Les deux autres titres, très courts, sont à l'évidence très éloignés du son des originaux.
J'ai eu la chance de voir John Wayne Shot Me en concert quelques mois après la sortie de ce disque, le 30 octobre 2004, au Nouveau Casino à Paris, en première partie de Saint Thomas. A ce moment là, je ne connaissais pas du tout le répertoire du groupe mais ça m'a fait la même chose qu'avec les Triffids des années plus tôt : chaque chanson me plaisait et je m'attendais  à tout moment à être déçu par la suivante, ce qui n'est jamais arrivé.

La page MySpace de John Wayne Shot Me est toujours active. On peut notamment y écouter I'm a little dinosaur.

11 février 2012

LOVE IS BLUE


Acquis probablement chez Emmaüs à Tours-sur-Marne vers la fin des années 1990
Réf : E 307 -- Edité par Europa en Allemagne en 1968
Support : 33 tours 30 cm
16 titres

En 2003, pour illustrer la compilation Surprise partie hoptimiste que j'ai sortie sur Vivonzeureux Records, j'ai utilisé les pochettes de deux disques que je possède. Pour le recto, il s'agit de la pochette de Surprise partie camping, une compilation parue chez RCA en 1963. Je n'ai fait que changer un mot du titre... Pour le verso, j'ai repiqué la photo d'anthologie de cette compilation Love is blue, parue en Allemagne, probablement dans une série économique (Europa était un label plutôt spécialisé dans les disques pour la jeunesse).
On était en pleine période psychédélique et la jeune femme est "habillée" dans ce style, visiblement peinte sur toute la face visible de son corps (il ne s'agit pas de retouches). Comme si çe ne suffisait pas, on ajouté deux petits coeurs rouges entre sa main droite et son pied gauche. Une dizaine d'années plus tard, à l'époque du revival ska, elle aurait peut-être été peinte en carreaux noir et blanc...
S'il n'y avait que la pochette, le disque mériterait déjà sa place dans toute discothèque un peu curieuse, mais il se trouve en plus que la musique gravée sur le disque est loin d'être sans intérêt. C'est une compilation qui rassemble trois groupes : un orchestre d'easy listening symphonique, 101 strings, une franchise commerciale américaine qui utilisait pour ses productions un orchestre de Hambourg, et deux groupes beat allemands, The Spots (qui ont enregistré sous plein de noms différents, dont The Ravers et The Tonics) et The Petards, reformés dans les années 2000, qui ont visiblement eu un grand succès en Allemagne en 1968 avec leurs deux premiers albums, et notamment le tube Pretty Liza.
Sur la pochette, les titres ne sont pas attribués précisément à chacun des groupes. En fonction des crédits et des recoupements, on arrive à peu près à s'y retrouver, mais la liste détaillée donnée chez Discogs comporte visiblement des erreurs.



Comme l'indiquent les notes de pochette, l'objectif affiché est de s'approcher du son de l'époque, celui de la "renaissance" soul, psyché, beat de la "pop" music.
Tout n'est pas excellent sur ce disque. Règle du genre, on y trouve des reprises, dont des versions assez quelconques de Love is blue et Guantanamera et aussi un Lady Madonna des Beatles avec une guitare électrique intéressante. Il y a aussi des instrumentaux un peu à la John Barry d'assez bonne tenue.
Une poignée de titres est signée Bert Brac, un pseudonyme collectif utilisé par Europa. Certains d'entre eux ont été publiés par ailleurs. J'ai trouvé la trace de It's up to you et That's my honeybee sur l'album Beat beat beat de The Spots sorti en 1967 et celle de Love is all around (une habile réécriture du tube Concrete and clay de Unit Four Plus Two) sur A deeper blue, le premier album des Petards, sorti en 1968. De tous ces titres, mon préféré est d'assez loin I'm still in love, qui atteint presque l'énergie furieuse du freakbeat.
Mais le clou de ce disque c'est bel et bien, de façon assez surprenante une série de quatre titres psychédéliques de 101 Strings. Certes, comme ses équivalents français de Raymond Lefèvre ou Paul Mauriat, cet orchestre s'est attaqué à tous les genres populaires, mais en 1967-1968 il a aussi sorti plusieurs albums au son contemporain, dont l'un, électronique, est désormais assez recherché (Astro-sounds from beyond the year 2000). Ces morceaux sont tous signés Monty Kelly, l'un des compositeurs de 101 Strings. Les titres parlent d'eux mêmes : Karma sitar (mon préféré), Strings for Ravi, Killer Joe à gogo et Blues for the guru. Trois d'entre eux avaient été publiés en 1967 sur l'album Sounds of today et Blues for the guru est même aussi en 1968 sur Play hits written by The Beatles, un album qui associe reprises des Fab Four et compositions "à la manière de".
Superbe pochette, multiples curiosités sur le disque : voilà un album à ne pas laisser passer si on tombe dessus.

Surprise partie hoptimiste est un disque virtuel, mais de la collection Available : on peut donc toujours le télécharger chez Vivonzeureux.

05 février 2012

PETE ASTOR : Songbox


Acquis par correspondance chez Second Language en Angleterre en janvier 2012
Réf : SL012 & SL012x -- Edité par Second Language en Angleterre en 2011
Support : 2 x CD 12 cm
11 + 11 titres

Cet album de Pete Astor s'appelle Boite à chansons et le CD qui contient ces chansons est effectivement rangé dans une boite en carton, avec des cartes postales sur lesquelles les paroles sont imprimées. Les premiers exemplaires étaient accompagnés d'un CD de reprises des onze titres de l'album. Sur le coup, je m'étais agacé de cette édition avec bonus très limitée, mais j'aurais dû me renseigner d'abord et j'aurais compris que le projet de Second Language est justement, hors de la production industrielle habituelle, d'être un label fait-main qui diffuse de la musique de manière réfléchie et travaillée, en quantité limitée comme toute production artisanale, prioritairement destinée aux soutiens du label ont choisi de s'abonner à l'avance aux différentes parutions. Et même si je me suis réveillé un peu tard, Glen Johnson, de Second Language et de Piano Magic, entre autres, a eu la gentillesse de glisser le CD-R de reprises dans ma boite lorsque je l'ai commandée.
Avant ça, j'avais découvert cet album grâce à Dead trumpets, l'extrait qui en avait été largement diffusé en ligne et qui indiquait d'emblée que Songbox est à classer parmi les meilleures productions de Pete ces vingt-cinq dernières années, c'est à dire bien meilleur que les premiers albums solo chez Creation et aussi enthousiasmant que les disques chez Danceteria, les faces B quasi-solo des Weather Prophets comme Joe Schmo and the eskimo ou les meilleurs titres de The Wisdom of Harry.
On n'a pas à faire ici à un album concept, mais après des années de pratique et alors qu'il enseigne la musique à l'université, Pete Astor réfléchit à sa pratique d'auteur-compositeur, et le premier et le dernier titre de l'album parlent notamment de ça, de chanson. Le refrain du premier, Dead trumpets, est clair : "Welcome to my late night solo drinking song. It's called 'Dead trumpets' and no one's going to sing along." Sauf que, l'ironie ne peut être que volontaire, cette partie entraînante de la chanson est justement celle où Pete est accompagné par plusieurs choristes !
De façon très directe, Mistress of song traîte de la question de l'écriture de chanson, et là il y a un précédent évident que le titre lui-même évoque, la Tower of song de Leonard Cohen. Pete Astor en dit plus sur le sujet dans le podcast de Second Language et dans sa rencontre filmée avec Lawrence. Il explique notamment la référence à la première rencontre avec la chanson, en 1974 : c'est l'année où il a assisté à son premier concert rock, un prof l'ayant emmené voir Hawkwind avec d'autres élèves de sa classe.
Outre ces deux chansons, l'ensemble de l'album est une réussite. Les arrangements sont travaillés, notamment avec l'utilisation d'instruments à vent (joués par Keiron Phelan et Jenny Brand) et de choeurs, mais la production reste toujours très fraiche et très légère. J'y retrouve la patte de Peter, avec des accents qui rappellent The Weather Prophets ou ses précédents disques solo, avec une majorité de chansons que j'aime beaucoup, dont Slip away, Dunce, Tiny town, The perfect crime et Sleepers.
Le CD de reprises peut être vu comme une prolongation de la réflexion sur la fabrique de chansons, cette matière première étant retravaillée par de vieilles connaissances et de jeunes groupes. Chacun adapte les chansons à son style, quitte à les améliorer, comme le souligne Pete dans l'interview. Dead trumpets par Dollboy semble avoir été mixé avec la reprise du Rock'n'roll de Gary Glitter par The Human League. Dunce par Pastourelle donne aussi (discrètement) dans l'électro. Plusieurs titres ont un son plutôt lo-fi, notamment ceux de Let's Wrestle, Darren Hayman, Comet Gain et The Proper Ornaments. La version assez folk de Slip away par Pete Greenwood a le mérite de révéler la parenté de cette chanson avec les compositions de Townes Van Zandt. Parmi les vieilles connaissances, Patrik Fitzgerald surprend en utilisant le piano plutôt que son habituelle guitare et les Raincoats continuent à jouer les têtes chercheuses et aboutissent avec The perfect crime à un résultat assez proche de ce que Mathew Sayer fait de Tree of birds. L'album se conclut magistralement avec une version dépouillée de Mistress of song par Piano Magic, chantée par Angèle David-Guillou, qu'on entend aussi sur le disque de Pete Astor (au piano électrique et aux choeurs), mais pas sur la version originale de ce titre.

A écouter : le Podcast 12 de Second Language, avec Pete Astor qui s'explique sur la création de Songbox.
Songbox est en vente chez Second Language.


La vidéo de Dead trumpets réalisée par Gina Birch des Raincoats.


Pete interviewé par Lawrence à propos de Songbox (1ère partie).

04 février 2012

FAMILY MAN : Midnight sunshine / GREGORY AND STICKY : You are my sunshine



Acquis sur le vide-grenier de Condé-sur-Marne le 1er avril 2002
Réf : ERT 834 -- Edité par Escort en Angleterre en 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : FAMILY MAN : Midnight sunshine -/- GREGORY AND STICKY : You are my sunshine

On en rêve souvent, mais des trouvailles de disques quasi-miraculeuses ça reste rare. Certes, j'ai récupéré dans une poubelle des EP de Ronnie Bird et de Bob Dylan alors qu'ils étaient en plus sur le point d'être transformés en frisbee, mais ce genre de belle histoire ne vous arrive pas souvent. La seule autre que j'ai en tête qui me concerne, c'est celle de la cueillette de 45 tours de reggae le 1er avril 2002 sur le vide-grenier de Condé-sur-Marne. J'ai compilé ces 45 tours sur l'un de mes disques virtuels, Condé-sur-Kingston et l'aventure est racontée dans les notes de pochette, mais ce jour-là, je n'étais présent que pour le deuxième service et nous étions alors trois compères.
Je ne possède donc réellement qu'on grosse poignée des 24 disques glanés ce jour-là, mais ils sont presque tous excellents et j'ai eu du mal à en choisir un pour le présenter ici. Finalement, je me suis décidé pour ce disque paru chez Escort, une des nombreuses étiquettes du groupe Pama Records qu'on a découvertes ce jour-là (et quelle belle étiquette, qui compense largement l'absence de pochette illustrée), car on y trouve associés sur ses deux faces plusieurs grands noms du reggae.
Le Family Man de la face A, c'est bien sûr Aston Barrett. Il a démarré l'année 1970, celle de la sortie de ce disque, comme membre des Upsetters de Lee Perry, mais il l'a terminée comme bassiste des Wailers (à moins qu'il ait joué avec les deux groupes en même temps...). Je n'aurais jamais imaginé qu'il avait eu une carrière solo en parallèle de ces groupes, mais il a bel et bien sorti une série de 45 tours à cette époque et ce ne sont pas des instrumentaux comme je l'avais pensé initialement. Family Man chante sur Midnight sunshine et il s'en tire honnêtement, même s'il n'a pas une voix exceptionnelle. Midnight sunshine n'est d'ailleurs pas le vrai titre de cette chanson au rythme enlevé : on a voulu donné une thématique "sunshine" aux deux faces du 45 tours et sûrement égarer les ayant-droits, mais ce titre est bel et bien une reprise d'un tube soul de 1967, Mellow moonlight de Leon Haywood. L'original est très bien, mais cette reprise très dansante se défend pas mal, avec des cuivres et de l'orgue très travaillés. On aurait bien imaginé The Beat la reprendre dans ce style quelques années plus tard.
On ne compte plus les reprises de You are my sunhine, surtout depuis que cette chanson popularisée en 1940 par Jimmie Davis est devenue l'un des hymnes de l'Alabama, dont il a été par deux fois le gouverneur. Cette version de You are my sunshine est interprétée par deux vedettes encore peu connues qui la chantent en choeur, Gregory Isaacs et Sticky, alias Uziah Thompson (lui aussi beaucoup plus réputé comme instrumentiste, aux percussions, que comme chanteur). Leur version est très cool. Sur une rythmique reggae ponctuée d'orgue, les deux compères se contentent de chanter en boucle le refrain de la chanson, sans s'être fatigués à apprendre le moindre couplet. Cerise sur le gâteau, Reggaepedia nous apprend que cette chanson a été enregistrée par Gregory et Sticky pour Lee Perry ! Si c'est bien le cas, il y a toutes les chances, sachant qu'Aston Barrett était membre des Upsetters, pour que Lee Perry soit le producteur des deux faces de ce disque, même si son nom n'apparait nulle part sur l'étiquette.

Midnight sunshine et You are my sunshine sont en écoute sur YouTube.
You are my sunshine a été réédité en 2004 par Trojan dans le coffret Sunshine reggae.

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