31 mai 2012

PAPA M : Three songs


Acquis par correspondance probablement chez Drag City aux Etats-Unis en 2003
Réf : dc222cd -- Edité par Drag City aux Etats-Unis en 2002
Support : CD 7,5 cm
Titres : Rainbow of gloom -- O Kentucky -- Lo the rose cease to bloom

En fin de semaine prochaine, j'aurais la chance de voir Papa M en concert à La Cartonnerie de Reims (sa tournée compte trois autres concerts en France). Je suis à peu près certain de passer un bon moment, même si je ne sais pas trop à quoi m'attendre, d'autant que David Pajo/Papa M n'a pas sorti de disque récemment. Lui qui aime passer d'un nom à l'autre presque aussi souvent que son compère de Louisville Will Oldham , et qui a également une discographie bien fouillée, n'a pas sorti d'album depuis le 1968 de P A J O en 2009. Le disque de Papa M le plus récent est la compilation Hole of burning alms de 2004, mais c'est bien sous cette dernière bannière qu'il s'embarque pour une tournée en Europe, accompagné apparemment d'un seul musicien, le troisième larron ayant dû déclarer forfait pour raison de santé.
C'est l'occasion ou jamais de ressortir ce mini-CD que j'ai acheté il y a presque dix ans, entre autres pour compléter une commande de 45 tours de Bonnie Prince Billy que je faisais à Drag City, crois-je me souvenir.
Ceci n'est que l'un des quasiment quinze singles sortis par Papa M entre 1999 et 2006, seul ou avec un autre groupe au programme (il y a notamment une série de six disques qui constituaient un carnet de bord de tournée). C'est à confirmer, mais j'ai lu quelque part que ces Three songs, surtout distribués par correspondance par Drag City, seraient issus des sessions de l'album Whatever, mortal (2001).
Jusqu'à ce que je lise cette chronique de Pitchfork en préparant ce billet, je n'avais pas particulièrement prêté attention à la photo de pochette. Il est pourtant précisé sur le disque lui-même, mais de façon peu visible, qu'elle a été prise le 11 septembre 2001. Une fois qu'on sait ça, on n'a pas besoin de chercher longtemps pour deviner le lieu de l'incendie visible à l'arrière-plan.
Du coup, on pourrait penser que le premier titre du disque, Rainbow of gloom (Arc-en-ciel de ténèbres ?), fait référence à cet événement, mais l'écoute des paroles ne le confirme pas. Cette très belle chanson démarre avec de la guitare acoustique et de l'harmonica. On y entend aussi des cordes, réelles ou synthétiques. Même s'il est loin d'avoir la voix aussi grave que lui, le débit et le chant de Dave Pajo se rapprochent plus ici plus de celui de Bill Callahan que de Will Oldham.
Le dernier morceau du disque, Lo the rose cease to bloom, est musicalement dans la même veine, en un peu plus folky et en un peu moins fort.
Entre les deux, on a un titre au son assez différent, O Kentucky. C'est à 99,9 % un instrumental (il me semble entendre une voix "d'encouragement" à un moment) qui associe piano et guitares acoustique et électrique. C'est excellent et ça me rappelle furieusement les premiers enregistrements du groupe rémois TV.La.Sun.Or. (la démo Le grand passage de 1998), dont j'avais publié un extrait sur la compilation Excusez-moi, je me suis occupé un peu de tout.
Plus je réécoute ce petit disque et plus j'ai hâte de voir Papa M sur scène. Vivement le 8 juin !

Three songs est toujours en vente chez Drag City.

28 mai 2012

SIMON STOKES & THE NIGHTHAWKS : Voodoo woman


Acquis sur le vide-grenier de Matougues le 13 mai 2012
Réf : INT. 80218 -- Edité par Elektra en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Voodoo woman -/- Can't stop now

Parmi mes 45 tours à 10 centimes de Matougues, voici sûrement la pépite rock la plus intéressante, un disque paru chez Elektra en 1969, époque où ce label folk à l'origine avait aussi à son catalogue des bruyants comme les Stooges et MC5.
C'est plutôt dans cette catégorie qu'on se trouve avec Voodoo woman : riff de basse en intro, puis guitare rythmique acoustique et orgue superbe. Un chant à la Beefheart pour un titre vaudou qui évoque Dr. John en mentionnant dans les paroles toutes les expressions incontournables sur ce thème (New Orleans, bayou, voodoo, mojo, cajun,...). Le tout est bouclé en 2'20 après quand même un bon petit délire instrumental bluesy-psyché à la guitare et à l'orgue. Excellent !!!
En face B, Can't stop now est de très bonne tenue également. On est plutôt là dans un rock très heavy. J'ai l'impression d'avoir déjà entendu une reprise de cette chanson, avec son refrain "And I can't stop now, no I can't stop now". En tout état de cause, pour la compilation Rubaiyat des 40 ans d'Elektra en 1990, Frank Black et les Pixies auraient mieux fait de reprendre Can't stop now plutôt que le Born in Chicago du Paul Butterfield Blues Band.
Je ne connaissais pas du tout Simon Stokes, qui a commencé à enregistrer en 1965. L'album de Simon Stokes & the Nighthawks qu'on nous annonce au dos du 45 tours a dû être enregistré dès 1968 mais il n'est sorti qu'en 1970, chez MGM, pas chez Elektra. Il a été réédité en CD en 2007 par Rev-Ola. On y trouve bien Voodoo woman parmi les 12 titres, mais pas Can't stop now, même pas en bonus du CD. Dommage.
The Nigthawks se sont séparés en 1972. Simon Stokes a continué à enregistrer avec divers groupes et il a beaucoup composé pour des films. En 1993, les Cramps ont repris son Miniskirt blues, avec Iggy Pop. Pour sa part, il a enregistré avec Timoty Leary et, plus récemment, avec Wayne Kramer et des membres des Bellrays pour un disque plutôt country-rock.
Voodoo woman, voilà pour une fois une pépite obscure qui mériterait d'être élevée au rang de classique méconnu. En tout cas, la chanson n'a pas été oubliée sur le coffret Forever changing, qui retrace l'âge d'or du label de 1963 à 1973.

21 mai 2012

SQUEEZE : Is that love


Acquis probablement chez Age Concern à Douvres le 22 septembre 2009
Réf : AMS 8129 -- Edité par A&M en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Is that love -/- Trust

Dans le cadre du Festival du graphisme et de l'affiche, une exposition intitulée White noise, quand le graphisme fait du bruit sera présentée aux Subsistances à Chaumont du 26 mai au 10 juin. On y trouvera notamment une centaine de travaux de Barney Bubbles, réunis par Paul Gorman, l'auteur du livre Reasons to be cheerful : the life and work and Barney Bubbles, qui parle de son travail de préparation de cette exposition et .
J'ai souvent parlé ici de Barney Bubbles, ce graphiste spécialiste du jeu de pistes (en général, il ne signait pas ses productions ou les créditait à des pseudos fantaisistes), mort en 1983, qui a beaucoup travaillé dans le domaine de la musique (c'est par son travail pour Elvis Costello et les labels Stiff, Radar et F-Beat que je l'ai connu, mais avant ça il avait beaucoup collaboré avec Hawkwind).
Cette exposition va me donner une occasion d'aller faire un tour en Haute-Marne, et pour fêter ça, j'ai ressorti l'un des derniers disques avec pochette de Barney Bubbles que j'ai acheté, ce 45 tours de Squeeze.
Malheureusement, ce n'est pas l'une des productions les plus marquantes et les plus emblématiques de Barney Bubbles (voir les singles et les albums sur le site de Paul Gorman). Cette pochette est très proche de celle d'East side story, l'album dont Is it love est tiré, avec comme principale différence le fait que la photo du groupe n'est pas la même (mais elle est de la même session et au premier coup d'oeil on peut très bien ne pas les différencier).
Le style Barney Bubbles s'exprime surtout ici, comme sur l'album, dans la façon d'écrire le nom. Comme souvent, il exprime graphiquement le sens du mot "squeeze" ("serrer", "presser") en resserrant les lettres du mot à tel point que l'un des "E" est compressé et s'échappe du mot. Les petits coeurs et les traits en pointillés pour exprimer l'amour font penser à d'autres choses que Bubbles a faites, mais c'est un petit peu facile, comme le fait d'utiliser la pochette de l'album au dos pour en faire un "O" carré à "Love".
En tout cas, si le travail qu'il a fait pour ce disque n'est pas des plus remarquables, Is that love occupe quand même une place un peu particulière dans l'oeuvre de Barney Bubbles car c'est l'une des quelques chansons pour lesquelles il a réalisé une vidéo (la plus connue dans le lot est sûrement Ghost town des Specials).



Is it love est le premier des trois 45 tours extraits de l'album East side story. Je pense qu'on a choisi cette chanson pour son tempo enlevé. Je l'aime bien, tout comme Tempted (surtout) et Labelled with love, les deux singles suivants, qui ont plus marqué la carrière du groupe, et j'aime bien aussi sur l'album Someone else's bell, mais globalement je ne suis pas très fan d'East side story, bien que ce disque soit produit par Roger Bechirian et Elvis Costello (si je m'en tiens à 1981, je préfère, de Bechirian seul le Positive touch des Undertones et des deux ensemble le Trust de Costello). Cet album est sûrement trop pop pour moi, dans le sens McCartney du terme (le Paul avait d'ailleurs été pressenti pour produire un quart d'East Side Story, prévu initialement comme un double album. Ni lui ni Nick Lowe n'ont pu/voulu le faire, Dave Edmunds n'a produit qu'un seul titre et au bout du compte Roger et Elvis ont fait presque tout le boulot.).
Je préfère et de loin la face B Trust à la face A de ce 45 tours. C'est un truc léger et très percussif d'à peine 1'45. Bizarrement, à part sur un pressage japonais, Trust n'a pas été inclus parmi les bonus des rééditions en CD d'East side story (les faces B des deux autres singles non plus, d'ailleurs). L'explication est peut-être à chercher dans les notes de pochette de la compilation de raretés Excess moderation, sortie en en 1996, qui elle contient bien Trust. Glenn Tilbrook y explique que pour eux Trust n'est qu'une grosse blague, une parodie d'Adam and the Ants, alors au faîte de leur succès, tandis que Chris Difford révèle qu'il a même fait partie des Ants pendant une journée !

20 mai 2012

DAVID TERRY : The mole and the flower


Acquis sur le vide-grenier de Matougues le 13 mai 2012
Réf : SG 58 -- Edité par Disc'AZ en France vers 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The mole and the flower -/- Thinking of you

J'aurais très bien pu laisser ce disque dans la caisse des 45 tours à 10 centimes de Matougues : nom inconnu, pochette quelconque, et en plus c'était l'un des rares à ne pas être en parfait état (le haut de la pochette avait été recollé avec du scotch tellement vieux et jauni qu'il est tombé quand j'ai sorti le disque).
Mais voilà, il y avait en haut à gauche de la pochette cet argument de vente imparable, "N°1 du "top-box" au Kenya", qui m'a irrésistiblement convaincu ! Je crois bien que c'est le slogan le plus surréaliste que j'ai rencontré depuis la mention "Free-jazz ou slow de l'hiver ?" trouvée sur un autocollant apposé sur la pochette d'un 45 tours de Pharoah Sanders !! Je m'aventure sûrement trop loin dans les conjectures, mais étant donné que l'expression "top-box" n'est pas courante (on dirait un croisement entre le "top" des charts et "Cash box"), je me demande si de petits rigolos employés par Disc'AZ n'auraient pas fait un jeu de mots avec "top" et la taupe du titre anglais et du dessin de pochette...
Il se trouve que, avant même de l'écouter, j'ai eu l'occasion de chercher en ligne des informations sur ce disque. Et là, je me suis dit que j'étais tombé sur une curiosité recherchée, datant de 1968 ou même 1967. Il faut relativiser car les seules informations que j'ai trouvées sont celles de vendeurs qui ont mis des exemplaires aux enchères (vendus 57 $, 56 $, 43 $ ou encore 42 $ cette semaine pour un exemplaire du pressage belge chez Decca, la seule autre édition répertoriée), mais il est à chaque fois question de psychédélisme, de LSD, de Syd Barrett et du Pink Floyd de 1967.
A l'écoute, The mole and the flower ("Major and minor, sweet and sour. I am a mole and you are a flower") ne se révèle pas aussi barré ni enthousiasmant que ces commentaires le laissent entendre. Il y a un motif à la guitare et des percussions, visiblement au moins deux chanteurs (dont un qui intervient avec une grosse voix au début et à la fin) et des effets vocaux en contrepoint. Ce qui se rapprocherait le plus du psychédélisme, c'est le pont avec flûte, guitare acoustique et choeurs.
Attention, je trouve cette chanson très sympathique et je suis content d'être tombé sur cette curiosité. Je trouve juste que ce n'est pas un chef d'oeuvre méconnu et qu'on est plus près de la pop-variété matinée de l'air du temps de 1967 que de l'équivalent d'un inédit de Pink Floyd ou Soft Machine. En fait, je pense qu'on a plus à faire ici à des gens proches de la variété s'essayant à composer un titre à la manière de The Move qu'à des jeunes inconnus à cheveux longs et chemise à fleurs gavés de LSD. Je me demande, surtout avec le ton de cette voix grave en intro et à la fin du morceau, s'il n'y aurait pas dans The mole and the flower une bonne dose de satire de cette scène psychédélique anglaise.
Un sentiment qui est renforcé par l'écoute de la face B, Thinking of you. Ça démarre pas mal avec des bongos et du piano, et il y a aussi une clarinette ou un saxophone et une deuxième voix, mais le chanteur principal est ici celui à la voix grave et il s'exprime avec emphase dans un style plutôt variétés. Si on doit penser à quelqu'un à l'écoute de ce titre, c'est à Tom Jones, et surtout pas à Syd Barrett ou Kevin Ayers !


La pochette de l'édition belge du disque, la seule autre édition répertoriée, sans mention de succès au Kenya !

18 mai 2012

JONATHAN RICHMAN : Au Théâtre de l'Empire à Paris pour Chorus


Acquis par correspondance chez INA le 24 avril 2012
Réf : [sans] -- Edité par INA en France en 2012
Support : 1 fichier AVI
Titres : Crazy Eddie -- At my front door (Crazy little Mama) -- Back in your life -- Abominable snowman in the market -- And that's rock 'n' roll

C'est par une de mes alertes automatiques que j'ai appris que l'INA avait mis en ligne cette vidéo. Je préfèrerais que cet organisme public au budget conséquent mette gratuitement en ligne ses archives, et j'ai eu une avec lui une première expérience pénible quand j'ai acheté des vidéos de Lewis Furey, mais les vidéos de l'INA sont désormais vendues sans blocage de type DRM et puis, à 0,99 € pour un document d'anthologie de 12 minutes, le prix reste correct.
Ce qu'on a ici, c'est le passage de Jonathan Richman dans l'émission Chorus d'Antoine de Caunes le dimanche 8 avril 1979. Pour ma part, je ne savais même pas que ce document existait. Soit parce que, même si je faisais de mon mieux pour voir Chorus tous les dimanches midi, j'ai raté cette émission en particulier. Ou, tout aussi probable même si c'est surprenant rétrospectivement, j'ai bien vu cette émission et le mini-concert de Jonathan Richman, mais je l'ai oublié tout aussi vite car la musique de Jonathan Richman ne m'intéressait pas particulièrement à cette époque.
Jonathan, lui, a de la constance. Antoine de Caunes précise en introduction qu'il était ému de jouer sur une scène où Maurice Chevalier, déjà une de ses idoles, s'était souvent produit. Et puis, seul sur scène avec sa guitare électrique (une Gibson ?) et son ampli Fender Twin Reverb, il se présente ici exactement comme on l'a vu sur scène en 1992 à Reims, chemise à jabot verte exceptée, alors que je pensais qu'il n'avait pas vraiment fait de tournée européenne en solo avant 1982, et surtout la toute fin des années 1980.
Je crois bien qu'il s'agit là du deuxième passage sur scène à Paris de Jonathan Richman, un an après le concert au Theâtre Mogador du 27 avril 1978. Et s'il était seul sur scène ce jour-là, c'est qu'entre-temps, en août 1978, les Modern Lovers des trois premiers albums s'étaient séparés, avant même la sortie de en mars 1979 de Back in your life, dont ce concert télé devait servir à faire la promotion. Malheureusement, pour ce qui concerne le marché français, Sonopresse, qui distribuait Beserkeley en France, a fait faillite peu de temps après la sortie de Back in your life, et l'ensemble du catalogue s'est retrouvé à 10 F. pièce chez un faillitaire comme Assaut, où il a fait mon bonheur, sur les bons conseils de mes potes François et Philippe.



On a droit ici, en public au Théâtre de l'Empire, à cinq titres en moins d'un quart d'heure, dont seulement deux ont été publiés sur disque.
On ouvre avec Crazy Eddie, une chanson très courte inspirée par les publicités, visiblement très marquantes, pour la chaîne de magasins d'électronique de la côté Est Crazy Eddie. Jonathan aurait lui-même pu être publicitaire, sa chanson Circle I n'était rien d'autre qu'une promotion pour des fruits et légumes bio. Cette galéjade est très réussie, au point que Jonathan l'interprétait encore en 1985, mais a peut-être arrêter de la jouer après le scandale qui a éclaté en 1987 quand Crazy Eddie a été accusé de diverses fraudes.
Après ça, le public est bien chaud, et on enchaîne avec une reprise de At my front door (également connu sous le titre Crazy little Mama), un titre de 1955, le plus grand succès des El Dorados, qui enregistraient chez Vee-Jay. Jonathan en avait enregistré une version démo dès 1974...
Viennent ensuite les deux titres disponibles sur disque, une nouveauté, une très belle version de la chanson Back in your life, et un titre du premier album de 1976, un autre classique, Abominable snowman in the market. Sur le (grand) nombre de fois que j'ai vu Jonathan Richman en concert, je crois que je n'ai jamais assisté à une performance d'aucune de ces deux chansons...
La prestation se conclut en beauté avec une des nombreuses odes au rock 'n' roll composées par Jonathan, And that's rock 'n' roll, un autre titre qui, pour une raison ou pour une autre, ne s'est jamais retrouvé gravé sur disque.
Un petit concert excellent, donc, et d'autant plus intéressant que, à part le passage en 1978 à Top of the Pops pour New England, il s'agit, pour ce qui concerne Jonathan Richman, du document audiovisuel de qualité professionnelle le plus ancien actuellement disponible.

Cette vidéo est en vente sur le site de l'INA, ainsi que de nombreux autres concerts Chorus.

16 mai 2012

NEIL MacARTHUR : She's not there


Acquis sur le vide-grenier de Matougues le 13 mai 2012
Réf : 17.025 -- Edité par Deram en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : She's not there -/- World of glass

Après avoir trouvé le disque des Ronettes à Plivot, j'étais tout content mais pas rassasié. J'ai poussé jusqu'à Matougues. Le vide-grenier qui s'y tient est l'un des plus anciens de la région de Châlons, il est grand et plutôt sympathique. J'en ai parcouru les allées à grandes enjambées, sans rien trouver d'exceptionnel, jusqu'à ce que je trouve un carton de 45 tours au pied d'un stand dont j'ai vu au premier coup d'oeil qu'il pouvait être intéressant.
Le propriétaire du stand, un monsieur assez âgé, m'a indiqué que les 45 tours étaient à 10 centimes et qu'il s'agissait de disques qui n'avaient jamais été écoutés car c'était le reste du stock d'un magasin d'électro-ménager de la rue de Marne à Châlons, les établissements Lardaux, qui a dû fermer quand il a pris sa retraite.
A ce prix-là, j'ai passé au peigne fin la bonne centaine de disques du carton, datant principalement des années 1968-1972. Pas mal de variétés dans le lot, dont beaucoup de publications du label Disc'AZ, et un tout petit peu de rhythm and blues. Je suis reparti avec plus d'une trentaine de disques, pas tous bons, pas tous intéressants, bien sûr, mais il y a dans le lot des choses vraiment très intéressantes, à commencer par cette reprise du tube She's not there des Zombies par un certain Neil MacArthur. Une vraie curiosité que ce disque...
J'ai été surpris de constater que l'original des Zombies date de 1964. Ce petit bijou de pop sophistiquée pré-psychédélique avait donc près de deux ans d'avance sur son temps, puisqu'il précède les autres réussites dans ce style de groupes comme Love, les Beach Boys ou les Beatles. Ce fut un très gros tube, notamment aux Etats-Unis, et c'est devenu un classique.
Malheureusement pour les Zombies, même si Tell her no a pas mal marché aussi aux USA fin 1964, le groupe n'a jamais réussi à rééditer ce succès. Ils ont changé de label en 1967, enregistré leur deuxième album Odessey and oracle à Abbey Road mais, suite à des tensions dans le groupe et après l'échec commercial de Care of cell 44, le premier single extrait de l'album, ils se sont séparés fin 1967. Quand Odessey and oracle a fini par sortir au printemps 1968, le groupe n'existait donc plus et l'album est à peu près passé inaperçu.
C'est dans ce contexte qu'est sorti tout début 1969 ce premier 45 tours de Neil MacArthur, produit par Mike Hurst, un ex-Springfields réputé pour avoir "découvert" et produit Cat Stevens.
La version de She's not there est d'excellente tenue. Très bien chantée, elle est orchestrée mais pas trop et on y entend une guitare électrique puissante. La face B, World of glass, une balade acoustique dans un style psycé bucolique, est très bonne également. Ce 45 tours a connu un modeste succès en Angleterre (classé 34e dans les charts). Deram a sorti deux autres 45  tours de "Neil MacArthur" en 1969, qui ont moins marché, avant d'arrêter les frais, et on n'a plus jamais entendu parler de cet obscur chanteur.
Sauf que, et c'est là une des bizarreries que la société du spectacle aime à nous réserver, Neil MacArthur n'existe pas. C'est un pseudonyme utilisé par Colin Blunstone, le chanteur des Zombies, qui a brièvement arrêté la musique en 1968 avant de se lancer dans cette nouvelle aventure.
On peut comprendre que, entre choisir de lancer Blunstone comme l'ex-chanteur d'un groupe déjà dépassé ou le promouvoir comme un nouveau talent, Deram ait choisi la seconde solution en lui donnant cette nouvelle identité. Mais alors, pourquoi mettre la photo de Colin Blunstone, qui avait donc déjà été une vedette, sur des publicités dans la presse en Angleterre et, comme ici, sur la pochette du 45 tours à l'étranger ? Et surtout, s'il s'agissait de couper avec sa carrière précédente, pourquoi lui faire justement enregistrer pour son premier disque son plus grand succès à ce jour ?? Mystère insondable...
Quant à la suite de l'histoire des Zombies, c'est un incroyable gâchis...
Al Kooper, qui travaillait alors pour Columbia, a convaincu la branche américaine du label de sortir l'album, et à sortir des 45 tours pour en faire la promotion. Début 1969, au moment même où Neil MacArthur démarrait sa courte carrière et où d'autres ex-Zombies se lançaient dans l'aventure du groupe Argent, les Zombies rencontraient à nouveau le succès aux Etats-Unis avec Time of the season, qui allait monter jusqu'à la 3e place des charts et aussi devenir un classique. Le vrai groupe n'existant plus au moment de ce succès, dès ce moment-là, des petits malins en ont profité pour tourner en prétendant être les Zombies.
Les principaux membres du groupe, qui s'étaient bien déchirés au moment de la séparation et n'ont pas profité du succès posthume des Zombies, se sont assez vite rabibochés. En 1971, quand il s'est lancé dans une deuxième carrière solo avec l'album One year, sous son vrai nom cette fois, Colin Blunstone a bénéficié de l'appui à la composition et à la production de ses compères Zombies Rod Argent  et Chris White.
Ces dernières années, les Zombies sont devenus de vrais morts-vivants, puisqu'ils ont fini par se regrouper et donnent régulièrement des concerts où on est certain d'entendre Colin Blunstone chanter She's not there et Time of the season.

L'intégralité de la production de Neil MacArthur, y compris une version en italien de She's not there, a été rééditée sur Into the afterlife, une compilation de raretés des Zombies.

13 mai 2012

THE RONETTES : Be my baby


Acquis sur le vide-grenier de Plivot le 13 mai 2012
Réf : 116 -- Edité par Philles aux Etats-Unis en 1963
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Be my baby -/- Tedesco and Pitman

Il faisait beau ce matin, un temps très frais mais très lumineux. Sur le vide-grenier, on commençait à profiter des rayons de soleil sur les stands bien exposés. C'était calme, familial et sympathique; il n'y avait pas beaucoup de disques mais j'ai pris mon temps.
Un bonhomme avait une petite caisse de 45 tours à cinquante centimes. Pas grand chose d'intéressant, surtout de la variété, mais j'ai quand même repéré quelques 45 tours en pressage anglais. J'ai échangé quelques mots avec le gars et, pour faire durer le plaisir, j'ai tendu la main vers un sac plastique Continent qui, visiblement, emballait hermétiquement des 45 tours sans pochette.
Habituellement, je ne perds pas de temps à regarder les disques sans pochette. On l'aura compris, la pochette constitue pour moi un élément important de l'intérêt d'un disque et je déteste en avoir un avec la pochette qui manque. En plus, les disques sans pochette sont souvent, et fort logiquement, en mauvais état.
En tout cas, j'ai fait une exception ce matin, et j'ai regardé cette dizaine de disques, sortis probablement d'un juke-box (on avait élargi le rond central d'un disque anglais) et c'est comme ça que je suis tombé sur ce petit échantillon de l'histoire du rock, le 45 tours américain original de Be my baby des Ronettes !!
Et pas de regret à avoir, de toute façon, puisque ce disque, comme la plupart des singles américains de l'époque, n'a jamais eu qu'une pochette neutre de son label Philles...
Même sans pochette, on a quelques traces du parcours de cet exemplaire du disque en examinant son étiquette : en quittant le stand, j'ai d'abord remarqué qu'il y avait deux tampons de la maison de Champagne Canard-Duchêne de Ludes, ce qui m'a fait penser que le disque avait peut-être appartenu à l'entreprise ou à son comité d'entreprise. Mais avant d'être tamponné, un certain Robert, dont je n'arrive pas à déchiffrer le nom de famille, avait écrit dessus le lieu et la date de l'achat ("New-York Samedi 21 septembre 1963", c'est précis) et un petit mot pour la personne à qui il était destiné ("Pour Martine. Grosses bises"). En tout cas, Robert a acheté ce disque au moment pile où il rentrait dans le hit-parade français.
Je ne vais pas m'étendre sur l'importance et la qualité de Be my baby. Si on devait sélectionner un seul titre pour représenter le travail de Phil Spector, ce serait sûrement celui-ci. L'influence de cette chanson est considérable et continue sur tout le monde de la pop et du rock, sur les Beatles et les Beach Boys, mais aussi sur les Ramones et Jesus and Mary Chain !
En la réécoutant, il me venait en tête la voix de Sheila pour la version française de ce titre. Elle l'a bien interprété, mais des années plus tard. A l'époque, ce sont Les Surfs qui s'y sont attelés, avec leur premier succès, Reviens vite et oublie.
La face B est un instrumental jazzy, crédité aux Ronettes, mais aucune d'elles n'est bien sûr présente sur l'enregistrement. Il est sans grand intérêt, mais apparemment Spector faisait exprès de se consacrer vraiment aux morceaux importants. Le titre, Tedesco and Pitman, fait référence à deux guitaristes de session présents membres de la Wrecking Crew présents sur cet enregistrement, Tommy Tedesco et Bill Pitman. Il y a bien un solo de guitare, mais il y en a aussi un de saxo : le musicien concerné aurait mérité d'être aussi mis en avant... Ce titre a été réédité l'an dernier sur le CD Phil's flipsides du coffret Phil Spector presents the Philles album collection.
2012 est peut-être partie pour être mon année Spector ! Ses disques originaux ne courent pas les rues, mais je viens d'en trouver deux en deux mois. Et autant le Teddy Bears avait surtout un intérêt historique, autant celui-ci compte avant tout pour sa musique. Et il suffit de voir les Ronettes en public sur la deuxième vidéo ci-dessous pour constater qu'elles se débrouillaient très bien sans Spector pour chauffer une salle.


The Ronettes, Be my baby , dans l'émission Shindig! en 1965.


The Ronettes à la télé et en public : Be my baby et Shout. Sauf erreur et sous les cris, j'ai bien l'impression que c'est une excellente version, différente de celle du disque qu'on entend, les cuivres et la basse étant particulièrement remarquables.

12 mai 2012

RADAR : Bright like the sun (album sampler)


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres le 18 avril 2012
Réf : BRIGHTDJ 001 -- Edité par EMI en Angleterre en 2006 -- Promo use only. This promotional CD has been released by EMI on the express condition that ownership and title remain vested in EMI which may require delivery up of this record at any time. It may not be sold, transferred, altered or copied (including burning or uploading to the internet) without the express prior written approval of EMI.
Support : CD 12 cm
6 titres

J'ai beau pratiqué de façon assidue les disques promo hors-commerce destinés aux professionnels, l'inventivité des services marketing et les budgets alloués à ces projets continue régulièrement de m'ébahir. Il y avait eu par exemple le digipack CD-DVD de Robin Leduc il y a quelques moi, mais ce disque de Radar est pas mal non plus dans le style.
Le nom est bateau au possible (il y a 33 artistes nommés Radar chez Discogs !), mais ce qui m'a attiré dans ce disque, outre qu'il était dans le bac à 10 pence et qu'il était bien visible car sa pochette cartonnée allongée est bien plus grande que la moyenne, c'est le travail graphique, que j'ai trouvé plutôt réussi, qui est dû au studio Intro de Londres, qui a aussi fait la pochette d'Xtrmntr de Primal Scream.



Ce disque est un "album sampler", c'est à dire un échantillon censé donner un avant-goût de l'album Bright like the sun à paraître. On y trouve les faces A des trois singles de Radar parus chez EMI en 2006 et trois autres extraits de l'album.
Ce n'est pas une surprise vu que ce disque a été acheté et édité en Angleterre, mais à l'écoute on ne se pose pas de question sur l'origine du groupe : ce sont sans conteste des anglais.
Musicalement, c'est poppy, avec des côtés ska, des touches de synthétique. On pense très fort aux Specials en écoutant War out there, évidemment à Fun Boy Three quand il est question de Lunacy. Pour des points de référence plus contemporains, on se penchera sur des gens qui ont les mêmes sources d'inspiration, comme Gorillaz ou les Dub Pistols. Ce disque est d'ailleurs mixé par Jason Cox, qui a travaillé avec Gorillaz, et produit par Dan Carey, qui a travaillé avec une multitude de gens, dont CSS et The Kills. S'il n'y a là rien de très nouveau et original, donc, l'ensemble est en tout cas très agréable, surtout 5th columnist, War out there et la chanson Bright like the sun.
Parmi les autres objets promo de Radar diffusés par EMI, il y a trois CD "mix tape" compilés par le groupe. Je n'ai la liste des titres que du premier et j'ai vraiment du mal à comprendre l'objectif recherché : on y trouve un titre de Radar associé à dix-neuf titres, des classiques comme le Clash et les Stranglers et des contemporains comme Audio Bullys et Fischer Spooner. Ça peut aider les chroniqueurs et susciter des comparaisons plus ou moins flatteuses, mais je ne suis pas sûr que d'exposer à ce point les goûts personnels d'un jeune groupe fasse beaucoup avancer sa cause.
Il n'y a évidemment pas de cause à effet, mais le comble du comble c'est que j'ai appris chez All Night Sharing Party qu'au bout du compte EMI n'a jamais sorti l'album Bright like the sun de Radar. Les trois singles sortis coup sur coup n'ont pas dû suffisamment se vendre et les premières réactions à l'album n'ont pas dû être suffisamment bonnes. En tout cas, après avoir tant investi en 2006, EMI a laissé tombé Radar en 2007. Le groupe a auto-produit un quatrième single en 2007, First to last, malheureusement bien nommé car il a été le dernier du groupe. Trois des membres du groupe ont ensuite fondé H:U:M:A:N:S, mais ce projet ne semble pas avoir duré très longtemps...
Pour ma part, il m'arrive quand même un truc pas trop courant, puisque je me retrouve avec un disque qui est un bel objet, mais qui se trouve être l'extrait d'un album qui n'existe pas !





08 mai 2012

HEMLATA DEVI : Chants du Bengale


Acquis sur le vide-grenier de Fontaine-sur-Ay le 22 avril 2012
Réf : LDY - 4050 -- Edité par Le Chant du Monde en France en 1956
Support : 33 tours 17 cm
9 titres

Comme souvent ce printemps, le dimanche 22 avril a été très pluvieux par chez nous, mais au moins ce jour-là le gros de la pluie a attendu l'après-midi pour tomber, ce qui m'a permis d'aller faire un tour sur ce qui était annoncé comme la première brocante de Fontaine-sur-Ay, un petit vide-grenier de 30 à 40 stands installé dans un lotissement du village.
J'ai fait le tour très vite, mais au bout du compte j'étais content de ma récolte : trois beaux 45 tours en bon état à 1 € pièce.
J'ai d'abord acheté sur un stand un superbe EP d'Enrico Macias, principalement pour compléter prochainement ici ma réponse à un commentaire de Philippe R.
Ensuite, en toute fin de parcours, je suis arrivé au stand du fleuriste. Un gars sympa, mais très bavard (il faut parfois attendre longtemps pour avoir un prix quand il est en pleine discussion avec un client), qui est donc fleuriste sur les marchés dans le coin depuis plusieurs années, mais que j'avais vu plusieurs fois avant ça vendre des disques sur les vide-greniers (je crois bien que c'est à lui que j'ai acheté le maxi d'Anarchy in the UK, quelques semaines après avoir trouvé le 45 tours). Et il lui reste certains de ses disques puisque, régulièrement, il en ressort quelques caisses qu'il met dans un coin de son stand.
C'était le cas à Fontaine, avec des albums trop chers à 5 €, et des 45 tours qui pour la plupart ne valaient pas les 1 € qu'il en demandait, mais pour les deux que j'ai achetés c'était un prix tout à fait correct : un bel EP de Stella que je n'avais pas, Le folklore auvergnat, et ce disque de chants du Bengale.
Ce disque a plus de cinquante ans, mais il est en parfait état. C'est d'abord sa superbe pochette qui m'a attiré. Elle est peinte par un certain G. Justh, qui a signé un grand nombre des pochettes de cette série de petits disques de Chant du Monde, récompensée par le Grand Prix du Disque en 1956. Il y en a une dans la Collection Kangourou et trois autres en vente chez Vinyl West.
On a évidemment tendance à parler de 45 tours à propos d'un disque comme celui-ci car il en a exactement le format, mais il s'écoute en 33 tours. Seulement, 33 tours est devenu au fil du temps équivalent à disque 30 cm, alors le mieux est peut-être d'opter pour mini 33 tours, le pendant du maxi 45 tours 30 cm... En tout cas, l'avantage de ce format est de permettre d'y caser presque un quart d'heure de musique.
Je ne connaissais bien entendu absolument rien des chants du Bengale, ni de la musique de cette région. Les chants sont interprétés en solo par Hemlata Devi (je n'ai trouvé aucune information en ligne à son sujet), qui s'accompagne suivant les titres, comme nous le précisent les notes de pochette très érudites de Jérome Dior, de tabla, d'ékatare, de kartala, de mangira, de jhanjhas et même, en prélude à l'un des titres, de vansari (une flûte de bambou).
Les neuf chansons sont groupées en trois thèmes, Les travaux et les fêtes, Chants philosophiques et Les bateliers du Gange. Sans trop de surprises, ce sont les chants du premier thème qui ont ma préférence, surtout la Chanson du cantonnier et la Danse des bâtons. L'ensemble est en tout cas très beau, très dépouillé. Le fait de ne comprendre absolument rien aux paroles entraîne une écoute purement phonétique du chant qui fait parfois apparaître des suites de sons surprenantes  ("Chamallow" ? !).
D'autres disques de chants du Bengale existent et sont disponibles en CD mais j'ai bien l'impression que ces enregistrements d'Hemlata Devi n'ont jamais été réédités.

06 mai 2012

SUPER FURRY ANIMALS : The international language of screaming


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres le 18 avril 2012
Réf : CRESCD269P -- Edité par Creation en Angleterre en 1997 -- Promotional copy only
Support : CD 12 cm
Titres : The international language of screaming -- Wrap it up -- Foxy music -- nO.K.

Partis de 4 £, ces disques ne sont pas restés assez longtemps dans les rayons du Record and Tape Exchange pour atteindre le prix plancher de 10 pence, mais des singles en digipack de Super Furry Animals chez Creation en bon état à 50 pence, je n'allais pas les laisser passer !
J'avais déjà un single d'eux et pas mal de titres éparpillés sur des compilations, mais Super Furry Animals reste un groupe que je connais mal. Je n'ai d'ailleurs écouté aucun de leurs  albums.
Les trois disques que j'ai achetés sont sortis en l'espace de quelques mois en 1997 : il s'agit de trois des quatre titres extraits de leur deuxième album, Radiator. J'ai sélectionné The international language of screaming pour en parler ici parce que, des trois, c'est la face A que je préfère, mais en plus les trois faces B sont également excellentes et la pochette, dessinée, comme toutes celles de l'époque de Radiator, par Pete Fowler,  est très réussie. Les têtes de yéti bleu semblent presque annoncer le monstre égaré qui inspire David-Ivar d'Herman Dune depuis quelques temps, monstre qui, de façon très surprenante, s'est retrouvé vedette d'une collection de vêtements pour enfants au début de cette année.
The international language of screaming est une chanson dans le style psyché-pop barrée qui a fait la réputation de SFA, complète avec "La la la la", "Hou hou hou hou" et divers bruitages, cousine des plus belles réussites des Flaming Lips. nO.K., la dernière chanson du disque, associe le riff de guitare acoustique de The international language of screaming à une récitation de l'alphabet en anglais puis en gallois. Il manque à cet alphabet la lettre K, d'où le titre du morceau, soi-disant parce que les gars de Super Furry Animals ne supportaient pas le groupe Kula Shaker. Sans chercher bien longtemps, je suis bien sûr que, des Kinks à The KLF en passant par Kraftwerk, ils auraient pu penser à plusieurs groupes susceptibles de réhabiliter cette lettre.
Wrap it up et Foxy music sont deux excellentes chansons noisy, au son très années 1990, quelque part entre les Boo Radleys d'Everything's alright forever et Pavement.
Une confirmation s'il en était besoin de la qualité de ces faces B : lorsque Radiator a été réédité en 2005, on lui a adjoint un CD bonus contenant cinq des faces B du groupe éditées à cette époque. Cinq seulement sur treize, on se demande bien pourquoi, mais en tout cas les trois de ce disque en faisaient partie.


Super Furry Animals, The international language of screaming, en public peu de temps après la sortie du single, au Festival de Reading le 23 août 1997.

BUZZCOCKS : Orgasm addict


Acquis par correspondance via eBay en Angleterre en avril 2012
Réf : UP 36316 -- Edité par United Artists en Angleterre en 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Orgasm addict -/- What ever happened to ?

Si je respectais les règles que je me suis fixé à moi-même, je n'aurais jamais acheté ce disque : je possède les deux faces de ce 45 tours sur la compilation des Buzzcocks Singles going steady depuis plus de trente ans maintenant, donc je n'avais nul besoin d'ajouter ce 45 tours à ma collection. Mais bon, je me devais un cadeau, et surtout j'attache une importance particulière à ce disque, le deuxième des Buzzcocks après Spiral scratch, le premier après le départ du chanteur original Howard Devoto et la signature chez United Artists.
Ce 45 tours, j'aurais pu l'acheter il y a bien longtemps, vers 1978 ou 1979, au Prisunic de Châlons-sur-Marne, là où j'ai snobé un autre disque à pochette jaune, l'Egyptian reggae de Jonathan Richman, à quelques dizaines de mètres de là où j'ai acheté le Satisfaction de Devo (à l'époque, le Prisunic et le Grand Bazar de la Marne communiquaient au sein du Centre Hôtel de Ville). Il s'agissait du pressage français du disque. La pochette ne pouvait que me fasciner, et en plus il y avait écrit "100% punk" dessus, et Devoto de Magazine était crédité sur un des titres. J'ai eu le 45 tours en main, mais je l'ai reposé, en partie par manque de budget mais surtout parce que je devais avoir d'autres priorités d'achat. Si j'avais acheté ce pressage français, il m'aurait certes manqué le verso de la pochette, complètement caviardé par chez nous, mais j'aurais eu un disque bien plus rare que cette édition originale anglaise. En effet, il se raconte que United Artists n'a pas fourni les bonnes bandes à sa branche française, et donc les deux faces de l'édition française du disque comportent des prises différentes de celles commercialisées partout ailleurs ! (on peut écouter 29 secondes d'Orgasm addict chez Vinyl Vidi Vici).
Je trouve que ce disque est un peu trop oublié et surtout pas assez souvent cité quand on s'intéresse aux classiques du punk. En général, on se contente de mentionner un seul disque des Buzzcocks, et pour ça, Spiral scratch fait très bien l'affaire : c'est le premier, il est auto-produit, et Devoto était encore dans le groupe. Mais, comme Spiral scratch, Orgasm addict mériterait cent fois de figurer aux côtés de God save the Queen, Anarchy in the UK, White riot et No more heroes, pour n'en citer que quelques-uns, dans la liste des grands singles punks de 1977.
Après avoir signé avec United Artists le 16 août 1977, les Buzzcocks ont enregistré une démo, une Peel session et sont entrés en studio dès septembre pour enregistrer quatre titres. Le choix du premier single s'est porté sur Orgasm addict, qui fonctionnait très bien sur scène, mais le groupe avait déjà dans sa besace l'excellent What do I get ?, qui serait son prochain 45 tours. Il y a peut-être une volonté de provocation dans ce choix. Si, contrairement au Clash et aux Sex Pistols, les Buzzcocks n'abordaient pas de front les questions politiques, le fait de s'intéresser d'aussi près aux relations interpersonnelles et au sexe pouvait être tout aussi scandaleux. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'autres 45 tours diffusés par un gros label qui abordent aussi crûment le thème de la masturbation ("T'as essayé juste une fois c'était pas mal pour prendre ton pied, Mais maintenant tu te rends compte que c'est une habitude poisseuse,T'es accro à ta bite,Tu te caches dans les coins avec des revues de cul,Ta mère veut savoir d'où viennent ces tâches sur ton jean,T'es accro à ta bite"), et il est probable que c'est le climat ambiant de 1977 qui a rendu possible la sortie de ce titre, qui n'a pas tant fait de remous. Certes, la BBC a refusé de la diffuser, mais le groupe aura plus de soucis quelques mois plus tard avec Oh shit, une chanson beaucoup plus anodine, que l'usine de pressage d'EMI refusera de fabriquer pendant quelques jours.
Orgasm addict a peut-être aussi été choisie comme face A parce que c'est l'une des premières chansons des Buzzcoks, qui aurait d'ailleurs pu être enregistrée pour Spiral scratch. Les paroles sont de Howard Devoto, qui l'a aussi interprétée avec les Buzzcocks sur scène et enregistrée en démo (publiée sur Time's up) en octobre 1976. C'est la première fois que Pete Shelley tient le chant principal sur disque et il s'en sort remarquablement bien, d'ailleurs, vu l'implication de Devoto et la date de sortie de 1977, je me suis longtemps demandé à l'époque si Devoto était encore dans le groupe ou non pour ce disque (et ce n'était pas si facile de trouver la réponse en 1979-1980...). La musique est à la hauteur des paroles et du chant et, avec quelques choeurs et une bonne dose de ahanements suggestifs, on a un parfait brûlot punk dont la petite affaire est terminée en moins de deux minutes.
D'après les étiquettes du disque, Orgasm addict est la face A et Whatever happened to ? est la face 1, pas la B. Il y a d'ailleurs eu un disque promo avec juste ce titre pour limiter la controverse. Cette chanson a la particularité, comme Just lust un peu plus tard, d'avoir des paroles signées Alan Dial, alias Richard Boon, le manager du groupe. L'amour y est mis en parallèle avec des objets de consommations ("Your passion is a product"), comme dans d'autres titres des Buzzcocks ou de Gang of Four. J'ai toujours trouvé que cette chanson avait un petit goût de Stranglers, principalement parce que No more heroes, sorti au même moment, mettait aussi en avant l'expression "Whatever happened to", mais il y a d'autres rapprochements puisque, à l'époque les deux groupes enregistraient pour le même label, United Artists, et avec le même producteur, Martin Rushent.
Un excellent disque, donc, mais il me semble qu'il est aujourd'hui réputé pour sa pochette autant sinon plus que pour sa musique.
Pour faire cette pochette, ils s'y sont mis à deux. Linder Sterling d'abord, une amie de Howard Devoto (on lui doit aussi, notamment, la pochette du Real life de Magazine), qui a aussi fait de la musique avec Ludus. De 1976 à 1978, elle a réalisé de nombreux collages associant pornographie et électro-ménager (entre autres), dont certains ont été publiés en 1978 dans le fanzine The secret public, réalisé avec Jon Savage. C'est l'un d'eux qu'on retrouve sur la pochette, la photo de femme ayant été découpée dans un numéro du magazine français Photo, celle du fer à repasser venant d'un quelconque catalogue de vente.

Celui qui a recadré le collage, l'a retourné, mis dans un monochrome bleuté sur un fond jaune vif et qui a fait le reste du graphisme de la pochette, c'est Malcolm Garrett, le gars qui au fil du temps, avec ses "images assorties" (pour ce disque-ci, elles sont "arbitraires") a réalisé de très nombreuses pochettes, d'abord pour les Buzzcocks, mais aussi pour Magazine (Touch and go, The correct use of soap et les singles qui en sont tirés).
Cette pochette fonctionne parfaitement. Elle attire l'oeil, elle marque, et en plus le collage fait écho aussi bien au thème d'Orgasm addict qu'à celui de Whatever happened to ?.
On peut considérer que ce collage est désormais "officiellement" reconnu comme une oeuvre d'art importante puisque la Tate Gallery a acheté l'original, en 2007,  ainsi que six  autres oeuvres de Linder.
Je parierais cependant que, quand la Tate l'a exposé, elle l'a fait sans mettre en regard un exemplaire de la pochette d'Orgasm addict, et c'est à mon sens une grave erreur. Cette oeuvre est historiquement associée au 45 tours et le musée aurait été bien avisé d'acquérir en plus du collage les travaux originaux de Malcolm Garrett, un exemplaire du 45 tours et de présenter le tout dans une salle où on permet au public d'écouter les deux faces du disque ! C'est l'une des forces de la musique populaire d'avoir su diffuser des produits qui sont certes fabriqués de façon industrielle et diffusés commercialement, mais qui sont aussi parfois, dans l'association disque/pochette, de véritables oeuvres collectives et composites. Orgasm addict en est une parfaite illustration, et c'est surtout pour ça que j'ai cherché, près de trente-cinq ans plus tard, à m'en procurer un exemplaire.


Un autre collage de Linder, qui aurait pu illuster Whatever happened to ? ("Whatever happened to - twin sets, Whatever happened to - hi-fi, Whatever happened to - TV sex, Whatever happened to - you and I"). On peut en voir quelques autres chez Anthropomorphe.

Je n'ai pas trouvé de film d'époque, mais, en concert à la Manchester Academy le 16 janvier 2009, les Buzzcocks ont enchaîné en rappel les deux faces de ce 45 tours.
A la fin de ce mois-ci, Howard Devoto rejoindra Buzzcocks sur scène lors de deux concerts à Manchester et à Londres

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