29 septembre 2012

GEORGES JOUVIN : Wooly bully


Acquis d'occasion au début des années 2000
Réf : EGF 856 -- Edité par La Voix De Son Maître en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Wooly-bully ( Bouli Bouli) -- Satisfaction (I can't get no) -/- Manuel Benitez "El Cordobes" -- La Bohème

C'est une pure coïncidence, mais le Samedi 13 octobre 2012, à deux extrémités de la France, deux événements rendront hommage à Georges Jouvin.
A la Médiathèque d'Epernay, j'animerais avec le trompettiste Jean-Baptiste Arnold une Trompette Party !. Jean-Baptiste présentera son instrument et en jouera, et pour ma part je présenterai la carrière de Jouvin et je passerai une sélection de ses disques. On pourra gagner des lots en reconnaissant des titres repris par Georges Jouvin. Du 2 au 13 octobre, des trompettes et des disques de Jouvin seront exposés dans l'espace Musique de la Médiathèque.



A Pertuis, à l'initiative de la municipalité et de l'association Retrouvailles Pertuisiennes, l'inauguration de la salle des fêtes rénovée sera l'occasion d'une soirée de gala, en présence de l'homme à la trompette d'or. La salle, désormais nommée Espace Georges Jouvin, a très souvent accueilli des prestations de son orchestre des années cinquante à soixante-dix.



Pour l'occasion, j'ai sélectionné un 45 tours assez représentatif de la pléthorique production de Jouvin dans les années soixante.
L'illustration de la pochette et les deux titres de la face B sont dans le plus pur style de la variété française. Georges Jouvin interprète le titre de Dalida, Manuel Benitez "El Cordobes" sur un accompagnement hispanisant (c'est un hommage à un toréador), puis reprend La bohème de Charles Aznavour (dans les années 50, Jouvin avait sorti un 25cm complet de reprises d'Aznavour). Cette fois, il est notamment accompagné d'un violon, mais dans les deux cas, sa trompette, qui joue les mélodies initialement chantées, est forte et très en avant.
Oui mais voilà, on était au milieu des années 60, et le truc du moment c'était quand même le rock. D'où le choix de faire figurer sur la face A des versions de Wooly bully de Sam the Sham & the Pharaohs et de Satisfaction des Stones. Sur ces titres, la trompette est un peu moins en avant : pour Wooly bully, l'orgue et le saxophone sont également très présents et pour Satisfaction, fait très rare chez Jouvin, on a droit à de la guitare électrique saturée (!), notamment pour l'introduction, qui reproduit assez fidèlement celle de la version originale, avec également du saxophone et un solo d'orgue.
Quand on retourne la pochette, on remarque que Wooly bully est co-crédité à B. Michel et Satisfaction à C. Moine. En effet, Bernard Michel a adapté en français Wooly bully en Bouli Bouli pour Henri Salvador, tandis qu'Eddy Mitchell a repris Satisfaction en Rien qu'un seul mot, en s'occupant lui-même des paroles. Certes, mais s'agissant de reprises instrumentales, ces crédits semblent incongrus !
Maxime Schmitt, dans son livre Face B, avait confirmé ce que je soupçonnais : cette pratique, assez courante à l'époque, avait pour principal intérêt d'affecter une partie des droits d'auteur à des sociétaires français de la SACEM, plutôt que de les voir s'envoler en totalité pour l'étranger...
En tout cas, si moi je devais accompagner Georges Jouvin sur Wooly bully façon karaoké, ce n'est pas Bouli Bouli que je chanterais, mais bel et bien le plus tardif Roulez bourrés d'Au Bonheur des Dames !

23 septembre 2012

OFFICER ! : Officer !



Acquis probablement chez A l'Automne Alité rue de Courlancy à Reims en 1984
Réf : A.A.A. C01 -- Edité par A l'Automne Alité en France en 1984 -- N° 068/500
Support : Cassette
8 titres

C'est l'habituel malheureux concours de circonstances. Il y a quelques années, j'ai prêté plusieurs cassettes de productions régionales, qui ont été égarées dans un déménagement avant de m'être rendues. J'étais persuadé que celle-ci faisait partie du lot, j'ai donc été doublement content quand je suis retombé d'abord sur le livret au format 25 cm (comme pour le disque de Germain Hubert Alès quelques temps plus tôt sur le même label), puis sur la boite dans laquelle j'avais rangé la cassette, avec une jaquette faite maison à l'époque.
L'ensemble forme un objet très travaillé : carton 25 cm dans une pochette plastique, livret imprimé numéroté de 12 pages avec des rajouts collés dessus (dessin, négatif de photo). J'ai même une carte postale promotionnelle avec la photo de Mick Hobbs sur la scène de la Maison de la Culture André Malraux de Reims (photo qui fait la couverture du livret), mais c'est moi qui ai dû la glisser dans l'emballage.
Bien que j'ai assisté à plusieurs festivals des Musiques de Traverses et pas mal grenouillé avec les amis d'A l'Automne Alité/AYAA, je crois que je n'ai jamais vu sur scène Mick Hobbs, son groupe Officer ! ou ses autres projets, et encore moins avec son précédent groupe The Work, auquel je ne me suis jamais intéressé, pensant peut-être à tort que c'était trop expérimental/barré pour moi. En tout cas, je suis par contre un grand fan d'Officer !, dont les différentes publications (cette cassette, qui est leur première sortie, une cassette live et deux 33 tours, Ossification et Yes yes no no yes no yes) ont toutes été sorties ou au moins distribuées par A.A.A./AYAA.
On retrouve ici plein d'amis et plein de têtes connues autour de Mick Hobbs, principalement Rick Wilson, le batteur de The Work, et Felix Fiedorowicz, de Family Fodder. Les autres membres de The Work apparaissent aussi, tout comme Alig Fodder et Judy Carter, de People In Control.
A part le premier, très court, morceau, Join the AA, je trouve toutes ces "nouvelles chansons" de Mick Hobbs excellentes, mais ma préférée a toujours été Life at the water's edge, et pas seulement parce qu'Alig y tient la guitare. J'aime beaucoup le chant, les violons et les percussions me rappellent un peu les Raincoats, et il y a globalement sur ce titre une atmosphère à la Wyatt.
Juste derrière dans mes préférences, il y a All reality is symbolic, dont le titre est inspiré par Van Gogh, et Spooky. Dogface, chanté par Judy Carter, a un fort goût de Family Fodder. Parmi les autres titres, You a un petit côté Kurt Weill et Way une ambiance à la Legendary Pink Döts.
L'ensemble est vraiment très réussi et ces titres auraient mérité une édition en vinyl, ou au moins une réédition en CD, mais je crois qu'aucune des parutions d'Officer ! n'a été rééditée.

Chez Continuo, on peut télécharger cette cassette d'Officer !, ainsi que Cough, enregistrée en concert en France.


La jaquette que j'avais faite pour mon boitier de cassette : une transcription visuelle au premier degré, avec un officier sur le bord de l'eau.

22 septembre 2012

WC 3 : Poupée be.bop


Acquis sur le vide-grenier de Saint-Pierre le 16 septembre 2012
Réf : A 1037-- Edité par CBS en France en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Poupée be.bop -/- Rouge

Dire que j'aurais bien pu très bêtement laisser passer ce disque ! En effet, si je l'ai acheté, c'est pour une raison futile, pour "compléter ma collec". Et j'ai même un peu hésité car la pochette est bien usée, avec un côté ouvert, et le disque a bien vécu lui aussi. En plus, le vendeur, un pro, était assez dédaigneux et en lui donnant 1 € j'avais l'impression de payer ce disque deux fois son prix.
J'ai changé d'opinion quelques instants plus tard, quand j'ai retourné le disque avant de le ranger dans mon sac et que je me suis rendu compte que la face B, Rouge, ne fait pas partie des 6 titres du 33 tours maxi single/mini album dont Poupée be bop est extrait. Pour le coup, 1 € pour une chanson d'un des meilleurs groupes new wave français que je n'avais jamais entendue et dont je ne soupçonnais même pas l'existence, c'est une vraie bonne affaire !
Ce qui s'est passé, en fait, c'est que j'ai acheté le 6 titres au moment de sa sortie, comme je l'ai fait pour les albums de WC 3 Moderne musique et La machine infernale (et j'ai même trouvé il y a quelques années sur un vide-grenier le premier 45 tours, Contagion, à 50 centimes), mais à aucun moment je n'ai pensé à aller vérifier si la face B du 45 tours Poupée be bop, qui a très peu été diffusé de toute façon, figurait ou non sur le mini-album.
En fait, il s'avère que Rouge a sûrement failli en faire partie, des six titres du 33 tours, puisque les paroles sont reproduites sur la pochette intérieure. On a dû lui préférer au dernier moment la chanson dont les paroles sont absentes de cette pochette, Neuro télé.
A l'écoute, Rouge s'avère être un excellent titre, pas au niveau de mon préféré du mini-album, WITP, mais excellent et meilleur que certains des titres sélectionnés. C'est sombre, et l'association rouge-noir semble plus annoncer La machine infernale que le premier album à suivre.
Poupée be bop n'aurait pas dû non plus être sur le premier disque CBS de WC 3. A l'origine, la chanson que le groupe a enregistrée s'appelait Captain Valium. Le 45 tours correspondant a même été pressé à quelques exemplaires avant que tout soit stoppé, quelqu'un ayant apparemment décidé qu'il n'était pas question de parler de tranquillisants ou d'autres drogues sur une chanson qu'on espérait faire passer en radio. Le groupe a obtempéré, revu sa copie et le Captain Valium s'est transformé en Poupée be bop, la musique restant globalement la même, les paroles étant revues, mais pas toutes, les rimes de "Tu m'abandonnes, Atone, Revoir. Danser. Cocktown" remontant évidemment à la première version.
A l'époque, personne ou presque n'a eu l'occasion d'écouter la chanson originale. En nos temps quasi-magiques, il suffit de se connecter à YouTube pour écouter Captain Valium



Au bout du compte, la Poupée be bop aurait effectivement pu faire un carton. Jamais WC 3 n'a été plus proche d'une électro-pop dansante et légère, à mi-chemin entre La crise des Civils, sortie la même année et qui a mieux marché, et L'aventurier d'Indochine, à venir l'année suivante.
Et cette fois-ci, j'ai bien vérifié sur le site d'A 3 dans les WC (l'adresse essentielle pour tout savoir sur le groupe) et je sais que les deux 45 tours de WC 3 qui me manquent ne comportent pas d'inédits. Mais c'est pas ça qui m'empêchera de les acheter si je les trouve à bon prix !



16 septembre 2012

THE DEARS : Lost in the plot


Acquis probablement en Angleterre vers 2010
Réf : BELLACD86 -- Edité par Bella Union en Angleterre en 2004
Support : CD 12 cm
Titres : Lost in the plot -- Heartless romantic -- Acoustic guitar phase

Un disque bizarre. Je l'avais écouté une fois juste après l'avoir acheté, et depuis des mois il était sur une de mes (nombreuses) piles de disques à réécouter avant de les classer. Ce qui signifie au minimum qu'il m'avait intéressé ou intrigué.
En tout cas, ce maxi-CD prouve une fois de plus qu'il ne faut pas s'arrêter à l'écoute du titre principal d'un disque, aussi mauvais ou insupportable soit-il.
C'est le cas ici avec Lost in the plot, dont le principal défaut est que le chanteur Murray Lightburn semble s'efforcer pendant les deux premières minutes à imiter le chanteur des Smiths. Et comme la chanson à ce moment-là est plutôt molle du genou, on serait même plutôt sur le modèle du Morrissey des débuts en solo que sur celui des Smiths. Après, le chanteur change deux fois de style de chant, mais sur la fin, ça repart, avec  des "Oh I promise not to cry anymore, ohore, ohore, ohore", qui semblent tout droit sortis de Hatful of hollow.
Après ça, je craignais le pire pour la suite du disque. Et là, ce fut une très bonne surprise. Heartless romantic est porté par une batterie dynamique, la voix du chanteur est cette fois-ci trafiquée, et surtout on a complètement changé d'ambiance musicalement. Là, on serait plutôt vers chez les collaborations Bowie-Eno de la fin des années 1970, ce qui se confirme quand arrivent les choeurs sur le refrain, qui rappellent fortement ceux de Heroes. Un excellent titre !
Changement d'ambiance encore pour le dernier morceau, Acoustic guitar phase, effectivement dominé par un (ou deux) accords de guitare acoustique assez lugubres et un chant plutôt morne. Ce n'est pas trop mon truc, vous l'avez compris, mais au moins ce n'est pas insupportable.
Initialement, j'ai pensé avoir affaire à un extrait d'album et deux faces B inédites enregistrées avec les moyens du bord. Ce n'est pas exactement le cas, et je l'ai compris quand j'ai commencé à me renseigner sur le parcours de The Dears.
En effet, Bella Union n'a indiqué qu'une seule date sur ce disque, celle de sa sortie en 2004. Sans surprise, Lost in the plot est bien un extrait de leur deuxième album, No cities left, qui venait alors de sortir, mais les deux autres ne sont pas des faces B de la même époque mais deux titres que Bella Union est allé piocher dans la discographie canadienne du groupe. Ainsi, Heartless romantic est sorti initialement en 2000, sur le premier album du groupe, End of a Hollywood bedtime story tandis qu'Acoustic guitar phase figurait en 2001 sur le maxi Orchestral pop noir romantique. Voilà qui donne une explication à la différence d'ambiance, de son et de production des trois titres de ce disque.
The Dears continue son parcours et a sorti l'an dernier son cinquième album, Degeneration street. Pour ma part, je déduis de l'écoute de ce maxi qu'il n'y a qu'un seul autre disque de The Dears que j'aimerais écouter, End of a Hollywood bedtime story, notamment pour ses deux titres en français, C'était pour la passion et Partir, par terre.

15 septembre 2012

PIERRE DIEUZEY ET SES CAPETIENS : N° 4


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 9 septembre 2012
Réf : 17 45.S.23 -- Edité par Teppaz en France probablement au début des années 1960 -- Disque d'essai à détruire après audition
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ol' man river -- Basin Street blues -/- Down in honky tonk town -- Apex blues

Dimanche dernier à Athis, la météo était idéale et l'ambiance sympathique avec principalement des exposants particuliers, mais malheureusement j'y ai trouvé peu de disques. J'en suis revenu avec quatre 45 tours achetés sur deux stands. Celui-ci, je l'ai trouvé sur la fin de mon parcours avec une autre curiosité, un EP Vogue de 1958 avec des reprises de Tequila et Lollipop, illustrées par une photo de carnaval brésilien alors que les enregistrements sont anglais et produits par Joe Meek au début de sa carrière !
Ce disque de Pierre Dieuzey, je l'ai pris avant tout parce que je trouve que c'est un très bel objet. Le recto de pochette est très réussi, le verso est très classique, le disque lui-même a une étiquette orange avec un centreur triangulaire, et le tout est publié par la célèbre firme Teppaz de Lyon, surtout connue pour sa production d'électrophones.
Je ne suis pas spécialiste du jazz Nouvelle-Orléans, mais au moins c'est un style de musique que j'aime bien. Je n'ai pas encore chroniqué de disque de Sidney Bechet ici, mais on a déjà parlé de Dave Bartholomew et Louis Armstrong.
Habituellement, quand on se spécialise dans une musique de genre comme ça, on prend un pseudo en rapport pour soi ou pour son disque, comme Le Sheriff "Dad" et ses Enfants de Saloon par exemple. Pierre Dieuzey a conservé son propre nom, et pour son groupe j'ai été surpris qu'il ait choisi un intitulé autant attaché à l'histoire de France que les Capétiens, alors que je me serais plutôt attendu à quelque chose comme Pierre Dieuzey et ses Alligators du Mississippi...
En tout cas, ce n'est pas le cas ici, mais la thématique des Capétiens a été initialement utilisée pour la promotion du groupe, sur l'affiche ci-dessous par exemple.



Ce n'est qu'une fois rentré à la maison que j'ai noté deux particularités de ce disque. D'abord, sur le rond central, il y a tamponné sur chaque face la mention "Disque d'essai à détruire après audition". Je ne sais pas trop à quoi ça correspond, mais ça semble avoir été une pratique relativement courante de la maison Teppaz puisqu'on trouve en ligne des traces de plusieurs autres disques portant ce tampon, comme celui des Blue-Jeans chez Amour du Rock 'n' Roll, et ce sont toujours des disques Teppaz. Je me dis que ces disques sont trop nombreux pour être de vrais "test-pressing", destinés à valider la qualité d'un disque avant de lancer le pressage à grande échelle. Peut-être bien que ces disques tamponnés étaient des échantillons envoyés aux vendeurs d'électrophones pour servir de démonstration de la qualité du son en magasin.



Et cette qualité de son, elle était importante pour Teppaz, puisque l'autre chose que j'ai remarquée, c'est la mention "Stéréo spatio dynamic" qu'on trouve sur la pochette. Ça m'a surpris car j'étais persuadé d'avoir affaire à un EP des années 50 alors que j'associe plutôt les disques stéréo aux années 60. Je ne me trompais peut-être pas de beaucoup, car j'ai découvert qu'en fait les quatre EP de jazz New Orleans de Pierre Dieuzey ont été édités une première fois avec des pochettes très Capétiennes et un son simplement "spatio dynamic", technique dont Teppaz faisait la promotion avant même la stéréo. Le disque que j'ai acheté ferait partie d'une réédition de cette série de quatre disques en gravure stéréo, avec des pochettes différentes. Cela signifie, au passage, que la prise de son originale avait dû être faite en stéréo. J'ai vérifié à l'écoute en faisant joujou avec le bouton de balance de mon ampli, et il s'agit bien d'un enregistrement en stéréo. Là où j'ai été surpris, c'est que la séparation des voies est subtile, alors que je m'attendais, comme souvent avec les premiers disques stéréo, à avoir les instruments cantonnés sur une seule voie.



A l'écoute, on découvre que, menés par le piano de Pierre Dieuzey, les Capétiens produisent un jazz Nouvelle-Orléans instrumentale d'excellente tenue, plutôt posé. Il faut dire que, du Vieux Colombier au Caveau de la Huchette, le groupe s'est produit sur de très nombreuses de la fin des années 50 à la fin des années 60.
J'ai découvert avec plaisir en consultant son site officiel que Pierre Dieuzey continue de pratiquer et de faire partager sa passion pour le jazz, en organisant concerts, expositions et concerts-conférences, notamment avec l'orchestre Jazztime et le Jazz Club de la Boucle.

09 septembre 2012

THE JESUS & MARY CHAIN : Sometimes always


Acquis je ne sais plus où vers la fin des années 1990
Réf : NEG70C -- Edité par Blanco Y Negro en Angleterre en 1994
Support : Cassette
Titres : Sometimes always -- The perfect crime -/- Sometimes always -- The perfect crime

Après le pensum qu'a été pour moi Automatic, un album sans âme, j'ai arrêté d'acheter les disques de Jesus and Mary Chain au moment de leur sortie (à l'exception de la compilation pas chère The sound of speed). Au bout du compte, entre les soldes, les bonnes occasions et les achats ciblés, j'ai fini par avoir  quand même quasiment tous les singles qu'ils ont sortis depuis, mais aucun des albums, même si j'ai beaucoup écouté l'exemplaire de Honey's dead de La Radio Primitive, que je m'étais copié sur cassette. Je n'aime pas vraiment les trois singles qui en ont été extraits, mais par contre il y avait un morceau sur l'album que je trouvais excellent, mais il faudrait que je le réécoute pour savoir lequel car la liste des titres ne suffit pas à raviver mes souvenirs !
Je ne suis pas sûr d'avoir jamais écouté entièrement Stoned and dethroned, l'album de 1994, pourtant j'ai l'impression qu'il doit être plutôt pas mal. En tout cas, ce Sometimes always qui en est extrait est à mon sens leur meilleur single des années 1990, et l'une de leurs grandes chansons tout court.
Ça démarre instrumentalement comme du Lou Reed / Velvet Underground, puis ça part dans un duo construit sur le modèle parfait de Lee Hazlewood et Nancy Sinatra. Hope Sandoval de Mazzy Star et Jim Reid se donnent la réplique, et pour une fois chez Mary Chain c'est une chanson d'amour presque légère, même s'il faut quand même faire des concessions :  on passe de "Je ne me mettrai pas à genoux, me force pas à faire ça s'il te plait, j'étais parti et je suis de retour" à "Je me suis mis à genoux, et puis je t'ai supplié s'il te plait, j'ai toujours su que tu me reprendrais". Là-dessus, on a droit à un petit coup de solo saturé digne de Psychocandy et tout le roman-feuilleton est bouclé en 2'30. Excellent !
La vidéo conserve le bon esprit de la chanson. Ça fait juste un peu bizarre de voir Jim "jouer" le protagoniste de la chanson avec Hope Sandoval tandis que William Reid est à leur côté, lui qui est à la fois l'auteur du titre et celui qui était effectivement en couple avec Hope à l'époque.
Le deuxième titre est lui signé Jim Reid. C'est une bonne "face B", même si sur cet horrible format qu'est le "cassingle" les deux titres s'enchaînent et sont reproduits sur les deux faces. C'est dans la veine quasi-ballade/acoustique de Mary Chain pour les deux couplets chantés, puis il y a un petit solo électrique de guitare, et cette fois-ci le tout ne dure qu'1'30 !



08 septembre 2012

GERALDO LA VINY ET SON ORCHESTRE AVEC JOE CLEMENDORE (COBRA MAN) : Calypso


Acquis sur le vide-grenier de Germaine le 26 août 2012
Réf : POP - 1205 -- Edité par Guilde du Jazz en France vers 1956
Support : 33 tours 30 cm
15 titres

Or donc, le gars qui cette année à Germaine vendait quelques-uns de ses 33 tours de rock, dont le premier Rock 'n' roll animal de Lou Reed, avait aussi dans sa caisse des disques plus vieux d'au moins une ou deux générations, quelques 78 tours, des 33 tours de classique et quelques autres disques, dont cet album de calypso de Geraldo (alias Gérard) La Viny.
Depuis quelques semaines, je n'arrête pas de "croiser" Gérard La Viny : je l'ai vu mentionné dans la discographie de son ami Henri Salvador, il est au sommaire de C'est moi le chef !, la seconde compilation de l'émission L'Afrique Enchantée, avec le surprenant Albert Bongo, le Président qu'il nous faut ! (il a aussi commis en 1975 Bienvenue Président (Biguine à Giscard) à l'occasion d'une visite officielle de l'auvergnat aux Antilles), et j'avais même déjà acheté un peu plus tôt cet été un de ses 45 tours, avec Dupont aux Antilles en face B, édité à Guise, dans l'Aisne, s'il vous plait !
Guadeloupéen, Gérard La Viny semble avoir été au fil de sa discographie un touche-à-tout des rythmes exotiques : outre évidemment des chansons et musiques antillaises, il a notamment sorti un album de Rythmes et danses du Brésil et, aussi chez Guilde du Jazz, un album de cha-cha, mambo et merengue. Au début de sa carrière, dans les années cinquante à Paris, c'est au cabaret La Canne à Sucre qu'il s'est fait remarqué.
Ce disque de plus de cinquante ans avec sa pochette cartonnée vert-pomme est en parfait état, il est de La Viny et j'aime bien le calypso, ce qui m'a fait trois bonnes raisons de l'acheter, même si le label Guilde du Jazz m'aurait plutôt repoussé.
Je ne m'attendais à rien d'exceptionnel avant d'écouter ce disque pour la première fois, mais j'ai été très agréablement surpris par son excellente tenue. Il y a d'abord les chansons en créole chantées par Gérard La Viny, dont celle qui ouvre le disque, L'ami Ro-Ro. En 1958, par l'entremise de Salvador, La Viny a été signé chez Fontana par le directeur artistique du label, Boris Vian. Il y a d'abord créé Sans chemise, sans pantalon (!!) puis a sorti Bois un coup et va au lit, co-écrit par Vian. En 1960, après le décès de Vian, Gérard La Viny et ses Antillais ont sorti une autre version d'Ami Roro, avec un auteur crédité, cette fois (il n'y en a pas du tout sur cet album), le clarinettiste Eugène Delouche (je ne comprends pas les paroles, mais il y est justement question de clarinette...). La Viny n'en avait pas encore fini avec Roro, puisqu'il y reviendra en 1974 en écrivant cette fois les paroles d'une autre chanson, Roro, qu'on trouve en face B du tube J'aime tes g'noux d'Henri Salvador.
Il y a d'autres très bons titres dans cette veine, comme Amelia to-to-blo, Mary-Ann, et même une version de Banana boat song (Day O) qui réussit à surprendre par son arrangement et son interprétation.
C'est déjà pas mal pour un seul album, mais ce n'est pas tout. J'avais été attiré par l'annonce au recto de la présence en invité vedette d'un certain Joe Clemendore (Cobra Man). Lui est un chanteur originaire de La Trinité, l'île où est né le Calypso (ou Kaiso, comme il dit lui-même) et il s'exprime avec un anglais plein de bagout pour raconter, dans la pure tradition du calypso, des histoires où il est question de filles moches avec de beaux prénoms, d'un japonais qui chasse une prime pour la capture d'Hitler ou d'une vision du futur pas complètement farfelue (où on se nourrit de pilules, on fait des enfants par transmission sans-fil et on se fait verbaliser pour excès de vitesse trop lente).
J'ai cherché à en savoir un peu plus sur mystérieux Joe Clemendore, homme cobra coiffé d'un fez, qui, parti de La Trinité, s'est visiblement retrouvé à Paris en 1956 pour y enregistrer cet album (je ne doute pas que ce disque ait été produit en France).
Je n'ai pas trouvé trace d'autres disques enregistrés par Joe Clemendore, à une seule exception près, un 78 tours publié en Jamaïque, avec My brother Calamity en face A et Maintenance en face B. Il y a eu au moins deux reprises de Maintenance, une par Count Lasher dans les années 1970 et une sur un disque d'orchestre d'hôtel, chroniqué chez WFMU. C'est par un commentaire de ce billet que j'ai appris, outre que Clemendore avait séjourné en Jamaïque à partir de 1953, qu'il avait une autre spécialité, puisqu'il était aussi contorsionniste...!
Cette information m'a mis sur sa piste, j'ai trouvé une carte postale (en anglais) de promotion de cette activité, et surtout j'ai eu confirmation de ses séjours en Europe, à plusieurs reprises dans les années cinquante et soixante.

 
Le contorsionniste Joe Clemendore dans ses oeuvres dans un cabaret à Paris le 21 juin 1956.

Si Gérard La Viny a été surnommé l'Ambassadeur des Antilles, Joe Clemendore était lui le Yogi des Caraïbes ! Le yogi André van Lysebeth relate un passage mémorable de Joe Clemendore en direct à la télévision belge dans une émission de France Hardy au début des années cinquante. En plus de la France et de la Belgique, Joe Clemendore est aussi passé par la Bulgarie, puisqu'il y a inspiré la vocation de yogi d'un certain Damyan Vasilev !
Chanteur et contorsionniste yogi, Joseph Clemendore avait au moins deux cordes à son arc. Je me demande bien ce qu'il est devenu par la suite...
Quant à lui, Gérard La Viny est décédé en 2009. La Région Guadeloupe lui avait rendu un hommage en novembre 2008. Son fils, Eddy La Viny, a repris le flambeau et est lui aussi chanteur


Geraldo La Viny et son orchestre avec Joe Clemendore (Cobra Man), Things to come.



Geraldo La Viny et son orchestre avec Joe Clemendore (Cobra Man), Amelia to-to-blo.



Geraldo La Viny et son orchestre avec Joe Clemendore (Cobra Man), Japanese invasion.



Geraldo La Viny et son orchestre avec Joe Clemendore (Cobra Man), Ami Ro-Ro.

   
Une carte publicitaire pour le contorsionniste Joseph Clemendore

02 septembre 2012

LOU REED : Rock 'n' roll animal


Acquis sur le vide-grenier de Germaine le 26 août 2012
Réf : LP 401 -- Edité par Phantom en Hollande en 1973
Support : 33 tours 30 cm
8 titres

L'an dernier, le vide-grenier de Germaine, qui a toujours lieu le dernier dimanche d'août, était tombé en plein pendant les vendanges et il en avait largement souffert (en plus il ne faisait pas très beau) : quatre à cinq fois moins de stands que d'habitude et des allées désertées. Je n'en avais rien ramené de bon.
Cette année, les vendanges seront beaucoup plus tardives et le temps était mitigé, mais correct. N'empêche, le vide-grenier était loin d'avoir fait le plein par rapport à ce qu'on a connu avant 2011. J'ai quand même fait quelques emplettes intéressantes, dont les deux albums achetés à un gars qui divisaient ses 33 tours en deux lots : les plus anciens, qui ne lui avaient pas appartenu, à 1 € (j'y ai pioché un album de calypso dont on aura l'occasion de parler) et les siens, plus rock, à 2 €, parmi lesquels il y avait plusieurs disques sûrement recherchés, mais qui ne m'intéressaient pas à ce prix, et ce Rock 'n' roll animal de Lou Reed, sur lequel je me suis jeté sans hésitation, avant même de savoir vraiment à quoi j'avais affaire.
Rock 'n' roll animal est sans doute l'album live le plus connu de Lou Reed. Il a été enregistré à New York le 21 décembre 1973 et est sorti en février 1974. L'année suivant, d'autres morceaux du même concert ont été édités sous le titre Lou Reed live.
Je n'ai même pas eu besoin de regarder de près la pochette de mon Rock 'n' roll animal pour savoir qu'il s'agissait non pas de l'album officiel sorti chez RCA mais d'un disque pirate. Une fois ouvert, j'ai d'ailleurs constaté qu'il était édité par le label Phantom (humour), et surtout qu'il était sorti en 1973, soit avant l'album RCA. Et c'est là que l'histoire prend un tour intéressant : mon disque a en fait été enregistré le 20 septembre 1973 à Amsterdam et il a dû sortir peu de temps après. La légende raconte que Lou Reed a eu connaissance de l'existence de ce disque, qu'il en a été flatté (il n'existait pas tant de pirates de lui à l'époque), et surtout qu'il a apprécié le titre au point de l'utiliser pour son propre album, enregistré trois mois plus tard !
Voilà comment on se retrouve avec deux disques différents du même gars qui portent le même titre et qui, s'agissant d'enregistrements de la même tournée, celle qui a suivi Berlin, ont pas mal de morceaux en commun.
J'ai écouté le Rock 'n' roll animal de New York plusieurs fois il y a très longtemps. J'en avais gardé un assez mauvais souvenir et je n'ai jamais cherché à l'acheter, principalement à cause des arrangements très heavy rock, sans trop d'intérêt pour moi. J'étais surtout resté bloqué sur la longue intro instrumentale qui ouvre l'album avant Sweet Jane, quasiment du hard, et sur le fait que le gros du groupe avait été embauché par Alice Cooper à l'issue de la tournée de Lou Reed.
Je n'ai pas réécouté ce disque depuis la semaine dernière, mais en écoutant de Rock 'n' roll animal d'Amsterdam, pourtant réputé avoir un son médiocre (c'est certes un enregistrement fait dans le public, parfois assez sourd, mais je ne le trouve pas si mauvais), je me suis dit que j'avais sûrement été injuste avec l'autre. Certes, les guitares sont très présentes, mais j'ai découvert qu'il y avait aussi un organiste dans le groupe, Ray Colcord, dont les interventions sont intéressantes. Et puis, les arrangements survitaminés des différents titres proposés conviennent quand même très bien à pas mal d'entre eux (pas d'intro instrumentale pour Sweet Jane, ça aide), notamment les montées de sève dans les veines d'Heroin, Caroline says, Satellite of love et un Vicious aux allures de Louie Louie.

C'est typiquement le genre de découverte qui mériterait un chapitre dans un deuxième volume de Mes disques improbables, et si je dégote des disques de cet acabit tous les dimanches, je finirai vite par avoir suffisamment de matière !

01 septembre 2012

POWER CORRUPTION & LIES COVERED


Acquis par correspondance avec le n° 219 de Mojo en janvier 2012
Réf : [MOJOFEB2012] -- Edité par Mojo en Angleterre en janvier 2012 -- Given away free with Mojo February 2012. Not to be sold separately.
Support : CD 12 cm
13 titres

Allez, on termine (jusqu'à nouvel ordre) notre parcours parmi différentes éditions de Power, corruption & lies, le deuxième album de New Order.
On s'est surtout intéressé aux modifications de la pochette au fil du temps et des changements de support, avec le 33 tours original, la cassette, la première édition en CD et l'une des multiples rééditions.
Cette fois, on fait un pas de côté et on quitte New Order pour un hommage, celui rendu par le magazine Mojo au tout début de cette année, qui a mis le groupe en couverture à la veille d'une nouvelle tournée (toujours sans le bassiste original Peter Hook) et qui, pour le CD qui accompagne le magazine chaque mois, a proposé à des groupes contemporains de reprendre l'intégralité de Power, corruption & lies, avec en plus des singles et autres titres de la même époque, dont le classique Blue Monday.
Ces albums repris intégralement, dont Mojo et Uncut notamment sont très friands, sont particulièrement casse-gueule. En général, on connait par coeur les originaux et si on les aime bien on a envie de retrouver ce qui nous plaisait dans les reprises. Souvent, le mieux qu'on peut espérer c'est que l'écoute d'un de ces disques déclenche une envie très forte d'aller ressortir le vrai disque. L'art de la reprise étant quand même plus difficile qu'il ne pourrait y paraitre, il est très rare sur ces disques de magazine que quelqu'un réussisse à se démarquer fortement de la version de départ tout en produisant quelque chose d'au moins aussi intéressant.
Ça ne veut pas dire que les gens n'essaient pas. Par exemple, pour ce qui me concerne, cet album ne pourrait pas commencer plus mal. Age of consent est l'une de mes chansons préférées du disque et The Golden Filter en donne une version très différente de l'originale. Mojo la décrit de cette façon : "Cette version transpose l'original excité et frénétique en un morceau de pop moderne élégiaque". C'est malheureusement tout à fait exact et, remis dans des termes plus crus, on pourrait dire que The Golden Filter a réussi à siphonner toute l'énergie de la chanson, et même à lui couper les couilles en se débarrassant du riff de basse sur lequel elle est construite.
Heureusement, tout le disque n'est pas aussi catastrophique. Mes autres chansons chouchou s'en sortent plutôt bien, comme Leave me alone et Cries and whispers, et l'enchaînement 586 (par S.C.U.M., avec même de la guitare saturée) et Your silent face (par Fujiya et Miyagi, à la fois synthétique et énergique) est sûrement le meilleur moment du disque.
Côté pochette, par contre, la réussite est complète. Les gens de chez Mojo sont des spécialistes et des passionnés et ils ont produit là un travail d'excellente qualité qui marque des points partout en référence à la pochette originale :
  • Au recto, certes on devrait logiquement juste trouver la corbeille de roses de Fantin-Latour agrémentée de quelques carrés de couleur sans aucun texte. C'est une option un peu rude pour un magazine qui veut attirer son client en kiosque, alors ils ot pris le parti de mélanger le recto de l'album avec sa pochette intérieure et la pochette de Blue Monday (les deux sont très proches), en ajoutant juste un peu de texte et un macaron pour annoncer les titres bonus. Ça donne un fond noir avec des carrés de couleur codés sur deux des côtés (pas besoin d'être expert en cryptologie pour comprendre que les carrés épèlent le titre de l'album, Power corruption and lies covered), du texte typographié de la même façon que les crédits du disque original sur la rondelle de l'album, et un tableau de roses de Fantin-Latour. Sauf que, s'agissant d'une reprise et non pas de l'album original, les gens de chez Mojo ont eu la très bonne idée de choisir non pas le même tableau que celui de la National Gallery sélectionné par Peter Saville en 1983 mais un autre tableau de Fantin-Latour représentant des roses, très proche de l'autre (il a dû en peindre des dizaines sur ce thème). Belle variation graphique pour emballer une variation musicale...
  • Au verso, pas de découpes façon disquette (mais elles ont disparu dans presque toutes les éditions post-1983). Il y a bien par contre la rosace colorée qui donne la solution pour déchiffrer le code couleur, ainsi que la liste des titres, écrite en spirale en blanc sur fond gris.
  • Sur le CD lui-même, on trouve sur fond noir, comme pour le disque original, le titre de l'album dans la bonne typographie, ainsi que le nom de Mojo accompagné, cerise sur le gâteau, de son code couleur.
Voilà la preuve, s'il en était besoin, qu'on peut aller très loin en s'amusant avec les codes et les références de la culture rock. Si vous avez d'autres éditions de l'album dont vous voulez vous débarrasser, je suis preneur : ça m'amusera toujours de décortiquer la pochette !





LinkWithin

Linkwithin