26 mai 2013

B. GEORGE & MARTHA DeFOE : International discography of the new wave {Volume 1982 | 83}


Acquis chez Harrow Book Shop à Harrow-on-the-Hill fin 1983
Réf : 0.7119.0050.7 -- Edité par One Ten Records / Omnibus Press en Angleterre en 1982
Support : 736 p. 25 cm
14 titres

Voici donc le millième billet de ce blog. Difficile de choisir un disque en particulier pour cette occasion, tant il est évident que, depuis sept ans et demie, j'ai eu l'occasion de présenter ici mes disques les plus rares (parmi lesquels le maxi Upside down de Jesus and Mary Chain et l'album des Justified Ancients of Mu-Mu) et ceux qui me tiennent particulièrement à coeur (tous, presque, mais comme ça de tête je pense à Autobahn et à The whole world's turning Brouchard). Quant aux trouvailles que je continue de faire quasiment chaque semaine (ce qui ne lasse pas de me réjouir mais aussi de m'étonner), elles sont bien entendu chroniquées ici au fil du temps.
Plutôt que de sélectionner un disque en particulier, j'ai donc choisi de contourner l'obstacle en portant mon attention sur un livre, un pavé plutôt, qui est à lui seul un réservoir à disques, un entrepôt qui en contient plus que je ne pourrai jamais en chroniquer ici : la deuxième édition d'International discography of the new wave, publiée en Angleterre en 1982.
La première fois que je suis tombé sur ce livre, c'était dans l'une des librairies Gibert boulevard Saint-Michel à Paris. J'avais passé un bon moment à le compulser. J'avais même pris des notes, mais je ne l'avais pas acheté car le livre en import était assez cher et mon budget d'étudiant ne me permettait pas trop de disperser mes achats en dehors des disques.
Quelques mois plus tard cependant, j'ai eu la chance de tomber dans une petite boutique de Harrow, détruite quelques mois plus tard dans le cadre de la rénovation du centre-ville, sur un exemplaire soldé à 5,99  £. J'ai investi et je n'ai pas regretté mon achat, qui m'a permis, comme j'ai plusieurs fois eu l'occasion de l'indiquer ici (récemment encore avec le 'O' Level) de découvrir des disques et des groupes dont je n'imaginais même pas l'existence.
Il faut se replacer au début des années 1980, quand les principales sources d'information d'un fan de new wave étaient les magazines Rock & Folk et Best (tous les mois), l'émission de Bernard Lenoir Feedback (cinq jours par semaine), quelques autres magazines et fanzines et les hebdomadaires anglais New Musical Express, Melody Maker et Sounds, pour ceux qui avaient la chance de les voir arriver dans leur ville et qui pouvaient se les payer et les comprendre.
Alors, ce pavé était une aubaine pour qui s'intéressait à la production discographique récente en punk/new wave : plus de 700 pages, la discographie de plus de 7500 groupes (soit plus de 16000 disques). Les adresses de 3000 petits labels, les fiches de 1300 fanzines... Un travail de fous, de passionnés en tout cas, démarré par une équipe d'américains coordonnée par B. George et Martha DeFoe, avec une équipe rapprochée comprenant JD Haney, l'ancien batteur de Monochrome Set, et un réseau de correspondants dans le monde entier parmi lesquels on relève Scott Piering et Ira Kaplan, mais aussi  l'équipe de Rough Trade, Iain McNay de Cherry Red, John Peel et pour la France Patrick Mathé de New Rose et Jean-François Vallée, correspondant de Radio France/Bernard Lenoir à New-York.
Ecrit tout petit, avec une maquette façon listing informatique, on trouve dans ce livre, avec un taux d'erreurs et d'imprécisions raisonnable, des infos fascinantes qui m'ont tenu occupé des heures durant. J'étais tout content de noter qu'Elvis Costello avait, déjà, la discographie la plus longue, et j'ai longtemps fantasmé sur le Washing the defectives EP des Beatles Costello (jusqu'à ce que Gilles Raffier m'en fasse une copie cassette avec une photocopie de la pochette et que je me rende compte que le nom du groupe et le titre étaient ce qu'il y avait de mieux dans le disque, auquel Andy Paley a pourtant participé).
J'ai aussi longtemps bavé sur la compilation cassette Morocci Klung!, que je retrouvais partout vu qu'à son sommaire il y a une vingtaine de gens qui m'intéressent, de Mark Beer à Robert Wyatt. Sauf que j'apprends aujourd'hui que c'est en fait un magazine audio avec des interviews et principalement des extraits de chansons...
Aujourd'hui comme alors, je peux ouvrir une page au hasard et découvrir une liste de groupes que je ne connais absolument pas. Exemple page 245 : Kurt Maloo, Mama Dada 1919, Mamba Strike, Mickey Mamp, Man, Man Ray Band, Manchester Mekon (avec Dick Witts, de The Passage), Mandango, Mandeville Mike & the Mental Block, Mandible Rumpus, Mandrake Roote, Maneaters, Man Ezeke, Mania D, deux Maniacs et un Manics (aucun n'est le groupe suisse que je connais), Manic-Depressives (avec Mandeville Mike, pour ceux qui suivent) et Manic Jabs.
Evidemment, trente ans plus tard, ce livre n'est plus la source  d'information unique et précieuse qu'il était. L'internet est passé par là et aujourd'hui Mandeville Mike est sur Youtube, LastFM et Grooveshark, mais le feuilletage de la discographie reste toujours aussi passionnant et informatif, même si on sait qu'on va taper les références d'un groupe dans Google dès qu'on va découvrir sa fiche. En préparant ce billet, je suis encore tombé sur des noms comme Afghanistan Banana Stand, Giant Sandworms (le 1er disque, avec déjà une version de Steadfast), Laughing Apple (les trois singles sont bien listés), Human Switchboard (avec Paul Hamann), Tagmemics (plus ou moins Art Attacks reformés), Space Negros et Radio Actors, avec un single qui associe des membres de Gong et d'Hawkwind à Sting, ce qui explique sûrement pourquoi ce disque a été édité au moins cinq fois.
On le voit, ce livre reste passionnant. Il n'y a pas eu de troisième édition, la production des labels indépendants étant exponentielle dans les années 1980, et il n'y aura sûrement jamais de réimpression (Discogs est là, maintenant), ce qui fait que les exemplaires d'occasion se vendent à prix prohibitif.
Je ne sais pas ce qu'est devenue Martha DeFoe, mais le parcours de B. George (qui a beaucoup travaillé avec Laurie Anderson et qui a sa propre entrée dans le livre, page 166) est intéressant car, dans la foulée de cette discographie, il a fondé en 1985 The ARChive of contemporary music en y apportant sa collection personnelle de 47000 disques. Aujourd'hui, le dépôt d'archives/bibliothèque musicale/centre de recherche conserve plus de deux millions de documents est la plus grande collection de musique populaire des Etats-Unis (les bibliothèques publiques n'en voulaient pas à l'époque).
Pour ma part, avec ou sans l'apport de la Discographie, je ne manque pas d'idées pour les mille (et plus) prochains billets de Blogonzeureux!.

Plusieurs extraits du livre sont reproduits sur le site de Philippe Andrieu, par exemple à la page sur Snakefinger, Tuxedo Moon et Indoor Life.

25 mai 2013

LCD SOUNDSYSTEM : LCD Soundsystem


Acquis par correspondance via Amazon en janvier 2013
Réf : dfaemi 2138cd -- Edité par DFA/EMI en Europe en 2005
Support : 2 x CD 12 cm
16 titres

(Ce billet est le quatrième d'une série de cinq qui va nous mener à la 1000e publication de ce blog)

Je me suis intéressé assez tardivement à LCD Soundsystem, en 2007, au moment de la sortie de l'album Sound of silver, quand j'ai téléchargé - et apprécié - quelques MP3 : All my friends, North American scum, Someone great et la reprise de No love lost de Joy Division. Avant ça, soit j'étais passé complètement à côté du groupe de James Murphy, soit je confondais son label avec le groupe canadien Death From Above 1979 qui ne m'intéressait pas.
Pour ce 999ème billet, je souhaitais avant tout parler du tout premier single de LCD Soundsytem, Losing my edge, sorti dès 2002. Oui mais voilà, à l'époque le single n'est sorti qu'en maxi 45 tours et, le groupe étant désormais très réputé, ce disque est à la fois cher à l'achat et en frais de port, vu le format. Il y a bien eu un CD single promo diffusé à l'époque, mais il à l'air d'être plutôt rare. Je me suis donc rabattu sur cette édition du premier album de LCD Soundsystem, celle qui contient un deuxième CD avec sept titres extraits des premiers singles du groupe. Cette édition était sensée être limitée, mais on la trouve encore facilement et à bon prix.
Ce premier album mériterait largement sa chronique à part entière, avec son mélange de hip hop, de rock, de new wave et de disco,mélange qui a fait la réputation de LCD Soundsystem, et d'ailleurs j'apprécie la plupart des titres : Daft Punk is playing at my house, qui reprend les choses à peu près où Losing my edge les avait laissées ("I'll show you the ropes, kids"), Tribulations, Movement, là où la passion de Murphy pour The Fall est la plus évidente, On repeat, Thrills, Disco infiltrator avec son sample de Kraftwerk et ses voix à la Talking Heads époque Remain in light et Great relase, avec le piano et le chant à la Taking tiger mountain d'Eno.
Il y a de très bonnes choses aussi sur le CD compilation des premiers singles, comme Give it up et la version Crass de Yeah, mais, comme je le disais, c'est surtout à Losing my edge que je voulais m'intéresser.
Losing my edge, qu'on pourrait traduire par "Je perds mon avance", c'est la complainte du DJ branché qui sent qu'il risque de ne plus être à la pointe et qui part dans une frime délirante ("J'étais là quand Captain Beefheart a fondé son premier groupe", "J'étais là en 1968 au premier concert de Can à Cologne", "J'étais là en 1974 aux premières répètes de Suicide dans un loft à new York City"). Comme il l'a expliqué dans un entretien au site I Really Love Music cité par Wikipedia, l'inspiration de James Murphy pour cette chanson lui est venue quand il a été horrifié par sa propre attitude et sa stupidité à un moment où, s'étant construit une réputation comme DJ en passant des groupes obscurs tels que Liquid Liquid ou ESG, il avait réagi en "propriétaire" de la musique qu'il passait quand d'autres avaient commencé à en faire de même.
Evidemment, l'intérêt d'une chanson sur les fous passionnés de musique, c'est que, outre les anecdoctes citées, elle fait référence à un nombre impressionnant d'artistes. Et, comme j'ai de nombreux goûts en commun avec James Murphy, on pourrait presque l'entendre lister une partie du sommaire de Blogonzeureux! : Suicide, Captain Beefheart, Beach Boys, Modern Lovers, Pere Ubu, PIL, The Human League, Lou Reed, Joy Division, The Slits, Faust, Mantronix, Pharoah Sanders, Soft Cell. (et encore, il ne s'agit là que des mille premiers billets. D'ici quelques temps, d'autres artistes cités dans la chanson risquent fort d'apparaître ici : The Normal, Can, The Bar-Kays, Eric B. and Rakim, Althea & Donna, 10cc, Fire Engines...).
Outre les références musicales, cette chanson me parle aussi particulièrement car la situation du collectionneur de disques et du rédacteur de blog est très proche de celle du DJ branché. A chaque instant, chez un disquaire, sur un vide-grenier, sur un site de vente en ligne, il faut garder en tête la raison pour laquelle on s'intéresse aux disques. Et la seule bonne raison, c'est qu'on est passionné par la musique (ou la production discographique au sens large). Chaque fois qu'on achète un disque uniquement parce qu'il est rare, parce qu'il se revend cher ou pour faire bicher untel ou empêcher tel autre de l'avoir, on se plante, et je me garderai bien de prétendre que ça ne m'arrive jamais. Et la prochaine fois que ça me prendra, je me remettrai les 7'53" de Losing my edge dans les oreilles.


La vidéo d'une version raccourcie de Losing my edge.

23 mai 2013

ELVIS COSTELLO : Elvis Costello


Acquis dans la boutique du Earl Mountbatten Hospice à Ryde le 20 mai 2010
Réf : TIMES-ELVIS 01 -- Edité The Sunday Times/Upfront/Mercury en Angleterre en 2002
Support : CD 12 cm
4 titres + 3 titres + 1 vidéo

(Ce billet est le troisième d'une série de cinq qui va nous mener à la 1000e publication de ce blog)

Ce disque est assez révélateur du degré d'intégration des ex-punks et new waveux dans les années 2000 et de l'état de la production discographique à la fin des années CD. Voilà donc que, pour la promotion de l'album When I was cruel (sorti en avril 2002 mais complété par une édition collectors double-CD en septembre de cette même année, au moment d'une tournée anglaise), des dizaines de milliers d'exemplaires de ce disque ont été diffusés aux lecteurs du Sunday Times (Du coup, c'est l'un des disques les plus courants d'Elvis Costello : le port vous coûtera beaucoup plus cher que le disque lui-même si vous décidez de l'acheter).
C'est un disque composite. Dans la partie CD, on a une version live de Watching the detectives, qui est intéressante pour étudier le traitement qui lui est appliqué pour continuer à la jouer sans s'ennuyer après vingt-cinq ans : pas vraiment déconstruite ni dub, mais comme en pointillés; si Costello la chante normalement, on a l'impression qu'après l'intro le groupe se contente d'insérer de courtes touches musicales, juste à la dose suffisante pour qu'on reconnaisse la chanson. Les trois autres titres du CD "audio" sont là pour promouvoir la sortie des énièmes éditions d'Imperial bedroom, This year's model et Armed forces. Avec ces disques, il est impossible de se planter, et là on a droit à Man out of time, Pump it up et Accidents will happen. Pour cette dernière, il s'agit de la version live au Hollywood High sortie à l'origine sur le 45 tours qui accompagnait Armed forces. Je profite de l'occasion pour signaler que, depuis, un CD 20 titres de ce concert a été édité. Il est excellent et Accidents est plutôt l'un des titres les moins forts de tout le concert.
Ce CD comporte une partie "extra", avec trois titres au format WMA, le format anti-piratage et anti-copie plein de DRM concocté spécifiquement par Microsoft. C'est malheureusement tellement bien fait que, même en respectant les conditions indiquées (PC sous Windows et connexion internet active), je n'ai pas été en mesure de les écouter du tout. Parmi ces titres, il y a des versions en public de deux morcaux de When I was cruel (15 petals, dans la version de l'édition collector de l'album, et Spooky girlfriend, dans une version inédite par ailleurs, je pense, comme pour Watching the detectives) et surtout, il y a 45, le titre d'ouverture de l'album et surtout la raison d'être de cette chronique.
45 a aussi été édité en single, avec un 45 tours en édition limitée et un CD promo anglais qui ont une belle pochette rétro. J'aurais préféré parler du single plutôt que de ce CD promo, mais je n'ai pas réussi à me le procurer à temps à un prix correct. Mais je ne triche pas : j'ai bien pu écouter 45 avec mon CD : pas la piste audio, donc, mais la vidéo qui est aussi incluse sur le disque. Je signale aussi que When I was cruel est l'un des meilleurs albums "tardifs" du Roi d'Angleterre et 45 est l'un des meilleurs titres du disque.
Avec cette chanson, Elvis Costello se livre à une méditation en forme d'exercice de style : il fait un retour en arrière, prend date ("Here is a song to sing to do the measuring") et raconte (un peu) sa vie à partir de différents usages de quarante-cinq : (19)45, 45 (tours), (Colt) 45 et 45 (ans), bien sûr, puisqu'il a écrit ce titre l'année de ses 45 ans.
C'est bien l'aspect 45 tours qui m'intéresse le plus ici, l'expérience ayant montré (les chiffres aussi, mais je n'ai pas fait les comptes), que ce format de disque est celui de prédilection de ce blog. Et ce format a bien sûr compté énormément pour quelqu'un de la génération d'Elvis Costello : "Every scratch, every click, every heartbeat, Every breath that I held for you, 45, There's a stack of shellac and vinyl".
Le galopin se permet même d'évoquer la difficulté de comprendre les paroles et donne un bon vieux truc qui a souvent dû être très utilisé par ses propres fans à la fin des années 1970 : "The words are a mystery, I've heard, 'til you turn it down to 33 and 1/3, 'cos it helps with the elocution".
On a donc ici un objet publicitaire assez moche et pénible, mais il a sûrement permis à certains de découvrir d'excellents titres de Costello. Pour ma part c'est grâce à lui que j'ai connu et apprécié 45. C'est déjà beaucoup.


La pochette du 45 tours 45. Une maquette très rétro sixties, dans le même esprit, parmi de nombreux autres exemples, que celle du maxi de Julian Cope.

21 mai 2013

PASCAL COMELADE : Nature morte musicale


Fourni avec le n° 8 de la revue Notes en 1982
Réf : [sans]-- Edité par A l'Automne Alité en France en 1982 -- N° 2 / 500
Support : Bande magnétique 8,5 cm
Titre : Nature morte musicale (extrait)

(Ce billet est le deuxième d'une série de cinq qui va nous mener à la 1000e publication de ce blog)

Ces temps-ci, on recommence à beaucoup entendre parler de Pascal Comelade, avec un nouvel album chez Because, El pianista del antifaz, et un concert à Paris. Comme à chaque fois qu'un de ses disques est distribué nationalement en France, on va parler du "retour" de Comelade, comme si depuis A freak serenade en 2009, il n'avait rien sorti, alors que sa discographie récente, probablement incomplète, compte quand même Montpellier, un album avec Gérard Pansanel et Pep Pascual, N'ix, un disque avec Enric Casasses, un enregistrement de ses oeuvres par la Cobla Sant Jordi, Somiatruites, un double album avec Albert Pla (et aussi un spectacle qui a beaucoup tourné), et, plus tôt cette année, Flip side (of sophism), une nouvelle collaboration avec Richard Pinhas.
Aujourd'hui, nous allons nous intéresser à un titre rare et quasiment inouï de Pascal Comelade, diffusé en 1982 par le magazine Notes, publication de l'association A l'Automne Alité, également à l'origine du Festival des Musiques de Traverses de Reims.
En 1982, l'association a été très active, avec notamment la sortie du mini 33 tours de Germain Hubert Ales, et de son premier album, la compilation Douze pour un, sur laquelle on trouve aussi un titre de Comelade, Beyrouth 66.
A la suite du 3ème Festival des Musiques de Traverses en mai 1982, au cours duquel Fall of Saigon a donné son premier concert rémois, est né le projet, annoncé dans le n° 6 de Notes (voir l'article en bas de ce billet) d'insérer dans la revue un 45 tours souple de Pascal Comelade. Ce projet n'a pas abouti, pour des raisons expliquées en détail dans l'éditorial du n° 8 de Notes :



Donc, au lieu d'avoir droit à un 45 tours souple, comme ceux que la revue hollandaise Vinyl proposait, les lecteurs de Notes ont dû se contenter d'une Nature morte musicale. Dans son livre Ecrits monographiques submergés (Camion Blanc, 1999), Pascal Comelade a reproduit son propre exemplaire de l'oeuvre, numéroté 1 / 500.
Si j'ai hérité du n° 2, ce n'est pas un pur hasard : je suis passé chez Dorian Feller un jour de 1982 où son appartement était recouvert des pages du magazine qui sortaient de chez l'imprimeur et qu'il était en train d'assembler et d'agrafer. J'ai fait l'acquisition de mon exemplaire ce jour-là et je pense que c'est Dorian qui avait choisi pour moi le numéro 2 de l'encart, réservant bien sûr le 1 à l'artiste.
J'ai toujours pensé que cette expression, "nature morte musicale", se rapportait au fait que l'enregistrement avait été réduit à un petit morceau de bande magnétique encadré non écoutable. Je n'avais pas fait le lien à l'époque (et surtout je ne l'avais sûrement pas lue) avec la première annonce du disque dans le n° 6, qui concernait dès le début, avant l'annulation de la sortie du disque, donc, un Still life musics EP.
Cet EP s'était réduit à un seul titre, que presque personne n'a pu entendre. Parmi les autres natures mortes prévues pour cet EP au départ (je ne sais pas combien il y en avait au total), je présume que deux ont quand même vu le jour en cette année 1982 : Still life with goldfish, parue aux Etats-Unis sur l'album Sentimientos, et surtout Nature morte aux Maracas, une des premières grandes réussites de Comelade, disponible sur l'album Détail monochrome, qui a toutes les qualités et la drôlerie qu'auront par la suite les meilleurs titres du Bel Canto Orchestra.
A chaque fois que je l'écoute, j'ai des regrets de ne pas pouvoir en faire de même avec cette nature morte de 3'25 aux saxophones en plastiques, à la mandoline et aux castagnettes, dédiée à Jac Berrocal, qui devait paraître dans Notes.
Pascal Comelade lui-même a peut-être gardé une copie de cet enregistrement, mais pour la beauté du geste artistique, je le crois bien capable d'avoir découpé l'enregistrement original, ce qui était déjà un sacrifice économique car à l'époque il réenregistrait avec son Revox même sur des pièces publiées : les bandes originales de Détail monochrome sont effacées depuis longtemps.
J'ai bien pensé à écouter mon morceau de bande quand on avait un magnétophone à la Radio Primitive, mais à la vitesse standard de 19 cm/s il ne dure qu'une demie-seconde ! La seule solution que j'entrevois, assez comeladienne, serait que les 500 propriétaires des exemplaires de la nature morte musicale se donnent rendez-vous à la buvette de la Cathédrale de Reims (où qu'elle soit...) pour rassembler les pièces du puzzle et écouter ensemble la composition. Y a du boulot...


L'article de Dominique Diebold sur Pascal Comelade paru dans le n° 6 de Notes, une chronique de la cassette Slow musics avec la première annonce de la parution d'un Still life musics EP.

20 mai 2013

'O' LEVEL : We love Malcolm


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres début 1984
Réf : KR 002 -- Edité par King's Road en Angleterre en 1979
Support : 45 tours 17 cm
Titres : We love Malcolm -- Leave me -/- Everybody's on Revolver tonite -- Stairway to boredom

(Ce billet est le premier d'une série de cinq qui va nous mener à la 1000e publication de ce blog)

Voilà l'un des quelques disques que je n'aurais pas achetés sans avoir consulté au préalable International discography of the new wave de B George et Martha Defoe. En effet, avant d'avoir fiévreusement compulsé ce gros pavé, je n'avais jamais entendu parler d' 'O 'Level, mais j'avais pris bonne note de ce nom quand j'étais tombé à l'entrée Television Personalities sur la mention "{Also MISSING SCIENTISTS}. Also work as O Level ?".
Coup de chance (et récompense de la persévérance car à cette époque je fréquentais la boutique au moins deux fois par semaine), j'ai trouvé ce 45 tours quelques semaines plus tard, même pas au rayon collector, non, mais comme d'habitude dans la cave à soldes, où le disque avait été baissé du prix de départ tout à fait honnête de 40 pence jusqu'à 20 pence.
On sait que, dès leur débuts, Ed Ball et Dan Treacy ont beaucoup collaboré, mais chacun avait ses propres projets. Pour Dan, ce fut principalement TV Personalities. Pour Ed, il y a eu 'O' Level, puis Teenage Filmstars et ensuite The Times (je passe pour l'instant sur les multiples projets de la fin des années 1980 et des années 1990).
Ceci est le deuxième single d' 'O' Level. Le premier, East Sheen, était encore très ancré dans la satire punk, avec un chant parodiant Johnny Rotten et une face B, Pseudo punk, certes moins bonne que Part time punks mais antérieure de quelques mois au classique des TVP's.
Sur ce disque, apparemment interprété par Ed Ball tout seul, on est plus proche de l'esprit pop sardonique des premiers disques de Dan Treacy. Certains des titres auraient pu avoir leur place sur And don't the kids just love it, et on n'est pas encore dans la nostalgie anglophile développée ensuite avec The Times.
We love Malcolm, avec ses "La la lalala lala", est bien sûr un hymne à Malcolm McLaren, le roi de King's Road, l'épicentre du punk, où se tenait la boutique Sex qu'il avait lancée avec Vivienne Westwood, une rue qui était aussi le terrain de jeu d'Ed et Dan (d'où le nom du label). Je ne comprends pas trop les paroles, mais avec un refrain tel que "On aime Malcolm, même si on doit être les seuls", nul doute que cette ode est des plus sincères et au premier degré.
Leave me, un point de vue différent de la plupart des chansons de rupture, et Stairway to boredom, un slogan punk sur le mode reggae rock dans la lignée du classique des Buzzcocks, sont deux chansons de très bonne tenue, mais ma préférée, avec We love Malcolm, reste Everybody's on Revolver tonite.
Pendant des années, je me suis demandé ce que pouvait bien vouloir dire cette expression "be on Revolver". Pour comprendre, il a fallu attendre que je tombe en préparant ce billet cette semaine sur la description d'une vidéo sur Youtube, qui précise que Revolver était une émission musicale de télé anglaise produite par Mickie Most, qui n'a eu que huit numéros en 1978. Pour le coup, cette chanson, enregistrée une semaine après l'autre, est vraiment le pendant de Part time punks, et on peut penser que les deux titres ont été inspirés au moins en partie par l'une des émissions de Revolver. Là où Part time punks fait référence, entre autres, aux Banshees et à 'O" Level, Everybody's on Revolver tonite cite les Banshees aussi et, en toute logique, TVP's, et les paroles  mentionnent à la fois les "pseudo punks" et les "part time punks".

Les quatre titres de cet excellent petit disque ont été repris en 1992 sur le CD 1977-1980 : A day in the life of Gilbert and George chez RevOla, qui associait rééditions et inédits d' 'O' Level et de Teenage Filmstars. Le CD est ressorti en 2007 chez Artpop, le label d'Ed Ball, avec des titres en plus, mais il ne semble pas être actuellement disponible.


La pochette du tirage original du EP, datant de fin 1978, un feuillet A4, plié ensuite à la bonne taille.
Le disque s'appelait alors clairement The Malcolm EP. Sur la réédition en CD, c'est le titre The Malcolm McLaren life story EP qui est donné, mais sur mon édition du disque, la deuxième, sortie quelques semaines après la première, aucun titre générique n'est mentionné.



Je trouve l'illustration du deuxième tirage très réussie. En voici deux autres exemples trouvés en ligne, en rouge.


'O' Level, We love Malcolm. D'habitude, je choisis de ne pas intégrer des vidéos faites après coup, mais celle-ci est sympa et bien dans l'esprit de la chanson.





18 mai 2013

JULIAN COPE : The greatness and perfection of love


Acquis neuf à Londres peut-être chez Our Price en 1984
Réf : MERX 155 -- Edité par Mercury en Angleterre en 1984
Support : 45 tours 30 cm
Titres : The greatness and perfection of love (Remixed version) -- 24a Velocity Crescent (Debut appearance of this song) -/- Pussyface (Unique to this disc)

(Ceci est le 995ème billet de Blogonzeureux! Le premier, Sixteen tons '65 de Tennessee Ernie Ford, a été publié le 29 octobre 2005.
Pour arriver à la marque symbolique des 1000, les cinq prochains billets constitueront une série spéciale qui s'efforcera d'être à l'image du désordre musical qui a précédé et associera curiosités  plus ou  moins rares et raretés plus ou moins bizarres).

Autant je me souviens de pas mal de promotion et de presse pour la sortie de Sunshine playroom, le tout premier disque solo de Julian Cope, autant j'ai l'impression que la parution de The greatness and perfection of love est passée à peu près inaperçue. Ce deuxième extrait de World shut your mouth, sorti en même temps que l'album, s'est aussi peu vendu que lui. Il servait aussi de promotion à une tournée "mondiale" de douze dates, listées au dos de la pochette, qui reflète bien l'état de la carrière de Cope à ce moment-là, puisque le monde se réduit à l'Angleterre et l'Ecosse !
J'ai acheté ce disque peu de temps après sa sortie, neuf mais déjà soldé, probablement dans un Our Price de la banlieue de Londres.
L'illustration au centre de la pochette correspond, à l'échelle 1, à la pochette du 45 tours. Ce que je ne savais pas à l'époque, c'est que les fonds colorés choisis pour agrandir la pochette à la taille maxi ainsi que la maquette sont repiqués d'un modèle de pochette utilisé par Columbia pour ses 45 tours anglais au début des années 1960 :



Si ce maxi ne contient pas une série de faces B inédites aussi impressionnante que Sunshine playroom,  on a quand même ici un disque d'excellente tenue.
Une bonne première version avec boite à rythmes et orgue de The greatness and perfection of love avait été enregistrée en session pour John Peel dès le 5 février 1983 (incluse en 1993 sur la compilation Floored genius 2). Celle-ci est un remix plutôt réussi de la version de l'album. Avec ses "Bye bye bye bye bye" et sa mélodie, cette chanson est un bijou pop du niveau de ceux que Cope avait produits pendant trois ans pour Teardrop Explodes. Ce qui m'a toujours marqué dans cette chanson, c'est que, contrairement à ce que le titre indique, Cope chante en fait "The greatest impefection is love love love".
En face B, Pussyface est un autre titre de l'album, lui aussi remixé, et là ça sonne un peu plus comme un remix de club, même si ce n'est pas une chanson rapide. Le jeu de basse de Ronnie Francois ici a tendance à me faire penser à  Barry Adamson de Magazine. Cette chanson avait été enregistrée sous le titre Sex en 1982 par The Teardrop Explodes pour son troisième album, un disque qui est finalement sorti en 1990 sous le titre Everybody wants to shag....
Comme indiqué sur l'étiquette, le troisième titre, 24a Velocity Crescent et lui "unique à ce disque" (sauf que depuis il a aussi été inclus dans Floored genius 2).
Il a été enregistré en session le 5 janvier 1984 pour l'émission de radio de David Jensen et il est bien barré, autant voire plus que les faces B de Sunshine playroom. Il y a une base instrumentale assez frénétique, peut-être influencée par le goût de Cope pour le krautrock, et, dans les respirations, Cope balance de mystérieuses imprécations dignes de Magma ou du Rabbi Joseph Gordan.  On saisit des titres comme In-a-gadda-da-vida, When the music's over ou White rabbit, et à la fin vient une explication : "Rock 'n' roll, that's where I'm coming from".
Primal Scream, grands fans de musique s'il en est, on sait aussi d'où ils viennent, et j'ai toujours pensé que les titres de leur deuxième single, Crystal crescent et Velocity girl, ne pouvaient que constituer une référence croisée à l'allumé de Tamworth.



12 mai 2013

LES GAËLIC : Gardez les cheveux longs


Acquis sur le vide-grenier de Mareuil-sur-Ay le 1er mai 2013
Réf : FX 1504 M -- Edité par Festival en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Gardez les cheveux longs (Baby, let your hair down) -- Sortez sans moi ce soir (What can I do today) -/- Quand t'as besoin d'un ami (You're gonna need somebody) -- C'est pas normal (You stole my love)

Je suis allé assez tôt à la broc de Mareuil cette année, mais ce fut un périple assez tristounet, météo comprise. En fait, j'ai bien failli revenir bredouille, sauf qu'il y avait le long du canal, posée sur une table, une boite à chaussures contenant une vingtaine de 45 tours en bon état, à 1 €. Rien d'exceptionnel, pas mieux qu'un Françoise Hardy en bon état, sauf ce disque, que j'ai sorti après avoir vu le nom Les Gaëlic en me demandant s'il s'agissait de folklore breton ou d'autre chose. Une fois vu le premier titre, Gardez les cheveux longs, il n'était même plus nécessaire de lire le texte au dos de la pochette pour savoir que ça valait le coup d'investir.
Si on m'avait demandé, j'aurais affirmé sans hésiter que je n'avais absolument jamais entendu parler des Gaëlic. Sauf que, grâce à l'illustration d'une vidéo sur Youtube, je me suis rendu compte que j'avais le premier titre depuis une bonne vingtaine d'années sur Infernal world, une compilation de Wild R'n'B et Beat sortie par Martian Records.
Eh oui, car il se trouve que cet unique disque de ce groupe rennais, présenté à l'époque comme jouant du rhythm and blues, est désormais recherché par les fans du son garage. A les voir en photos, je m'attendais plutôt à du folk-rock, et on est plus proche de ça, même s'il y a des titres électriques, que du freakbeat. Si ce disque est "garage", c'est du garage bien rangé, bien propre sur lui et pas graisseux, même si les cheveux des musiciens leur tombent sur la nuque : on a  sûrement affaire à des émules de Ronnie Bird.
Mais il faut remettre les choses dans leur contexte. En 1966, Antoine venait certes de rencontrer le grand succès, mais un groupe de province suffisamment dans le coup pour reprendre et adapter lui-même en français quatre (relatifs) succès anglo-saxons, ça ne devait quand même pas courir les rues.
Ces titres sont, dans l'ordre, Baby, let your hair down, créé par Tommy Hart en 1965, mais qui a aussi été un succès pour Graeme Chapman en 1966 (sur le label australien Festival, je ne sais pas s'il y a un lien avec ce label français) ; What can I do today, un titre des Swinging Blue Jeans de 1966 ; You're gonna need somebody, de Dave Berry (1964) et You stole my love, écrit par Graham Gouldman, créé par The Mockingbirds mais qui a aussi été repris en Australie.
En version gauloise, ça donne des résultats variés, plutôt rock pour Gardez les cheveux longs ("Pour le temps d'à présent, que chante Bob Dylan et pour la liberté et notre droit de chanter, gardez les cheveux longs") et Quand t'as besoin d'un ami.
Quand le groupe s'essaie à la protest song ("Un flic ça peut vous tutoyer, mais quand vous faites de même, jusqu'en prison il vous traîne, y a de quoi s'en étonner. Certains ont les oreilles cassées par le bruit de nos guitares électriques, mais celui d'une bombe atomique ne parvient pas à les réveiller."), ça ne va malheureusement pas au-delà de la réflexion du titre, "C'est pas normal". Et si l'intro de Sortez sans moi ce soir sonne très Byrds, les paroles sont encore au niveau du yé-yé mal digéré ("Sortez sans moi, mais surtout n'en profitez pas pour aller me la chiper. Ce soir je rentre, adieu les gars, passez une bonne soirée.").
Voilà malgré tout une galette bretonne délicieuse et mystérieuse. Je ne sais pas ce qu'ont bien pu faire les membres du groupe après ce seul disque, mais je serais très surpris qu'ils n'aient pas persévéré dans la musique d'une manière ou d'une autre.

Les quatre titres de cet EP sont en écoute et en téléchargement chez Obsolète

11 mai 2013

THE BYRDS : All I really want to do


Acquis chez All Aboard à Londres le 26 avril 2013
Réf : 201796 -- Edité par CBS en Angleterre en 1965
Support : 45 tours 17 cm
Titres : All I really want to do -/- Feel a whole lot better

Le disque traînait sans pochette avec une vingtaine d'autres 45 tours dans une corbeille en plastique, mais il n'avait pas l'air en trop mauvais état. Sachant que, comme l'immense majorité des singles anglais de l'époque, il n'avait probablement jamais eu de pochette illustrée, j'ai récupéré une pochette neutre sur un autre disque et j'ai fait l'affaire. Un classique sixties à 1 £, de nos jours ça ne se refuse pas.
All I really want to do est le deuxième single des Byrds et, après le succès de Mr tambourine man, la maison de disques (la même pour les deux artistes) a dû insister pour sortir une autre reprise de Bob Dylan. Si dans sa version originale par Dylan, All I really want to do est avant tout une chanson légère, où Dylan joue comme un petit fou, avec son chant et ses paroles, avec le concept même de chanson d'amour (on peut considérer que L'amour avec toi de Polnareff, avec une approche différente, est une petite cousine de 1966 ce cette chanson), les Byrds en font une pop song "normale". Pas de rigolade, pas d'ironie, mais un changement de monde pour passer du folk au rock, du second degré au tube à la Beatles.
Je connaissais l'histoire de Sonny et Cher qui, après les avoir vus sur scène, auraient repompé l'arrangement de cette chanson par les Byrds pour en faire le premier 45 tours solo de Cher au moment même où les Byrds allaient sortir leur version (ils se sont du coup partagé les ventes, Cher réussissant mieux aux Etats-Unis, les Byrds ailleurs). Ce que je ne savais pas en achetant ce 45 tours, c'est qu'il a ceci d'intéressant que la version qui y est gravée est un enregistrement différent de celui qui figure sur le premier album des Byrds (la version album date du 8 mars 1965, celle-ci du 14 avril).
En face B, Feel a whole lot better prouve s'il en était besoin que les Byrds n'avaient pas besoin de Dylan pour écrire d'excellentes chansons et celle-ci, aussi incluse sur le premier album, méritait mieux qu'un statut de face B (qui ne l'a d'ailleurs pas empêchée de devenir un classique). Sur ce titre, les Byrds sont folk avec la douze cordes, pop avec leurs célèbres voix en choeurs, et surtout rock avec tout le reste (Avec Eight miles high et So you want to be a rock 'n' roll star, c'est l'un de leurs grands titres rock).
Ce titre serait en partie inspiré par la version de Needles and pins par les Searchers. Je ne suis pas allé vérifier, mais si c'est le cas c'est un juste retour des choses puisqu'à l'origine cette chanson a été écrite par Sonny Bono !
Pour ma part, j'ai pris les choses à rebours avec cette chanson, puisqu'avant de connaître cette version originale, j'ai déjà dû entendre la reprise des Flamin' Groovies, et surtout j'ai beaucoup écouté 50 years of fun, le premier single de Biff, Bang, Pow !, dont l'intro vient directement de Feel a whole lot better.




09 mai 2013

THE MONOCHROME SET : The jet set junta


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Réf : CHERRY 60 -- Edité par Cherry Red en Angleterre en 1983
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The jet set junta -/- Love goes down the drain -- Noise (Eine kleine Symphonie)

Ces derniers temps, quand je me suis retrouvé à passer une nuit à Londres, je n'avais rien trouvé qui m'intéressait dans l'agenda des concerts. Par contre, dès que j'ai vu annoncé pour ce samedi 27 avril 2013 une date avec non seulement The Monochrome Set mais aussi Stuart Moxham, j'ai su que j'y serai, même si j'ai découvert au dernier moment que la ligne de métro qui devait m'y conduire était fermée ce week-end là et même si le chauffeur du bus qui a zigzagué pendant plus d'une heure sous la pluie pour la remplacer ne connaissait visiblement pas l'itinéraire qu'il devait suivre.
Le Bush Hall, dans le quartier de Shepherd's Bush, est une salle de danse construite en 1904 et utilisée comme lieu de concerts depuis 2001. Il était plein ce soir-là (moyenne d'âge la bonne cinquantaine, sans surprise), mais ce n'était pas encore le cas quand The Would-Be-Goods ont ouvert les réjouissances. Il n'est pas étonnant de les retrouver à cette affiche étant donné que Jessica Griffin et son groupe ont depuis vingt-cinq ans souvent collaboré avec The Monochrome Set sur disque. Actuellement, leur bassiste est d'ailleurs justement Andy Warren. Quant à la batteuse, Debbie Green, la dernière fois que j'ai dû la voir jouer, c'était avec The X-Men en 1984 ! The Would-Be-Goods est un groupe pop très sympathique et j'ai particulièrement apprécié de les entendre chanter deux de leurs compositions en français (il y a quelques-unes dans cette langue qui parsèment leur discographie).
Pour leurs concerts, Stuart Moxham et The Monochrome Set ont pris des options diamétralement opposées. Moxham, à la guitare acoustique, a joué successivement avec deux de ses complices actuels, uniquement des chansons récentes. Sur le coup, je n'ai pas saisi le nom du premier, avec qui il a fait trois chansons, mais je n'ai pas été surpris quand j'ai découvert par la suite qu'il s'agissait de Louis Philippe, qui lui a été surpris d'entendre annoncer par Moxham l'enregistrement d'un des titres pour le week-end suivant. Derek Halliday lui a succédé. Ensemble, ils ont publié récemment l'album Moxham & Halliday. Pas un mot, pas une référence au passé, pas plus à The Gist qu'à Young Marble Giants. Ça, c'est visiblement réservé pour les apparitions en trio dans les festivals.
The Monochrome Set s'est présenté ensuite dans la formation de son dernier album, Platinum coils, soit trois "anciens" (Bid, Andy Warren et Lester Square, en fine moustache et costume rayé) plus Helena Johansson au violon et à la mandoline et Stuart Brummell à la batterie qui, visiblement au désarroi de Bid, a démarré le concert déguisé en Charlie !
La seule fois précédente où j'ai vu The Monochrome Set en concert, c'était le 10 mars 1984, dans une grande salle pleine d'étudiants et j'étais loin de la scène. Là, j'étais tout près et j'en ai pris plein les oreilles, grâce notamment à la guitare de Lester Square (qui avait quitté le groupe au moment de ce premier concert en 1984). Là, c'était très électrique et sur un rythme endiablé (beaucoup plus que prévu, selon les commentaires de Bid). Côté répertoire, l'inverse de Moxham, donc : hormis trois ou quatre titres du dernier album, dont mes préférés Hip kitten spinning chrome et Waiting for Alberto, quasiment tous les autres titres étaient tirés des premiers singles Rough Trade, de Strange boutique et Eligible bachelors, plus Jacob's ladder pour finir. Tout cela est excellent, bien sûr, même si cela laisse de côté des pans entiers de leur discographie (de toute façon, le temps était compté car ils devaient absolument arrêter de jouer à 23 heures).
Une fois rentré à la maison, quand j'ai cherché quel disque pouvait m'aider à rendre compte de ce concert, j'ai assez vite pensé à ce single The jet set junta, sorti en 1983 pour appuyer la promotion de Volume, contrast, brilliance..., la première compilation de The Monochrome Set qui associaient des titres de singles et de différentes sessions. Pourquoi ? Parce que le son est bien brut, comme pour le concert, et parce que deux des titres (peut-être même les trois, mais j'ai un doute pour Love goes down the drain) ont été jouées ce soir-là.
The jet set junta est l'un des titres phares d'Eligible bachelors. Il ouvre l'album et aurait fait sûrement un meilleur single que The mating game, mais ce n'est qu'un an plus tard qu'est sorti cette version, une démo pour le label Do It enregistrée fin 1981, une année où le groupe visiblement a cherché désespérément à trouver un successeur à Dindisc pour sortir son troisième album (un single chez Pre et d'autres démos pour E.M.I.) avant finalement de se retrouver chez Cherry Red.
Cette excellente chanson n'a pas non plus une thématique très facile à vendre : à grand renfort d'onomatopées, elle fait le parallèle entre la violence militaire et le luxe dont bénéficient des membres d'une junte, du champagne Cliquot aux tailleurs de Saville Row. Contrairement à ce qu'on peut lire parfois, je doute fort que cette chanson fasse une quelconque référence à la Guerre des Malouines, tout bonnement parce que les quelques notations précises qu'on y trouve (Montevideo, capitale de l'Uruguguay, et les Cruzieros, monnaie du Brésil) n'ont pas trait à l'Argentine, mais surtout parce que le titre a été composé et enregistré, on l'a vu, plusieurs mois avant la guerre du printemps 1982 !
Si la face A de ce 45 tours est extraite de Volume, contrast brilliance..., ce n'est pas le cas pour les deux morceaux de la face B, deux des titres de la session enregistrée pour John Peel le 14 février 1979 non retenus pour la compilation.
Love goes down the drain est l'une des nombreuses grandes réussites de Strange boutique. On en a ici une version dans un arrangement qui est en fait déjà très proche de la version de l'album, à sortir un an plus tard.
Quant à Noise (Eine kleine Symphonie), il s'agit bien sûr d'une première version d'Eine Symphonie des grauens, que le groupe allait enregistrer pour le fameux single Rough Trade quelques semaines plus tard en avril 1979. Là, ça sent un peu plus l'ébauche, dans le rythme et l'interprétation, ce qui explique peut-être pourquoi, si Love goes down the drain a été inclus sur certaines éditions CD de Volume, contrast, brilliance... et sur la compilation The independent singles collection, ce 45 tours est il me semble le seul disque où on trouve cet enregistrement.


The Monochrome Set, The jet set junta. Il s'agit de la version de ce 45 tours, mais les images ont été tournées postérieurement, en 1983, avec une formation différente du groupe. Extrait du DVD Pillows and prayers.

05 mai 2013

TALKING HEADS : Girlfriend is better


Acquis par correspondance via Ebay en avril 2013
Réf : EMI 5509 -- Edité par Sire en Angleterre en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Girlfriend is better -/- Once in a lifetime

J'ai acheté l'album Speaking in tongues de Talking Heads dès sa sortie, mais il m'a un peu déçu sur le moment. Il arrivait trois ans après le coup de maître qu'était Remain in light mais, contrairement à ce à quoi le groupe nous avait habitué jusque là, il ne nous surprenait pas par sa nouveauté et son innovation. Au contraire, c'était comme une phase de consolidation après Remain in light, bénéficiant cependant des apports du projet Tom Tom Club.
Avec le temps, je suis moins sévère avec ce disque, tout simplement parce que, objectivement, sur les neuf titres, cinq sont excellents, et c'est un score qui est loin d'être ridicule.
Parmi ces réussites de Speaking in tongues, Girlfriend is better a dû attendre un an et la sortie du concert filmé par Jonathan Demme Stop making sense pour bénéficier d'une sortie en face A de single.
La photo de pochette de ce 45 tours est révélatrice de ce qu'était devenu Talking Heads depuis 1980 : une grosse machine où les membres titulaires du groupe sont noyés parmi les chanteurs et musiciens invités. Ça ne pouvait pas durer et la tournée filmée pour Stop making sense fut la dernière du groupe, qui revint à ses fondamentaux en 1985 pour l'album suivant Little creatures.
Il est logique que Girlfriend is better soit mise en avant pour la promo de Stop making sense, puisqu'après tout c'est cette chanson qui donne son titre à l'album ("I got a girlfriend that's better than that and you don't remember at all as we get older and stop making sense") et que c'est l'un des moments marquants du film, quand David Byrne fait le coup du costume super extra large d'épaules. Musicalement, on ne perd pas au change avec cette version en concert par rapport à la version studio, au contraire : elle est ramassée (3'32 sur ce  45 tours et la version originale de l'album Stop making sense, beaucoup plus court que pour la version du film et la version studio), plus rapide et plus rythmée, en gardant toutes les qualités et les gimmicks sonores de l'originale.
En face B, Once in a lifetime est très bien également, mais le gain est moins évident, d'autant que, visuellement, David Byrne reprend la gestuelle qui avait été pour beaucoup dans la réussite de la vidéo qui accompagnait la chanson en 1980.

04 mai 2013

THE CHILLS : Heavenly pop hit


Acquis chez Cancer Research à Londres le 26 avril 2013
Réf : LASHX 22 -- Edité par Slash/London en Angleterre en 1990
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Heavenly pop hit -/- Whole lot of non -- Wave watching

Je l'anticipais depuis un moment, mais cette fois c'est arrivé et c'est bel et bien la fin d'une époque. Dans la cave du principal magasin Music and Goods Exchange, au 38 Notting Hill Gate à Londres, finis les disques bradés à 10 pence parce qu'ils n'ont pas trouvé preneur (récemment, il s'agissait de CD singles ou promos, plus des 45 tours à 50 pence; il y a bien longtemps, la cave était remplie de 45 tours à 10 pence, de maxis et d'albums à 20 ou 50 pence). Désormais, on n'y trouve plus que des disques qui démarrent à 2 £, CD ou 33 tours, et plus un seul 45 tours. On peut toujours y faire des affaires, car les prix baissent au fil du temps, et j'ai trouvé plusieurs disques de qualité à 50 pence ou 1 £, mais je n'en suis pas ressorti comme ces derniers temps avec une pile de 30 à 50 CD pour 5 £.
Changement aussi à l'étage, ou depuis au moins trente ans, on trouvait les raretés pop et rock. J'y allais avant tout pour le plaisir des yeux, mais là aussi on pouvait faire de très bonnes affaires quand les prix avaient baissé. Mais les raretés sont désormais réparties dans les différents magasins de la chaîne, pour faire place au stock Soul and Dance d'une de leurs boutiques spécialisées qui a récemment fermé : les loyers à Londres sont à des hauteurs incroyables...
Malgré tout, je suis revenu d'un week-end à Londres avec pas mal de bonnes choses, dont beaucoup trouvées dans des boutiques de charité, à des prix corrects, ce qui m'a surpris. Je suis notamment ressorti d'un magasin Cancer Research du quartier de St John's Wood avec deux vinyls et six CD à 1 £ pièce : c'est très rare que je trouve autant de bons disques au même endroit.
Parmi ceux-ci, il y avait ce maxi des Chills, un grand disque dans une pochette toute fine, un format pour lequel j'ai peu d'affection, mais celui-ci est comme neuf, et surtout excellent.
J'ai peu suivi les Chills après avoir pourtant apprécié la compilation de leurs premières parutions chez Creation puis leurs différents titres sur des compilations Flying Nun.
J'ai bien vu The Chills en concert le 7 octobre 1989, à l'affiche d'un fameux concert du Festival des Inrocks avec Felt, The La's et The Stone Roses, mais une Cigale bourrée à craquer ce n'est pas un lieu de concert idéal pour moi et j'ai peu de souvenirs de leur prestation, que j'ai peut-être suivie en partie de l'extérieur de la salle.
Ce concert a eu lieu juste après la fin de l'enregistrement du troisième album des Chills, Submarine bells, que ce single annonçait. J'ai eu l'occasion de l'écouter à l'époque, mais ce fut sûrement une écoute trop rapide et distraite tant j'étais d'avance persuadé que ce premier album sur un gros label était trop propret et trop pop ligne claire. Ce en quoi j'avais complètement tort et c'est ce qui m'a frappé en mettant Heavenly pop hit sur la platine. La production de Gary Smith sur ce titre (connu pour son studio Fort Apache et notamment le Come on pilgrim des Pixies) reste très sobre et le son n'est pas différent des précédents disques chez Flying Nun, avec un orgue très présent et, aux choeurs, Donna Savage, qu'on avait entendue sur la version de Kiss and make up de Saint Etienne. Il fallait oser donner un tel titre à un disque aussi important pour les Chills mais, même si le succès du single, plus qu'honnête, n'a pas été stratosphérique, Martin Phillips a s'est montré à la hauteur avec une chanson assez surprenante car la mélodie qui me parait la plus forte et la plus accrocheuse n'est pas celle du refrain, comme pour la plupart des tubes pop il me semble, mais celle des couplets.
Les deux titres de la face B sont issus des mêmes sessions mais ne sont pas sur l'album, et là  encore le son est pop mais pas surproduit et ces titres n'auraient pas déparé sur Kaleidoscope world. L'orgue et la guitare sont à l'unisson sur Whole lot of non, un titre que j'ai du mal à comprendre, tandis que, pour la première fois, la guitare est très en avant sur Wave watching, où on traverse presque la mer entre la Nouvelle Zélande et l'Australie pour atteindre le territoire des Go-Betweens.
En tout cas, voilà un disque excellent de bout en bout comme on aimerait en trouver plus souvent, pas cher et en bon état si possible, tout en sachant que, plus le temps passe, plus les (bonnes) occasions risquent de se faire rare.



01 mai 2013

KAJULU BOYS : Jane achieng


Acquis sur le vide-grenier de Rilly-la-Montagne le 21 avril 2013
Réf : SAN 7-9090 -- Edité par Philips au Nigéria en 1974
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Jane achieng -/- Yawa ma Nairobi

L'autre dimanche, sous le soleil mais avec un froid mordant, j'ai visité deux vide-greniers assez voisins.
Sur le plus petit, à Ludes, j'ai fait quelques affaires, avec une quinzaine de 45 tours à 10 centimes pièce (mais rien d'exceptionnel dans le lot) et surtout un bel EP chez Aux Ondes de David Martial, qui contient l'excellent Jerk vidé.
A Rilly-la-Montagne, malgré le plus grand nombre de stands, j'ai bien cru que j'allais repartir bredouille. Mais tout à la fin, au fond du parking de la gare, un gars avait quelques disques (2 € les grands, 1 € les petits), de la variété sans intérêt sauf ce 45 tours à la pochette EMI que j'ai crue anglaise. J'ai pris la peine de l'examiner et j'ai très vite décidé de faire affaire.
Après avoir payé, le gars m'a demandé par curiosité ce que j'avais choisi. Je lui ai montré le 45 tours en disant que c'était un disque africain de 1974. Et là, le gars a pris l'effet mémoriel du disque en pleine face. Il ne savait même pas qu'il avait ce disque dans son carton, mais l'année de sortie et un coup d'oeil à l'étiquette ont suffi pour lui faire remonter des souvenirs, tout de suite très vivaces, du Tchad en 1974, où il a séjourné. Clairement, il s'est souvenu du jour où il a acheté ce disque et d'un groupe qu'il avait vu. Il m'a parlé des musiciens rassemblés autour d'un instrument électronique, mais pour le coup ça me parait bizarre; il s'agissait peut-être tout simplement de leurs amplis. Rien ne dit non plus que les musiciens qu'il a vus sont ceux de ce disque, les Kajulu Boys.
Mon disque ne vient pas du Tchad. Il a été fabriqué en Afrique de l'Ouest, au Nigéria, mais, vues l'origine du groupe et la référence catalogue, il s'agit plus que probablement d'une édition sous licence d'un disque paru initialement sous une autre étiquette Phonogram, Sango, en Afrique de l'Est, au Kenya.
Les Kajulu Boys sont probablement originaires d'un lieu nommé Kajulu au Kenya. Ils ont sorti de nombreux disques au début des années 1970 (le site KenTanza Vinyl, ma principale source d'information pour ce billet, indique qu'ils ont enregistré pour au moins sept labels différents). Je ne sais rien de la composition du groupe, si ce n'est le nom de l'auteur-compositeur de leurs chansons, Owiti Origo.
Comme indiqué sur l'étiquette, le disque est chanté en Dholuo, la langue du peuple Luo, et il s'agit de musique de style Benga, un mélange de musiques traditionnelles avec plein de choses comme la rumba congolaise ou le kwela. Ce qui compte, c'est que le benga proposé ici est un style de musique africaine électrifiée comme je les aime. Les deux faces, Jane achieng et Yawa ma Nairobi (à écouter ci-dessous, même si mon transfert MP3 a énormément de souffle) ont une construction similaire pour une durée de près de cinq minutes, avec une première partie chantée sur un rythme donné, un changement de rythme vers le milieu et une deuxième partie plus instrumentale.
Une excellente trouvaille, donc, d'autant que je n'ai trouvé dans mes recherches aucune référence en ligne aux titres de ce disque, dans cette édition ou une autre.

En 2009, un documentaire sur le benga kenyan a été édité en DVD, accompagné d'une compilation CD.

 
Kajulu Boys, Jane achieng (1974).
 


 
Kajulu Boys, Yawa ma Nairobi (1974).

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