28 septembre 2013

NANA MOUSKOURI : C'est bon la vie


Offert par Sabine et Jean-Jacques à Saint-Memmie le 22 septembre 2013
Réf : 460 209 ME -- Edité par Fontana en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : C'est bon la vie (59th Street bridge song - Feeling groovy) -- Qu'il fait beau ! Quel soleil ! -/- Adieu Angelina (Farewell Angelina) -- Le toit de ma maison (Green green grass of home)

Régulièrement, des proches font les brocantes pour moi et m'offrent des lots de disques "anciens" susceptibles (ou non) de m'intéresser. Ça ne peut que me réjouir ! Parmi ceux qu'on m'a offerts dimanche dernier, ce 45 tours de Nana Mouskouri a tout de suite attiré mon attention. Pourquoi ? Parce que ce disque, avec Le temps des cerises, un autre extrait de l'album Le jour où la colombe..., faisait partie de la discothèque familiale au tout début des années 1970, et donc la pochette a tout de suite fait remonté des souvenirs.
Il me semble que, des quatre titres, c'est Adieu Angelina qui était la préférée de la famille. Je ne suis pas absolument certain que, si on m'avait questionné à froid, j'aurais immédiatement répondu que Bob Dylan est l'auteur de cette chanson, mais après avoir retourné la pochette pour y trouver cette information, j'ai réfléchi et j'en suis venu à la conclusion que, puisque nous n'avions pas Ecoute dans le vent de Richard Anthony à la maison à l'époque, ni Aufray chante Dylan et encore moins des disques de Dylan lui-même, c'est nécessairement avec cette interprétation de Farewell Angelina que j'ai fait mes débuts discographiques avec l'oeuvre révérée du Grand Bob.
Certes, il est l'auteur de la chanson, mais Adieu Angelina est plutôt une reprise de Joan Baez, qui l'a sortie et en a fait un succès en 1965, que de Dylan, dont le propre enregistrement n'a vu le jour officiellement qu'en 1991. Pour l'adaptation des paroles en français, Hugues Aufray et Pierre Delanoë sont restés dans ce cas précis assez fidèles au sens original, ce qui, avec le style "courant de conscience" du Dylan cuvée 1965, surprend dans la bouche de Nana Mouskouri. Un des couplets ("Regarde ces pirates dans la voie lactée qui tirent sur des boîtes avec un canon scié. Les voisins applaudissent poussent des cris de joie.") évoque presque du Tom Waits époque Swordfishtrombones / Rain dogs. De toute façon, je pense que, comme moi, 99 % des gens qui connaissent la chanson ne sont pas capables de citer de tête comme paroles que les deux mots du titre.
Pour moi, Nana Mouskouri n'était qu'un nom dans la grande liste de ceux qui ont repris Dylan en français, même s'il se trouve qu'elle en a fait plusieurs, mais en préparant ce billet, j'ai découvert que, par l'entremise de Leonard Cohen, qui la connait et l'apprécie, Bob Dylan a rencontré Nana Mouskouri à l'occasion d'un de ses concerts en 1979. Suite à ça, il lui a fait parvenir une démo d'une nouvelle chanson, Every grain of sand, que Nana a enregistrée quasiment au même moment que Dylan enregistrait sa propre version, parue sur Shot of love. Les deux sont régulièrement en contact depuis cette époque (et notons au passage que Giant Sand a aussi interprété Every grain of sand en 1990 sur l'album Swerve). 
Adieu Angelina a été un tube, mais ce n'est pas pour autant le titre principal du disque. Cet honneur échoit à C'est bon la vie, qui a également été un grand succès. Cette fois, il s'agit d'une reprise de 59th Bridge Street (Feelin' groovy) de Simon & Garfunkel. Là, il y a quand même comme un hic car, quand on voit Nana et qu'on l'entend chanter "Je suis libre comme l'air et prête à tout, la folie serait de ne pas faire de folies, vive la vie, que c'est bon la vie !", on a un peu de mal à y croire. Ce disque étant sorti en plein "été de l'amour" 1967, il faudrait qu'elle se décoince un peu. Certes, dans l'extrait télé ci-dessous elle a troqué le col roulé pour une tunique, mais elle est encore loin d'avoir tourné hippie ! Comme un pont sur l'eau trouble, qu'elle a aussi chanté, lui convient mieux. (Nana a aussi interprété ce titre en anglais).
Pour ces deux titres, Nana est accompagnée par son groupe habituel, Les Athéniens, à l'instrumentation assez sobre. Pour les deux autres, on a droit à Christian Chevallier et son Orchestre. Qu'il fait beau ! Quel soleil ! est carrément insupportable, aussi horrible que son titre. Ça va mieux pour Le toit de ma maison, une autre reprise, cette fois de Green green grass of home, popularisée par Porter Wagoner et surtout, en France en tout cas, par Joe Cocker. Au même moment, Dalida a aussi sorti sa version de cette chanson, adaptée par le même Jacques Chaumelle. Je préfère la version Mouskouri mais le titre de Dalida, Les grilles de ma maison, est mieux vu car, dans la chanson originale le narrateur rêve à sa maison alors qu'il est derrière les grilles d'une prison. D'un autre côté, comme toute référence à la prison a disparu de la version française, ça ne change pas grand chose. Et pour boucler la boucle, notons que Joan Baez a elle aussi interprété Green green grass of home, après Nana, en1969.

Nana Mouskouri a fait une tournée d'adieu en 2008. Ça ne l'empêche pas de repartir cet automne pour six mois de tournée mondiale.
En 1976, elle a interprété pour émission télé de Maritie et Gilbert Carpentier un medley de trois chansons de Dylan en duo avec Hugues Aufray, qui débute par une courte version d'Hello Angelina.



20 septembre 2013

RICHARD BARONE : Cry baby cry


Acquis chez Gilda  à Paris le 6 avril 2009
Réf : PBCD 6058S -- Edité par Passport aux Etats-Unis en 1988 -- For promotional use. Not for sale.
Support : CD 12 cm
Titres : Cry baby cry -- I belong to me

Quand j'ai acheté ce CD de Richard Barone, ancien des Bongos, je pensais avoir chez moi l'album dont il fait la promotion, Cool blue halo. Je me trompais car je confondais avec un album plus tardif qui a une pochette dans des tons assez proches, Clouds over Eden (cela signifie que le seul exemplaire de Cool blue halo que j'ai eu entre les oreilles c'est celui que La Radio Primitive avait reçu à sa sortie en 1987). Je pensais aussi, au vu de la pochette, qu'il n'y avait qu'un seul titre sur le disque, comme c'est souvent le cas pour les promos. J'ai eu la bonne surprise de découvrir sur le CD lui-même lui-même qu'il y en avait un deuxième. Ce disque doit être relativement rare car je n'en ai absolument trouvé aucune trace en ligne.
Cool blue halo est le premier album "solo" de Richard Barone, mais il était déjà coutumier des aventures extra-Bongos puisqu'il avait sorti en 1983 avec James Mastro Nuts and bolts, un album qu'on qualifiera de "duo".
Cool blue halo est un disque un peu particulier : il est enregistré en concert, au Bottom Line à New-York, mais il contient une bonne part de nouveaux titres, plus quelques reprises et des versions de chansons des Bongos. La formation du groupe est aussi originale : deux guitares, violoncelle et percussions. Ça en fait un disque que les anglophones qualifient de "pop de chambre", sans penser au dérapage possible en français...
Quelques mois après la sortie de l'album, le label a choisi pour le promouvoir auprès des médias de mettre en avant l'une des trois reprises du disque, celle des Beatles (les autres sont de Bowie et de T-Rex, dont Barone avait déjà repris Mambo sun avec les Bongos). L'original du titre en question, Cry baby cry, chanté par Lennon, se trouve perdu au milieu de la dernière face de l'album blanc The Beatles.  Comme cette (bonne) version comporte aussi  des cordes et du piano, elle sonne assez proche de l'originale, mais elle est aussi moins électrique. Autre petit détail qui fait l'intérêt de ce disque promo, la chanson est (probablement légèrement) remixée par rapport à celle de l'album. Elle est aussi raccourcie de sept secondes.
Le titre original qu'on entend ensuite est I belong to me, dont les paroles, qui comprennent l'expression "cool blue halo", fournissent son titre à l'album. C'est une réussite. J'ai appris en préparant ce billet que les Bongos n'étaient pas (encore) séparés quand Cool blue halo est sorti et qu'ils avaient enregistré en 1985 et 1986 un album pour Island, qui comprenaient des versions d'I belong to me et de Tangled in your web. Le disque n'est pas sorti à l'époque, mais ce sera chose faite dans quelques semaines sous le titre Phantom train.
Et l'actualité est chargée pour Richard Barone puisque le même label, Jem Recordings, ressort Cool blue halo dans une version spéciale 25e anniversaire, qui passe de onze à vingt titres. Et ce n'est pas tout, puisqu'il y a aussi eu un concert du 25e anniversaire de Cool blue halo, à New York le 4 mai 2012, avec notamment Garth Hudson et Tony Visconti en invités, qui est édité en double CD accompagné d'un DVD ! Et si les fans de Richard Barone ne sont pas rassasiés avec tout ça, ils peuvent toujours se mettre en quête de ses mémoires édités en 2007, Frontman : surviving the rock star myth. 

A lire chez The Vinyl District, une longue et intéressante interview de Richard Barone, en 2012.


Richard Barone, Cry baby cry, dans l'émission New grooves le 14 mars 1988.

15 septembre 2013

GORDON KEEN AND HIS BMX BANDITS : Gordon Keen and his BMX Bandits


Acquis au Cash Converters du boulevard des Batignolles à Paris dans la seconde moitié des années 1990
Réf : SUN 006 -- Edité par Sunflower en Ecosse en 1992
Support : CD tours 12 cm
7 titres

Je n'ai pas du tout suivi BMX Bandits à leurs débuts, comme je n'ai pas suivi la plupart des groupes de la vague noisy pop en-dehors de ceux directement liés à Creation. En plus, ces idiots avaient justement choisi d'appeler leur premier album C86, en 1990, au moment où ce style et cette posture commençaient à lasser. Par la suite, quand le groupe a signé chez Creation, justement, j'ai reçu certains de leurs disques, dont Serious drugs, et ils ont fortement monté dans mon estime quand ils ont repris That Summer feeling de Jonathan Richman. Ce n'est pas un titre facile à reprendre et leur version n'était pas particulièrement renversante, mais la choisir était déjà une preuve de bon goût !
Juste avant d'aller chez Creation, le groupe a sorti ce CD au statut un peu bizarre, que j'ai trouvé pour rien quelques années plus tard à Paris (avec les disques des Moonflowers et de Collapsed Lung, entre autres). Bizarre ? Sans explications, le disque est crédité non pas au seul groupe, mais à Gordon Keen (le guitariste) and his BMX Bandits. Ensuite, si le vinyl était un maxi 45 tours 5 titres, avec 7 titres et 18'30, cette version CD hésite entre le mini-album et l'EP à rallonge sauce américaine. Et puis, si l'on en croit la mention "Skeletons in the cupboard" à l'intérieur du livret ("Des squelettes dans le placard"), il semble bien que ce disque ne soit pas une entrée à part entière dans leur discographie, mais plutôt une compilation de raretés ou de titres inédits enregistrés à droite et à gauche.
La vraie raison pour laquelle j'ai acheté ce disque, c'est qu'il y au dos un titre crédité à D. Treacy, Girl at the bus-stop. C'est une chanson que je ne connaissais pas, et pour cause, étant donné que les Television Personalities ne l'avaient pas publiée sur disque (une démo de 1987 a été incluse en 2005 sur la compilation And they all lived happily ever after). On en a droit ici à deux versions, une démo à la guitare acoustique enregistrée à la maison (avec une deuxième voix), et une en groupe avec basse, batterie et guitare électrique. La chanson est excellente, l'histoire éternelle d'un amoureux transi caricaturalement empoté qui, pour faire la connaissance de la fille à l'arrêt de bus, qui en plus d'être belle est toujours ponctuelle (elle est toujours là à huit heures), n'est capable ni d'engager la conversation ni de changer son itinéraire, à moins qu'elle lui dise d'abord bonjour.
Avec le titre d'ouverture du disque, Your class, Duglas Stewart, le membre principal et permanent des BMX Bandits, montre qu'il est capable de faire aussi bien que le maître Dan Treacy dans la confection pop haute qualité mais basse fidélité. Il vise même haut car avec la batterie et le violon, on a l'impression qu'il se mesure carrément à Phil Spector, avec des paroles du même tonneau : "If I can't be with the girl I love, should I love the girl I'm with ?" et "What you do is breaking my heart in two and I'll never get too tired of you. Don't say we're through 'cos that could not be true". Cette chanson figurait déjà sur C86 mais je ne sais pas s'il s'agit de deux versions différentes. La connexion avec les TVP's était suffisamment forte pour que les deux groupes participent en 1991 à l'excellent singles club du label Clawfist, dont le principe était que deux groupes s'entre-reprennent. Les Bandits avaient choisi Someone to share my life with tandis que les TVP's s'étaient justement attaqué à Your class.
TVP's, BMX Bandits, Pastels, avec tous ces groupes il ne faut pas s'attendre à un chant techniquement parfait ni même toujours juste. Ici, le chant est aussi dans la norme que la photo de pochette est de qualité professionnelle ! Stewart coupe l'herbe sous le pied de ses éventuels détracteurs en démarrant Hot bandito No. 1 par "I wanna be a better singer but I can't". Ce titre-là est par ailleurs sûrement celui que j'aime le moins sur ce disque. King of the fools n'est pas non plus une chanson parfaite, mais elle réussit presque à recréer en Ecosse  et en pseudo-gospel l'ambiance de Party in the woods tonight de Jonathan Richman & the Modern Lovers. Pas trop étonnant quand on lit chez Popsided dans une longue interview de 2009 de Duglas Stewart par Spaz que Rock 'n' roll with The Modern Lovers est un disque qui l'a énormément marqué.
On a ensuite une version en public de Kylie's got a crush on us, une excellente pochade écrite par Gerard Love de Teenage Fan Club pour l'un de ses nombreux groupes, The Clydesmen. Une version studio sera enregistrée pour Creation et sortie en single en 1993, mais elle est plutôt moins convaincante et moins sympa que celle-ci.
Le disque se termine avec Come and get it, une chanson signée Paul McCartney. Contrairement à ce que j'avais imaginé, il ne s'agit pas d'une reprise des Beatles ou de Wings, mais d'un titre enregistré par Badfinger en 1969.

Duglas Stewart tourne toujours et enregistre avec ses BMX Bandits. Jim Burns lui a dédié en 2011 un documentaire, Serious Drugs - Duglas and the Music of BMX Bandits, projeté en festivals mais qui n'a pas encore fait l'objet d'une édition en DVD.

14 septembre 2013

THE WOODENTOPS : Everyday living


Offert par Rough Trade à Londres probablement en novembre 1986
Réf : RT 178D -- Edité par Rough Trade en Angleterre en 1986
Support : 45 tours 17 cm + 33 tours 17 cm
Titres : Everyday living -/- Why & Move me -/- Well well well

Entre 1985 et 1987, j'ai eu quelques fois l'occasion de me rendre dans les locaux de Rough Trade Records. Un jour, au 61 Collier Street, j'y ai croisé les Woodentops, ou tout au  moins les deux membres du groupe que j'étais en mesure de reconnaître, Rolo McGinty et Alice Thompson. Un autre jour, ou peut-être bien le même, j'en suis ressorti avec une pile de nouveautés Rough Trade en cadeau, parmi lesquelles ce double single du groupe, le deuxième à être extrait de leur premier album, Giant.
Clairement, Rough Trade a espéré pendant un temps que The Woodentops allait suivre le chemin tracé par The Smiths et rencontrer un grand succès populaire et commercial. Il y avait la matière pour, avec un groupe soudé autour d'un leader photogénique et qui passait bien en interview, et surtout qui écrivait d'excellentes chansons. Comme les Smiths, ils avaient aussi des pochettes originales et remarquables, dues à Panni Charrington. Le label a dû investir une bonne partie des profits générés par les Smiths pour une série d'excellents singles en 1985 et le premier album en 1986, avec les meilleurs producteurs : Animal Jesus, alias Andy Partridge, pour Move me et Well well well, Swami Ananda nagara, alias John Leckie, pour It will come et Bob Sargeant (The Monochrome Set, The Beat,...) pour Giant. Côté promotion, Rough Trade a également mis le paquet (en plus du disque, j'avais récupéré des affichettes - il m'en reste une, toute jaunie vue qu'elle a passé des années sur un mur de ma cuisine - et des cartes postales), ce qui a valu pas mal de bonne presse aux Woodentops, mais tout cela ne s'est jamais complètement traduit en popularité.
Good thing, le premier single extrait de Giant, avait quand même pas mal marché, et Rough Trade a sorti dans la foulée Everyday living, au titre réduit par rapport à sa version album, qui était Love affair with everyday living.
Ce que la pochette ne dit pas clairement (il faut scruter le rond central des disques pour le savoir), c'est qu'il s'agit d'un single de remixes. Le premier disque, face A extraite de l'album et face B précédemment inédite, est remixé par Adrian Sherwood d'On-U Sound. Le disque bonus, qui s'écoute bizarrement en 33 tours alors que les titres ne me semblent pas exceptionnellement longs, est déjà une sorte de best of, puisqu'on y retrouve deux des excellentes faces A de l'année précédente, Move me et Well well well, qui sont remixées par un ingénieur du son réputé dans le reggae, Godwin Logie (pour Well well well, je pense qu'il s'agit de la même version que le maxi original).
Quatre excellentes chansons, originales, avec un son puissant, mais au bout du compte un disque de plus des Woodentops qui est resté côté ventes au niveau du haut des charts indépendants. Et pourtant, le groupe est même passé dans des émissions de télé pour la jeunesse !

The Woodentops se sont reformés il y a quelques années. One Little Indian a édité cette année Before during after, une compilation triple CD de leurs albums remasterisés, de remixes et de raretés. Le groupe annonce la sortie prochaine d'un tout nouvel album, leur troisième, vingt-cinq ans après le précédent.

08 septembre 2013

CHEVALREX : Catapulte


Acquis par correspondance chez Sorry But Home Recording en avril 2013
Réf : #040 -- Edité par Sorry But Home Recording en France en 2013 -- n° 083/200
Support : 33 tours 30 cm + fichiers MP3
10 titres

On nous avait plus ou moins annoncé un nouvel album de Nubuck! pour 2013, mais ce projet semble en sommeil ou retardé. A la place, quelques mois après le Bagarres lovesongs de Gontard!, on a eu le plaisir de voir sortir au printemps un nouveau projet de l'autre frère Nubuck, qu'on connaît sous le patronyme Rémy Chante mais qui se présente ici sous la bannière Chevalrex.
On est en 2013 et les façons de diffuser la musique évoluent. Ainsi, Catapulte est disponible sous deux formats : on peut télécharger gratuitement en MP3 les dix titres de l'album (rien n'interdit j'imagine de contribuer financièrement si on le souhaite...) ou on peut commander le disque, le premier 33 tours édité par Sorry But Home Recording, un album en vinyl bleu transparent, tiré à seulement 200 exemplaires, tous différents car chaque exemplaire a sa propre pochette, imprimée en relief (les lunettes sont fournies).
Cette pochette a été l'occasion pour Rémy Chante et le collectif Brest Brest Brest dont il fait partie d'une nouvelle collaboration avec l'artiste belge Benjamin Demeyere, qui fait suite notamment au projet Les déserteurs. Les 200 pochettes ont été exposées en mars à Anvers.
Si les disques de Rémy Chante étaient instrumentaux, à l'exception notable de Disque lazer / Les plus belles villes du monde, celui-ci associe à parts à peu près égales instrumentaux et titres chantés. C'est Rémy qui se charge entièrement seul de la musique, avec pas mal de boite à rythmes et de synthé, mais aussi du ukulélé sur Mariage tahitien. C'est lui qui chante également, avec l'apport de quelques voix enregistrées.
Comme pour le disque de Gontard!, il y a fort logiquement quelques titres pour lesquels on peut deviner le traitement que Nubuck! leur aurait appliqué. Ici, c'est particulièrement le cas pour Vers les tombes et Jamais sans ma hâche, mais ce dernier me fait aussi fugitivement penser (pour le son des cuivres) à Lambchop. Il n'est pas impossible que Morse fasse un clin d'oeil à Calexico.
Parmi les autres réussites du disque à mon sens, il y a L'Etna & mourir et Le désert commence là, un très bon choix pour ouvrir le disque.
Parmi les instrumentaux, il n'est pas surprenant qu'il y en ait un de temps qui me fasse penser à Pascal Comelade. Ici, c'est l'excellent Polina. Pour Bas relief, c'est plutôt Deux Filles qui m'est revenu aux oreilles, le faux groupe des années 1980 des anglais Simon Fisher Turner et Colin Lloyd Tucker, qui a récemment été réédité.

Catapulte est disponible chez Sorry But Home Recording. Il reste des 33 tours, mais sûrement plus pour longtemps.
Des concerts de Chevalrex sont annoncés en Belgique, le 12 octobre à Bruxelles (La Charcuterie) et le 13 à Anvers (Mokkakapot). Dommage, je serai sûrement coincé à Reims ce week-end là...


07 septembre 2013

MAURICE CHEVALIER : Qu'auriez-vous fait ?


Acquis sur le vide-grenier de Fagnières le 1er septembre 2013
Réf : K-6574 -- Edité par Gramophone en France vers 1932
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Qu'auriez-vous fait ? -/- Oh ! Cette Mitzi !

J'étais assez morose dimanche dernier vers la fin de mon tour sur le vide-grenier de Fagnières. Non seulement j'avais été privé de balade en brocante les deux dimanches précédents pour cause de pluie, mais là j'avais l'impression de vraiment perdre mon temps car je n'avais absolument vu aucun disque intéressant, rien qui me donne un petit coup au coeur. A tel point que, lorsque que j'ai vu un petit paquet de quatre ou cinq 33 tours posés contre le pied d'une table de camping, avec un album de Gérard Lenorman visible sur le devant, j'ai hésité à me baisser pour voir les autres. J'ai bien fait de faire l'effort puisque, glissés entre les 33 tours, il y avait deux 78 tours en très bon état. L'un d'Albert Préjean, qui n'était pas Amusez-vous, je l'ai donc laissé, et l'autre ce disque de Maurice Chevalier, avec deux chansons du film Une heure près de toi d'Ernst Lubitsch. Et là, on peut dire que j'ai été content de ma trouvaille qui, avec plus de quatre-vingts ans d'âge, se trouve être le plus ancien de mes disques chroniqués ici.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, si elles ont déclenché en moi une première curiosité pour le bonhomme, ce ne sont pas les interprétations sur scène par Jonathan Richman de ses chansons qui m'ont fait supporter, et même apprécier, Maurice Chevalier. Non, ce qui m'a fait vraiment évolué dans mon appréciation, c'est la projection de One hour with you à laquelle j'ai assisté le 14 juin 2005 à l'Institut Lumière de Lyon, dans le cadre d'une soirée sur le thème des films français made in Hollywood.
D'abord, j'ai beaucoup apprécié cette comédie musicale de 1932 adaptée d'une pièce de théâtre (par chez nous on dirait "de boulevard") de Lothar Schmidt, et notamment les chansons de Maurice Chevalier. Et surtout, cette projection a déclenché chez moi un intérêt jamais démenti depuis pour le cinéma d'Ernst Lubitsch, qui avait déjà adapté cette pièce en 1924 dans une version muette, The marriage circle (Comédiennes).
En plus de la projection elle-même, la soirée avait été marquée par l'intervention de Martin Barnier, auteur du livre Des films français made in Hollywood, à propos des films en versions multiples produits au tout début de l'expansion du cinéma parlant. En effet, le cinéma parlant était, à cause de la langue justement, moins facilement commercialisable à l'échelle mondiale que le muet. Les améliorations du son optique permettant d'ajouter des pistes sonores, et donc permettant le doublage, n'ont été mises au point que dans le courant de la première moitié des années 1930. Dans l'intervalle, comme ce fut le cas pour One hour with you, la parade trouvée par les studios américains fut d'enregistrer à la chaîne plusieurs versions du même film, dans les mêmes décors, avec les mêmes acteurs, ou pas, suivant qu'ils étaient plus ou moins polyglottes. Pour Une heure près de toi, la version en français de One hour with you, tournée à la suite ou en même temps que l'autre à Hollywood, on retrouve à l'affiche Maurice Chevalier, bien sûr, et son épouse dans le film en anglais, Jeanette Mac Donald, mais les autres rôles principaux sont tenus par Lili Damita, Pierre Etchepare et Ernest Ferny, qui ne figuraient pas dans le film en anglais. Malheureusement, ce soir-là à Lyon, c'est le seul film en anglais que nous avons vu. La comparaison avec celui en français aurait été intéressante, mais apparemment il en reste très peu de copies, projetées très ponctuellement dans des festivals ou à la Cinémathèque. Les éditions en DVD de ce film, que je vous conseille vraiment de voir, proposent One hour with you avec des sous-titres en français, mais pas Une heure près de toi, quoi que dise la jaquette.


L'affiche d'Une heure près de toi.

Ce disque 78 tours reprend mes deux chansons préférées du film, ici chantées en français, puisqu'il s'agit d'un disque édité en France. L'étiquette du disque m'apprend que Chevalier était un baryton (et qu'il est accompagné par un orchestre). Les partitions publiées à l'époque précisent que Qu'auriez-vous fait ? est un fox trot chanté, tandis qu'Oh ! Cette Mitzi ! est une marche fox trot chantée. De quoi je déduis que le fox trot était très en vogue dans les années 1930.
Depuis 2005, j'avais eu l'occasion de me procurer un CD où l'on trouve ces deux chansons, disponibles également sur l'Internet Archive dans une collection de chansons de film des Maurice Chevalier des années 1929-1934. On y trouve aussi les mêmes chansons dans leur version en anglais, What would you do ? et Oh ! That Mitzi !, ce qui permet de constater que les orchestrations des versions anglaises et françaises sont très différentes l'une de l'autre : en anglais (les versions semblent être celles du film), les violons sont très présents, tandis que les versions françaises sont plus rythmées et plus cuivrées.
Surtout, j'ai eu une très bonne surprise en écoutant le 78 tours sur mon beau Teppaz : après quelques mesures de Qu'auriez-vous fait ?, la musique s'est arrêtée, et voilà que Maurice Chevalier s'est mis à me parler pour présenter la chanson ! Pareil au début de l'autre face. La suite de l'enregistrement correspond exactement à la version d'Internet Archive, mais ça m'a tellement saisi que je vous ai mis en écoute ci-dessous la version du 78 tours (en très basse fidélité).
Et, même si ce n'est pour trouver qu'un seul disque de ce calibre par semaine, je veux bien continuer à arpenter les vide-greniers le week-end...!


Qu'auriez-vous fait ?, dans la version avec monologue d'introduction de mon 78 tours.


Oh ! Cette Mitzi !, dans la version avec monologue d'introduction de mon 78 tours.


Qu'auriez-vous fait ?, un MP3 de bonne qualité disponible sur Internet Archive, mais sans monologue d'introduction.


Oh ! Cette Mitzi !, un MP3 de bonne qualité disponible sur Internet Archive, mais sans monologue d'introduction.


La couverture d'une partition pour Qu'auriez-vous fait ?.




Les premières minutes de One hour with you.

01 septembre 2013

ERNIE MOTKA : Protozoaires


Offert par Catalogue par correspondance en août 2013
Réf : Cata026 -- Edité par Catalogue en France en 2013
Support : 1 fichier MP3
Titre : Protozoaires

Catalogue est un nouveau label qui compte déjà à son catalogue trente titres par trente artistes différents. J'ai particulièrement apprécié la Téléportation d'Hercule (qui m'a un peu fait penser à Devo), le Je suis un steak de The Bulbs, l'Abracadabracadabra de The 3 Krauns, mais j'ai aussi beaucoup aimé les titres de Driftman Dragon, Joder Loop, Richard Mix, Magic Shoes, Craft, Full Speed, The Pickles et Raoul Mannick.
Il fallait bien en isoler un pour le chroniquer ici, et mon choix s'est porté sur ce Protozaires d'un certain Ernie Motka, un petit bijou d'électro-pop avec une boite à rythmes échevelée, une guitare rythmique saccadée, un son de basse bien rond, un synthé quasi canardoïde et des choeurs moqueurs. Le refrain, en deux alexandrins, est celui d'une catégorie qui n'est pas la plus courante, la chanson de non-amour : "Avec tout le respect que je ne te dois pas, permets-moi de te dire que je ne t'aime pas".
Si, à l'écoute de tous ces titres, vous trouvez des parentés sonores avec les disques de Oui Oui ou les productions du chanteur-guitariste du groupe Etienne Charry, eh bien, c'est tout à fait normal, car Catalogue est un projet d'Etienne Charry, un label de musique dont il est le directeur, l'attaché de presse, le graphiste et les artistes. Ce qui n'en fait peut-être pas un label de la famille des virtuels, comme Vivonzeureux! Records, mais bel et bien un label d'artistes virtuels ou imaginaires. Et le catalogue de Catalogue confirme ma conviction qu'un nom, un titre et une image graphique peuvent suffire à donner une identité à une production musicale : on peut avoir une idée du son de certains titres simplement avec ces éléments.
Le projet Catalogue est participatif : on peut signer un contrat et devenir producteur d'un artiste ou d'un morceau pour le promouvoir ou le commercialiser. On peut aussi, en accord avec le directeur du label, incarner un artiste de son choix, créer une chorégraphie originale sur un morceau, en remixer ou en ré-interpréter un, ou encore réaliser une vidéo.
Aube radieuse Serpent en flammes, le deuxième album d'Etienne Charry, est sorti en 2002, il y a plus de dix ans, donc. Ça peut paraître énorme, mais il n'a pas pour autant été inactif pendant cette période. Au contraire, il a écrit, composé, interprété des chansons pour des spectacles (notamment de Grand Magasin), des films et autres productions audiovisuelles, des expositions et des performances. Dans ce contexte, on n'espérait plus voir sortir un CD d'Etienne Charry, mais l'ampleur d'une production comme le film L'écume des jours, réalisé par son compère de Oui Oui Michel Gondry et dont il a signé la musique, nous a donné la bonne surprise plus tôt cette année de voir paraître un double-album de la bande originale du film.
C'est devenu une nécessité vitale pour la plupart des musiciens de nos jours, mais pour sa part, cela fait maintenant une dizaine d'années qu'Etienne Charry explore différentes pistes pour produire et diffuser de la musique en-dehors du circuit habituel de l'industrie musicale, des disques et des concerts. Catalogue est son dernier projet en date, mais il y a eu précédemment Trous d'eau (des pièces de musique en exemplaire unique, vendues comme des oeuvres d'art plastiques), Salon cerveau diffusion, Musiques à la carte (on commande sa musique comme des plats au restaurant) et, en 2011 (j'étais passé complètement à côté), Les Synchrotypes, un autre groupe imaginaire, auquel Etienne a donné un répertoire de quatre titres, avant de demander à vingt-quatre artistes de le faire exister visuellement. Cela a donné lieu à une exposition et à la publication d'un livre-disque, toujours disponible.
Avec Catalogue, Etienne Charry continue de prouver qu'il a une imagination et une production foisonnantes, et surtout, il continue de produire une musique qui m'emballe. J'attends donc toujours la suite avec impatience...

L'intégralité du catalogue de Catalogue est en écoute sur le site de Catalogue.

Ajout du 8 juillet 2014 :
Plusieurs artistes de Catalogue  se sont désormais incarnés en vidéo. Parmi eux, pour mon plus grand plaisir, Ernie Motka !

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