30 novembre 2013

MERCURY REV : Chasing a bee


Acquis au Record & Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans les années 1990
Réf : BBQ 1CD -- Edité par Beggars Banquet en Angleterre en 1992 -- Promo
Support : CD 12 cm
Titres : Chasing a bee -/- Coney Island cyclone

Quand Yerself is steam, le premier album de Mercury Rev, est sorti en 1992, nous avons reçu à La Radio Primitive l'édition limitée qui contenait un deuxième album en bonus, Lego my ego. J'ai toujours regretté de ne pas avoir acheté ce double-disque quand il était encore facilement disponible à l'époque, d'autant que j'avais une préférence pour l'album-bonus, qui contenait If you want me to stay, une reprise de Sly Stone éditée à l'origine par le Rough Trade Singles Club, Car wash hair, le premier single du groupe, et une version Peel session de Syringe mouth que j'ai toujours préférée à celle de l'album.
Je me suis rattrapé quelques années plus tard en dégottant à Londres ce CD promo anglais, qui associe Chasing a bee, le morceau d'ouverture de Yerself is steam, dont les paroles fournissent son titre à l'album (Il faut peut-être comprendre Your self-esteem, d'ailleurs), à la version Peel session de Coney Island cyclone, extraite de Lego my ego.
A plus de sept minutes, Chasing a bee ne risquait pas d'être un succès radio. Notons d'ailleurs que, s'il y a bien eu un maxi CD sorti aux Etats-Unis, avec une pochette différente et cinq titres qu'on trouve aussi sur Lego my ego comme faces B, Beggars Banquet n'a par contre jamais commercialisé ce single en Angleterre, ce qui rend ce CD promo, et surtout sa pochette, d'autant plus rare et intéressant.
Je me souvenais que les débuts de Mercury Rev étaient plus énervés que ce qu'ils ont produit par la suite. Mais en réécoutant aujourd'hui ces deux titres paresseusement psychédéliques, et même avec un chanteur différent, on arrive très bien à faire le lien avec, par exemple, leur grande réussite Deserter's songs. Dans sa version Peel session, présente sur Lego my ego, Chasing a bee s'appelait Chasing a girl (inside a car), et je crois bien que je préfère ce titre alternatif.
Je n'ai plus aucun regret maintenant car je viens de m'offrir l'édition originale de Yerself is steam / Lego my ego, qu'à ma grande surprise on arrive encore à trouver pour pas trop cher. De toute façon, il y a eu en 2007 une réédition de ce double-CD, avec en plus un DVD, qui contient uniquement la vidéo de Chasing a bee (à voir ci-dessous) et celle de Car wash hair. C'est un peu du gâchis.



23 novembre 2013

MICHAEL HOLT & THE KIDS : The dawn chorus


Acquis chez Elisabeth et Jean-Pierre Moya à Reims le 13 novembre 2013
Réf : [sans] -- Edité par michaelholtmusic.com au Canada en 2010
Support : CD 12 cm + Affiche 36 x 60 cm
15 titres

J'ai assez souvent pu assister à des prestations musicales chez des amis ou de la famille, généralement à l'occasion de fêtes, mais c'est la première fois, grâce à l'invitation d'Elisabeth et Jean-Pierre (de Rockomondo), que j'assiste à  un concert "à la maison" organisé comme tel. Je ne connaissais pas The Mommyheads, le groupe dont il fait partie depuis les années 1990 (et avec un nom pareil, je me serais attendu à un son garage, ce qui n'est pas le cas), et encore moins Michael Holt lui même, mais je m'attendais à passer une très bonne soirée et je n'ai pas été déçu.
Vétéran d'un groupe qui a signé en 1996 chez un gros label américain, Geffen, et a sorti un album produit par Don Was, Michael Holt connait de l'intérieur, on peut en être certain, l'industrie de la musique dans toute sa splendeur et son horreur. Depuis quelques années, il a visiblement décidé de tourner le dos à cette façon de produire et de vivre la musique et travaille de façon indépendante, en éditant lui-même ses disques et en en se produisant en priorité, c'est un choix réfléchi et assumé, dans des concerts à la maison où la participation financière est libre.
Pour lui, ça se traduit par trois mois de tournées dans l'année, où il en voyage en train et en avion, avec sur le dos tout son matériel. Sa tournée de l'automne 2013 compte 66 concerts, aux Etats-Unis, au Canada (où il est établi depuis une quinzaine d'années) et en Europe. Il l'a intitulée The sacred culture tour, avec comme explication : "Comment pouvons-nous ensemble nous inspirer à traiter la musique, la nourriture,  la communauté, la fête et la planète comme si elles étaient sacrées ?".
Ces concerts sont l'occasion pour lui de se produire en public devant un public intéressé, motivé, mais aussi varié, et de faire des rencontres. Côté public, à une vingtaine dans le salon, contents de se retrouver et de partager la soirée ensemble, repas compris, nous avons en plus pu profiter dans des conditions optimales de la prestation de Michael Holt, qui a joué, pendant près de deux heures je pense, une sélection de titres couvrant l'ensemble de son parcours discographique, et au-delà.
Michael a une très belle voix, placée assez haut dans le registre, et c'est d'abord un joueur de claviers. Il l'a prouvé en ouvrant le concert avec de la musique française, son interprétation du menuet du Tombeau de Couperin de Maurice Ravel. Il a également joué une ouverture au piano qu'il a composée dans le cadre d'un projet qu'il vient de conclure et sur lequel il a travaillé ces dix dernières années.
Il a alterné chansons à la guitare acoustique ou au piano/orgue électronique, en produisant un spectacle parfaitement construit, avec divers accessoires (tambourin, kazoo, nez rouges...), pas mal de chapeaux, dont un fez avec lequel il donne une interprétation délirante de son Nino wrote a tune et un chapeau de chef cuisinier pour l'un de mes titres préférés de la soirée, The Essex house. Et comme il ne doit pas faire deux concerts identiques (il n'a pas de liste de tritres pré-établie), il a profité de la présence de cet objet dans la maison pour se faire accompagner sur un titre par une grande marionnette !
Après le concert, Michael Holt vendait ses deux derniers CD, où il est accompagné par The Kids. Si je n'ai pas choisi le dernier en date, Jubilation, c'est tout simplement parce que j'ai été attiré par la pochette de ce The dawn chorus, une peinture de Matt James , d'autant qu'une affiche reproduisant cette pochette était fournie avec le CD.
Le concert ne m'a pas déçu, et l'album non plus ! Il est marqué par une conscience écologique aigüe, avec plusieurs titres sur le thème des animaux et de la nature. La majeure partie des titres sont dans un style qu'on pourrait qualifier de pop-rock (The sound of love, John O'Dreams, Today, It's not up to us) avec un chant et des arrangements qui m'évoquent parfois Andrew Bird. D'autres titres, comme Hummingbird et The ballad of Isaac and Jyllian, sont dominés par le piano. Il y a aussi une très bonne chanson dans le style country, An animal invitation.
Parmi mes titres préférés, on trouve celui qui ouvre le disque,Those lonely tears, une chanson très émouvante interprétée a cappella, et aussi The whole world is a song, Great bodies of nature, Back to zero et The desert song.
Un excellent album, donc, et une soirée mémorable. Michael Holt a poursuivi son chemin par Lille et la Belgique, mais guettez sa prochaine tournée en 2014 ou, pourquoi pas, contribuez à l'organiser !


Michael Holt, Desert song, en public à Reims le 13 novembre 2013.
Egalement à voir sur YouTube, un autre extrait de ce concert, Like a brick (une chanson qui ne figure pas sur The dawn chorus). D'autres vidéos vont sûrement suivre.



Michael Holt à Reims le 13 novembre 2013.


Michael Holt, Great bodies of nature, en public à Stockholm le 5 novembre 2009.

16 novembre 2013

MAGAZINE : A song from under the floorboards


Acquis à La Clé de Sol à Châlons-sur-Marne ou chez New Rose à Paris en 1980
Réf : VS 321 -- Edité par Virgin en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : A song from under the floorboards -/- Twenty years ago

C'est avec ce 45 tours que s'est annoncé, au tout début de l'année 1980, le troisième album de Magazine, The correct use of soap, et comme très souvent à l'époque, c'est dans l'émission Feedback de Bernard Lenoir que j'ai dû l'entendre pour la première fois.
C'est aussi avec ce disque qu'on a découvert la thématique "savon de Marseille" des pochettes de Magazine en cette année 1980 : les pochettes réalisées par Malcolm Garrett pour les quatre 45 tours utilisent toutes le carton retourné et le graphisme qui rappellent ces savons et leur emballage (seule la couleur des étiquettes changeait d'un disque à l'autre), et la pochette de l'album y fait également référence.
J'ai toujours trouvé qu'A song from under the floorboards était une chanson tès originale, pas une pop song facile au premier abord. Je me suis toujours focalisé à l'écoute de cette chanson sur la basse, très élastique, qui en est le véritable squelette, et sur le chant et les paroles d'Howard Devoto, particulièrement percutantes, notamment les trois premiers vers : "Je suis en colère, je suis malade, je suis moche comme le péché. Mon irritabilité me maintient en vie et en forme. Je connais le sens de la vie et ça ne m'est d'aucune utilité." J'ai aussi toujours été intrigué par ce titre, Une chanson d'en-dessous du plancher. Par contre, je n'avais jamais prêté particulièrement attention au travail intéressant sur les choeurs.
Ce n'est que récemment, notamment en lisant un article du Guardian, que j'ai appris que, pour cette chanson, Howard Devoto s'est inspiré (et ne s'en est jamais caché) d'un roman de Dostoïevski, Les carnets du sous sol. En quelques lignes, il rend apparemment parfaitement compte du caractère et des pensées du narrateur, dont le monologue occupe toute la première partie du roman.
Musicalement, on est très proche d'un disque qui allait sortir quelques mois plus tard, Christine de Siouxsie and the Banshees, un disque qui a en commun avec celui-ci le guitariste John McGeoch, qui n'avait pas encore quitté Magazine mais se faisait déjà inviter chez ses amis Banshees.
Twenty years ago est l'une des nombreuses excellentes chansons de Magazine reléguées en face B de 45 tours. Elle a dû être enregistrée au début des sessions pour l'album et donc sélectionnée pour ce single. Si elle était apparue plus tard, elle aurait sûrement été retenue pour figurer sur The correct use of soap. Le groupe l'appréciait d'ailleurs au point de la jouer sur scène lors de toute la tournée qui a suivi : on la trouve sur l'album live Play et en face B du single Sweetheart contract. Elle aurait d'autant pu figurer sur l'album que, sauf erreur de ma part, c'est la seule chanson issue de ces sessions à mentionner le fameux savon dont il est question dans le titre de l'album, un titre qui lui aussi est suffisamment bon pour m'intriguer depuis plus de trente ans. Ces paroles ne nous éclairent pas pour autant ("Il y a vingt ans, j'ai utilisé ton savon") pour comprendre le titre, par contre, en préparant ce billet, je suis tombé page 323 du Punk diary de George Gimarc, sur un document que je ne connaissais pas et qui est soit une affiche soit plutôt une publicité parue dans la presse :


Pour la première fois, voilà donnée visuellement une interprétation possible du titre de l'album : la façon correcte d'utiliser le savon serait de le prendre comme combustible en substitut au charbon ou au bois !


Magazine, A song from under the floorboards, en direct dans l'émission de télévision Rockpalast. Filmé en public au Metropol à Berlin le 30 octobre 1980.

10 novembre 2013

JO LEMAIRE + FLOUZE : Je suis venue te dire que je m'en vais


Acquis chez Troc.com à Charleroi le 22 mai 2013
Réf : 6021 321 -- Edité par Vertigo en Belgique en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Je suis venue te dire que je m'en vais -/- Escape (Demo)

Pour moi, Jo Lemaire + Flouze restera toujours associé à un rendez-vous manqué, le seul concert Feedback auquel j'aurais pu assister.
Ça a du se passer pendant le premier trimestre 1980, après la parution du premier album du groupe, mais avant le deuxième il me semble. Bernard Lenoir avait pourtant tout fait pour me faciliter les choses : il avait programmé ce concert non pas à Paris, comme d'habitude, encore moins à  New York ou Lyon, comme ça a dû arriver, non, suite probablement à un deal entre un tourneur et le patron qui venait d'ouvrir sa discothèque, ce concert a eu lieu au Sunshine, rue du Barbâtre, à 45 kilomètres à peine de chez moi.
Il suffisait d'écrire pour avoir des invitations. J'ai écrit et j'ai reçu chez moi deux cartons siglés Radio France, avec les détails du concert de l'invitation tapés dessus à la machine. Je les ai conservés précieusement dans l'attente du concert, et je dois toujours les avoir quelque part au grenier, dans une caisse (je n'ai pas eu le courage d'aller fouiller). Si je les ai toujours, c'est que je n'ai jamais pu me rendre à Reims ce soir-là : à 17 ans, je n'avais pas de permis, et encore moins de voiture. J'avais posé des jalons auprès de deux ou trois copains véhiculés pour les convaincre de m'accompagner, mais celui qui m'avait dit oui m'a fait faux bond au dernier moment. Je me suis donc retrouvé, bêtement, à écouter ce concert comme tous les autres, en direct à la radio, avec en plus la rage au ventre. Peut-être bien que j'ai même été assez maso pour l'enregistrer. Pendant des années j'ai repensé à cette soirée avec ma radio et mon carton d'invitation à chaque fois que je suis passé devant cette discothèque de la rue du Barbâtre, même après qu'elle avait changé de nom.
En tout cas, c'est plutôt pour des raisons financières qu'à cause de cette déconvenue que je n'ai pas acheté le premier Jo Lemaire + Flouze (avec Stakhanov, Running time et Tinterella di luna). Le deuxième, j'ai dû passer à côté, et si j'ai fini par acheter le troisième, Precious time, sorti dès 1981, c'est en grande partie je crois parce qu'il contenait la reprise de Je suis venu te dire que je m'en vais de Gainsbourg, que la maison de disques a choisi, sans trop de surprise, de sortir en 45 tours et qui a donné au groupe son plus grand succès.
J'ai donc l'album depuis très longtemps, mais c'est seulement cette année que j'ai fini par acheter le single, notamment parce que j'ai toujours beaucoup aimé, et j'apprécie toujours autant, cette reprise.
C'était pourtant assez casse-gueule. On aurait pu avoir un banal exercice new wave de reprise en synthétique d'une bonne chanson, pour un résultat sans intérêt, voire désastreux (les exemples sont nombreux), mais il y a de très bonnes réussites dans le genre, et ce titre en fait partie. Pourtant, ce n'est que de l'électronique, tout est très distancié, mais l'émotion est là, sans recourir aux pleurs de Birkin par exemple comme sur la version originale. Les ingrédients sont simples : batterie ou boite à rythmes, basse trafiquée ou synthétique, mais qui joue un rôle essentiel, un synthé aigrelet qui égrène la mélodie, et un autre plaintif, qui démarre tout au fond du mix, comme un theremin discret, et s'avance au premier plan au fil du morceau. Et pour lier le tout et permettre à cette sauce de prendre, le chant de Jo Lemaire, posé, détaché, mais efficace, donc. Une version à ne pas oublier pour qui s'amuse à compiler les meilleures reprises de titres de Gainsbourg.
Mais c'était loin d'être le seul bon titre de Pigmy world. Si Jo Lemaire + Flouze avaient les oreilles bien ouvertes sur tous les paysages sonores de la new wave, y compris les incursions exotiques (Chameleon et Claustrophobia ici), le modèle, notamment pour le chant, était clairement Siouxsie, (Satellites et Siamese sister, parmi d'autres), mais une Siouxsie différente, très posée et presque sage.
J'avais complètement oublié par contre qu'il y avait effectivement présent sur ce disque un invité anglais de marque, associé à la Belgique via Les Disques du Crépuscule, Vini Reilly, le guitariste de Durutti Column (il est même en photo aux côtés de Jo sur la pochette intérieure). Les crédits ne précisent pas sur quels titres il joue (à moins que ce soit tous...), mais il est très probablement présent sur deux des meilleurs titres du disque, Voices in the silence et Shades of night et aussi, là je parierais bien, sur Escape. On voit bien la différence entre le son typiquement Reilly de la guitare sur la version album d'Escape et celui saturé qu'on entend sur la démo, qu'on trouve en face B du 45 tours. Un titre inédit en album, que j'ai la chance d'avoir sur mon édition du 45 tours achetée en Belgique (sauf que mon exemplaire a pris le chaud et a le bord un peu gondolé : je ne peux pas écouter les trente première secondes !). En France, Vertigo n'a pas voulu gâcher une face B avec une démo inédite : ils ont préféré, aussi bien pour le disque promo que pour l'édition disponible à la vente, mettre deux fers au feu avec deux extraits de l'album, Je suis venue te dire que je m'en vais et Shades of night.

04 novembre 2013

BORIS VIAN : Chansons impossibles


Acquis par correspondance via Ebay en novembre 2013
Réf : 373564-1 -- Edité par Mercury en France en 2013
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les joyeux bouchers -- Le déserteur -/- La java des bombes atomiques -- Le petit commerce

Sur ce coup-là, je me suis un peu laissé emporter par mon enthousiasme. Certes, il était bien précisé dans l'annonce Ebay que l'objet vendu était neuf, pas d'occasion, mais avant d'enchérir je n'ai vu aucune trace en ligne d'une réédition récente de ce 45 tours historiquement important, puisqu'il s'agit du premier disque de chansons de Boris Vian. J'ai donc cru enchérir sur un disque absolument introuvable (l'édition originale de 1956 de ce disque a dû s'écouler au maximum à quelques centaines d'exemplaires), alors qu'il s'agissait tout bonnement d'une réédition en quasi fac-similé du disque, qui n'a pas dû beaucoup être diffusée elle non plus car elle n'est disponible chez aucun des grands sites marchands.
Pas trop de bobo au final, puisque je n'ai pas dû payer ce disque plus cher que si je l'avais acheté neuf dans le commerce, mais il faudra que je prenne garde à être plus attentif la prochaine fois.
Malgré cela, je ne suis pas mécontent d'être en possession de cet objet, même si bien sûr je connais ces quatre chansons impossibles depuis bien longtemps : comme plusieurs générations de fans de Vian, je les ai découvertes avec l'album 30 cm titré Chansons possibles, ou impossibles, édité une première fois en 1962, réédité en 1968 et maintenu au catalogue pendant des années par la suite. On trouve quatorze titres sur cet album compilation : deux instrumentaux d'André Popp, un poème lu par Philippe Clay, le Fais-moi mal Johnny de Magali Noël, et surtout les dix Chansons "possibles" et "impossibles" éditées en 33 tours 25 cm en 1956 mais aussi, pour huit d'entre elles, en deux EP de quatre Chansons impossibles et quatre Chansons possibles (pour tout savoir de la discographie de Boris Vian, consultez l'indispensable De Vian la zizique).
Il y a un petit bonus ici par rapport à l'album : trois des quatre chansons sont précédées de quelques mots d'introduction par Boris Vian. S'il se contente d'annoncer le titre de Le déserteur,  on a par ailleurs droit à "A la gloire de tous les enchanteurs du merlin, Les joyeux bouchers" et à "Par autorisation spéciale de la commission du même nom, La java des bombes atomiques".
Le choix de la photo de pochette est assez surprenant : elle est loin d'être techniquement parfaite et, avec le litron au premier plan, elle aurait été idéale pour illustrer la chanson Je bois, sauf que celle-ci n'est pas au programme.
Les dix chansons sorties en 1956 sont issues de sessions de 1955, les 22, 27 et 29 avril avec l'orchestre de Jimmy Walter, et le 24 juin avec celui de Claude Bolling. Les quatre titres de ce 45 tours sont tous (excellemment) orchestrés par Jimmy Walter, et ce qui frappe à l'écoute, c'est qu'on a réuni ici quatre titres qui ont en commun la haine des armes, des militaires et de la guerre.
La première des chansons de ce disque que j'ai connue, c'est Le déserteur, qui figurait je crois dans les carnets de chansons que nous avions en colonie. Je l'ai chantée, donc, et à un moment je la connaissais par coeur. Je suis sûr aussi qu'elle a contribué à me décider à ne surtout pas faire mon service militaire. Pourtant, depuis longtemps, je la fuyais un peu. C'est l'une des rares de Boris Vian à être purement et simplement une chanson de contestation, sans aucune trace de légèreté ou d'humour. J'ai quand même été agréablement surpris en la réécoutant pour cette chronique de voir qu'elle était plus orchestrée et moins solennelle que dans mon souvenir.
Le petit commerce, qui s'attaque à un secteur commercial toujours florissant de nos jours, celui de l'armement, est pour le coup beaucoup plus léger, en poussant à bout la logique du succès des ventes de ces produits. Le couplet sur la vigueur de l'industrie qui incite les ouvriers à consommer, à fonder des familles, et donc à produire de la chair à canon, traite, avec un point de vue différent, précisément du même sujet que les paroles de Shipuilding, écrites par Elvis Costello pour Robert Wyatt.
Si on met à part Le déserteur, pour son poids politique et historique, les deux chefs d'œuvre ici sont Les joyeux bouchers et La java des bombes atomiques. D'un côté un tango célébrant d'abord les artistes du raisiné des abattoirs avant de dévier sur les boucheries des tranchées et de tous les champs de bataille. De l'autre, une joyeuse java paradoxale, une fable célébrant cette fois-ci un savant fou qui développe une arme immonde, certes, mais qui en fait bon usage en l'utilisant non pas contre le peuple, comme c'est l'habitude, mais contre les dirigeants du monde entier. Je me disais que cette java est à la chanson politique ce que Le Canard Enchaîné est au journalisme, et ça juste avant d'apprendre que Le Canard en a publié les paroles en première page en juin 1955 ! Celle-là aussi je la connaissais par cœur à une époque, et j'ai bien dû casser les oreilles de la famille en la chantant à longueur de journée.
En réécoutant ces chansons aux rythmes désuets avec ces orchestrations inventives, surtout pas jazzy, avec piccolo, hautbois, basson et autres instruments à vent, percussions, piano et contrebasse, je me dis qu'on est proche finalement de l'ambiance musicale d'un disque qui m'a beaucoup marqué, le premier album de Lewis Furey.

01 novembre 2013

ALAIN VIAN : Le piano diabolique d'Alain Vian


Acquis sur le vide-grenier de Saint Remy en Bouzemont le 21 juillet 2013
Réf : 45 S 026 -- Edité par Ricordi en France en 1959
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Yes, Sir, that's my baby -- No, no, Nanette -/- Zaza -- Rosalie, elle est partie

Par un dimanche d'été très chaud, en route vers chez ma maman, j'avais prévu un détour par le vide-grenier de Saint Remy en Bouzemont. Halte fructueuse car j'en ai ramené quelques disques intéressants.
Dans la famille Boris Vian, côté musique, je connaissais le fils, Patrick, de réputation, pour sa musique électronique dans les années 1970, mais pas Alain Vian, le frère, qui a pourtant participé à toutes les aventures musicales de son frère au temps du jazz, plutôt comme batteur d'ailleurs, et qui a écrit des poèmes sous le pseudonyme de Nicolas Vergencèdre. C'est lui qui a offert à son frère une guitare-lyre devenue fameuse. Il a longtemps tenu une boutique d'instruments de musique plus ou moins bizarres, rue Grégoire de Tours à Paris. Il est mort en 1995.
Ce disque par contre ne m'était pas tout à fait inconnu. J'avais eu l'occasion d'admirer sa pochette, tout à fait saisissante, chez Dorian Feller, qui possède depuis longtemps un exemplaire de ce 45 tours.
Un Méphisto tout à fait convaincant, un piano en feu, une chouette posée sur une pique à l'arrière-plan, cela est l'oeuvre d'un grand photographe, plutôt réputé pour ses portraits de musiciens de blues, Jean-Pierre Leloir. On peut voir une autre photo de la même séance, en noir et blanc, sur le site officiel de Jean-Pierre Leloir.
Sachant qu'Alain Vian n'était pas particulièrement réputé pour être pianiste, je me demande bien quelle est l'histoire de l'édition de ce 45 tours, qui semble bien être son seul disque sous son nom. Il a été édité à la toute fin de l'année 1959, quelques mois après la mort de Boris.
Si la pochette est mémorable, le disque mystérieux, les titres des quatre compositions interprétées, toutes des reprises, assez rigolos, l'écoute du disque est assez décevante. Il s'agit bien, comme indiqué sur la pochette, de charlestons, joués en instrumental au piano. C'est échevelé, sûrement impressionnant pour qui sait apprécier, mais pour ma part, hormis le côté rétro qui me fait penser au ragtime, ça ne me parle pas beaucoup.
N'empêche, je suis très content d'avoir sauvé ce disque diabolique de l'enfer des vide-greniers, et si quelqu'un en sait plus sur les circonstances de sa publication, ça m'intéresse.

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