30 décembre 2015

AL MONE AND IONS : Manipuler avec précaution


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 19 décembre 2015
Réf : TIV 134 -- Édité par Tivoli en France dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Alternatif -- Triphasé -/- Haute tension -- Électrolyse

Les vinyls ont encore été déplacés chez Emmaüs à Tours-sur-Marne, mais je ne vais pas me plaindre car cette fois ils sont dans une petite pièce rien que pour eux, mieux classés et plus accessibles. Pas beaucoup de nouveaux disques par contre, mais en fouinant partout j'ai quand même déniché une grosse poignée de 45 tours quatre titres en bon état, dont celui-ci.
Je connais le label Tivoli au moins pour le disque de Sheriff "Dad" et ses Enfants de Saloon. Là, ils ont fait très fort pour ce disque du trompettiste Al Mone, avec une pochette très colorée et très réussie, signée Pierre Martain, et une thématique sur l'électricité très poussée, du nom du groupe aux titres des morceaux, en passant par l'illustration.
Al Mone est (était ? je ne sais pas s'il est décédé) un trompettiste. Les notes au dos de la pochette, "Le premier enregistrement en France de Al Mone", m'ont fait penser initialement qu'il avait peut-être enregistré auparavant à l'étranger. Mais non, il semble avoir fait tout son parcours en France. Il apparaît dans le court-métrage Le studio en folie en 1946, il est membre de l'orchestre de Jacques Hélian de 1949 à 1956 et, de 1958 à 1952, il a joué avec Julio Pamies dans les orchestres de Pepe Luiz et Jack Ary.
Ce ne sont là que quelques traces de ses activités que j'ai trouvées en ligne, mais je suis sûr qu'il ne s'agit que de bribes d'une carrière fournie et variée.
Les notes de pochette ne manquent pas non plus de faire référence, sans le nommer, à Georges Jouvin, Trompette d'or, le plus populaire des trompettistes de l'époque : "Écoutez-le bien !... Al Mone ne joue pas avec une trompette en métal précieux, mais ce diable de musicien serait capable de tirer serait capable de tirer des contre-contre-ut d'une trompette en bois...".
Il semble bien par contre que ce disque soit le seul qui ait été édité sous son nom. Et Al Mone a dû en autographier un bon paquet d'exemplaires : les deux trouvés en ligne le sont, dont celui utilisé ici pour récupérer les images, et le mien également, qui porte lui aussi dans le coin en haut à gauche de la photo une mention manuscrite, "Avec ma bonne sympathie. Pour Huguette.".
Pour ce qui est de la thématique électrique, je parierais bien qu'elle a été plaquée sur ,ces quatre instrumentaux par Tivoli pour trouver un angle marketing.
Le fait que les deux titres les plus rapides (mes deux préférés) soient présentés comme étant dans le style Surf nous permet de dater ce disque vers 1963-1964, époque du grand succès de Trini Lopez. Alternatif et Haute tension sont tous les deux excellents. La trompette est là et bien là, évidemment, mais l'orgue et la guitare électriques lui donnent respectivement la réplique sur ces deux titres. Le Madison Triphasé n'est pas mal non plus. J'aime un peu moins bien le Slow-Rock Électrolyse.
Ce dernier titre est co-signé par Pierre Martain, le même nom que pour la pochette. Ça m'a intrigué et j'ai découvert que, effectivement, Pierre Moonens dit Pierre Martain (1902-1996) était peintre, mais aussi auteur compositeur et producteur et animateur de variétés à l'ORTF. Une exposition de ses œuvres a été présentée à la Fondation Taylor à Paris en mai 2007.
J'espère faire d'autres découvertes aussi intéressantes que celle-ci en 2016 chez Emmaüs !


Al Mone and Ions : Alternatif.

Haute tension peut être téléchargé chez SwingaConga.

27 décembre 2015

THE POOP ALLEY TAPES


Acquis neuf en France vers mai 1996
Réf : WIN 010 -- Edité par Win aux Etats-Unis en 1995
Support : 2 x CD 12 cm
31 titres

J'étais en plein dans ma période Beck et j'ai acheté cette compilation avant tout parce qu'elle contenait une version inédite d'un de ses titres, Girl of my dreams.
Poop Alley, c'était le studio ouvert en 1991 par Tom Grimley, un producteur et ingénieur du son avec qui Beck a beaucoup collaboré à ses débuts. On trouve ici dans ces Poop Alley Tapes 31 groupes de Los Angeles qui sont passés par le studio et c'est édité par le label WIN, fondé au départ pour sortir les disques d'un des groupes de Grimley, Waldo The Dog Faced Boy.
"Poop", ça veut dire "Caca" en américain et, si on regarde bien la pochette, on se rend compte que le mec que je suppose être Tom Grimley et qui est en train de manger avec des baguettes au-dessus la table de mixage n'est pas sensé avoir du boudin noir dans son assiette !
31 titres, mais avant tout une bande de copains qui se donnent des coups de main et jouent ensemble. On retrouve notamment tout au long du disque Tom Grimley lui-même (avec The Rentals, Rump et Waldo The Dog Faced Boy) et les membres de That Dog (Anna Waronker et les soeurs Haden).
On écoute rarement plus d'une fois ce genre de compilation. Mais après plus de vingt ans, celle-ci garde une variété et une fraîcheur remarquables, parce qu'il y a plein de bons titres, et parce qu'elle est très variée aussi. Il y a même plusieurs instrumentaux plutôt expérimentaux...
Le titre d'ouverture est magistral et c'est sûrement le sommet du disque. Il s'agit de California, le tout premier enregistrement publié de The Rentals. En 1999 et avec des paroles modifiées, la chanson est devenue Barcelona sur Seven more minutes, le deuxième album du groupe, dans une version plus électrique que synthétique. Je préfère de loin la première version, où il y aussi plus de chœurs féminins.
Les groupes qu'on connaît et qui m'ont fait acheter le disque ne déçoivent pas : Girl of my dreams, par Beck avec That dog, est une bonne version en groupe de Girl dreams de One foot in the grave. C'est surtout la version Beck d'un classique de The Carter Family, Lover's lane. Dans le même ordre d'idée, Geraldine Fibbers reprend He stopped loving her today de George Jones.
Ten nights de Josh Haden est une première version du titre de The blue moods of Spain, sans le groupe mais avec Anna Waronker et Ridiculous de That Dog ne se trouve que sur ce disque. Bien avant son projet Sings : The Who Sell out, Petra Haden propose ici sous le nom de Recess une Etude n° 1 pour symphony n° 1 avec uniquement des voix.
A signaler également Nevadaesque par The Haves, qui comptaient April March parmi leurs membres.
Deux de mes titres préférés sont Kinda sorta maybe par The Strawberry Jams (avec encore Anna Waronker, apparemment) et Fading fast par Fleabag. Certes, pour ce dernier titre, il est indiqué sans plus de précision sur le livret "This is a cover", mais ce n'est aujourd'hui que j'ai appris que c'est une  reprise d'une chanson du premier album des Go-Go's, que je e connais pas. Je viens d'écouter la version originale, mais ça fait vingt ans que la version plus rapide et bruyante de Fleabag est gravée en moi et c'est toujours celle que je préfère !

The Poop Alley tapes est épuisé depuis longtemps et assez recherché. Le CD est donc plutôt cher d'occasion, mais les titres les plus intéressants sont sur YouTube (j'ai mis des liens), et je suis bien sûr qu'on doit assez facilement réussir à le télécharger.

24 décembre 2015

RENE VRANY : Apprenons et dansons le Rock & Roll


Offert par Marie-Claire B. à Vauclerc le 29 novembre 2015
Réf : R. V. 07 -- Edité par Vrany en France dans les années 1950
Support : 45 tours 17 cm
Titres : René Vrany : Apprenons le Rock and Roll -/- René Vrany et ses Rythmes de Danse [Bill Woodie] : Rock à la carte

Depuis quelques temps, ma sœur a pris l'habitude de m'offrir des 45 tours qu'elle achète sur des vide-greniers. Elle ne les choisit pas complètement au pif, mais surtout à l'inspiration, en fonction d'un nom ou d'une pochette. Parfois, ça tombe à plat ou sur un disque que j'ai déjà. Parfois, c'est parfait, comme pour ce disque du professeur de danse René Vrany, qu'il est utile de potasser avant les fêtes de fin d'année.
Venez donc prendre votre leçon de danse Rock and Roll avec le Professeur René Vrany qui, si on en juge par sa voix, n'était déjà plus tout jeune quand cet enregistrement a été fait, sûrement dans la seconde moitié des années 1950.
Expliquer à l'oral des pas de danse, ce n'est pas si simple mais, avec l'aide d'une assistante, visiblement plus jeune, il s'en sort plutôt bien pour cette leçon de plus de cinq minutes.
Je ne me suis pas amusé à suivre la leçon, mais ça doit fonctionner... Sur la fin, ça prend une autre tournure, quand le Professeur se met à compter les temps, lentement d'abord puis en accélérant pour atteindre le rythme du Rock and Roll. Avec sa voix légèrement chevrotante, c'est presque surréaliste. A tel point que je me suis amusé à vous faire un petit montage centré sur cet extrait.
René Vrany aurait-il tous les talents ? En face B, crédité avec ses Rythmes de Danse, il propose Rock à la carte, un rock des débuts de très bonne facture, encore marqué par le jazz, avec des cuivres et de très belles parties de guitare.
Eh bien non, le professeur de danse n'est pas aussi rocker, puisque ce n'est pas du tout René Vrany qu'on entend sur cette face, comme le site Amour du Rock 'n' Roll l'explique de façon très détaillée sur sa page René Vrany, ce Rock à la carte est en fait un enregistrement de Bill Woodie, alias le trompettiste belge Angel Dubois, initialement sorti en 45 tours sous ce nom. Les matrices ont ensuite été réutilisées pour au moins quatre autres parutions, pas ou mal créditées, dont celle-ci et un autre de la série des dix disques de danse de René Vrany, Dansons Rock et Flicker.

René Vrany : Apprenons le Rock and Roll.
René Vrany : Rock à la carte.
René Vrany : Apprenons le Rock and Roll (extrait).



René Vrany ne s'est pas contenté de publier des disques. Il a aussi publié au moins un livre sur les Danses modernes, qui a connu de nombreuses éditions, au moins de 1945 à 1970. Je n'ai pas ce livre, mais par contre j'ai acheté il y a quelques temps à Charleroi un opus équivalent de 1959, le tome II de Les danses en vogue et leurs théories, qui traite du Rock and Roll, du Calypso, du Baïao et du Cha-Cha-Cha. L'école de Danse Jacques Bense, qu'il a fondée en 1935, est toujours en activité, dirigée par son épouse Marie-France. Et si on en juge par l'extrait que je vous ai sélectionné ci-dessous, le titre de Professeur de Jacques Bense n'est pas usurpé, avec  des précisions comme "Le Rock and Roll est un style de danse Swing, s'effectuant sur une musique de Jazz dont le rythme se rapproche de celui du Boogie-Woogie".



22 décembre 2015

EZRA FURMAN : Perpetual motion people - Other people's songs



Acquis par correspondance chez Rough Trade en décembre 2015
Réf : bella498CD + [sans] -- Edité par Bella Union en Angleterre en 2015
Support : 2 x CD 12 cm
13 + 6 titres

Tous les mois, j'écoute les CD fournis avec Uncut et Mojo, mais ces derniers temps j'y fais rarement de vraies découvertes. Les deux titres d'Ezra Furman que j'y ai entendus, Restless year et Lousy connection, sont une exception et m'ont suffisamment plu pour que j'aie envie d'acheter un de ses disques.
Je ne voulais pas me contenter de l'album. J'ai bien penser m'offrir le beau 45 tours en édition limitée de Restless year, mais il coûte presque autant que l'album entier, faut quand même pas abuser. Et puis j'ai découvert que, dans les boutiques Rough Trade, l'album était accompagné d'un CD bonus. Surprise, il en restait en stock même après plusieurs mois et j'ai pu en commander un exemplaire.
Ezra Furman n'est pas vraiment un débutant. Il a sorti six albums depuis 2007 : trois avec son groupe The Harpoons, un en solo et Perpetual motion people est le deuxième avec son autre groupe The Boy-Friends.
J'ai lu aussi quelques articles et chroniques pendant l'année. Presque tous insistent sur ses hésitations entre le masculin et le féminin, sur sa garde-robe et son maquillage. Il est clair que ça le préoccupe et ça fait genre, mais il y a un gros risque qu'on le réduise à ce sujet et qu'on oublie sa musique.
Et sa musique, c'est un concentré de soixante ans d'histoire du rock et de la pop. Rien de vraiment novateur, mais une très bonne synthèse, entraînante et joyeuse la plupart du temps.
Comme Restless year, qui ouvre l'album, avec ses chœurs et son orgue, et son refrain qui capture l'air du temps ("Ça a été encore un année agitée, pendant un temps on n'a pas eu peur."). On n'est pas si loin de Beck quand il était encore plein de vie et de folie. Wobbly et Body was made sont dans la même veine. L'excellent Lousy connection semble repiquer plein de trucs à Spector. Hark! to the music est un court titre punky pop. Haunted head démarre de façon ordinaire, mais le niveau s'élève d'un seul coup grâce à de superbes parties de cuivres, dues à Tim Sandusky, qui a aussi produit le disque. Au bout du compte, v'est un album très bon de bout en bout. Même des chansons lentes comme Watch you go by et le très rétro Pot holes me plaisent bien. On termine avec One day I will sin no more, un titre acoustique folk-blues-gospel à la One foot in the grave.
Comme son titre l'indique, Other people's songs, dans sa pochette cartonnée, ne contient que des reprises. J'ai vu mentionné quelque part en ligne qu'il s'agit de versions "live", mais il n'y a absolument aucune indication sur le disque. C'est peut-être enregistré en direct en studio, mais certainement pas en public...
Le premier titre, une version assez fidèle de Devil's haircut, est le seul dont je connaissais bien la version originale. Ils ont eu la bonne idée de conserver la partie de guitare de I can only give you everything de Them qui lui donne tout son sel. Ensuite, on a The good book de Melanie, Crown of love de The Arcade fire et Androgynous de The Replacements. Pour finir, on a droit à une version de I can change de LCD Soundsystem, dans un arrangement à la guitare, sans rien d'électronique. Très bien, mais c'est plutôt bon signe que l'album original soit bien plus intéressant.



20 décembre 2015

ASSOCIATES : Kitchen person


Acquis au Record and Tape Exchange de Notthing Hill Gate à Londres fin 1983 ou début 1984
Réf : SIT 7T -- Edité par Situation 2 en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Kitchen person -/- An even whiter car

The affectionate punch, le premier album de The Associates, a été très important pour moi en 1980, mais j'ai un peu perdu le groupe de vue en 1981. Ils ont pourtant été très actifs après avoir quitté Fiction Records, en sortant pas moins de cinq singles chez Situation 2 (Tell me Easter's on Friday, Q Quarters, Kitchen person, Message oblique speech et White car in Germany), plus A girl named property, la face B d'un autre chez RSO, la face A étant créditée à un pseudo-groupe, 39 Lyon Street.
Oui mais voilà, tous ces singles n'étaient distribués en France qu'en import, et soit ils n'arrivaient pas jusqu'à moi, soit ils n'étaient pas des mes priorités en fonction de mes moyens.
De tous ces disques, je n'ai acheté après la bataille que ce Kitchen person, dans la cave du Record and Tape Exchange. Je l'ai eu pour pas cher du tout, 20 pence, et il devait traîner là depuis un moment car la pochette cartonnée est émoussée, et surtout il y a une autre étiquette Record and Tape Exchange sous celle qui a vu baisser le prix par étapes de 1,20 £ à 20 pence.
Huit des titres des singles ont été compilés à l'automne 1981 sur l'album Fourth drawer down. Celui-là, je l'ai acheté en 33 tours à la toute fin des années 1980, et encore, en CD à 1 £, en novembre dernier, dans une édition avec cinq titres bonus. C'est en écoutant le CD que je me suis dit que, toutes ces années, je n'avais pas assez prêté attention à mon, maxi Kitchen person.
La photo de pochette en noir et blanc de ce disque est due au photographe français Antoine Giacomoni. C'est lui aussi qui a réalisé la session de photos utilisées pour les pochettes de Fourth drawer down et White car in Germany, en couleurs celles-ci et sans son procédé habituel de photos dans le miroir.
Qu'est-ce qui m'a fait réagir en réécoutant Kitchen person ? Eh bien le fait que, autant que je sache, The Associates n'ont jamais rien enregistré d'aussi sauvage et brut dans toute leur carrière. Ça débute sur un rythme très rapide par de drôles de percussions, puis il y a une première guitare assez stridente et juste après une autre, plus grave, qui déroule un riff cyclique qui va se répéter pendant tout le morceau. Ajoutez là-dessus du xylophone, de l'orgue, et surtout le chanteur Billy MacKenzie qui débite des paroles a priori sans queue ni tête sur ce magma sonore concocté par Alan Rankine. Ça décoiffe. Musicalement, le côté répétitif me fait penser un peu à Suicide et on n'est pas loin non plus du Eno des débuts en solo.
Dans un article paru dans Uncut en 1997 après le décès de MacKenzie, on en apprend un tout petit peu plus sur les sons qu'on entend : à un moment, on il y a une boucle qui reprend le son du retour chariot d'une machine à écrire électrique et une partie du chant s'est fait à travers un tuyau d'aspirateur, en utilisant un peigne et du papier à four !
An even whiter car est une version instrumentale de White car in Germany. La version chantée est du Associates assez typique, dans la lignée du premier album, que j'apprécie encore assez, mais la version instrumentale est carrément sans intérêt pour moi.
En 1982, The Associates allaient encore sortir un excellent single, Party fears two / It's better this way, mais avec l'album Sulk et ses différents mixages allaient venir le succès, certes, mais aussi la basse slap funky et les tenues néo-romantiques. Le groupe serait alors perdu pour ma cause !

13 décembre 2015

ENSEMBLES KANTE FACELLI ET KEITA FODEBA : Chants et danses d'Afrique


Acquis à la Bibliothèque Georges Pompidou à Châlons-en-Champagne le 5 décembre 2015
Réf : LDX 74.381 -- Edité par Le Chant du Monde en France dans les années 1960
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Un an pile après la précédente vente, où j'avais acquis un superbe album de Memphis Slim, je suis retourné au brade-livres de la bibliothèque de Châlons, où l'on trouve effectivement beaucoup de livres mais également des disques, pour la plupart des vinyls qui se trouvent en double ou en triple dans les réserves de la bibliothèque, du fait de sa mission régionale de conservation d'une partie des 33 tours acquis des années 1960 à 1980 par les médiathèques de la région. Je connais bien ce fonds, en fait, et son étude il y a une dizaine d'années à contribuer à me donner l'idée de démarrer ce blog...
Traditionnellement, les médiathèques étaient plus pointues dans le classique, la chanson, le jazz ou les musiques du monde que dans le rock. Ce n'est donc pas surprenant que, cette année encore, je sois revenu de Châlons avec deux albums "exotiques", l'un de chants traditionnels des Îles Salomon, l'autre présentant des Chants et danses d'Afrique.
Pendant longtemps, ce genre de disque de musique traditionnelle ne m'aurait pas intéressé, de même que les disques d'un groupe nommé Les Ballets Africains. Mais mes goûts changent, ma connaissance de la musique africaine s'améliore et, au moins depuis G.G. Vikey, je connais Kante Facelli et les Ballets Africains de Keita Fodéba, grâce surtout à son hommage à Kanté Facèli : "As-tu jamais entendu parler de Kanté Facelli ? Kanté Facelli fut un très grand guitariste africain. Sa guitare sous le bras, il fit le tour du monde. Il a chanté l’Afrique et sa Guinée natale. Tout Paris l’applaudit dans la troupe de Keita Fodéba. Les foules en un beau temps rêvaient de tous nos rivages. Mais, malheureusement, de retour d’une tournée, aux environs du Maroc, son avion s’écrasa. Kanté Facelli disparut corps et guitare. Hommage à Facelli et Kéita Fodéba. Ils ont chanté partout l’Afrique et la Guinée."
Kante Facelli a eu un destin tragique, mais Keita Fodéba également. Très impliqué politiquement, il est devenu ministre de la Défense et de la Sécurité de la Guinée indépendante sous Sékou Touré. Après avoir mené la répression pendant plusieurs années, il est tombé en disgrâce. Arrêté et torturé, il a été fusillé en 1969, à 48 ans.

La pochette de ce 33 tours trente centimètres, qui doit dater de la fin des années 1960, est particulièrement moche. Mais il s'agit d'une réédition. A l'origine, à la fin des années 1950, ces 12 titres ont été édités par Le Chant du Monde sous la forme de deux petits 33 tours 17 cm aux pochettes superbes :




Au début des années 1960, il y a eu une première réédition sous la forme d'un album 33 tours 25 cm avec, pour une question de place, seulement 10 des 12 titres :



Belle pochette aussi. Malheureusement, donc, pour la réédition suivante, la photo a été réduite énormément, et au passage on a aussi perdu les notes de pochette au dos, virées ici pour faire la promotion du catalogue du label. Kante Facelli y était notamment décrit comme "un authentique griot, ce troubadour des palabres africaines".
Les petits 33 tours étaient initialement crédités l'un à Keita Fodéba, l'autre à Kante Facelli, mais le peu de crédits qui est donné ici pour chacun des titres nous apprend que Kante Facelli est à la guitare sur tout le disque et qu'Achkar Marouf et Yansané Kerfala sont au chant la plupart du temps. On ne sait pas quelle est la contribution musicale du chef de la troupe Keita Fodéba.
J'ai été super content de découvrir Telephonista sur ce disque. Je ne sais plus trop comment j'étais tombé dessus l'été dernier, mais cette déclaration d'amour par téléphone m'avait suffisamment plu pour que je cherche en ligne à l'acheter en disque. Je n'avais rien trouvé dans mes prix, mais quelques mois plus tard, ça m'est tombé tout chaud dans le bec !
Parait-il que c'est une chanson de Casamance chantée en créole portugais, mais ça sonne très espagnol et, comme les autres titres crédités à Keita Fodéba, on sent une forte influence cubaine. Ces titres, Couri-Couri, Aloa, Carolina, Laïla, Saidouba, sont pour la plupart rapides, voire frénétiques, associant guitare électrique, percussions et chant.
A part Kikalama , qui semble issu des mêmes sessions, les titres crédités à Kante Facelli sont plus lents et plus acoustiques. Il y a Soda, un excellent instrumental associant percussions et guitares, Kadia blues, un beau duo de guitares avec Collet Philip, Mia bele, un chant à deux accompagné à la guitare acoustique, et Kankan et M'batilaya, chantés par Kante Facelli seul qui s'accompagne à la guitare.
Le tout fait un album superbe de bout en bout, qui n'a apparemment jamais été réédité en CD.
Ayant plus de cinquante ans, ces disques font partie du domaine public et ils figurent dans les collections publiques de notre Bibliothèque Nationale qui, ô joie, les a numérisés. Malheureusement, les budgets de la BNF n'étant pas prioritairement affectés à la musique, l'établissement a fait appel à un partenariat privé pour la numérisation. Ce qui signifie que, pendant quelques années encore, la BNF ne propose en ligne que des extraits de trente secondes des titres des mini-33 tours de Kante Facelli et Keita Fodeba. Pour écouter en entier ces chansons du domaine public issues de collections publiques, il faut débourser 1 € par titre pour les télécharger chez les partenaires privés. Va comprendre...! Sinon, il reste les vide-greniers...

06 décembre 2015

THE RAVEONETTES : That great love sound


Acquis chez St Vincent's à Dalston le 12 novembre 2015
Réf : RAVEON005 -- Edité par Columbia en Angleterre en 2003 -- Promotional copy only Not for resale
Support : CD 12 cm
Titres : That great love sound -- Bubblegum [Untamed girls] -- Get lost + That great love sound (Vidéo)

A sa sortie en 2003, je me souviens avoir écouté des extraits de Chain gang of love, le premier album de The Raveonettes, et avoir été étonné par la proximité évidente, soulignée par la majorité des chroniqueurs, de leur son avec celui de The Jesus and Mary Chain.
Là, j'ai trouvé pour 50 pence un des singles extraits de cet album, un promo identique à la version commercialisée, à l'exception d'une petite étiquette au dos, et l'impression reste la même, toujours aussi forte.
Avec un nom qui associe le Rave on de Buddy Holly et les Ronettes de Phil Spector, le groupe danois ne cherche pas à cacher ses racines et on pourrait penser que la proximité avec Mary Chain vient surtout d'influences communes : le groupe était managé et produit à l'origine par Richard Gottehrer (The Strangeloves, Blondie, et plein d'etc.) et a même invité sur l'album suivant à la fois Ronnie Spector et Moe Tucker, les deux noms les plus souvent cités à propos de Just like honey.
Mais ça va au-delà du son et d'un mélange d'influences. Certes, That great love sound démarre avec une ligne de basse ultra-simpliste digne de Psychocandy vite suivie de guitares bruyantes, mais en plus sur le refrain, la mélodie vocale suit la ligne de crête du chaos sonore, typiquement comme Jim reid le fait, et même les paroles ("I walk right up to you and you walk all over me") pourraient venir d'une de ses chansons.
Ça devrait m'énerver et me rendre ce disque insupportable, mais c'est bien fait et efficace et j'aime beaucoup Mary Chain. Alors, très bizarrement, j'apprécie That great love sound et le plus étonnant, c'est que l'effet est exactement le même avec les deux autres titres, Untamed girls (un titre de l'album, et pas Bubblegum comme indiqué par erreur sur la pochette), avec sa batterie Moe-Tuckeresque identique à celle de Bobby Gillespie, et Get lost.
Le son de The Raveonettes a quand même évolué au fil des années. Ils ont sorti l'an dernier leur septième album, Pea'hi.

05 décembre 2015

RENE LACAILLE EK MARMAILLE : Gatir


Acquis par correspondance via Amazon en novembre 2015
Réf : 974472 -- Edité par Do Bwa en France en 2015
Support : CD 12 cm
14 titres

Par certains aspects, l'émission La prochaine fois je vous le chanterai de Philippe Meyer sur France Inter m'énerve. Principalement le fait que, année après année, non seulement les rubriques sont immuables (pourquoi pas à la rigueur) mais leur présentation l'est également, au mot près. C'était amusant la première année, la deuxième peut-être encore. Après, non seulement c'est devenu lassant mais en plus, ça finit par donner l'impression que M. Meyer, très occupé par ailleurs, a mieux à faire que de travailler à la structure de son émission.
N'empêche, la programmation musicale est éclectique et intéressante et, si je suis dans la cuisine le samedi entre douze et treize heures, j'allume généralement la radio.
C'était le cas le 7 novembre où, entre le ronronnement du four et le clapotis de l'eau de vaisselle, j'ai dressé l'oreille à l'écoute d'une chanson. J'ai tout laissé tomber pour me rapprocher de la radio et, effectivement, j'avais bien entendu des rythmes familiers et un chant créole, pour une chanson très sympathique présentée ensuite comme étant Père Fuzion de René Lacaille.
Je ne connaissais pas du tout René Lacaille avant d'entendre ce titre mais, après avoir passé une bonne partie de l'été à écouter des disques de La Réunion des années 1960 à 1980 après en avoir acheté un lot d'une cinquantaine, j'ai eu envie d'en savoir plus à propos d'une production contemporaine, ce nouvel album Gatir de René Lacaille.
La pochette, avec gravures, photos et illustrations  de Coline Linder, est très réussie.
Pour cet album, René Lacaille est accompagné de sa Marmaille. C'est le nom du groupe, mais il était tout trouvé puisque les membres en sont ses enfants Marco et Oriane. Le disque est issu d'un spectacle créé en résidence en 2014 au Rocher de Palmer en Gironde. Depuis, il tourne régulièrement et j'espère seulement ne pas en avoir raté de représentation près de chez moi.
L'enregistrement s'est fait en Anjou chez Lo'Jo, dont certains membres figurent parmi les invités, ainsi que, entre autres, le guitariste Titi Robin.
Ma chanson préférée reste sûrement Père Fuzion, qui évoque la situation à La Réunion ("Comment faire la révolution quand on court après les subventions ?"), mais tout l'album est agréable, et j'apprécie particulièrement, Kayemb, Gatir, Je suis un livre ouvert, chanté par Jerem, l'instrumental Tiap tiap ou le remix de Groix par DJ Click.
Le principal défaut du disque, mineur, c'est son séquencement : il y a quatre instrumentaux et un remix, trois titres en double version, et ça ne "coule" pas bien. A un moment, trois instrumentaux s'enchaînent et ça casse le rythme. L'instrumental de Père fuzion est au milieu du disque tandis que la version chantée est coincée en avant-dernière position, entre un instrumental et un remix. Bizarre.

Quelques dates sont annoncés pour le spectacle Gatir de janvier à mars 2016. L'album est disponible chez Do Bwa/L'Autre Distribution.



28 novembre 2015

COCOROSIE : Rainbowarriors


Acquis chez Salvation Army à Deptford le 13 novembre 2015
Réf : tg318pr -- Edité par Touch and Go aux Etats-Unis en 2007 -- For promotional use only - Not for sale
Support : CD 12 cm
Titres : Rainbowarriors (Radio edit) -- Rainbowarriors (Album version) -- Promise (Album version)

Avant de chroniquer La maison de mon rêve plus tôt cette année, j'avais essayé de voir si je ne pouvais pas plutôt me trouver un single ou un disque promo de CocoRosie. Je lorgnais notamment le trois titres promos avec By your side et Terrible angels, plus une version de Beautiful boyz sans Antony, mais je n'en avais pas trouvé d'exemplaire en vente, alors je m'étais rabattu sur l'album.
Et là, chez l'Armée du Salut, entre deux averses de crachin, dans la grande rue de Deptford qui sera bientôt mangée par les programmes de réhabilitation urbaine en cours, voilà que je tombe sur ce CD-R promo à 50 pence. Super !
Il n'y a pas de pochette recto, mais je pense qu'il n'y en a jamais eu car Touch and Go semble avoir eu l'habitude de procéder ainsi pour des disques promo. Par contre, il y a un insert couleurs imprimé recto-verso comme pour un disque du commerce, en plus des autocollants de la boîte chargée des relations presse.
Rainbowarriors est le titre qui ouvre Ghosthorse and stillborn,  le troisième album de CocoRosie. Je n'ai pas l'album, j'ai eu l'occasion de l'écouter, et il est clair que cette chanson est l'une des grandes réussites du disque et un titre très accrocheur, comme il y en a en général au moins un sur les albums du groupe après le premier. Cependant, même si une vidéo a été réalisée, il n'y a pas eu de single commercialisé.
Il y a tout ce qu'on aime chez CocoRosie dans cette chanson. Un rythme comme du hip-hop bancal, les voix des deux soeurs qui se contrastent et se complètent, plein de bruits bizarres, d'animaux, de jouets, de jeux vidéo, et une mélodie portée sûrement par une sorte de synthé, mais qui aurait aussi bien pu être jouée à la cornemuse. La version Radio edit se contente de couper les vingt-cinq dernières secondes de la chanson.
Promise est le deuxième titre de l'album et c'est déjà du CocoRosie plus ordinaire.
Je suis certain d'avoir vu CocoRosie interpréter Rainbowarriors sur scène car, la deuxième fois que j'ai vu le groupe en concert, c'était dans la grande salle de La Cartonnerie à Reims, le 2 juin 2007, dans le cadre de la tournée qui a suivi la sortie de l'album.

CocoRosie a sorti il y a quelques semaines à peine son sixième album, Heartache city.



27 novembre 2015

MARC STECKAR : La joie


Acquis sur le vide-grenier de la Rue de l'Hôpital à Epernay le 15 novembre 2015
Réf : HO 1019 -- Edité par Homère en France vers 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La joie -- Spirit sound (La fille et l'oiseau) -/- Jojo le mérou -- Entre chien et loup

On n'avait pas prévu de sortir ce dimanche, mais le temps était étonnamment beau et ensoleillé alors, passées quatorze heures, on est parti faire un petit tour sur la broc à Epernay, plus pour la balade que pour les bonnes affaires.
Et pourtant, outre une intégrale en quatre CD de La Bolduc au prix imbattable de cinquante centimes, j'ai acheté trois disques intéressants à un vendeur semi-professionnel. Il avait notamment un carton de 45 tours à cinquante centimes les trois où je n'ai malheureusement rien vu d'intéressant pour moi, et un autre avec des disques plus recherchés, sans prix indiqué. Ça commençait mal car le bonhomme m'a dit de faire mon choix et qu'il me donnerait son prix ensuite, libre à moi d'accepter ou pas. Pour ma part, je préfère avoir un prix de base avant de faire mon choix car je marchande très mal. Mais j'ai quand même pris le temps de tout regarder car un autre gars était en train de payer vingt euros seulement une poignée de disques 45 tours et 33, "comprenant des Elvis" apparemment. Au bout du compte, j'ai sélectionné trois 45 tours, un bel EP d'Yma Sumac des années cinquante en très bon état, le tube psyché-pop Je reviens au pays de Sullivan  et ce disque-ci. J'étais prêt à payer jusque cinq euros pour le lot et j'ai été bien content que le vendeur ne m'en réclame que trois !
La pochette de ce disque de Marc Steckar est suffisamment drôle et surprenante pour qu'on s'intéresse ce disque, mais même sans ça il m'aurait intéressé car j'ai eu l'occasion de voir Marc Steckar en concert il y a bien longtemps, le 13 mai 1983, dans le cadre du quatrième Festival des Musiques de Traverses de Reims. Ce n'est pas ma journée la plus mémorable sur ce festival, mais elle a quand même été bien pleine avec des concerts souvent aux limites du jazz de Pinski Zoo, Nasmak (des hollandais), Un Drame Musical Instantané, Zila (un projet jazz/musique africaine avec Dudu Pukwana) et Steckar Tubapac, un orchestre fondé par Marc Steckar.
Je n'ai pas vraiment de souvenirs de ce concert. A chaque fois que j'y repense, c'est le Willem Breuker Kollektief qui me revient à l'esprit, des hollandais jazzeux qui, l'année précédente sur la même scène, ne dédaignaient pas les pitreries.
Dans les années 1960, Marc Steckar jouait plutôt du trombone que du tuba. Il a joué dans de nombreux orchestres et accompagné de nombreux chanteurs, et a sorti au moins deux 45 tours sous son nom sur le label Homère et sous la bannière "Trombone new sound". Celui-ci est le deuxième, et ce qui est bizarre c'est que des paroliers sont indiqués pour chacun des quatre titres, dont le romancier Louis C. Thomas, alors que le disque est entièrement instrumental ! Je n'ai pas trouvé trace de disques avec des versions chantées alors je me demande si le crédit donné aux paroliers n'est pas une façon de faire un clin d’œil à des potes...
Le disque a des accents jazz, mais pas trop marqués, et il est enlevé. La joie, qui commence par du trombone glou-glou façon Ron Capone, et Jojo le mérou (super titre !) avec ses effets de sirène de navire, ont des accents sud-américains dans le rythme et les percussions. Spirit sound est très bien aussi. Il n'y a que Entre et chien et loup qui me plaît moins. Le rythme est plus lent, mais ce n'est pas surprenant avec un titre pareil.
Marc Steckar est mort au début de l'été, à quatre-vingts ans. La Gazette des cuivres lui a rendu hommage et propose notamment un extrait de Tubapassion, un documentaire de 2000 de Béatrice et Patrick Reynier sur les vingt ans de Steckar Tubapac.
D'écouter le trombone de Marc Steckar m'a fait penser à un tromboniste qui vient de mourir, Rico Rodriguez, qui accompagnait les Specials sur A message to you, Rudy en 1979.
Et si on voulait écouter des cuivres ce mois-ci, la meilleure chose à faire c'était de suivre la procession funéraire d'Allen Toussaint à la Nouvelle-Orléans.

Marc Steckar : La joie.

 Marc Steckar : Spirit sound.

Marc Steckar : Jojo le mérou.



22 novembre 2015

JONATHAN MANN : Paris was made for love


Consulté la première fois sur YouTube le 16 novembre 2015
Réf : [sans] -- Diffusé par Jonathan Mann sur YouTube le 14 novembre 2015
Support : 1 fichier FLV
Titre : Paris was made for love (Give Paris one more chance)

Parmi toutes les réactions aux fusillades et explosions du 13 novembre à Paris, j'ai particulièrement prêté attention à celle de Jonathan Mann, signalée par le JojoBlog.
En effet, il s'agit d'une reprise modifiée de Give Paris one more chance, une chanson de Jonathan Richman qui lui a été inspirée par la vision d'un groupe de jeunes gens qui chantaient en chœur des chansons des Bee Gees sur les marches de Montmartre en 1978. Elle a été éditée sur disque pour la première fois en 1983 sur l'album Jonathan sings ! et il l'a très souvent interprétée en concert, notamment en France. Une deuxième version a même été publiée en 2001 sur Her mystery not of high heels and eye shadow.
Chez lui, avec une mise en scène minimale (des rideaux qui font un effet bleu-blanc-rouge aux fenêtres), Jonathan Mann interprète la chanson avec beaucoup d'émotion. Ça m'a rappelé l'hommage de Dogbowl à Lou Reed d'il y a deux ans.
Pour l'occasion, il a retitré la chanson en Paris was made for love, une expression qui figure dans les paroles originales, mais il a aussi, de manière très subtile et intelligente, adapté les paroles à l'actualité (les vers en gras-italique sont les siens) :

If you've been to cities but you've had enough
Have you been to Paris, France?
And if you doubt that Paris was made for love
Give Paris one more chance
Even on the darkest of days
Love will always shine to the hate
And if you doubt that Paris was made for love
Give Paris one more chance
Now there are those that can't see past terror and fear
Give Paris one more chance
But from the steps of Montmartre this morning is clear
Give Paris one more chance
And if you don't think Paris was made for love
Maybe your heart needs a telegram from up above
And if you doubt that Paris was made for love
Give Paris one more chance
Now there are those that will try to keep us apart
Give Paris one more chance
But the harder they try the more we'll open our hearts
Give Paris one more chance
The home of Piaf and Chevalier
Must have done something right to get passion this way
And if you don't think Paris was made for love
Give Paris one more chance
There are those already calling for war
Give Paris one more chance
Well it won't help now, it didn't help before
Give Paris one more chance
And the home of Piaf and Trenet too
Must have done something right, must have something for you
And if you don't think Paris was made for love
Give Paris one more chance
Well if you've been to cities but you've had enough
Have you been to Paris, France?
And if you doubt that Paris was made for love
Give Paris one more chance
When your heart is broken and you can't go on
When your faith and your hope and your music is gone
If you doubt that Paris was made for love
Give Paris one more chance

J'ai pensé initialement que Jonathan Mann était l'un des anonymes intéressants de YouTube, comme on en découvre toutes les semaines, mais il s'avère qu'il a un parcours particulier puisque, depuis 2009, il a entrepris d'enregistrer et diffuser une chanson par jour ! Si on fait le compte, il en est aujourd'hui à plus de 2500 et il continue, d'autant qu'il essaie d'en vivre en proposant de composer des chansons sur commande, pour des particuliers ou en tant que "troubadour des conférences" quand il intervient pour des entreprises ou autres organismes.

Retrouvez Jonathan Mann en ligne :
Site officiel - Bandcamp - YouTube - Tumblr - Twitter

21 novembre 2015

LAMBCHOP : Lambchop presents...The "Speak up" musical - Up with people !


Acquis chez Oxfam à Dalston le 11 novembre 2015
Réf : 20159-2 -- Edité par City Slang en Angleterre en 2000
Support : CD 12 cm
Titres : Up with people (Edit) -- Up with people (Zero7 remix) -- Miss Prissy

J'ai acheté l'album Nixon à sa sortie, puis assez vite la compilation Tools in the dryer, qui contient Miss Prissy. Je n'ai donc pas cherché particulièrement à acheter le single Up with people !, mais j'ai été bien content de tomber dessus pour pas cher dans une boutique de charité à Londres la semaine dernière.
N'ayant pas le disque, je n'avais jamais remarqué que le titre du single n'était pas tout simplement celui de la chanson principale mais, de façon plus élaborée, Lambchop presents...The "Speak up" musical - Up with people !. J'ai commencé à comprendre pourquoi quand j'ai découvert que Up With People (Debout Avec Le Peuple), c'est d'abord le nom d'un organisme ultra-conservateur appelant à la compréhension entre les peuples qui, depuis les années 1960, monte des comédies musicales avec des étudiants et les fait tourner dans le monde entier. Un truc entre les Poppies et les Scouts, formant une belle jeunesse surtout pas hippie.
N'empêche, j'ai failli rédiger cette chronique sans avoir fait le lien entre la pochette de ce single sorti uniquement en Europe et celle du premier album édité par Up With People ! en 1966 :



La maquette a été reprise, ainsi que les commentaires de soutien de trois progressistes notoires, John Wayne, Pat Boone et Walt Disney, avec un certain effet comique garanti une fois qu'on les applique à Lambchop. D'autant qu'on note que, de "Sing out" ("Chanter de tout son coeur"), on passe à "Speak up" ("Parler haut et fort"), sûrement en référence à la technique vocale de Kurt Wagner.
Je m'étonne quand même car, depuis 2000, j'ai lu des dizaines de chroniques ou de mentions de l'album Nixon et de sa chanson Up with people ! et il me semble que, même chez les américains, personne n'a jamais mentionné l'organisation en question. Et je note une fois de plus, surtout dans le contexte actuel, que derrière un slogan mobilisateur et rassembleur on peut trouver des gens bien, mais aussi d'autres avec des convictions ou des programmes politiques discutables.
Up with people ! est sûrement l'une des chansons les plus connues de Lambchop, mais c'est surtout une de leurs grandes réussites. Musicalement, on a presque une synthèse de trois excellents titres de What another man spills, l'album précédent, Give me your love (Love song), I've been lonely for so long et King of nothing never, mais ces trois-là étaient des reprises et là on a un original excellent, parfait pour résumer à lui tout seul le parcours complet du groupe.
On commence avec un riff de guitare, puis une guitare acoustique et des claquements de mains déjà entraînants. Arrivent ensuite la basse élastique et la voix de Kurt Wagner. Les cuivres font leur apparition quand Kurt fait des "Whou hou hou". La tension monte petit à petit, avec une guitare saturée et les premiers chœurs. Elle finit par se relâcher quand arrive le refrain, avec une ambiance de gospel associant les chœurs et les cuivres. Comme dans les églises du Sud des Etats-Unis ou les comédies musicales d'Up With People, arrivé là on est debout à claquer dans ses mains et à chanter ce refrain qui a l'air entraînant et optimiste, "Up our lives today" (l'expression, "Up with people" ne figure pas dans les paroles de la chanson).
Mais là aussi, les choses ne sont pas tout à fait ce qu'elles semblent. Je me garderai bien de tenter une analyse détaillée des paroles, bien trop allusives pour ce genre d'exercice. D'ailleurs, pour compliquer les choses, elles sont imprimées dans le livre de Nixon du dernier au premier vers. Il est visiblement question en tout cas de procréation et de progéniture, mais cette chanson plein d'allant cache bien son jeu. J'ai du mal à traduire le premier cri de ralliement "Come on undone", mais ça doit tourner autour de quelque chose comme "Venez défaits". Pour le fameux "Up our lives today", qui a l'air lui aussi très positif pris isolément, il faut quand même prendre la peine de se reporter au vers précédent. Kurt Wagner chante "We are screwing", qui tout seul signifie "Nous baisons", mais il n'y a pas de point et, même s'il y a un silence et un changement de partie musicale, il faut bien lire "We are screwing up our lives today", qui signifie "Nous bousillons nos vies aujourd'hui" !
Le remix d'Up with people ! par Zero7 qui est proposé ensuite n'est pas pas mauvais mais, comme la plupart des remixes, il est parfaitement dispensable. Par contre, Miss Prissy, la reprise de Vic Chesnutt qui clôt le disque, est une perle. J'ai déjà eu l'occasion de raconter l'histoire de cette chanson dans une chronique d'un concert de Vic Chesnutt de 2008, la source d'information étant le livret de Tools in the dryer : "Il enchaîne ensuite avec Miss Prissy, qu'il jouait très  souvent au 40 Watt Club avant de la "mettre en retraite" au début des années 1990. Il ne l'a jamais publiée sur disque, mais Lambchop en a enregistré une version  pour l'album-hommage à Vic Gravity of the situation. Leur titre n'a pas été retenu pour l'album et s'est retrouvé par la suite en face B de Up with people. L'expression  "Knuckles on a cheese grater" ("Phalanges sur une rape à fromage") dans le refrain m'a toujours marqué. L'un des innombrables exemples du talent de parolier de Vic Chesnutt."
Kurt Wagner précise aussi dans ses notes de pochette que Lambchop n'avait pas perdu au change puisque, deux ans après l'album hommage pour lequel ils n'avaient pas été retenus, ils ont eu la possibilité d'enregistrer un album entier avec Vic Chesnutt, l'excellent The salesman and Bernadette. Dommage qu'on ne trouve pas sur ce disque une version de Miss Prissy jouée par Lambchop et chantée par Chesnutt, mais je je me plais à penser que j'ai eu l'occasion d'entendre une telle version lors du concert au New Morning le 13 octobre 1998.




Lambchop, Up with people !, au Royal Festival Hall à Londres, en septembre 2000.

08 novembre 2015

GEORGES BRASSENS : Les trompettes de la renommée


Acquis à la Bourse BD Disques d'Hautvillers le 1er novembre 2015
Réf : 432.902 BE -- Edité par Philips en France en 1963
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les trompettes de la renommée -- Jeanne -/- L'assassinat

En-dehors de l'épisode Denis Pépin, je n'ai jamais vraiment eu de période Brassens, mais je l'ai toujours connu, comme tous ceux de ma génération. Je ne suis pas certain que mes parents avaient des disques de lui à la maison, mais à la radio, à la télé ou en colonie, on connaissait certaines de ses chansons, comme L'Auvergnat ou Les copains d'abord.
Je n'ai jamais cherché par la suite à systématiquement combler mes lacunes, mais au fil du temps j'ai découvert et apprécié de nombreuses chansons de Brassens, et je prends ses 45 tours et ses 25 cm quand je les trouve en bon état et pas chers.
La chanson Les trompettes de la renommée, je l'avais sûrement déjà entendue, mais je n'y ai vraiment prêté attention que le jour où l'INA a mis dans l'une de ses lettres d'information un lien vers une vidéo où on le voit la jouer seul au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, le 17 décembre 1964 :



On comprend bien que des incitations de gens bien intentionnés à accepter la rançon de la gloire et à se prêter au jeu de la célébrité ont inspiré cette chanson à Brassens. En réponse, il fait fort côté paroles, avec notamment tout un couplet sur son service trois pièces. C'est aussi avec cette chanson que le Père Duval a récolté le surnom de "calotte chantante".
Cela n'a pas empêché sa maison de disques Philips d'en faire le titre principal, de son 9e album, paru fin 1962 et de son 17e 45 tours quatre titres, au printemps 1963. Malgré son côté provocateur, cette chanson a même reçu l'accolade de la SACEM, qui lui a attribué le Prix Vincent Scotto 1963 de la meilleure chanson.
J'ai du coup pour la première fois porté vraiment attention aux paroles en regardant cette vidéo, mais surtout j'ai apprécié le fait que, même deux ans après la sortie du disque et alors qu'il avait déjà dû interpréter cette chanson des dizaines de fois, il s'amuse encore de ses propres paroles et réprime un rire au moment où il se demande "combien de Pénélopes passeront illico pour de fieffées salopes", puis encore quand il parle de "battre le tambour avec mes parties génitales". Pareil encore pour "Madame la Marquise m'a foutu des morpions". Par la suite, le sourire pointe encore à plusieurs reprises et il baisse le menton pour ne pas rire.
Voilà vraiment ce qu'on appelle du spectacle vivant, comme on l'a vu tout récemment avec Chuck Berry ou bien il y a quelques temps avec David Thomas, qui se met à rire lui aussi pendant We have the technology après un solo de métronome ou d'un autre instrument/jouet bizarre.
Cette chanson a plus de cinquante ans mais, en nos temps de télé-réalité et de célébrité qui ne repose surtout pas sur un incroyable talent, elle prend un relief particulier.
Pour la pochette, Philips n'est pas allé chercher trop loin des trompettes de la renommée. Georges est pris en photo au Jardin des Tuileries devant La renommée par Coysevox. Sur l'album, on voyait la même statue, mais c'était visiblement un photo-montage car tout était net.
En face B, on trouve deux autres titres de l'album. Jeanne, en référence à Jeanne Planche, épouse d'un Auvergnat, est un peu pour Brassens l'équivalent de la Suzanne de Leonard Cohen. Quant à la complainte L'assassinat, c'est une composition originale, pas une chanson folklorique, mais c'est tout ) fait ce que les anglo-saxons appellent une "murder ballad".

01 novembre 2015

CUSTARD : Nice bird


Acquis par correspondance via Ebay en septembre 2015
Réf : 74321493732 -- Edité par rooArt en Australie en 1997
Support : CD 12 cm
Titres : Nice bird -- Safety D.A.T. -- Piece of shit -- We have the technology

Il y a pile dix ans, j'ai chroniqué l'album Beard de COW. Ce disque fait partie des rares que j'aime sincèrement beaucoup et qui restent complètement obscurs après dix ans de YouTube et vingt ans d'internet. Il n'est même pas dans Discogs...
Au printemps dernier, je me suis mis dans l'idée de voir si je ne pouvais pas trouver un autre disque de COW, ce groupe australien de Country Or Western. Rien, juste un titre où ils accompagnent Robert Forster sur Viva Brisbane, un album de reprises d'Elvis Presley (Glenn Thompson de COW a souvent accompagné Forster et il a été membre des Go-Betweens de 2000 à 2006). Sur cet album, il y a aussi un titre de Custard, un groupe australien beaucoup moins obscur, qui a aussi fait carrière aux Etats-Unis, qui avait deux membres en commun avec COW, Thompson et David McCormack.
Si on n'a pas de lait de VACHE, qu'on boive de la crème anglaise... Je me suis donc intéressé à la production de Custard, et j'ai découvert qu'ils avaient sorti deux albums produits par Eric Drew Feldman (Captain Beefheart, Frank Black, Pere Ubu...) dont l'un, sorti en 1997, s'intitule We have the technology !
J'ai commandé l'album, un bon disque de pop-rock noisy. Aucune référence n'est faite à Pere Ubu dans les crédits de l'album, mais il paraissait évident que le titre de l'album était repris de la chanson We have the technology de l'album The tenement yard. Si j'avais eu le moindre doute, il a été effacé quand j'ai découvert que, en face B de Nice bird, l'un des trois singles extraits de l'album, on trouve justement une reprise de We have the technology ! Si je l'avais su avant, peut-être que je me serais contenté du single... Là, il m'a fallu un certain temps pour en localiser un exemplaire pas trop cher en Australie, mais ça a fini par se faire.
Parmi les singles, c'est Music is crap plutôt que Nice bird qui a apporté le plus de succès à Custard, mais pour ma part je préfère ce titre principal, avec sa basse à la Pixies au début et son petit côté haché.
Il y a un autre titre de l'album sur ce maxi, en fait l'un de mes préférés. Piece of shit n'est pas une reprise de Feel like a piece of shit de Beck, mais ça aurait presque pu puisque Custard a aussi tourné avec Beck et, sur l'album, Piece of shit vient juste après une reprise de Totally confused ! Les paroles sont surprenantes : "J'ai dit à ma nana qu'elle n'était qu'une merde. Elle a détesté ça. J'ai détesté ça. Mais ce qui est drôle c'est que maintenant tout va bien pour nous. J'espère que ça n'arrivera pas tout le temps.".
Safety D.A.T. est un court instrumental et le quatrième et dernier titre, donc, c'est We have the technology.
Pas une mauvaise version, mais ça fait partie de ces reprises dont la qualité principale est de pointer vers une excellente chanson méconnue. Le tempo est ralenti et il y a un synthé un peu pénible à l'arrière, mais sinon c'est assez proche au bout du compte des versions en direct de Pere Ubu (pour une Peel session ou sur Apocalypse now), versions sur lesquelles, là encore ça ne peut pas être un hasard, Eric Drew Feldman est présent. Le chanteur a l'intelligence de ne pas chercher à rivaliser avec David Thomas, mais les enjambements des paroles sont conservés et, sur les ponts, on entend même un tout petit peu de bruitage.
Ma chronique ne cherchait pas à être d'actualité, mais elle l'est ! : je viens de découvrir que, non seulement Custard est reformé, mais en plus le groupe sort cette semaine un nouvel album, Come back, all is forgiven !

L'album We have the technology est en intégralité sur YouTube. On peut y entendre Piece of shit à 14'05, juste après Totally confused, qui démarre à 10'52.

Custard : We have the technology.
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31 octobre 2015

PERE UBU : We have the technology


Acquis chez Rough Trade à Londres vers 1989
Réf : UBU 112 -- Edité par Fontana en Angleterre en 1988
Support : 45 tours 30 cm
Titres : We have the technology -- The postman drove a caddy -/- We have the technology -- The B side

Autant que je sache, peu de monde s'attendait à ce que Pere Ubu sorte un nouveau disque en 1988, six ans après Song of the bailing man et alors que David Thomas multipliait les projets. Pour ma part, j'avais eu la chance de voir David Thomas and the Pedestrians sur scène à Reims et je m'étais même retrouvé à patienter dans la même pièce que lui un jour chez Rough Trade Records, mais je ne cherchais pas spécifiquement à me procurer le nouveau disque.
Mais un jour, j'arrive dans la boutique Rough Trade et je tombe, dans un bac à soldes maigrichon, sur ce maxi avec sa superbe pochette à 1 £. Pas question de laisser passer ça. Quelques temps plus tard, j'ai eu l'occasion de me procurer l'album dont il est extrait, The tenement year, et je n'ai pas regretté car c'est l'un de mes préférés du groupe.
Tous les exemplaires cette "Collectors edition" étaient censés être numérotés mais il n'y a aucune trace de chiffres dans le rectangle prévu à cet effet sur mon exemplaire et j'ai bien l'impression qu'il n'y en a jamais eu.
Il y a près de vingt ans, j'ai publié un article sur Pere Ubu intitulé We have the technology dans le fanzine Vivonzeureux!. Les paroles de la chanson y étaient reproduites, mais le sujet de l'article c'était l'actualité du groupe et son utilisation des nouvelles technologies, comme Internet et les CD-Plus, agrémentés de fichiers informatiques.
Ces paroles, je me garderai bien de les analyser et de leur trouver un sens univoque, mais fondamentalement, à chaque jour qui passe elles sont un peu plus d'actualité, avec cette façon de se moquer gentiment du "progrès" à tout crin  : "Les penseurs et les poètes du passé, ils devaient plonger dans l'obscurité si aveuglément. Alors que nous nous tenons droits et libres (La lumière dorée du jour !). Reliés à nos machines, nos yeux rayonnent. La bizarrerie apparente des choses n'aura aucune importance. Nous avons la technologie, qui n'était pas disponible avant. Nous avons la technologie.".
Je ne m'y connais pas du tout en technique musicale, mais il y a dans cette chanson un travail très intéressant sur le rythme : on a l'impression par moments que le chant est décalé par rapport à la musique et il y a comme des enjambements très surprenants.
La version de l'album est la version indispensable de cette chanson. Il y a tout au long un son de synthé couinant qui me rappelle immanquablement les sucettes-sifflets à coulisse qu'on achetait chez le buraliste avec notre argent de poche. Il y a aussi une deuxième voix (aussi celle de David Thomas je pense), assez distanciée, qui se frotte et se confronte à la principale.
On retrouve cette version sur ce disque, mais seulement en face B. En 1988 comme aujourd'hui, il ne fallait pas que les choses soient apparemment trop bizarres et, pour la version de la face A et la vidéo, on a fait appel à Paul Stavely O'Duffy, qui a soigneusement mis sous le tapis tous les éléments surprenants. Son remix a cependant l'avantage de mettre en valeur la beauté et l'originalité pure de cette chanson, ainsi que les éléments plus "normaux" de l'instrumentation (les guitares, surtout), assez proche finalement des deux versions "en direct" diffusées depuis, celle enregistrée pour John Peel en 1989, et celle du concert du 7 décembre 1991 à Chicago, publiée sur l'album Apocalypse now. Il y a aussi au moins une autre version publiée de We have the technology, créditée à David Thomas and the Accordion Club, chroniquée ici en 2009.
Les deux titres supplémentaires proposés ici ont été enregistrés pendant les sessions de l'album spécifiquement pour être des faces B. L'un d'entre eux s'appelle d'ailleurs The B side, et il sonne comme un exercice amusant : on a l'impression que Pere Ubu
s'essaie à enregistrer un morceau funky, avec David Thomas qui donne des instructions chiffrées, suivant les règles d'un jeu que nous ne possédons pas.
The postman drove a caddy, avec John Kirkpatrick à l'accordéon, fait partie de ces chansons de Pere Ubu où David Thomas nous raconte une histoire avec un accompagnement musical fourni par le groupe. C'est plutôt réussi. Les paroles sont très drôles, à propos d'une lettre écrite par Albert Einstein détaillant une invention merveilleuse, perdue par la Poste pendant quarante ans avant d'être mise dans une boite aux lettre qui est bouffée par un cochon affolé... Je vous en passe, mais c'est très drôle et, comme le dit le refrain, : "D'une manière ou d'une autre, je savais qu'on allait au devant des emmerdes" !
La réédition de The tenement year de 2007 contient en bonus tous les titres du maxi, plus la version Peel de We have the technology, mais elle n'est déjà plus distribuée et il faut compter au moins 25 € pour se la procurer en CD.



29 octobre 2015

"TENNESSEE" ERNIE FORD : 16 tons


Acquis sur le vide-grenier de la F.C.P.E. à Ay le 28 juin 2015
Réf : EAP 1-693 -- Edité par Capitol en France en 1956
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Sixteen tons (Seize tonnes) -- River of no return (La rivière sans retour) -/- You don't have to be a baby to cry -- Give me your word

Il y a pile dix ans aujourd'hui, je publiais ma première chronique sur ce blog.
Quand j'ai eu cette idée de me lancer dans le récit de ma collection de disques, j'ai tout de suite su que j'avais de la matière pour tenir un bon bout de temps. C'était aussi un bon moyen de partager à nouveau une passion pour la musique, en complément de mon webzine, quelques années après avoir arrêté de produire des émissions de radio.
Initialement, je pensais surtout raconter des souvenirs et anecdotes à propos des disques que j'avais depuis longtemps, mais j'avais aussi noté que, depuis deux ou trois ans, j'avais pris l'habitude de rechercher des informations en ligne sur les disques que je venais d'acheter. Mais je les oubliais aussi vite et, quelques semaines ou mois plus tard, je me retrouvais à rechercher les mêmes informations ou à essayer désespérément de retrouver le nom mentionné sur un site que j'avais visité : le blog me sert aussi de béquille mémorielle.
Donc, c'est un peu une surprise pour moi, mais je pense que la majorité des plus de 1200 disques chroniqués est entrée dans ma collection dans les dix dernières années. Le blog influence d'ailleurs de plus en plus ma politique d'achat : je recherche encore plus qu'avant les éditions un peu particulières ou les disques avec un arrière-plan un peu original car c'est de ceux-là que j'ai envie de parler.
Dans cette optique, je reste très satisfait dix ans plus tard du choix que j'ai fait pour la toute première chronique. J'avais soigneusement évité de prendre un disque d'un de mes artistes ou genres fétiches : pas de Creation, de Jonathan Richman, de New wave ou de Lewis Furey. Non, j'ai pris un disque de country, un 45 tours EP sorti uniquement en France, avec une photo de pochette d'un photographe réputé, Jean-Pierre Leloir. Le chanteur, Tennessee "Ernie" Ford était plutôt ringard, mais il s'agissait du réenregistrement en 1965, dix ans après l'original, de son plus grand tube, 16 tons, dans une version plus "rock".
Eh bien, puisque qu'on fait un retour de dix ans en arrière, on va le faire aussi avec les enregistrements de "Tennessee" Ernie Ford, puisque j'ai sélectionné aujourd'hui cet enregistrement original de 16 tons, sorti initialement en 1956.
J'ai trouvé ce disque en juin dernier à Ay, comme l'African Jazz et le Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four, et lui aussi a appartenu à un certain Ahr.
16 tons est éternellement associée à Ernie Ford. Je savais qu'il n'avait pas écrit cette chanson, mais j'avais oublié que c'est Merle Travis qui est crédité comme auteur, et j'ai découvert en préparant cette chronique que Travis l'avait même enregistrée, dès 1947, sur l'album Folk songs of the hills. Et, comme c'est souvent le cas avec la paternité des chansons folk, celle de 16 tons est disputée. George Davis l'aurait écrite dès les années 1930 sous le titre Nine-to-ten-tons. Il en a finalement enregistré une version en 1966.
La version de 1956 d'Ernie Ford, celle qui a été un tube énorme, a quand même quelque chose en plus que ces versions folk, dans l'orchestration et dans le claquement de doigts, une idée de Ford. Celle de 1965 reste peut-être ma préférée.
En France, c'est Armand Mestral qui a enregistré la version la plus connue, avec cette particularité fascinante : sur les pochettes il a la même horrible petite moustache fine qu'Ernie Ford. Il a la voix aussi grave, mais un style bien plus opératique. Et surtout, dans les paroles, presque plus rien sur le quasi-esclavage, en tout cas l'exploitation économique, subie par les mineurs. Le vers essentiel, "Je dois mon âme au magasin de la compagnie minière" a été complètement occulté dans la traduction.
J'ai ce disque d'Armand Mestral, mais je me le garde pour l'instant. Qui sait ? Je manquerai peut-être d'idée de chronique dans dix ans...



25 octobre 2015

PULP : Bad cover version


Acquis par correspondance via Discogs en octobre 2015
Réf : CID 794/582 900-2 -- Edité par Island en Europe en 2002
Support : CD 12 cm
Titres : Bad cover version -- Yesterday -- Forever in my dreams

Je crois que je n'ai jamais eu autant de mal à acheter un disque par correspondance. J'ai carrément dû m'y reprendre à quatre fois !
Ça s'explique par le fait que, quand ce single est sorti en 2002, a) les labels sortaient encore des singles et b) ils pratiquaient encore le multi-formatage, c'est à dire qu'un single donné sortait en trois, quatre ou cinq éditions différentes afin de gonfler les ventes. On avait connu les 45 tours simples et maxis, les double-45 tours, les cassettes, les CD en un, deux ou trois exemplaires, avec ou sans remixes ou versions live. Arrivés en 2002, une nouvelle hérésie avait fait son apparition, le DVD single, autrement dit un disque avec la vidéo du titre principal incompatible avec la plupart des chaînes stéréo !
Et, quelques années plus tard, quelqu'un a dû s'emmêler les pinceaux au moment de mettre en vente ce single en vente, tant et si bien que, les trois premières fois où j'ai commandé ce disque, chez Amazon ou Ebay, j'ai reçu des grosses boites qui mettent en vente ces disques d'occasion non pas ce CD single mais le DVD !
Certes, ces boites ne rechignent pas à rembourser rubis sur l'ongle quand elles se sont plantées, sans demander le retour de l'article envoyé par erreur, mais j'avais décidé que je voulais ce disque et finalement, c'est par l'intermédiaire d'un vendeur moins industriel sur Discogs que j'ai pu le commander, pour un peu plus cher, en m'assurant au préalable que je recevrais le bon disque.
Pourquoi je voulais ce disque ? Parce que je ne crache pas systématiquement sur le marketing et, quand je l'ai découverte, j'ai apprécié la campagne mise en place pour accompagner la sortie de ce titre extrait de We love life, l'album de Pulp de 2001. Ce single se trouve être le tout dernier disque sorti par le groupe avant sa séparation.
Au départ, il y a la chanson, Bad cover version, dans laquelle Jarvis Cocker dissèque les nouvelles amours d'une ex, qui ne peut que le regretter : "Car chaque contact te rappelle à quel point ça aurait pu être doux, et à chaque fois qu'il t'embrasse ça laisse le goût amer de la saccharine. Une mauvais reprise de l'amour ne vaut pas l'original.".
La première anecdote, et on ne saura jamais si elle est vraie, concerne la fin des paroles : "Chante ta chanson sur toutes les tristes imitations tellement à côté de la plaque : C'est comme un Tom et Jerry tardif quand ils parlaient tous les deux (...) comme les Stones dans les années 80 (...) comme la deuxième face de 'Til the band comes in."
'Til the band comes in, je ne le savais pas, mais c'est un album de Scott Walker de 1970, avec des titres originaux sur la face A et des reprises en face B, et parait-il que Jarvis ne savait pas quand il a écrit ses paroles que cette chanson serait produite par... Scott Walker lui-même ! Il était évidemment gêné au moment de l'enregistrer, mais pas Walker, qui ne doit pas être loin d'avoir le même avis sur ce disque, mais qui surtout ne se préoccupe pas de ses enregistrements de cette époque.
Il y a la pochette ensuite, et c'est pour ça que je voulais absolument cette édition du single, car les autres ont des pochettes différentes. Un seul coup d'oeil, et on comprend que cette pochette fait référence à l'album de 1972 The rise and fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars de David Bowie. Il est précisé dans les notes que le gamin sur la photo est Mark Webber, guitariste de Pulp et ancien secrétaire de leur fan club. Je pensais que Peter Saville et ses associés, crédités pour la pochette, avaient inséré numériquement la photo du gamin sur un fond similaire à la pochette de Bowie, mais c'est encore mieux que ça, comme on peut le lire chez ST33 : avant d'être fan de Pulp, Webber était fan de Bowie et, au tout début des années 1980, il a persuadé son père de trouver l'endroit exact où la photo de pochette de Bowie avait été prise pour s'y faire prendre en photo. Une pas très bonne version de la pochette, mais le groupe a eu une très bonne idée en décidant d'utiliser cette photo pour son propre disque.
Autre bonne idée pour le CD 2, que je n'ai pas acheté : il comprend en face B, deux, on le suppose "mauvaises", reprises de chansons de Pulp, Disco 2000 par Nick Cave et Sorted ? par Roisin Murphy. Eels avait aussi été contacté mais n'a pas pu enregistrer sa reprise dans les temps.
Pour promouvoir le single, une vidéo a été réalisée, bien sûr. C'est celle qu'on trouve sur le DVD. Là encore, la bonne idée, car la chanson s'y prête très bien, ça  a été de traiter la vidéo sur le même mode que les singles de charité à grand spectacle, comme Do they know it's Christmas ? de Band Aid. Sauf qu'on est dans la mauvaise copie, alors les stars sont toutes des sosies de vedette, y compris un Jarvis forcément pas très réussi, et Jarvis lui-même qui apparaît sous les traits de Brian May, le guitariste de Queen.

Apparemment, de nombreux titres ont été enregistrées en prévision de l'album We love life, dont beaucoup sont restés inédits. On en trouve deux ici, tout à fait corrects, surtout Yesterday. Ils ont été enregistrés quelques mois plus tôt et sont produits par Chris Thomas.

Je me retrouve avec trois DVD de Pulp sur les bras. Un seul me suffit, alors j'offre les deux autres (sans la boite plastique) aux deux personnes qui donneront en commentaire de cette chronique un exemple de reprise particulièrement mauvaise.
Les reprises que j'ai diffusées en tant que Pol Dodu ou JC Brouchard sont hors-concours, ainsi que Je survivrai par Régine, parce que c'est trop facile !



Pulp mime sur la version studio de Bad cover version, dans l'émission Top of the Pops le 26 avril 2002.

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