30 juillet 2015

THE JESUS AND MARY CHAIN : Never understand



Acquis au Virgin Megastore à Londres en février 1985
Réf : NEG 8T (249130-0) -- Edité par Blanco Y Negro en Angleterre en 1985
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Never understand -/- Suck -- Ambition

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le raconter, j'ai passé du 15 au 18 février 1985 quelques jours à Londres particulièrement mouvementés en compagnie d'Alan McGee, en sa qualité de patron de Creation Records et manager de Jesus and Mary Chain. C'est pendant ce séjour que j'ai récupéré Jacob's ladder de The Monochrome Set, le maxi resté inédit d'Upside down, mais aussi des exemplaires de l'album Pass the paintbrush, honey de Biff, Bang, Pow !, qui m'était dédié, et aussi ce maxi, le deuxième single de JAMC, qui venait de sortir.
La lecture récente de la biographie Barbed wire kisses : The Jesus and Mary Chain story, par Zoë Howe, très détaillée sur les premières années, m'a rappelé combien le groupe jouait gros avec la sortie de ce disque. En effet, après le succès inattendu de leur premier single Upside down chez Creation, toujours n° 1 des charts indépendants en février 1985, quatre mois après sa sortie, le groupe avait signé chez Blanco Y Negro, filiale de Warner gérée par Geoff Travis, également patron-fondateur de Rough Trade. Mais, si au bout du compte ils sont restés dix ans et ont publié cinq albums sur ce label, le contrat initial ne portait que sur ce single. Il fallait donc rapidement faire ses preuves.
Même si le groupe était désormais associé à une major du disque, certaines choses restaient artisanales, comme le montre cette anecdote relatée dans le livre : quand Geoff Travis a expliqué au groupe qu'il faudrait prévoir des publicités pour la presse, Jim et Douglas ont demandé une feuille de papier et ont crayonné ceci, qui a effectivement été utilisé pour toute la promo presse :



Pas si mal et plutôt efficace en relation avec ce qu'on entend sur le disque !
S'il y a une chose qui a été ratée, par contre, c'est la pochette. Je ne dédaigne pas un certain minimalisme, mais dans ce cas précis ce rouge uni avec juste le nom du groupe en noir est vraiment quelconque. C'est d'autant plus rageant que, comme le raconte John Robb, journaliste et leader des Membranes, le groupe s'était rendu à Manchester à l'automne 1984, à la fois pour y faire sa première grande interview avec Robb et pour rencontrer Linder, pressentie pour faire la pochette du prochain disque.
Linder, c'est cette artiste, également musicienne avec Ludus, qui a notamment illustré Orgasm addict des Buzzcocks et Real life de Magazine. Elle n'est pas créditée et je ne retrouve pas ma source d'information, mais au bout du compte, un collage de Linder a bien été utilisé pour la pochette de Never understand, mais il a inexplicablement été relégué au verso. Un vrai gâchis !! 
Never understand fait sûrement partie du premier lot de chansons composées par les frères Reid. Il y en avait une version sur la première démo du groupe de 1983-1984 et ils l'ont enregistrée lors de leur première Peel session en octobre 1984. Je suppose qu'ils l'ont jouée quand je les ai vus à la Living Room le 9 juin 1984 et qu'elle faisait partie de ces chansons que j'avais trouvées très bonnes, même si elles étaient pleine de distorsion (je ne savais pas alors qu'une bonne partie de ces quelques chansons étaient des reprises, car je ne connaissais pas les version originales de Vegetable man de Syd Barrett, Somedoby to love de Jefferson Airplane et Ambition de Subway Sect).
Au niveau sonore et musical, Never understand reste très proche d'Upside down, avec un feed-back peut-être mieux maîtrisé et un vrai cri de la mort à la fin.


Never understand a fait une carrière très modeste dans les classements des ventes, mais ça n'a pas empêché le magazine Smash Hits d'en publier les paroles (via The Sound of Young Scotland et Brian McCloskey)

En face B, le groupe voulait initialement mettre Jesus fuck, un titre qui ne verra officiellement le jour qu'avec la réédition de Psychocandy de 2011. A la place, on a droit à quasiment la même chose, c'est à dire Suck, l'un des nombreuses faces B de JAMC qui sonne très fort comme du Public Image époque First issue / Metal box., avec à la fin des "Pa pa pa" plus pop qui me rappellent un autre de leurs titres, et peut-être bien quand même à la fin des "Fuck" ou "Jesus fuck" noyés dans le mix.
Vient ensuite la version bien plus punk que l'originale d'Ambition de Subway Sect. Elle aussi se termine avec des "Fuck" et des "Fuckin' evil"...
J'ai vu/entendu The Jesus and Mary Chain en concert cinq fois entre juin 1984 et novembre 1985. A l'époque, le groupe était bien incapable de rendre justice sur scène aux chansons de son chef d’œuvre Psychocandy. Musicalement car il n'en avait pas les compétences, et psychologiquement car ils étaient incapables de monter sur scène sans être complètement imbibés d'alcool.
Trente ans après (purée, trente ans ça passe vite !), ce n'est plus le cas. Le groupe, à cinq avec les seuls frères Reid comme membres originaux a joué le 16 novembre dernier à La Cigale l'intégralité de Psychocandy et, même en tenant compte de toutes mes réserves pour ces reformations nostalgiques, c'était excellent et nouveau, puisque ces chansons n'avaient jamais été jouées aussi bien sur scène.
Quelques jours plus tard, le groupe jouait deux soirs de suite dans sa ville d'origine, à Glasgow. Un enregistrement de ces concerts, Psychocandy live : Barrowlands, sort demain, en version CD simple avec juste les quatorze chansons de l'album original, ou en coffret luxe avec en plus sur le CD les sept titres du mini-concert best-of joués en plus, plus les mêmes titres sur deux disques vinyl et un livre de quarante pages.


The Jesus and Mary Chain à La Cigale, Paris, le 16 novembre 2014. Photo : JC Brouchard.

Quatre versions de Never understand et les faces B de ce maxi sont disponibles sur la réédition 2 CD-1 DVD de Psychocandy de 2011.


The Jesus and Mary Chain, Never understand, dans l'émission belge VRT le 17 mars 1985.
Ce passage télé est devenu célèbre pour l'entretien qui l'a précédé, au cours duquel a) Jim s'est amusé à dire qu'il détestait Joy Division, uniquement parce qu'on lui avait dit auparavant que le présentateur en était un grand fan (tout comme Jim...) pendant que b) Bobby flirtait avec sa copine sur le canapé.

28 juillet 2015

MAXIME LAOPE accompagné par LES SUPER-MIGS : Band' cariors


Acquis sur le vide-grenier de Saint Remy en Bouzemont le 19 juillet 2015
Réf : SOR 20 004 -- Edité par SOREDISC en France probablement dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Band' cariors -/- C'est l'amour

Allez, après Freddy Ranarison, Jean-Claude Thévenin et la Troupe Lélé, voici un quatrième et dernier disque (pour l'instant) choisi dans mon lot de cinquante achetés à Saint Remy en Bouzemont.
Je ne connaissais pas du tout Maxime Laope (son nom est parfois orthographié Lahope ou Lahoppe) avant d'acheter ce lot, dans lequel il est le plus largement représenté puisqu'il y a pas moins de six disques de lui, dont un en duo avec Benoite Boulard, avec qui il a longtemps chanté.
Ce n'est pas très étonnant car, né en 1922, il a eu un parcours musical très long, avec une discographie inaugurée par un 78 tours édité dès 1949, dans lequel il exprimait déjà son soutien de la  langue créole avec Mi aim mon patois.
Pour ses premiers disques, il était parfois crédité comme chanteur principal, mais plus souvent comme chanteur d'orchestre (Arlanda, Nativel, L. Pitou,Claude Vinh pour du "folklore réunionnais". A partir des années 1960, les disques sont tous sortis sous son nom. Il écrivait ses paroles, sur des musiques de Jules Arlanda, Louis Decotte et d'autres compositeurs.
Il y a d'excellentes choses dans mes disques, comme La coupe canne, Mon anniversaire, Touch pas mon z'histoire et L'auto dé volants, mais j'ai choisi celui-ci, peut-être le plus ancien de ceux que je possède, car les chansons sont très bonnes et j'aime beaucoup la pochette, sur laquelle Maxime Laope est entouré par sa fille aînée France-May et par Marie-Hélène Laude. Je m'attendais à ce qu'elles fassent les choeurs mais ceux qui sont sur le disque sont masculins. Peut-être jouent-elles d'un instrument ou dansaient-elles sur scène ?
J'imagine que l'Orchestre Super-Migs (des avions chasseurs soviétiques) qui accompagne ici Maxime Laope est le même que l'Orchestre Super Jets crédité sur le 45 tours La coupe canne.
Un des membres des Super-Migs était Gaby Laï-Kun, qui par la suite sera le chanteur des Soul Men. J'ai un 45 tours de lui, deux des Soul Men, et plein d'autres du label Issa où ils accompagnent divers chanteurs, dont Maxime Laope, mais ils sont plus tardifs (fin années 1970-début années 1980) et avec un son déjà plus moderne (dont orgue ou synthé) que j'aime moins.
J'ai essayé de deviner le sujet de l'excellente chanson qu'est Band' cariors. Au vu des quelques paroles que je comprends, et sachant que par ailleurs la chanson est titrée Band' carias, je pense qu'il y est question d'insectes.
Maxime Laope a réenregistré quelques-uns de ses grands succès dans les années 1990. Malheureusement, la seule version disponible en ligne de la face B, C'est l'amour, est cette nouvelle version, jazzy, à laquelle il manque l'instrument solo principal de la version originale, une guitare électrique presque surf. 
Comme pour Granmoun Lélé, la nombreuse famille Laope (il a eu douze enfants...) s’est constituée en association pour continuer à faire vivre l'œuvre de Maxime, qui est mort en 2005. Des enfants et petits-enfants ont aussi fondé il y a plus de dix ans le groupe Bann Laope qui a sorti son premier album en 2014, avec onze titres dont dix nouvelles versions de chansons de Maxime.
Une biographie par Expédite Cerneaux et Bernadette Guillot, Maxime Laope : Un chanteur populaire, rassemblant aussi ses textes, contes et devinettes, a été publiée en 1999.

26 juillet 2015

TROUPE LÉLÉ : L'autonomie


Acquis sur le vide-grenier de Saint Remy en Bouzemont le 19 juillet 2015
Réf : EDI 106 -- Edité par Ediroi en France vers 1977
Support : 45 tours 17 cm
Titres : L'autonomie -- Ti Paul -/- Citron galet

Parmi les cinquante disques achetés dimanche dernier, il y en a quelques-uns de Madagascar, comme le Freddy Ranarison, beaucoup de ségas de La Réunion, comme le Jean-Claude Thévenin, et trois de Maloya qui font partie des au moins neuf disques édités par Ediroi (Editions Réunion Océan Indien) à partir de la deuxième moitié des années 1970.
En plus de celui-ci, le premier que j'ai écouté et mon préféré, j'ai aussi ceux de la Troupe Fondbac et de la Troupe du Foyer du Coeur-Saignant, mais aucun des deux de la Troupe La Résistance du Sud, dont l'un est le premier enregistrement publié par Danyel Waro.
Le Maloya, j'avais déjà dû voir passer le terme, mais je ne connaissais pas du tout ce style musical et je ne pense pas que je l'aurais associé à La Réunion. Voici comment Stéphane Davet le présente dans Le Monde du 20 décembre 1999 : "A la Réunion, c'est le maloya qui aura été le meilleur véhicule de la contestation. Danse de transe, chant incantatoire, le maloya s'est enraciné dans la culture des esclaves et des Nègres "marrons", ces fugitifs réfugiés dans les hauteurs volcaniques de l'ex-île Bourbon. Après l'abolition de l'esclavage, en 1848, leurs descendants maintiendront ces traditions. En 1946, la départementalisation de la Réunion va conforter cette marginalisation. Jugé obscurantiste et symbole d'un passé encombrant, le maloya sera officieusement prohibé. Dans les années 70, le Parti communiste réunionnais (PCR) en fait la musique du petit peuple, l'instrument d'une identité enfin revendiquée. On tire de grandes figures (Lo Rwa Kaf, Firmin Viry, Granmoun Lélé) de la semi- clandestinité. Une jeune génération (Danyèl Waro, Ziskakan, Ti Fock) y verra aussi le meilleur moyen d'exprimer sa révolte."
Le Parti Communiste Réunionnais a lui-même édité au moins deux albums de Maloya a cette époque. Avec les disques d'Ediroi, ce sont je crois les premiers témoins discographiques de cette musique, dont l'audience va encore rester très limitée pendant une longue période.
Ce disque de 1977 est le tout premier enregistrement de la Troupe Lélé, un ensemble avant tout familial formé autour de Julien Philéas dit Lélé. Pour qu'il entame une carrière internationale sous le nom de Granmoun Lélé, il faudra attendre son passage au festival Musiques métisses d'Angoulême en 1993, là où a été enregistré son premier album, Namouniman.
Voici ce qu'écrivait Patrick Labesse à propos de son parcours dans le Carnet du Monde suite à son décès le 14 novembre 2004 : "C'était, avec Lo Rwa Kaf (mort le 26 juillet) et Firmin Viry, l'un des pionniers du maloya, l'emblème musical de la Réunion, à la fois chant et danse accompagnés de percussions, introduit, dit-on, par les esclaves amenés sur l'île à partir du XVIIIe siècle, une musique à la fibre rebelle, longtemps interdite par les autorités, miroir d'une bouillonnante culture créole. A Saint-Benoît, où il a toujours résidé, Julien Philéas, surnommé Granmoun (grand-père) Lélé, né d'un père cafre (descendant des esclaves venus de Madagascar et du continent africain) et d'une mère « batar-malgache » (métissée malgache), il commence à chanter, avec pour modèle son oncle chanteur de maloya, Arsène Madia, à partir de 18 ans, dans les « servis kabaré », des cérémonies rituelles d'origine malgache au cours desquelles les ancêtres sont honorés. Il travaille dans l'usine à canne, où est employé son père. Il y restera jusqu'à la retraite. En 1977, il crée son groupe, un collectif familial réunissant autour de lui sa femme, ses filles et ses fils."
Le Maloya de la Troupe Lélé est une musique rustique, presque autant que celle de Ti Frère, le patriarche du séga de l'Île Maurice, à base de percussions principalement, avec un chant en forme d'appels et réponses entre un soliste et un chœur. Ce qui est très surprenant avec ces trois titres c'est qu'ils sont très proches l'un de l'autre, surtout les deux premiers, tant du point de vue du rythme que de la mélodie du chant.
Le chanteur principal de L'autonomie est un enfant, Willy, pour limiter les risques de représailles en raison de son contenu militant.
Je suis très content d'avoir pu me procurer ce disque, à la fois un enregistrement que j'apprécie beaucoup et un document important dans l'histoire de la musique réunionnaise.

La famille Lélé continue de se produire sous le nom de Groove Lélé. Les trois titres de ce disque ont été inclus cette année à la fin dans son album Sapik Maloya, dont la pochette s'inspire de celle de ce 45 tours. Juste avant, on y entend Lotonomie, une nouvelle version de L'autonomie enregistrée près de quarante ans plus tard par son chanteur original, Willy Philéas.
Une biographie, Granmoun Lélé : La voix des ancêtres a été publiée en 2014 pour marquer le dixième anniversaire de son décès.
Une exposition autour de Granmoun Lélé est présentée à la médiathèque Jean Bernard des Avirons jusqu'au 13 août.

Troupe Lélé : L'autonomie.
Troupe Lélé : Ti Paul.
Troupe Lélé : Citron galet.

24 juillet 2015

JEAN-CLAUDE THEVENIN : Planning familial


Acquis sur le vide-grenier de Saint Remy en Bouzemont le 19 juillet 2015
Réf : J 40108 -- Edité par Jackman en France dans les années 1970
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Planning familial -/- Baisse le prix du riz

Après le Freddy Ranarison, voici un deuxième disque tiré du lot de cinquante acheté dimanche dernier.
L'hiver dernier, Philippe R. m'a offert le 33 tours L'île de La Réunion  en ségas Vol. 1. Un très bon disque. Je n'imaginais pas que, l'été venu, je serais l'heureux propriétaire d'au moins un 45 tours de chacun des artistes présents sur cette compilation. Je me réjouis particulièrement d'avoir les disques originaux sur lesquels figurent mes titres préférés de l'album : Moustique par Marie-Armande Moutou et les deux faces de ce disque de Jean-Claude Thévenin.
J'avais repéré le nom de Thévenin à l'écoute de l'album car il est crédité comme auteur avec Roland Raelison de quatre titres pour Michel Adélaïde (dont Mon pied d'riz, un grand succès) et Marie-Armande Moutou (dont Moustique), en plus d'avoir composé seuls les deux publiés sous son nom, avec des arrangements et une direction musicale de Roland Raelison.
Je n'ai trouvé en ligne aucune information sur le parcours de Jean-Claude Thévenin. En tout cas, question disques, il est clair qu'il a plus écrit pour autres que pour lui en tant qu'interprète. C'est presque dommage si on en juge par la qualité des deux excellentes chansons de ce 45 tours.
Les paroles de trois des chansons sont reproduites à l'intérieur de la pochette de L'île de La Réunion en ségas, mais malheureusement ni celles de Planning familial ni celles de Baisse le prix du riz n'en font partie. C'est particulièrement frustrant car, comme souvent avec le créole, je saisis des expressions d'une phrase à l'autre et j'arrive à comprendre le sens général, mais il m'est impossible de comprendre une chanson entière dans le détail.
Quand je regarde la pochette, je me dis que ça ne peut pas être un hasard si Jean-Claude Thévenin est entouré de cinq garçons tous à peu près du même âge pour un disque dont le titre principal est Planning familial !
Le thème de la chanson n'est pas tant, comme je me l'étais imaginé, d'inciter à se protéger en utilisant la contraception. C'est plutôt un message moraliste avertissant les jeunes gens qu'être "plannifié" ne doit pas être un encouragement à mener une vie débauchée : "Avec la pilule, zot l'a pu peur danger. Plus besoin des calculs, plus besoin ménager. L'amour, y vivent en liberté, la morale, y mettent su'l côté. Comment reconnaître un' tit fille bien sage. Toute n'a l'air honnête, mais bon qu'elle est volage.". C'est suivi d'un dialogue avec une jeune femme qui ne s'en laisse pas conter par ce message "vieux jeu".
Musicalement, la composition est assez travaillée, avec une citation d'une composition classique en introduction et un pont sur un rythme qui doit être du tango.
Du coup, j'ai ressorti pour le réécouter Contrôle de naissance par Jean-Claude et ses Wachi Wala !
En face B, Baisse le prix du riz, fait comme un étrange écho à l'actualité de ces jours derniers, même si la question des difficultés financières des paysans doit être vieille comme le monde : "Baisse le prix le riz. Augmente le prix whisky (...) Mon vieux Papa l'est cultivateur, mais li gagne pas achet' un tracteur (...) Li gagne pas un instant repos".

22 juillet 2015

FREDDY RANARISON ET SON ENSEMBLE : Ouaille ouaille Mayotte


Acquis sur le vide-grenier de Saint Remy en Bouzemont le 19 juillet 2015
Réf : 466 402 -- Edité par Discomad à Madagascar probablement vers la fin des années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ouaille ouaille Mayotte -/- La Pointe aux Piments

Après deux ans, j'ai eu l'occasion de repasser à Saint Remy en Bouzemont pour la brocante. Initialement, je n'ai pas trouvé grand chose. J'ai juste eu un gros coup au cœur en tombant sur un 78 tours de Pierre Malar avec une chanson intitulée Malagueña mexicaine. Ceux qui suivent auront compris que j'espérais trouver Sérénade argentine en retournant le disque, mais malheureusement ce n'était pas le cas.
C'est vers la fin de mon tour que j'ai avisé un stand avec deux cartons de 45 tours. J'ai commencé à regarder et j'ai trouvé très vite un disque de séga et un de Madagascar. Avant d'aller plus loin, j'ai demandé le prix. 1 € pièce, mais la vendeuse m'a confirmé qu'elle me ferait un lot si j'en prenais plusieurs. Et plusieurs j'en ai pris, puisqu'au bout du compte j'ai acheté 50 45 tours pour 20 €, presque tous venant de l'Île de la Réunion ou de Madagascar !!
J'ai cherché à savoir d'où venaient tous ces disques et, comme souvent, il s'est avéré que le mari avait fait un séjour à La Réunion et que ces disques appartenaient à une de ses amies aujourd'hui décédée.
Depuis dimanche, je n'ai pas encore eu le temps d'écouter tous les disques, mais j'ai choisi pour je ne sais quelle raison celui-ci pour commencer, et je pouvais difficilement plus mal tomber !
Freddy Ranarison, qui est mort en 2001, fut l'une des vedettes du salegy dans les années 1960, une musique malgache proche du séga. Émule de Hank Marvin, il a été l'un des pionniers de la guitare électrique dans l'île. Il a sorti au moins dix 45 tours avec son Ensemble et a accompagné de nombreux autres musiciens. On peut écouter deux de ses titres sur l'excellent site de Phono Mundial, une émission de Radio Grenouille à Marseille.
Contrairement à d'autres de ses disques, qui sont instrumentaux, celui-ci est chanté, et en français, pas en malgache ou en créole. Les paroles de Ouaille Ouaille Mayotte sont amusantes ("J'ai cinglé jusqu'à Mayotte et depuis j'en suis cinglé. Depuis que j'ai vu Mayotte je suis tout emmailloté (...) A Mayotte, pas de fox-trot, c'est le vrai séga qu'voilà") et en face B La Pointe aux Piments est une chanson dédiée à un haut-lieu touristique de La Réunion.
J'ai pensé initialement que le but était d'intéresser les touristes fréquentant Mayotte et La Réunion, mais j'ai regarder les étiquettes du disque et j'ai fini par comprendre que ces deux titres sont des reprises !
Ouai ouai Mayotte a été créée en 1934 par Ray Ventura et ses Collégiens et a été éditée avec Love in the air en 78 tours. Elle est signée par Raymond Legrand et Paul Misraki.
Quant à La Pointe aux Piments, de Maria Séga (Valez de son vrai nom), M. Miguel et Gilles Sala, elle date des années cinquante. Elle a été interprétée sur disque par Maria Séga et par Gilles Sala.
Les deux versions de Freddy Ranarison sont excellentes et sa guitare électrique y est bien en valeur.
Ce disque est aussi intéressant par les allers-retours vertigineux qu'il implique entre les îles et la métropole. Ainsi, l'exotisme des lieux et de la musique de l'Océan Indien a inspiré des auteurs-compositeurs de chanson française, eux-mêmes repris à Madagascar par des artistes locaux, dont le principal public est bien sûr constitué de touristes en goguette ou de fonctionnaires en poste qui ramènent le disque en métropole !
Je ne les chroniquerai pas tous (ils sont loin d'être tous intéressants), mais attendez-vous ces prochaines semaines à voir apparaître ici d'autres disques de ce lot...

20 juillet 2015

HERMAN DÜNE : Jackson Heights


Acquis à La Cartonnerie à Reims le 25 novembre 2005
Réf : lane-22 -- Edité par The Track & Field Organisation en Angleterre en 2005
Support : CD 12 cm
6 titres

C'est bien sûr le lapin fumeur de Canailles qui m'a donné l'envie de ressortir ce disque.
Je ne m'en souvenais plus, mais j'ai acheté ce CD à un concert d'Herman Düne, le même jour que l'album de Dr. Sean Berg et Ya Ya HD (un disque qui, soit dit en passant, reste toujours aussi rare et mystérieux presque dix ans après).
Ce concert de la tournée Not on top fut excellent. En première partie, Julie Doiron entama sa prestation par une reprise a cappella d'Innocent when you dream de Tom Waits. Après avoir joué seule, elle a été rejointe pour la deuxième moitié du concert par les membres d'Herman Düne. Puis, comme pour l'album, elle était présente sur scène avec Herman Düne, à la basse.
Ils ont commencé leur concert sur un ton très stonien et, exceptionnellement, David-Ivar a fait une reprise de She don't use jelly des Flaming Lips.
Sorti peu de temps après, Jackson Heights peut être considéré comme un complément à Not on top. Trois titres ont été enregistrés pendant les sessions de l'album, les trois autres quelques semaines plus tard. Trois sont composés par André, trois par David-Ivar. Trois me plaisent énormément (Jackson Heights, Suburbs with you et Evil umpire par ordre d'apparition) et les trois autres (Pet rabbit, Big thing et The enemy's gone but you can't go home for shelter) sont très bien aussi.
Contrairement à ce que laisse entendre le titre de l'album, le groupe était alors à son sommet, enchaînant sans effort apparent disques et concerts excellents et variés.
Les notes de pochette précisent que Pet rabbit a été enregistré pour la première fois pour une session John Peel et que l'animateur radio récemment décédé allait leur manquer. Il les a invités au moins six fois dans son émission, pour des sessions classiques en studio à Londres mais aussi pour des émissions spéciales enregistrées chez lui. Parmi toutes les archives du groupe qui doivent exister, enregistrements inédits studio et live, en groupe ou en solo, qu'on espère voir sortir un jour, la première sortie pourrait être une intégrale de ces Peel Sessions, avec des versions alternatives de leurs titres, des inédits en disque et des reprises intéressantes de Lover lover lover de Leonard Cohen, The neighbors de Jonathan Richman ou Will you love me tomorrow des Shirelles.


Herman Düne, Pet rabbit, en concert au Kule à Berlin, le 4 avril 2005.

18 juillet 2015

CANAILLES : Manger du bois


Acquis au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Fagnières le 16 juillet 2015
Réf : DTCCD6434 / BOITE-26 -- Edité par Grosse Boite au Canada en 2012
Support : CD 12 cm
13 titres

Depuis plus de vingt ans, le F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs est un rendez-vous incontournable de l'été à Châlons-en-Champagne et alentour. Mieux que ces animations touristico-musicales qui pullulent, c'est, sur cinq semaines, l'occasion de faire des découvertes musicales, avec un parti-pris d'y faire figurer des musiques du monde entier, et même depuis quelques années une résidence de création (cette année, l'artiste invité est l'ami Seb Adam).
Je picore quelques concerts chaque année dans la programmation qui m'ont valu de très bons moments au fil du temps. Il y a deux ans, j'avais été un peu déçu par un groupe québécois un peu trop propre sur lui. Pas de risque de ce côté avec la prestation de Canailles mardi dernier à Fagnières, qui était largement à la hauteur de la présentation faite dans le programme, qui annonçait du "cajun-poutine" et du "bluecrass".
Cette année mes chouchous cajuns de Feufollet m'ont déçu avec un album trop pop-rock et anglophone. Je m'y retrouve beaucoup mieux avec Canailles qui, sur une base musicale traditionnelle (accordéon, banjo, mandoline, planche à laver), garde un côté punk-alternatif bien réjouissant, qui en fait de parfaits collègues de label des Frères Goyette. Interprétation excellente, spectacle travaillé mais plein d'énergie et de fraîcheur, ce fut un concert réjouissant de bout en bout.
J'en ai profité pour acheter sur place le premier album du groupe, Manger du bois (le second, Ronds-points, est sorti l'an dernier). Le plaisir du concert s'est prolongé avec l'écoute du CD, d'autant que le groupe en interprète encore pas mal de titres sur scène. Par-ci par-là, on entend des figures musicales qui peuvent évoquer des titres connus, mais les chansons sont toutes originales. Ma préférée pour l'instant est peut-être bien Ramone-moi (oui, le sujet est bien celui auquel on pense d'emblée !), mais il y en a plein d'autres comme J'l'haïs, dont j'avais beaucoup apprécié le côté hawaïen en fin de concert, Dimanche, Parle-moi, Bien-être, Bécik, ...
Un excellent concert, un très bon disque pour s'en souvenir. Que demander de plus ? Les vacances commencent bien !

Canailles est encore en Europe jusqu'au 7 août, avec plusieurs concerts en France, dont le tout dernier en Champagne à nouveau, au Festival du Chien à Plumes.
Manger du bois est en vente chez Bandcamp.




Canailles au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs à Fagnières le 15 juillet 2015 (Photo : Pol Dodu)




Canailles, Parle-moi, au F'estival des Musiques d'Ici et d'Ailleurs le 15 juillet 2015. Contient furtivement du Dodu, et même du RockoMondo !







14 juillet 2015

THE AUTEURS : New wave


Acquis sur le vide-grenier de Damery le 16 juin 2013
Réf : CDHUT 7 / 263 306 -- Edité par Hut en Europe en 1993
Support : CD 12 cm
12 titres

Ce premier album de The Auteurs s'intitule New wave. On aurait pu s'attendre à ce qu'il ait une place de choix dans mon dernier livre, Discographie personnelle de la New Wave (disponible en téléchargement gratuit). Mais non, peu à voir ici musicalement avec l'effervescence provoquée par l'explosion punk, à part le titre, même si, au vu de la pochette arty et rétro, j'ai toujours pensé que la New Wave en question était la Nouvelle Vague du cinéma français. Je me trompais, on va le voir. De même que la photo n'est pas ancienne et ne représente pas Lawrence d'Arabie ou Rudolph Valentino, comme je l'ai longtemps pensé : c'est bel et bien une photo de Luke Haines, le fondateur du groupe.
Ce n'est qu'assez récemment que j'ai acheté ce disque, mais je le connais depuis l'époque de sa sortie. Un très bon album, à commencer par le single et premier titre Show girl, mais j'ai toujours eu du mal à pleinement l'apprécier. Pourquoi ? Parce que cette pop rock aux arrangements travaillés, associant souvent guitare électrique et violoncelle, plus la voix de Luke Haines et sa façon de la poser, tout ça a toujours eu tendance à ma faire penser à Paul Roland, surtout sur des titres comme Bailed out et Housebreaker. Il n'est aucunement question de plagiat là-dedans, mais le cousinage a toujours sonné suffisamment fort à mes oreilles pour perturber mon écoute de cet album. Sauf pour une chanson, qui était ma préférée à l'époque et qui le reste plus de vingt ans après, la très électrique Early years.



Si j'ai ressorti cet album, c'est parce que je viens de finir Bad vibes, un livre réjouissant de Luke Haines paru en 2009, dans lequel il retrace son parcours musical du milieu des années 1980 à 1997. Ces Mauvaises vibrations sont sous-titrées La Britpop et mon rôle dans sa chute et Haines relate comment il a tout fait pour se dissocier de ce mouvement lancé par la presse peu de temps après la sortie de New wave, alors que The Auteurs venaient de tourner avec Suede et que Blur et Oasis commençaient à dominer la scène.
En 2011, Perico a commenté ma chronique d'un disque de Brenda Kahn pour recommander la lecture ce ce livre, en précisant qu'il y avait un passage hilarant sur elle et que Haines n'avait pas l'air de l'apprécier. Tu m'étonnes ! Il l'a fait virer de la première partie d'une de ses tournées américaines...
C'est l'une des choses très réussies dans ce livre, Haines casse pas mal, mais il casse très bien, avec une plume acérée et un grand talent. Et, comme le livre commence avec la sortie de son premier enregistrement (il a accompagné son collègue des Servants David Westlake sur son mini-album solo paru en 1987 chez Creation), ça m'a fait bizarre de voir pas mal de bonnes connaissances (Alan McGee, Lawrence, Pete Astor, Bobby Gillespie...) se faire passer à la moulinette dans les premières pages. Mais rien de gratuit. Le ton est très acide, certes, mais c'est bien argumenté et je dois dire que, tout en appréciant les personnes concernées, je ne lui donne pas tort la plupart du temps. Sauf pour Felt, qu'il n'aime pas, tout en insistant plusieurs fois qu'il apprécie fort Denim, surtout le premier album Back in Denim.
A ce sujet, il y a un scoop au détour d'une note en bas de la page 38 : le titre de l'album New wave viendrait d'une conversation entendue dans une soirée au milieu des années 1980 entre Lawrence et Robert Forster des Go-Betweens. Forster se serait fait réprimandé par Lawrence parce qu'il portait un pantalon à patte d'éph violet. Ainsi, il faisait tort à son camp car le pantalon n'était "pas new wave" !
J'ai quelques disques de Luke Haines, mais j'ai découvert à la lecture du livre que son parcours est plus diversifié que je ne pensais. Je me souvenais des Servants et de The Auteurs, de Baader Meinhof aussi car j'ai l'album, mais j'avais complètement oublié Black Box Recorder, avec qui il a fait trois albums.
Bad vibes est vraiment un très bon livre. Dans le genre en pleine expansion des essais auto-biographiques musicaux, qu'on peut apprécier même sans connaître à fond la production musicale concernée, il vient rejoindre le groupe restreint des grandes réussites, avec Head-on et Repossessed de Julian Cope (et il y a pas mal de drogue aussi dans Bad vibes), Lost in music de Giles Smith (qui m'a chaudement été recommandé par Philippe D.), Bedsit disco queen de Tracey Thorn et 45 de Bill Drummond (mais celui-là est un peu à part. Normal, c'est Bill Drummond).
Et la bonne nouvelle, c'est que Luke Haines a publié en 2011 Post everything, la suite de ses aventures. Je ne tarderai pas à me la procurer...

12 juillet 2015

TONY MURENA ET SON ENSEMBLE : Sérénade argentine


Acquis sur le vide-grenier d'Avenay-Val d'Or le 5 juillet 2015
Réf : 282.105 -- Edité par Odéon en France vers 1949
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Sérénade argentine -/- Aimer

Après quelques années d'interruption en raison de travaux dans le village, le vide-grenier de l'Amicale des Pompiers d'Avenay a repris dimanche dernier, par un temps superbe.
J'en suis revenu avec, entre autres, le premier album des Sonics, un album de Mickey Baker et d'autres disques de blues, dont une compilation de Lonnie Johnson, et une compilation de titres sixties de Ronnie Bird ! Certes, il s'agit de rééditions en CD, pas de disques originaux, mais à 50 centimes pièce, je veux bien faire des récoltes comme ça tous les dimanches, d'autant que j'ai aussi trouvé un maxi CD de Billy-ze-Kick et les Gamins en Folie avec des titres que je n'avais pas, et aussi ce 78 tours. Les deux dames à qui j'ai acheté ce disque étaient tellement contentes que je ne discute pas leur prix de 2 € les deux 78 tours qu'elles m'ont proposé un cadeau. J'ai refusé une tasse à café en verre mais choisi une coupelle qui sera idéale pour la pâtée du chat.
Je connaissais Tony Muréna de nom comme accordéoniste, mais si j'ai décidé d'acheter ce disque, vendu initialement par La Samaritaine à Paris, c'est avant tout pour Sérénade argentine.
De 1986 à 2006, ce titre de chanson ne m'aurait rien dit. Ce que je recherchais, c'était la version originale de la chanson Si vous passez par là reprise par 3 Mustaphas 3. C'est en 2006 que j'ai su que le titre français original de cette chanson créée par Pierre Malar en 1949 était Sérénade argentine. Et, grâce à Philippe R. qui m'a offert le CD de 2011 Guitar hero, j'ai maintenant chez moi la version de Franco de 1966, la première à s'intituler Si vous passez par là.
Avant de s'appeler Sérénade argentine en 1949 avec ses paroles françaises de Max François, cette chanson s'appelait Amparito, comme le rappelle Djolo. Elle a été composée sous le pseudonyme d'Enrico Pueca par Yves Puech et les paroles originales sont de J. Teruel.
Pierre Malar enregistrant chez Odéon, on n'est pas surpris que Tony Muréna, lui aussi chez Odéon, en ait gravé une version à l'accordéon.
J'aurais dit que Tony Muréna était l'un de ces nombreux accordéonistes de musette ayant enregistré des versions de chansons connues dans les années 1950-1960, et c'est bien le cas, mais avant ça Tony Muréna a beaucoup joué dans un esprit jazz, à tel point que le label Frémeaux lui a dédié un coffret de trois CD, Swing accordéon (1939-1949). C'est dans le livret de ce CD qu'on trouve les informations les plus détaillées sur le parcours de Tony Muréna, né en Italie en 1916.
Le coffret Frémeaux s'arrête juste avant le moment de l'enregistrement de ce 78 tours. Aucune information donc, sur la composition de l'ensemble de Tony Muréna pour cette session. Il y a en tout cas un clarinettiste, qui fait quasiment part égale avec l'accordéon sur les deux faces, peut-être Pierre Gossez. A la guitare, on entend peut-être Didi Duprat.
Sérénade argentine est présentée comme une rumba-boléro. La version est plus rapide que celles de Franco et 3 Mustaphas 3. En face B, Aimer, une rumba composée par Georges Dubus, est dans un style proche et très bien aussi. Sur des paroles, encore, de Max François, cette chanson a été créée en 1948 par la chanteuse Marie-José sur disques Odéon.

Tony Muréna et son Ensemble : Sérénade argentine.
 Tony Muréna et son Ensemble : Aimer
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11 juillet 2015

AFRICAN JAZZ : Indépendance cha cha


Acquis sur le vide-grenier de la F.C.P.E. à Ay le 28 juin 2015
Réf : AJ 1 -- Edité par African Jazz en Belgique en 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Indépendance cha cha -/- Na wely boboto

Voici l'un des deux 45 tours achetés à Ay fin juin à l'un des deux brocanteurs excités et agressifs, pour 3 € les deux 45 tours, juste avant d'acheter le Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four.
Ce disque appartenait au même propriétaire Ahr et il a été acheté chez Cado Radio à Bruxelles, la ville-même ou il a été enregistré et publié.
On dit parfois de façon abusive que telle ou telle chanson a fait l'histoire, mais c'est vraiment le cas pour Indépendance cha cha, une chanson créée dans des conditions très particulières, en janvier 1960.
Une table ronde y avait été organisée entre l'état colonisateur belge et les différentes forces politiques du Congo. Elle a abouti à l'indépendance du pays le 30 juin de la même année.
Pour animer les soirées des négociateurs, on a fait venir l'orchestre African Jazz de Grand Kallé à l'Hôtel Plaza, le quartier général des délégués congolais. Pour l'occasion, et pour faire, preuve d'unité nationale, le groupe était renforcé par deux membres de l'orchestre rival OK Jazz, le chanteur Vicky Longomba et le bassiste Brazzos.
La chanson, aux paroles presque prémonitoires, a été composée très rapidement, en ouverture de la table ronde. Elle annonce d'emblée le résultat des négociations et est très vite devenue l'hymne des indépendances africaines.
L'histoire est connue, elle est racontée ici, ou encore , mais je vous propose de l'écouter racontée par deux de ceux qui l'ont faite, Brazzos et le batteur Petit Pierre, dans un reportage mis en ligne début 2015, puis Pierre Yatula seul dans une émission de Radio F.P.P. de 2006 :




Le Miroir, une émission de mars 2006 de la radio Fréquence Paris Plurielle, avec en invité Pierre Yatula Elengessa, dit Petit Pierre, membre de l'African Jazz. Site d'origine : Nzolani.

La chanson elle-même est une grande réussite, qui démarre directement par le refrain. La face B, Na wely boboto, chantée par Vicky, est aussi une grande réussite. Les deux faces sont illuminées par la guitare de Docteur Nico.
Après le Franklin Boukaka et l'Orchestre Tembo, cela fait trois 45 tours africains excellents que je trouve cette année. J'espère bien que la série n'est pas terminée !




L’African Jazz à l’Hôtel Plaza à Bruxelles en 1960. De gauche à droite, au premier rang : Vicky Longomba, Roger Izeïdi et le Grand Kallé. Au fond : Petit Pierre Yatula, le Docteur Nico, Armando Brazzos et Déchaud.

05 juillet 2015

BLIND WILLIE DUNN'S GIN BOTTLE FOUR : Jet black blues


Acquis sur le vide-grenier de la FCPE à Ay le 28 juin 2015
Réf : BF 634 -- Edité par Columbia en France vers 1929
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Jet black blues -/- Blue blood blues

La semaine dernière, en chroniquant le 78 tours de Léon Raiter, j'écrivais ça : "Pour ce qui concerne les seuls 78 tours, ça ne fait que deux ans que j'ai commencé à en acheter, et je reste très sélectif. De toute façon, on en voit peu et, une fois écartées l'opérette et la musique classique, il ne reste guère que notre blues à nous, le musette et la chanson." Ce que je voulais vraiment dire, c'est qu'il y a à peu près zéro chance de tomber dans nos campagnes sur un des 78 tours de country blues du genre de ceux qui intéressent les collectionneurs du livre d'Amanda Petrusich que je viens de lire, Do not sell at any price.
Eh bien, pan dans les dents. Une fois de plus, la preuve est donnée qu'il ne faut jamais dire jamais.
Le lendemain même de la publication de ce billet, de bon matin et par très beau temps (la canicule n'était pas encore là), j'ai commencé ma journée par un exploit sportif en parcourant trois kilomètres à vélo sur le plat le long du canal pour me rendre à Ay, sur la traditionnelle brocante de l'association des parents d'élèves du collège de la ville.
Quelques minutes après mon arrivée, au bout de l'une des travées, je suis tombé sur deux brocanteurs professionnels qui venaient de s'installer. J'ai reconnu deux gars repérés il y a quelques semaines sur un vide-grenier, surexcités et agressifs. Ils n'avaient pas fini de s'installer qu'ils en étaient à s'énerver contre les badauds qui avaient l'audace de négocier leurs prix. J'étais sur le point d'en rester là et d'aller voir ailleurs, mais ils ont été corrects avec moi, et surtout j'avais repéré sur leur stand des disques qui m'intéressaient.
Chacun des deux gars gérait son propre stock sur le stand, y compris pour les disques qui pourtant venaient tous de la même collection, celle d'un dénommé Ahr (à moins que ce ne soient des initiales...).
Au premier des gars, j'ai acheté deux 45 tours très intéressants, que j'aurai l'occasion de chroniquer ici. Chez le second, j'avais initialement sélectionné quatre disques. Quand il m'a annoncé 15 € pour le lot, j'ai demandé son prix pour les deux disques qui m'intéressaient le plus. A 10 €, c'était plus que mon prix habituel. J'ai reposé les disques et je suis reparti. Mais je suis vite revenu, dès je me suis dit que ce n'est pas demain la veille que je tomberais à nouveau sur un 78 tours avec deux blues américains.
J'ai donc finalement acheté pour 10 € un 45 tours quatre titres avec pochette d'Arthur Smith (Yes Sir, that's my baby, malheureusement très décevant) et ce 78 tours.
Pourquoi avoir sélectionné ce disque ? Parce qu'il y a le mot "blues" dans le titre des deux chansons ? En partie, oui, même si ce terme apparaît dans de nombreux titres de jazz (ce disque est d'ailleurs considéré avant tout comme un disque de jazz). Mais la vraie raison, c'est que j'ai reconnu dans les crédits le nom du guitariste Lonnie Johnson. Un musicien que je connaissais peu, à part de réputation. Il est même évoqué en passant dans Do not sell at any price, mais juste pour préciser qu'il n'intéresse pas les grands collectionneurs de country blues, qui le considèrent comme trop commercial.
J'ai aussi reconnu dans les crédits les noms de King Oliver et Hoagy Carmichael, mais pas celui de l'autre guitariste, Eddie Lang, justement considéré avec Lonnie Johnson comme l'un des premiers guitaristes virtuoses du jazz.
A l'époque, Eddie Lang et Lonnie Johnson étaient tous les deux sous contrat chez Okeh, devenu une filiale de Columbia, et ont participé à de nombreuses sessions. Rarement ensembles car, comme c'était la pratique à l'époque, Eddie Lang, d'origine italienne, enregistrait des disques à destination du public blanc, tandis que les enregistrements du noir Lonnie Johnson étaient plutôt publiés dans les séries des Race Records, à destination des afro-américains.
Mais, sur un an, de novembre 1928 à octobre 1929, Lang et Johnson ont enregistré ensemble : deux titres avec le chanteur Texas Alexander, et d'autres en duo ou en groupe. Pour tous ces enregistrements "mixtes", Eddie Lang a pris le pseudonyme Blind Willie Dunn, soit pour éviter tout problème lié à la ségrégation, soit parce que cette musique risquait mieux de se vendre auprès du  public noir.
Sur les rondelles des disques Okeh originaux, on ne trouvait que ce pseudonyme et le nom du groupe, Blind Willie Dunn's Gin Bottle Four. Aucun crédit individuel pour les musiciens. Pour les avoir, il faudra attendre les rééditions, ou par exemple cette édition française, que je n'ai pas réussi à dater. Et même là, ça reste un sujet de discussion. En fait, le batteur ne serait pas Hoagy Carmichael, et donc on ne connaît pas le chanteur, puisque c'était censé être lui. Quant au trompettiste, ce serait Tommy Dorsey plutôt que King Oliver. Les autres musiciens restent inconnus, le pianiste étant peut-être J. C. Johnson, l'auteur de la face B.
Avec tout ça, je me rends compte que je n'ai pas encore parlé de la musique qu'on trouve sur ce disque !
Dès les premières notes de Jet black blues, j'ai su que j'avais fait une bonne pioche. Les deux guitares en intro, les petites notes de piano et les tintements de cloche, le solo de trompette, le chant scat. Superbe !
Je préfère cette face A, mais on retrouve à peu près les mêmes ingrédients sur Blue blood blues, avec des percussions minimales mais surprenantes et aussi des bruits de bouche.
Eddie Lang est mort très jeune, à 32 ans, de complications d'une opération des amygdales. La légende veut que son pote Bing Crosby lui ait conseillé cette opération pour qu'il puisse participer à ses films parlants.
Lonnie Johnson est mort à 71 ans en 1970, avec une carrière qui a alterné des phases de grand succès et de longues éclipses.
Dans le livret du CD Frémeaux The first of the "guitar heroes" 1925-1947, Gérad herzhaft écrit ceci à propos de Lonnie Johnson : "C’est surtout, à partir de novembre 1928, son association avec le guitariste italo-américain Eddie Lang (Salvatore Massaro), un autre grand pionnier de la guitare soliste, qui va marquer ses contemporains et ses émules. Les deux virtuoses enregistrent une série de duos incroyablement inspirés, harmonies audacieuses, idées novatrices sur des arpèges et des lignes de basse, qui comptent encore parmi les grands chefs d’oeuvre de la musique américaine." Comme quoi, j'ai vraiment fait une bonne pioche !
Plus que pour les 45 tours, l'effet que me font les 78 tours, c'est vraiment d'avoir l'impression d'avoir en mains des pièces historiques. Même si ce disque a plutôt été édité dans les années 1930 qu'en 1929, il est quand même d'époque. Une époque où, en-dehors du studio, les musiciens noirs et blancs risquaient leur vie en se côtoyant, une époque où la prohibition était en train de s'installer, ce qui n'interdisait pas de baptiser le groupe Le Quartet de la Bouteille de Gin...

On retrouve l'intégralité des enregistrements de Blind Willie Dunn dans le coffret Mosaic The Classic Columbia And Okeh Joe Venuti And Eddie Lang Sessions.

Jet black blues et Blue blood blues sont disponibles en écoute et en téléchargement sur archive.org :





Je ne sais pas ce qui s'est passé avec le scanner, mais les étiquettes en sont ressorties toutes noires alors qu'en réalité elles sont marron...

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