30 décembre 2015

AL MONE AND IONS : Manipuler avec précaution


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 19 décembre 2015
Réf : TIV 134 -- Édité par Tivoli en France dans les années 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Alternatif -- Triphasé -/- Haute tension -- Électrolyse

Les vinyls ont encore été déplacés chez Emmaüs à Tours-sur-Marne, mais je ne vais pas me plaindre car cette fois ils sont dans une petite pièce rien que pour eux, mieux classés et plus accessibles. Pas beaucoup de nouveaux disques par contre, mais en fouinant partout j'ai quand même déniché une grosse poignée de 45 tours quatre titres en bon état, dont celui-ci.
Je connais le label Tivoli au moins pour le disque de Sheriff "Dad" et ses Enfants de Saloon. Là, ils ont fait très fort pour ce disque du trompettiste Al Mone, avec une pochette très colorée et très réussie, signée Pierre Martain, et une thématique sur l'électricité très poussée, du nom du groupe aux titres des morceaux, en passant par l'illustration.
Al Mone est (était ? je ne sais pas s'il est décédé) un trompettiste. Les notes au dos de la pochette, "Le premier enregistrement en France de Al Mone", m'ont fait penser initialement qu'il avait peut-être enregistré auparavant à l'étranger. Mais non, il semble avoir fait tout son parcours en France. Il apparaît dans le court-métrage Le studio en folie en 1946, il est membre de l'orchestre de Jacques Hélian de 1949 à 1956 et, de 1958 à 1952, il a joué avec Julio Pamies dans les orchestres de Pepe Luiz et Jack Ary.
Ce ne sont là que quelques traces de ses activités que j'ai trouvées en ligne, mais je suis sûr qu'il ne s'agit que de bribes d'une carrière fournie et variée.
Les notes de pochette ne manquent pas non plus de faire référence, sans le nommer, à Georges Jouvin, Trompette d'or, le plus populaire des trompettistes de l'époque : "Écoutez-le bien !... Al Mone ne joue pas avec une trompette en métal précieux, mais ce diable de musicien serait capable de tirer serait capable de tirer des contre-contre-ut d'une trompette en bois...".
Il semble bien par contre que ce disque soit le seul qui ait été édité sous son nom. Et Al Mone a dû en autographier un bon paquet d'exemplaires : les deux trouvés en ligne le sont, dont celui utilisé ici pour récupérer les images, et le mien également, qui porte lui aussi dans le coin en haut à gauche de la photo une mention manuscrite, "Avec ma bonne sympathie. Pour Huguette.".
Pour ce qui est de la thématique électrique, je parierais bien qu'elle a été plaquée sur ,ces quatre instrumentaux par Tivoli pour trouver un angle marketing.
Le fait que les deux titres les plus rapides (mes deux préférés) soient présentés comme étant dans le style Surf nous permet de dater ce disque vers 1963-1964, époque du grand succès de Trini Lopez. Alternatif et Haute tension sont tous les deux excellents. La trompette est là et bien là, évidemment, mais l'orgue et la guitare électriques lui donnent respectivement la réplique sur ces deux titres. Le Madison Triphasé n'est pas mal non plus. J'aime un peu moins bien le Slow-Rock Électrolyse.
Ce dernier titre est co-signé par Pierre Martain, le même nom que pour la pochette. Ça m'a intrigué et j'ai découvert que, effectivement, Pierre Moonens dit Pierre Martain (1902-1996) était peintre, mais aussi auteur compositeur et producteur et animateur de variétés à l'ORTF. Une exposition de ses œuvres a été présentée à la Fondation Taylor à Paris en mai 2007.
J'espère faire d'autres découvertes aussi intéressantes que celle-ci en 2016 chez Emmaüs !


Al Mone and Ions : Alternatif.

Haute tension peut être téléchargé chez SwingaConga.

27 décembre 2015

THE POOP ALLEY TAPES


Acquis neuf en France vers mai 1996
Réf : WIN 010 -- Edité par Win aux Etats-Unis en 1995
Support : 2 x CD 12 cm
31 titres

J'étais en plein dans ma période Beck et j'ai acheté cette compilation avant tout parce qu'elle contenait une version inédite d'un de ses titres, Girl of my dreams.
Poop Alley, c'était le studio ouvert en 1991 par Tom Grimley, un producteur et ingénieur du son avec qui Beck a beaucoup collaboré à ses débuts. On trouve ici dans ces Poop Alley Tapes 31 groupes de Los Angeles qui sont passés par le studio et c'est édité par le label WIN, fondé au départ pour sortir les disques d'un des groupes de Grimley, Waldo The Dog Faced Boy.
"Poop", ça veut dire "Caca" en américain et, si on regarde bien la pochette, on se rend compte que le mec que je suppose être Tom Grimley et qui est en train de manger avec des baguettes au-dessus la table de mixage n'est pas sensé avoir du boudin noir dans son assiette !
31 titres, mais avant tout une bande de copains qui se donnent des coups de main et jouent ensemble. On retrouve notamment tout au long du disque Tom Grimley lui-même (avec The Rentals, Rump et Waldo The Dog Faced Boy) et les membres de That Dog (Anna Waronker et les soeurs Haden).
On écoute rarement plus d'une fois ce genre de compilation. Mais après plus de vingt ans, celle-ci garde une variété et une fraîcheur remarquables, parce qu'il y a plein de bons titres, et parce qu'elle est très variée aussi. Il y a même plusieurs instrumentaux plutôt expérimentaux...
Le titre d'ouverture est magistral et c'est sûrement le sommet du disque. Il s'agit de California, le tout premier enregistrement publié de The Rentals. En 1999 et avec des paroles modifiées, la chanson est devenue Barcelona sur Seven more minutes, le deuxième album du groupe, dans une version plus électrique que synthétique. Je préfère de loin la première version, où il y aussi plus de chœurs féminins.
Les groupes qu'on connaît et qui m'ont fait acheter le disque ne déçoivent pas : Girl of my dreams, par Beck avec That dog, est une bonne version en groupe de Girl dreams de One foot in the grave. C'est surtout la version Beck d'un classique de The Carter Family, Lover's lane. Dans le même ordre d'idée, Geraldine Fibbers reprend He stopped loving her today de George Jones.
Ten nights de Josh Haden est une première version du titre de The blue moods of Spain, sans le groupe mais avec Anna Waronker et Ridiculous de That Dog ne se trouve que sur ce disque. Bien avant son projet Sings : The Who Sell out, Petra Haden propose ici sous le nom de Recess une Etude n° 1 pour symphony n° 1 avec uniquement des voix.
A signaler également Nevadaesque par The Haves, qui comptaient April March parmi leurs membres.
Deux de mes titres préférés sont Kinda sorta maybe par The Strawberry Jams (avec encore Anna Waronker, apparemment) et Fading fast par Fleabag. Certes, pour ce dernier titre, il est indiqué sans plus de précision sur le livret "This is a cover", mais ce n'est aujourd'hui que j'ai appris que c'est une  reprise d'une chanson du premier album des Go-Go's, que je e connais pas. Je viens d'écouter la version originale, mais ça fait vingt ans que la version plus rapide et bruyante de Fleabag est gravée en moi et c'est toujours celle que je préfère !

The Poop Alley tapes est épuisé depuis longtemps et assez recherché. Le CD est donc plutôt cher d'occasion, mais les titres les plus intéressants sont sur YouTube (j'ai mis des liens), et je suis bien sûr qu'on doit assez facilement réussir à le télécharger.

24 décembre 2015

RENE VRANY : Apprenons et dansons le Rock & Roll


Offert par Marie-Claire B. à Vauclerc le 29 novembre 2015
Réf : R. V. 07 -- Edité par Vrany en France dans les années 1950
Support : 45 tours 17 cm
Titres : René Vrany : Apprenons le Rock and Roll -/- René Vrany et ses Rythmes de Danse [Bill Woodie] : Rock à la carte

Depuis quelques temps, ma sœur a pris l'habitude de m'offrir des 45 tours qu'elle achète sur des vide-greniers. Elle ne les choisit pas complètement au pif, mais surtout à l'inspiration, en fonction d'un nom ou d'une pochette. Parfois, ça tombe à plat ou sur un disque que j'ai déjà. Parfois, c'est parfait, comme pour ce disque du professeur de danse René Vrany, qu'il est utile de potasser avant les fêtes de fin d'année.
Venez donc prendre votre leçon de danse Rock and Roll avec le Professeur René Vrany qui, si on en juge par sa voix, n'était déjà plus tout jeune quand cet enregistrement a été fait, sûrement dans la seconde moitié des années 1950.
Expliquer à l'oral des pas de danse, ce n'est pas si simple mais, avec l'aide d'une assistante, visiblement plus jeune, il s'en sort plutôt bien pour cette leçon de plus de cinq minutes.
Je ne me suis pas amusé à suivre la leçon, mais ça doit fonctionner... Sur la fin, ça prend une autre tournure, quand le Professeur se met à compter les temps, lentement d'abord puis en accélérant pour atteindre le rythme du Rock and Roll. Avec sa voix légèrement chevrotante, c'est presque surréaliste. A tel point que je me suis amusé à vous faire un petit montage centré sur cet extrait.
René Vrany aurait-il tous les talents ? En face B, crédité avec ses Rythmes de Danse, il propose Rock à la carte, un rock des débuts de très bonne facture, encore marqué par le jazz, avec des cuivres et de très belles parties de guitare.
Eh bien non, le professeur de danse n'est pas aussi rocker, puisque ce n'est pas du tout René Vrany qu'on entend sur cette face, comme le site Amour du Rock 'n' Roll l'explique de façon très détaillée sur sa page René Vrany, ce Rock à la carte est en fait un enregistrement de Bill Woodie, alias le trompettiste belge Angel Dubois, initialement sorti en 45 tours sous ce nom. Les matrices ont ensuite été réutilisées pour au moins quatre autres parutions, pas ou mal créditées, dont celle-ci et un autre de la série des dix disques de danse de René Vrany, Dansons Rock et Flicker.

René Vrany : Apprenons le Rock and Roll.
René Vrany : Rock à la carte.
René Vrany : Apprenons le Rock and Roll (extrait).



René Vrany ne s'est pas contenté de publier des disques. Il a aussi publié au moins un livre sur les Danses modernes, qui a connu de nombreuses éditions, au moins de 1945 à 1970. Je n'ai pas ce livre, mais par contre j'ai acheté il y a quelques temps à Charleroi un opus équivalent de 1959, le tome II de Les danses en vogue et leurs théories, qui traite du Rock and Roll, du Calypso, du Baïao et du Cha-Cha-Cha. L'école de Danse Jacques Bense, qu'il a fondée en 1935, est toujours en activité, dirigée par son épouse Marie-France. Et si on en juge par l'extrait que je vous ai sélectionné ci-dessous, le titre de Professeur de Jacques Bense n'est pas usurpé, avec  des précisions comme "Le Rock and Roll est un style de danse Swing, s'effectuant sur une musique de Jazz dont le rythme se rapproche de celui du Boogie-Woogie".



22 décembre 2015

EZRA FURMAN : Perpetual motion people - Other people's songs



Acquis par correspondance chez Rough Trade en décembre 2015
Réf : bella498CD + [sans] -- Edité par Bella Union en Angleterre en 2015
Support : 2 x CD 12 cm
13 + 6 titres

Tous les mois, j'écoute les CD fournis avec Uncut et Mojo, mais ces derniers temps j'y fais rarement de vraies découvertes. Les deux titres d'Ezra Furman que j'y ai entendus, Restless year et Lousy connection, sont une exception et m'ont suffisamment plu pour que j'aie envie d'acheter un de ses disques.
Je ne voulais pas me contenter de l'album. J'ai bien penser m'offrir le beau 45 tours en édition limitée de Restless year, mais il coûte presque autant que l'album entier, faut quand même pas abuser. Et puis j'ai découvert que, dans les boutiques Rough Trade, l'album était accompagné d'un CD bonus. Surprise, il en restait en stock même après plusieurs mois et j'ai pu en commander un exemplaire.
Ezra Furman n'est pas vraiment un débutant. Il a sorti six albums depuis 2007 : trois avec son groupe The Harpoons, un en solo et Perpetual motion people est le deuxième avec son autre groupe The Boy-Friends.
J'ai lu aussi quelques articles et chroniques pendant l'année. Presque tous insistent sur ses hésitations entre le masculin et le féminin, sur sa garde-robe et son maquillage. Il est clair que ça le préoccupe et ça fait genre, mais il y a un gros risque qu'on le réduise à ce sujet et qu'on oublie sa musique.
Et sa musique, c'est un concentré de soixante ans d'histoire du rock et de la pop. Rien de vraiment novateur, mais une très bonne synthèse, entraînante et joyeuse la plupart du temps.
Comme Restless year, qui ouvre l'album, avec ses chœurs et son orgue, et son refrain qui capture l'air du temps ("Ça a été encore un année agitée, pendant un temps on n'a pas eu peur."). On n'est pas si loin de Beck quand il était encore plein de vie et de folie. Wobbly et Body was made sont dans la même veine. L'excellent Lousy connection semble repiquer plein de trucs à Spector. Hark! to the music est un court titre punky pop. Haunted head démarre de façon ordinaire, mais le niveau s'élève d'un seul coup grâce à de superbes parties de cuivres, dues à Tim Sandusky, qui a aussi produit le disque. Au bout du compte, v'est un album très bon de bout en bout. Même des chansons lentes comme Watch you go by et le très rétro Pot holes me plaisent bien. On termine avec One day I will sin no more, un titre acoustique folk-blues-gospel à la One foot in the grave.
Comme son titre l'indique, Other people's songs, dans sa pochette cartonnée, ne contient que des reprises. J'ai vu mentionné quelque part en ligne qu'il s'agit de versions "live", mais il n'y a absolument aucune indication sur le disque. C'est peut-être enregistré en direct en studio, mais certainement pas en public...
Le premier titre, une version assez fidèle de Devil's haircut, est le seul dont je connaissais bien la version originale. Ils ont eu la bonne idée de conserver la partie de guitare de I can only give you everything de Them qui lui donne tout son sel. Ensuite, on a The good book de Melanie, Crown of love de The Arcade fire et Androgynous de The Replacements. Pour finir, on a droit à une version de I can change de LCD Soundsystem, dans un arrangement à la guitare, sans rien d'électronique. Très bien, mais c'est plutôt bon signe que l'album original soit bien plus intéressant.



20 décembre 2015

ASSOCIATES : Kitchen person


Acquis au Record and Tape Exchange de Notthing Hill Gate à Londres fin 1983 ou début 1984
Réf : SIT 7T -- Edité par Situation 2 en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Kitchen person -/- An even whiter car

The affectionate punch, le premier album de The Associates, a été très important pour moi en 1980, mais j'ai un peu perdu le groupe de vue en 1981. Ils ont pourtant été très actifs après avoir quitté Fiction Records, en sortant pas moins de cinq singles chez Situation 2 (Tell me Easter's on Friday, Q Quarters, Kitchen person, Message oblique speech et White car in Germany), plus A girl named property, la face B d'un autre chez RSO, la face A étant créditée à un pseudo-groupe, 39 Lyon Street.
Oui mais voilà, tous ces singles n'étaient distribués en France qu'en import, et soit ils n'arrivaient pas jusqu'à moi, soit ils n'étaient pas des mes priorités en fonction de mes moyens.
De tous ces disques, je n'ai acheté après la bataille que ce Kitchen person, dans la cave du Record and Tape Exchange. Je l'ai eu pour pas cher du tout, 20 pence, et il devait traîner là depuis un moment car la pochette cartonnée est émoussée, et surtout il y a une autre étiquette Record and Tape Exchange sous celle qui a vu baisser le prix par étapes de 1,20 £ à 20 pence.
Huit des titres des singles ont été compilés à l'automne 1981 sur l'album Fourth drawer down. Celui-là, je l'ai acheté en 33 tours à la toute fin des années 1980, et encore, en CD à 1 £, en novembre dernier, dans une édition avec cinq titres bonus. C'est en écoutant le CD que je me suis dit que, toutes ces années, je n'avais pas assez prêté attention à mon, maxi Kitchen person.
La photo de pochette en noir et blanc de ce disque est due au photographe français Antoine Giacomoni. C'est lui aussi qui a réalisé la session de photos utilisées pour les pochettes de Fourth drawer down et White car in Germany, en couleurs celles-ci et sans son procédé habituel de photos dans le miroir.
Qu'est-ce qui m'a fait réagir en réécoutant Kitchen person ? Eh bien le fait que, autant que je sache, The Associates n'ont jamais rien enregistré d'aussi sauvage et brut dans toute leur carrière. Ça débute sur un rythme très rapide par de drôles de percussions, puis il y a une première guitare assez stridente et juste après une autre, plus grave, qui déroule un riff cyclique qui va se répéter pendant tout le morceau. Ajoutez là-dessus du xylophone, de l'orgue, et surtout le chanteur Billy MacKenzie qui débite des paroles a priori sans queue ni tête sur ce magma sonore concocté par Alan Rankine. Ça décoiffe. Musicalement, le côté répétitif me fait penser un peu à Suicide et on n'est pas loin non plus du Eno des débuts en solo.
Dans un article paru dans Uncut en 1997 après le décès de MacKenzie, on en apprend un tout petit peu plus sur les sons qu'on entend : à un moment, on il y a une boucle qui reprend le son du retour chariot d'une machine à écrire électrique et une partie du chant s'est fait à travers un tuyau d'aspirateur, en utilisant un peigne et du papier à four !
An even whiter car est une version instrumentale de White car in Germany. La version chantée est du Associates assez typique, dans la lignée du premier album, que j'apprécie encore assez, mais la version instrumentale est carrément sans intérêt pour moi.
En 1982, The Associates allaient encore sortir un excellent single, Party fears two / It's better this way, mais avec l'album Sulk et ses différents mixages allaient venir le succès, certes, mais aussi la basse slap funky et les tenues néo-romantiques. Le groupe serait alors perdu pour ma cause !

13 décembre 2015

ENSEMBLES KANTE FACELLI ET KEITA FODEBA : Chants et danses d'Afrique


Acquis à la Bibliothèque Georges Pompidou à Châlons-en-Champagne le 5 décembre 2015
Réf : LDX 74.381 -- Edité par Le Chant du Monde en France dans les années 1960
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Un an pile après la précédente vente, où j'avais acquis un superbe album de Memphis Slim, je suis retourné au brade-livres de la bibliothèque de Châlons, où l'on trouve effectivement beaucoup de livres mais également des disques, pour la plupart des vinyls qui se trouvent en double ou en triple dans les réserves de la bibliothèque, du fait de sa mission régionale de conservation d'une partie des 33 tours acquis des années 1960 à 1980 par les médiathèques de la région. Je connais bien ce fonds, en fait, et son étude il y a une dizaine d'années à contribuer à me donner l'idée de démarrer ce blog...
Traditionnellement, les médiathèques étaient plus pointues dans le classique, la chanson, le jazz ou les musiques du monde que dans le rock. Ce n'est donc pas surprenant que, cette année encore, je sois revenu de Châlons avec deux albums "exotiques", l'un de chants traditionnels des Îles Salomon, l'autre présentant des Chants et danses d'Afrique.
Pendant longtemps, ce genre de disque de musique traditionnelle ne m'aurait pas intéressé, de même que les disques d'un groupe nommé Les Ballets Africains. Mais mes goûts changent, ma connaissance de la musique africaine s'améliore et, au moins depuis G.G. Vikey, je connais Kante Facelli et les Ballets Africains de Keita Fodéba, grâce surtout à son hommage à Kanté Facèli : "As-tu jamais entendu parler de Kanté Facelli ? Kanté Facelli fut un très grand guitariste africain. Sa guitare sous le bras, il fit le tour du monde. Il a chanté l’Afrique et sa Guinée natale. Tout Paris l’applaudit dans la troupe de Keita Fodéba. Les foules en un beau temps rêvaient de tous nos rivages. Mais, malheureusement, de retour d’une tournée, aux environs du Maroc, son avion s’écrasa. Kanté Facelli disparut corps et guitare. Hommage à Facelli et Kéita Fodéba. Ils ont chanté partout l’Afrique et la Guinée."
Kante Facelli a eu un destin tragique, mais Keita Fodéba également. Très impliqué politiquement, il est devenu ministre de la Défense et de la Sécurité de la Guinée indépendante sous Sékou Touré. Après avoir mené la répression pendant plusieurs années, il est tombé en disgrâce. Arrêté et torturé, il a été fusillé en 1969, à 48 ans.

La pochette de ce 33 tours trente centimètres, qui doit dater de la fin des années 1960, est particulièrement moche. Mais il s'agit d'une réédition. A l'origine, à la fin des années 1950, ces 12 titres ont été édités par Le Chant du Monde sous la forme de deux petits 33 tours 17 cm aux pochettes superbes :




Au début des années 1960, il y a eu une première réédition sous la forme d'un album 33 tours 25 cm avec, pour une question de place, seulement 10 des 12 titres :



Belle pochette aussi. Malheureusement, donc, pour la réédition suivante, la photo a été réduite énormément, et au passage on a aussi perdu les notes de pochette au dos, virées ici pour faire la promotion du catalogue du label. Kante Facelli y était notamment décrit comme "un authentique griot, ce troubadour des palabres africaines".
Les petits 33 tours étaient initialement crédités l'un à Keita Fodéba, l'autre à Kante Facelli, mais le peu de crédits qui est donné ici pour chacun des titres nous apprend que Kante Facelli est à la guitare sur tout le disque et qu'Achkar Marouf et Yansané Kerfala sont au chant la plupart du temps. On ne sait pas quelle est la contribution musicale du chef de la troupe Keita Fodéba.
J'ai été super content de découvrir Telephonista sur ce disque. Je ne sais plus trop comment j'étais tombé dessus l'été dernier, mais cette déclaration d'amour par téléphone m'avait suffisamment plu pour que je cherche en ligne à l'acheter en disque. Je n'avais rien trouvé dans mes prix, mais quelques mois plus tard, ça m'est tombé tout chaud dans le bec !
Parait-il que c'est une chanson de Casamance chantée en créole portugais, mais ça sonne très espagnol et, comme les autres titres crédités à Keita Fodéba, on sent une forte influence cubaine. Ces titres, Couri-Couri, Aloa, Carolina, Laïla, Saidouba, sont pour la plupart rapides, voire frénétiques, associant guitare électrique, percussions et chant.
A part Kikalama , qui semble issu des mêmes sessions, les titres crédités à Kante Facelli sont plus lents et plus acoustiques. Il y a Soda, un excellent instrumental associant percussions et guitares, Kadia blues, un beau duo de guitares avec Collet Philip, Mia bele, un chant à deux accompagné à la guitare acoustique, et Kankan et M'batilaya, chantés par Kante Facelli seul qui s'accompagne à la guitare.
Le tout fait un album superbe de bout en bout, qui n'a apparemment jamais été réédité en CD.
Ayant plus de cinquante ans, ces disques font partie du domaine public et ils figurent dans les collections publiques de notre Bibliothèque Nationale qui, ô joie, les a numérisés. Malheureusement, les budgets de la BNF n'étant pas prioritairement affectés à la musique, l'établissement a fait appel à un partenariat privé pour la numérisation. Ce qui signifie que, pendant quelques années encore, la BNF ne propose en ligne que des extraits de trente secondes des titres des mini-33 tours de Kante Facelli et Keita Fodeba. Pour écouter en entier ces chansons du domaine public issues de collections publiques, il faut débourser 1 € par titre pour les télécharger chez les partenaires privés. Va comprendre...! Sinon, il reste les vide-greniers...

06 décembre 2015

THE RAVEONETTES : That great love sound


Acquis chez St Vincent's à Dalston le 12 novembre 2015
Réf : RAVEON005 -- Edité par Columbia en Angleterre en 2003 -- Promotional copy only Not for resale
Support : CD 12 cm
Titres : That great love sound -- Bubblegum [Untamed girls] -- Get lost + That great love sound (Vidéo)

A sa sortie en 2003, je me souviens avoir écouté des extraits de Chain gang of love, le premier album de The Raveonettes, et avoir été étonné par la proximité évidente, soulignée par la majorité des chroniqueurs, de leur son avec celui de The Jesus and Mary Chain.
Là, j'ai trouvé pour 50 pence un des singles extraits de cet album, un promo identique à la version commercialisée, à l'exception d'une petite étiquette au dos, et l'impression reste la même, toujours aussi forte.
Avec un nom qui associe le Rave on de Buddy Holly et les Ronettes de Phil Spector, le groupe danois ne cherche pas à cacher ses racines et on pourrait penser que la proximité avec Mary Chain vient surtout d'influences communes : le groupe était managé et produit à l'origine par Richard Gottehrer (The Strangeloves, Blondie, et plein d'etc.) et a même invité sur l'album suivant à la fois Ronnie Spector et Moe Tucker, les deux noms les plus souvent cités à propos de Just like honey.
Mais ça va au-delà du son et d'un mélange d'influences. Certes, That great love sound démarre avec une ligne de basse ultra-simpliste digne de Psychocandy vite suivie de guitares bruyantes, mais en plus sur le refrain, la mélodie vocale suit la ligne de crête du chaos sonore, typiquement comme Jim reid le fait, et même les paroles ("I walk right up to you and you walk all over me") pourraient venir d'une de ses chansons.
Ça devrait m'énerver et me rendre ce disque insupportable, mais c'est bien fait et efficace et j'aime beaucoup Mary Chain. Alors, très bizarrement, j'apprécie That great love sound et le plus étonnant, c'est que l'effet est exactement le même avec les deux autres titres, Untamed girls (un titre de l'album, et pas Bubblegum comme indiqué par erreur sur la pochette), avec sa batterie Moe-Tuckeresque identique à celle de Bobby Gillespie, et Get lost.
Le son de The Raveonettes a quand même évolué au fil des années. Ils ont sorti l'an dernier leur septième album, Pea'hi.

05 décembre 2015

RENE LACAILLE EK MARMAILLE : Gatir


Acquis par correspondance via Amazon en novembre 2015
Réf : 974472 -- Edité par Do Bwa en France en 2015
Support : CD 12 cm
14 titres

Par certains aspects, l'émission La prochaine fois je vous le chanterai de Philippe Meyer sur France Inter m'énerve. Principalement le fait que, année après année, non seulement les rubriques sont immuables (pourquoi pas à la rigueur) mais leur présentation l'est également, au mot près. C'était amusant la première année, la deuxième peut-être encore. Après, non seulement c'est devenu lassant mais en plus, ça finit par donner l'impression que M. Meyer, très occupé par ailleurs, a mieux à faire que de travailler à la structure de son émission.
N'empêche, la programmation musicale est éclectique et intéressante et, si je suis dans la cuisine le samedi entre douze et treize heures, j'allume généralement la radio.
C'était le cas le 7 novembre où, entre le ronronnement du four et le clapotis de l'eau de vaisselle, j'ai dressé l'oreille à l'écoute d'une chanson. J'ai tout laissé tomber pour me rapprocher de la radio et, effectivement, j'avais bien entendu des rythmes familiers et un chant créole, pour une chanson très sympathique présentée ensuite comme étant Père Fuzion de René Lacaille.
Je ne connaissais pas du tout René Lacaille avant d'entendre ce titre mais, après avoir passé une bonne partie de l'été à écouter des disques de La Réunion des années 1960 à 1980 après en avoir acheté un lot d'une cinquantaine, j'ai eu envie d'en savoir plus à propos d'une production contemporaine, ce nouvel album Gatir de René Lacaille.
La pochette, avec gravures, photos et illustrations  de Coline Linder, est très réussie.
Pour cet album, René Lacaille est accompagné de sa Marmaille. C'est le nom du groupe, mais il était tout trouvé puisque les membres en sont ses enfants Marco et Oriane. Le disque est issu d'un spectacle créé en résidence en 2014 au Rocher de Palmer en Gironde. Depuis, il tourne régulièrement et j'espère seulement ne pas en avoir raté de représentation près de chez moi.
L'enregistrement s'est fait en Anjou chez Lo'Jo, dont certains membres figurent parmi les invités, ainsi que, entre autres, le guitariste Titi Robin.
Ma chanson préférée reste sûrement Père Fuzion, qui évoque la situation à La Réunion ("Comment faire la révolution quand on court après les subventions ?"), mais tout l'album est agréable, et j'apprécie particulièrement, Kayemb, Gatir, Je suis un livre ouvert, chanté par Jerem, l'instrumental Tiap tiap ou le remix de Groix par DJ Click.
Le principal défaut du disque, mineur, c'est son séquencement : il y a quatre instrumentaux et un remix, trois titres en double version, et ça ne "coule" pas bien. A un moment, trois instrumentaux s'enchaînent et ça casse le rythme. L'instrumental de Père fuzion est au milieu du disque tandis que la version chantée est coincée en avant-dernière position, entre un instrumental et un remix. Bizarre.

Quelques dates sont annoncés pour le spectacle Gatir de janvier à mars 2016. L'album est disponible chez Do Bwa/L'Autre Distribution.



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