28 février 2016

JEAN POIRET : La vache à mille francs


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne au début des années 2000
Réf : EA 516 -- Édité par Pathé en France en 1961
Support : 45 tours 17 cm
Titres : La vache à mille francs -- Ma cousine de Calais -/- Ah ! Les jolis mots -- J'aurais bien mieux fait

La semaine dernière, l'INA incluait dans la sélection de pépites de sa rédaction, outre une improbable prestation de Simon and Garfunkel à Provins en 1966, une interprétation par Jean Poiret à la télévision de La vache à mille francs, datant également de 1966, en soulignant qu'elle restait d'actualité.
Et c'est vrai que les crises agricoles se suivent et ont tendance à se ressembler. En 1960, c'est le bœuf qui était trop cher au détail, en 2016 c'est le porc et le lait qui sont vendus en gros en-dessous des coûts de production, mais sinon, tous les éléments et intervenants d'aujourd'hui sont déjà bien présents dans la chanson de Jean Poiret, de la Bretagne à Paris, où se tient actuellement le Salon de l'Agriculture, en passant par les différents intermédiaires et les interventions ministérielles.
AU moment où cette chanson a été composée, c'est Joseph Fontanet qui était Secrétaire d'Etat au Commerce intérieur et c'est la campagne de promotion Suivez le boeuf... qu'il a lancée qui a inspiré Jean Poiret. Au moment de la prestation télévisée de 1966, Fontanet n'était plus au même poste et Poiret se contente de citer "le ministre". La campagne Suivez le bœuf..., qui a fait du foin, a suscité la parution d'au moins deux autres disques, par Gisèle Robert et Robert Rapetti.
La vache à mille francs, avec une bonne orchestration et une diction impressionnante de Poiret, est une réussite. Il s'agit bien sûr d'une parodie de La valse à mille temps de Jacques Brel, lequel a suffisamment apprécié l'exercice pour y faire une référence explicite lors de son tour de chant à l'Olympia en 1961.
Chose qui ne gâte rien, cette bonne chanson est habillée d'une pochette très réussie, dessinée par Jacques Dropy. A priori, c'est le seul disque de chansons publié par Jean Poiret seul, ses autres disques étant surtout des sketches avec Michel Serrault. Pour l'occasion, il y a du beau monde, avec sur deux titres chacun, Françoise Dorin aux paroles, André Popp à la composition, Martial Solal et Pierre Guillermin à direction d'orchestre.
Je connaissais Françoise Dorin de réputation comme romancière, pas du tout comme parolière, alors que c'est d'abord dans cet exercice qu'elle s'est illustrée. Et on s'étonne encore moins de sa présence ici quand on sait que Jean Poiret a été son époux...
Les trois titres qui complètent le disque sont certes légers et sur des trames comiques assez classiques, mais tous d'excellente facture, à commencer par Ah ! Les jolis mots ("barbares, de ceux qui sont dans les chansons si rares"), suivi de près par Ma cousine de Calais et J'aurais mieux fait.


Jean Poiret, La vache à mille francs, le 10 novembre 1966 en direct dans l'émission Palmarès des chansons, avec une orchestration pleine de cordes typique de l'O.R.T.F., moins subtile que celle du disque.

26 février 2016

BECK : Devil's haircut


Acquis neuf je ne sais plus du tout comment dans les années 1990 ou 2000
Réf : GFS 22183 -- Édité par Geffen en Angleterre en 1996
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Devil's haircut -/- Lloyd Price Express

Fin décembre, quand j'ai chroniqué l'édition limitée de l'album d'Ezra Furman qui contient une reprise de Devil's haircut de Beck, je m'étais mis dans l'idée d'enchaîner cette chronique avec la version originale de cette chanson. Du coup, j'avais pris la peine de ressortir mes deux CD anglais du single et de les réécouter, mais j'avais renoncé. L'un des deux disques est disqualifié par la présence d'un remix par Noel Gallagher, malgré la mention "rotten oasis" dans les paroles, ce qui lui donne l'occasion de sortir sa guitare et de rejouer le riff de I can only give you everything. Quant à l'autre, il contient un remix redondant et un inédit inintéressant. En fait, je crois que j'aurais chroniqué l'un des CD s'il avait contenu à la fois, outre la version de l'album, American wasteland, le remix hardcore punk par Mickey P., et l'inédit Trouble my days.
J'en étais resté là, mais en cette saison sans vide-grenier, ça vaut le coup de fouiner dans ses propres disques pour compenser : en cherchant mon 45 tours de The Beat l'autre jour, je suis tombé sur cette édition en vinyl de Devil's haircut (oui, il se trouve que cette section de ma discothèque fait partie de celle, très minoritaire, qui est classée alphabétiquement...), dont j'avais complètement oublié que je l'avais !
Je me demande encore d'où je peux bien tenir ce disque. Je ne pense pas l'avoir acheté par correspondance, comme les CD que j'avais dû commander chez Action Records. Étant donné que le disque est en état neuf, je pense que j'ai dû le trouver soldé lors de l'un de mes séjours en Angleterre...
Allez, donc, va pour ce 45 tours auquel je j'ai rien à reprocher, avec sa belle peinture de pochette par Manuel Ocampo.
La version de Devil's haircut qu'on trouve en face A est celle de l'album, et c'est très bien comme ça : pas la peine d'aller retoucher quelque chose qui est parfaitement réussi !
A l'époque, je ne connaissais pas du tout l'excellent riff de I can only give you everything des Troggs qui sert d'ossature à ce morceau. Cet échantillon sonore est parfaitement choisi et c'est l'une des grandes qualités de Devil's haircut d'assembler différents bouts de musique pour en faire une chanson originale de qualité, pas du tout Frankensteinesque. Ajoutons à ça les paroles, une succession de phrases fortes et énigmatiques, et on a une chanson réjouissante, pleine de fougue, l'une des dernières fois où Beck a retrouvé l'étincelle de folie de Loser, comme à la toute fin, quand il se met à hurler.
En face B, Lloyd Price Express est un titre exclusif à ce 45 tours. Il s'agit en fait d'un remix de Where it's at, le single choisi pour annoncer la sortie d'Odelay. J'ai plein de versions de Where it's at que je n'aime pas trop car elles ont un côté jazzy/muzak que je ne supporte pas. Celle-ci est sûrement ma préférée de toutes : elle est très cool et surtout le piano électrique et les cuivres sont remplacés par une guitare, qui donne une toute autre atmosphère à la chanson.
Je ne sais pas si les attributs capillaires du diable ont quoi que ce soit de particulier mais en tout cas, avec The hairstyle of the devil de Momus, ça fait au moins deux chansons qui s'intéressent à sa coiffure !



Beck, avec un diabolique soupçon de moustache, Devil's haircut, en direct dans l'émission Later with Jools Holland, 1997.

21 février 2016

THE BEAT : Hit it (Auto erotic)


Acquis d'occasion probablement à Londres dans les années 1990
Réf : FEET 11 -- Édité par Go-Feet en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Hit it -/- Which side of the bed

Il date de 2012 mais c'est seulement cette semaine que je suis tombé sur un entretien avec Dave Wakeling chez A.V. Club où il revient en détails sur l'histoire de certaines des chansons de The Beat. Rien d'exceptionnel, mais plein de détails éclairants et d'anecdotes, sur Mirror in the bathroom, dont la ligne de basse est en 2/2 et pas en 4/4 et que Jerry Dammers aurait bien aimé sortir sur 2 Tone à la place de Ranking full stop, sur Save it for later ou sur leur appel à la démission de Thatcher, Stand down Margaret. Du coup, ça m'a donné envie d'aller fouiller dans mes disques de The Beat pour en chroniquer un ici pour la troisième fois.
Troisième chronique, donc, et toujours pas d'extrait de l'excellent premier album I just can't stop it, qui a pourtant produit un nombre record de faces de 45 tours. Mais ça viendra... Pour l'heure, mon choix s'est porté sur un 45 tours assez obscur, sorti fin 1981, quelques mois après l'album Wha'ppen ? et qui n'a pas été inclus ensuite sur le dernier album Special beat service. Il n'a pas été édité en France et je crois bien que j'ai découvert son existence le jour où je suis tombé sur cet exemplaire.
La carrière de ce disque, co-produit par Mike Hedges, connu pour son travail avec The Cure, a été gênée par un très gros cafouillage. Comme Dave Wakeling l'explique, les premiers exemplaires distribués du disque avaient un gros défaut de mastering : Hedges avait trop poussé les niveaux dans le rouge, rendant le disque quasiment inécoutable, et le groupe ne s'en est rendu compte que lors des premiers passages en radio. Ça a été corrigé par la suite, ce qui explique peut-être aussi le fait qu'il y a eu deux pochettes, sans le sous-titre Auto erotic, ou avec, comme c'est le cas pour mon disque, mais de toute façon la carrière du disque était fichue dès l'instant où un animateur de la BBC avait interrompu sa diffusion en plein milieu en disant que c'était inécoutable.
De toute façon, il est clair que Hit it n'est pas l'une des plus grandes chansons du groupe. Côté paroles, c'est avant tout une chanson avec plein de références à la masturbation, et qui n'en cache pas, avec comme refrain "Autoerotic. Well you could not be in better hands. Try to accept when it comes down to love you please yourself". Côté musique, c'est visiblement une tentative de The Beat de faire dans le funky, et franchement ce n'est pas vraiment une réussite. Même sans tenir compte des problèmes de production, l'intro instrumentale est à peu près inécoutable. Les choses s'améliorent par la suite mais ça reste une chanson très moyenne.
La face B, Which side of the bed, est bien plus à mon goût. Dave Wakeling a expliqué par ailleurs que cette chanson est une célébration ironique de la guerre des sexes, ce que confirme le refrain, avec sa grande question "De quel côté du lit l'engueulade a commencé ?". Musicalement, c'est un reggae très lent et tout simple. Rien d'exceptionnellement original, mais contrairement à Hit it c'est un titre qu'on a envie de réécouter et réécouter.
Une autre chanson a été enregistrée lors de la session avec Mike Hedges, un duo entre Ranking Roger de The Beat et le toaster Pato Banton, dont Roger avait fait la connaissance alors qu'il était juré à Birmingham d'un concours de toasting remporté par Pato. Pato and Roger (Ago talk) a été inclus sur l'album Special beat service et a même eu droit en juillet 1982 à une sortie en 45 tours créditée à Pato & Roger. En face B, on trouvait un titre de Ranking Roger seul, Cool entertainer, et il s'avère qu'il s'agit d'une version toastée de Which side of the bed... ?. Excellent ! Et on a la confirmation qu'il y a vraiment eu un gros loupé avec ces singles car un maxi avec la version longue de Which side of the bed... ? couplée avec celle de Cool entertainer aurait figuré parmi les meilleurs de The Beat. 

On trouve tous ces titres répartis sur les rééditions 2 CD-1 DVD de Wha'ppen ? et Special beat service sorties en 2012.
Depuis plusieurs années, deux formations du groupe co-existent, l'une menée par Ranking Roger en Angleterre, l'autre par Dave Wakeling aux Etats-Unis.



20 février 2016

ACRES FOR CENTS


Acquis sûrement chez Vitamine C à Reims en 1987
Réf : ZNIP 501 -- Édité par Zippo en Angleterre en 1987
Support : 33 tours 30 cm
13 titres

Ainsi, Howe Gelb a confirmé au début du mois qu'il allait mettre Giant Sand au repos pour de bon, après une bonne trentaine d'années. Ce n'est pas vraiment une surprise, puisqu'il avait laissé entendre à plusieurs reprises l'an dernier qu'il pourrait prendre cette décision après avoir sorti une excellent album, Heartbreak pass, et alors qu'il approche des 60 ans. Au Tucson Weekly, il a confirmé les raisons de sa décision : Arrêter alors que le groupe est en pleine forme, qu'il a laissé derrière lui la mauvaise période de la fin des années 1990 (le décès de Rainer et le départ de Joey Burns et John Convertino pour Calexico). On peut ajouter que, depuis quelques temps, Giant Sand n'était plus vraiment un groupe, avec une formation fixe, mais un projet parmi d'autres pour Howe, utilisé pour ses sorties au son plus rock et de plus en plus difficile à distinguer des projets solo. Les deux derniers disques ont d'ailleurs été crédités à Giant Giant Sand et Giant³ Sand.
Pour terminer en beauté, Giant Sand fera une dernière tournée européenne en avril, en grande partie avec Jason Lytle, qui passera par la Botanique à Bruxelles le 9 (où je devrais être pour mon dernier concert du groupe, près de vingt ans après le premier) et finira au Trabendo à Paris le 19.
Du coup, je suis allé repêcher cette compilation Acres for cents du label anglais Zippo dans mes étagères, car c'est sûrement avec ce disque que j'ai fait l'acquisition de mes deux premières chansons de Howe Gelb, Thin line man de Giant Sand et Heartland de The Band of... Blacky Ranchette.
Comme d'autres avant elles, notamment Pillows and prayers de Cherry Red, la raison d'être de cette compilation à prix réduit (1,99 £ maximum) était de faire découvrir au public le catalogue du label, en espérant qu'il irait ensuite acheter certains des disques dont des extraits sont présentés ici.
Je n'ai pas payé ce disque 1,99 £ mais 39 F., ce qui n'était malgré tout pas très cher pour un album en import, puisque c'était moins que le prix d'un maxi 45 tours. Si je l'ai acheté, c'est d'ailleurs uniquement à cause de son prix attractif : au moment où ce disque est sorti, je n'avais encore développé aucun goût pour ce rock au caractère américain fortement marqué, parfois teinté de country, qu'on a depuis appelé l'Americana. Pourtant, ce style était largement diffusé par chez nous par New Rose, qui a sorti en France des disques de la plupart des artistes présents ici, mais il ne me plaisait pas à l'époque et je n'ai pas dû écouté ce disque très souvent. Et je me souviens très bien que j'avais été passablement agacé par la lecture des notes de pochette, qui mettaient sur un piédestal ce gars Howe Gelb ("un auteur de la trempe de Sam Shepard") et s'extasiaient sur le fait qu'il fasse aussi de la country avec son autre groupe au nom ridicule.
Mes goûts ont bien évolué depuis, et j'aime désormais ce disque de bout en bout, à commencer par Heartland et Thin line man, le titre d'ouverture du deuxième album de Giant Sand, Ballad of a thin line man et sûrement la première très grande chanson publiée par le groupe. On retrouve le batteur Tom Larkins sur un troisième titre de l'album, une version tout à fait honnête de Dirt des Stooges par Naked prey.
C'est un signe, mais aujourd'hui mes titres préférés sont caux aux tonalités les plus marquées, comme Bend in the road de Danny and Dusty (Dan Stuart de Green on Red et Steve Wynn de The Dream Syndicate) et le superbe Tears fall away de Divine Horsemen, chanté en duo avec Julie Christensen, qui doit être la seule voix féminine de tout l'album !
L'écoute de Moonlight cryin' d'Evan Johns and the H-Bombs m'a fait penser à Johnny Dowd. Du coup, j'en viendrais presque à regretter de ne pas avoir conservé leur album Bombs away, que j'avais acheté 10 F. au stand de la braderie de la Quasimodo d’À La Clé de Sol à Reims. C'est à la Quasimodo aussi que j'avais découvert les Windbreakers, que Phil Sex apprécie beaucoup. Ils sont présents ici avec Run, le morceau-titre de leur deuxième album. Russ Tolman est là aussi, et plutôt deux fois qu'une, avec l'énergique Talking Hoover Dam blues, le seul titre du lot dont j'ai trouvé une vidéo, et avec son groupe True West pour Backroad Bridge song.
Pour compléter l'album, on a le morceau-titre de 10-5-60, le premier mini-album des Long Ryders, le très bon Mumbo jumbo des Tail Gators et Pure heart des Wild Seeds.
En tout cas, voici une quarantaine de francs bien investie, avec en plus une pochette d'album qui n'aurait pas déparé sur l'une des nombreuses parutions de Giant Sand sous son nom !

14 février 2016

THE AVALANCHES : Frontier psychiatrist


Acquis chez Easy Cash à Cormontreuil dans les années 2000
Réf : 7243 8 97842 0 6 -- Édité par Delabel en France en 2001
Support : CD 12 cm
6 titres + 1 vidéo

Comme je l'ai acheté pour 1 £ à Londres cet automne, j'ai réécouté récemment l'album Since I left you de The Avalanches. Et, si j'aime bien le disque dans son ensemble, il y a un titre en particulier qui m'a sauté aux oreilles, le même que lors de ma première écoute il y a presque quinze ans. Ce titre, c'est Frontier psychiatrist, et ça tombe bien parce qu'il a été édité en single et j'en ai trouvé un exemplaire pour 75 centimes il y a quelques années.
The Avalanches, des australiens, font partie de ces gens qui créent de nouvelles musiques à partir d'un collage de sources multiples : disques, enregistrements radios, sons trouvés... Un petit jeu auquel ils sont très forts et leur album a été très remarqué et leur a apporté du succès dans le monde entier. Depuis, ils sont un peu devenus les La's des années 2000 : ils travaillent depuis au moins dix ans sur un deuxième album, plusieurs fois annoncé mais encore jamais sorti. Il faut dire qu'assembler des centaines de sources musicales, il y a de quoi s'y perdre et cette technique de composition rend la publication d'un disque juridiquement très complexe puisqu'il faut négocier les droits avec les différentes parties concernées dans le monde entier.
J'ai eu de la chance de tomber sur l'édition française de ce single : Delabel a eu la bonne idée de bien le remplir en y incluant les six titres étalés en Angleterre sur deux CD différents (la version album, une version raccourcie pour la radio, un remix par Mario Caldato Jr. et sa version instrumentale et deux titres précédemment parus de façon limitée sur le maxi Undersea community). En plus, ils ont ajouté l'excellente vidéo réalisée pour ce titre (la deuxième, la première n'était pas mal mais pas aussi réussie), qu'on ne trouvait pas aussi facilement en ligne à l'époque.
Frontier psychiatrist est donc une confection particulièrement enthousiasmante, qui s'ouvre avec la voix de Divine dans Polyester et se clôt avec la version originale d'El negro zumbon du film Anna. Le cœur du morceau, c'est l'association rythmée de samples vocaux sur fond de chœurs et de cuivres venant de My way of life, composé par Bert Kampfaert et enregistré en 1968 par The Enoch Light Singers.
Autant les crédits sur l'album sont à peu et sûrement volontairement illisibles, autant on trouve facilement en ligne le détail des échantillons sonores utilisés par le groupe. Un gars a même pris la peine de faire une vidéo qui confronte les sources originales et le résultat final.
Le 85% mix de Mario Caldato Jr. n'est pas spécialement mauvais, mais comme souvent ce genre d'exercice est assez vain. La version de The Avalanches se suffit à elle-même.
Les deux titres hors-album n'auraient pas déparé sur Since I left you. Slow walking est justement un peu lent à la détente et la deuxième moitié est meilleure, avec de bons échantillons de voix et une évocation de Sugar sugar des Archies. Yamaha superstar est assez court, avec des sons de cuivre de jazz retravaillés pour évoquer des scratches de disques vinyl.


13 février 2016

ANNE SYLVESTRE : Petit bonhomme


Anne Sylvestre, Petit bonhomme, dans l'émission Numéro un, le 23 avril 1977.

Consulté pour la première fois chez INA le 11 février 2016
Réf : [sans] -- Diffusé par INA en France dans les années 2010
Support : 1 fichier flv
Titre : Petit bonhomme

Je suis trop vieux de quelques années pour avoir été exposé aux Fabulettes d'Anne Sylvestre pendant mon enfance, mais je l'ai toujours connue comme chanteuse "pour grands" car Maman l'appréciait et nous avions le 45 tours Mon mari est parti à la maison, avec les nénuphars sur la pochette.
Mais ma grande expérience avec Anne Sylvestre est survenue quand j'étais assistant de langue vivante au Harrow College of Higher Education dans la grande banlieue de Londres en 1983-1984.
Je donnais des cours de français à des étudiantes en secrétariat (médical ou bilingue-trilingue), et aussi à des adultes qui reprenaient des études en cours du soir ou à plein temps, ce qui est beaucoup plus courant en Angleterre que par chez nous. Comme matériel pédagogique, j'avais des articles de presse, des exemplaires déjà un peu anciens du manuel de l'Automobile Association, pour s'entraîner à donner des indications au téléphone à un potentiel client français, et aussi au moins une cassette vidéo, sur laquelle on trouvait un enregistrement, peut-être bien sous-titré, de l'émission Numéro un de Maritie et Gilbert Carpentier. Une édition de l'émission sûrement dédiée à la chanson française de qualité puisque Serge Reggiani, Zouc, Les Trois Jeanne, Astor Piazzolla et Julos Beaucarne comptaient parmi les invités.
Dans cette émission, j'avais particulièrement apprécié la chanson d'Anne Sylvestre ci-dessus et on avait travaillé dessus avec au moins un ou deux des groupes d'adultes. En revenant en France, je pense que je connaissais par cœur les paroles de la chanson...
Ces dernières années, j'ai souvent cherché à me procurer cette chanson sur disque. Je pensais qu'elle s'appelait Le mari de Maryvonne. J'avais noté que, sur son deuxième 45 tours de 1959 et sur son premier album 25cm de 1961, il y avait une chanson intitulée Maryvonne. Je n'ai jamais eu l'occasion d'acheter un de ces disques et ce n'est pas plus mal car j'aurais été assez déçu car ce n'est pas la même chanson.


Anne Sylvestre, Maryvonne, dans l'émission Discorama, le 11 août 1961.

Avec Maryvonne, on est encore en plein dans l'ambiance années 1940-50. On est au village et on parle même de sabots. Mais c'est fascinant car il y a évidemment un lien entre les deux chansons, avec un thème similaire abordé à vingt ans d'écart. Dans la chanson que je connaissais, de la fin des années 1970, mai 1968 et la libération de la femme étant passés par là, on se moque gentiment des travers d'un homme avec plein de solidarité féminine. Dans mon souvenir, j'allais même plus loin : je croyais que la narratrice et Maryvonne se mettaient en couple. Mais non, une belle amitié est née sur le dos du mari toujours décevant.
En fait, la deuxième chanson s'appelle Petit bonhomme et, avec sa mélodie folk, elle a paru en version studio sur l'album de 1977 d'Anne Sylvestre, dans un superbe arrangement dû à François Rauber. De la chanson française à son meilleur...
Chez J'ai la mémoire qui chante, on peut consulter les paroles de la chanson et écouter encore une autre version de la chanson, en public, avec de la flûte.
En tout cas, après tant d'années, je suis bien content d'avoir retrouver en ligne ce fameux extrait de Numéro un, et d'avoir découvert la version studio de Petit bonhomme. 

Les disques d'Anne Sylvestre sont réédités chez EPM. L'intégrale studio est actuellement indisponible, mais on peut se procurer le CD J'ai de bonnes nouvelles, qui compile deux albums de 1977 et 1978 et sur lequel on trouve Petit bonhomme.

07 février 2016

DOCTOR MIX AND THE REMIX : Wall of noise


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres vers 1984
Réf : ROUGH 6 -- Édité par Rough Trade en Angleterre en 1979
Support : 33 tours 30 cm
7 titres

J'ai trouvé ce disque pour 60 pence dans la cave du Record and Tape Exchange. Je ne sais plus si je l'ai pris simplement parce qu'il était sur Rough Trade (une raison bien suffisante à l'époque pour acheter un disque, surtout de 1979) ou si je savais déjà que Doctor Mix and the Remix avait un lien avec Métal Urbain (c'est l'un des projets lancés par Eric Débris après la séparation du groupe). En tout cas, si je ne l'avais pas déjà, cette info m'aura été rapidement fournie une fois rentré dans ma piaule de la banlieue londonienne, par le fameux International discography of the New Wave.
Ce qui est sûr en tout cas, c'est que quand j'ai acheté ce disque je ne connaissais aucun des originaux des huit titres repris : j'avais la version difficilement écoutable et sans grand intérêt de Sister Ray par Joy Division sur Still, mais pas encore celle du Velvet Underground; je n'avais pas encore ma compilation des Stooges avec No fun; je ne connaissais pas encore Out of the question et Six dreams des Seeds ni I can't control myself des Troggs; et encore moins deux titres que je n'ai jamais trop cherché à écouter, Grey lagoons de Roxy Music et Supermen de David Bowie.
En 1985, une des quelques fois (trois ou quatre au maximum) où j'ai eu l'occasion de visiter les locaux de Rough Trade Records avec l'ami Joe Foster, j'ai récupéré comme à chaque fois quelques disques promo, mais je suis aussi tombé à un moment sur une étagère sur une pile d'autocollants Doctor Mix and the Remix. J'en ai pris une poignée et Joe m'a expliqué que Jim et William de The Jesus and Mary Chain étaient des fans de Doctor Mix. Comme on les rencontrait un peu plus tard dans la journée, je leur ai distribué quelques autocollants et ils étaient effectivement tout content ! Depuis, ils ont très souvent publiquement cité Doctor Mix and the Remix comme l'une de leurs influences formatrices.
Cet autocollant, il y en a un exemplaire collé dans l'angle en haut à gauche de l'exemplaire de mon disque. Sur d'autres, il est en bas à gauche. Je suis bien certain que je ne l'y ai pas mis moi-même. Je pense que, à l'origine, la pochette ne comportait que la mention "Wall of noise" sur la pochette (c'est d'ailleurs le cas de certaines rééditions de ce disque), ce qui pouvait être trompeur car on pouvait croire qu'il s'agissait du nom de l'artiste et non du titre de l'album. Quant à l'autocollant, soit il était complètement absent des premiers exemplaires distribués, soit il était glissé dans la pochette, comme ça semble être le cas ici. En tout cas, à un moment ou un autre, quelqu'un chez Rough Trade a dû s'amuser à apposer les autocollants pour rendre la pochette plus "lisible"...
Doctor Mix and the Remix sur ce disque, c'est Eric Débris tout seul avec une boite à rythmes, des guitares saturées, des synthés et une voix distordue. Il suffit d'écouter le premier titre, Out of the question, à l'origine en 1965 la face B de Pushin' too hard des Seeds, pour comprendre le lien avec le Jesus and Mary Chain des débuts : le son de la version démo d'Upside down, longtemps restée inédite mais finalement sortie officiellement en 2011 sur une réédition de Psychocandy, en est très proche.
Avec sa voix parlée, Grey lagoons, à l'origine sur For your pleasure en 1973, est le titre que j'aime le moins du disque. Par contre, j'adore la version de No fun qui suit, mais je pense aussi qu'il est difficile de faire une mauvaise reprise de cette chanson !
Six dreams, un titre de 1967 de Future, le troisième album des Seeds, me plaît aussi beaucoup. Là aussi, la voix est parlée, mais il y en a une deuxième, féminine (peut-être celle de "Jane", remerciée au dos de la pochette ?), qui fait beaucoup pour la réussite du morceau. Cette excellente séquence et la première face se concluent en beauté avec I can't control myself.
J'aime assez la rythmique très répétitive de Supermen, un titre qu'on trouvait à l'origine sur l'album, The man who sold the world, mais en-dehors de ça ce n'est pas ce que je préfère ici.
A presque douze minutes, la version de Sister Ray est bien dans l'esprit de la version originale et fonctionne plutôt bien.
C'est bizarre, mais je n'ai pas vraiment été surpris quand, en 1992, Rev-Ola, le label de Joe Foster, a réédité Wall of noise en CD ! En France, il y avait eu en 1989 chez Bondage une compilation (1979-1982), qui reprenait l'intégralité de Wall of noise, mais l'édition que je conseillerais actuellement est la plus complète (18 titres) et la dernière en date, sortie aux Etats-Unis chez Acute en 2004.


Le fameux autocollant de Doctor Mix and the Remix.

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