21 avril 2017

JEAN CONSTANTIN : Tango de l'esquimau


Acquis d'occasion probablement dans la Marne vers le début des années 2000
Réf : EPL 7 617 -- Édité par Vogue en France en 1959
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Che sbadato -- Le tango de l'esquimau -/- Le cha cha de Charley -- Comment voulez-vous ?

Dimanche dernier, à l'invitation de Papy Bam, je me suis rendu à Lille pour participer à son émission Bam Balam sur la radio RCV.
En chemin, j'ai fait quelques étapes suivant la brocacarte du jour et, comme l'âne qui change de pré, j'ai constaté que l'herbe dans les Hauts de France n'était peut-être pas meilleure, mais à tout le moins différente, ce qui m'a permis de faire quelques achats intéressants.
Parmi ceux-ci, j'ai acheté à Cambrai à un brocanteur qui avait quelques disques sur son stand deux 45 tours, My way / Angel of the morning de Nina Simone, que je pensais déjà avoir, mais non, mais qui n'est pas très emballant, et une "pièce", la bande originale du film Les quatre cents coups de François Truffaut :



Le disque et sa pochette sont en bon état. Il y a encore peu, je ne m'y serais guère intéressé, mais j'ai récemment visionné pour la première fois (et apprécié) la série des Antoine Doinel et là, à cinquante centimes, je n'allais pas laissé passer l'occasion.
Cette musique composée et dirigée par Jean Constantin vaut surtout par son thème principal, qu'on retrouve à plusieurs reprises dans diverses orchestrations sur ce disque.
Il est à noter que, dans le chapitre Musique et chansons de l'exposition virtuelle Truffaut par Truffaut de la Cinémathèque française, Truffaut regrette amèrement son choix de compositeur pour ce film : "Pour Les 400 coups, j'ai commis la sottise de faire appel à un compositeur de chansons, Jean Constantin. Tout le monde a dit : « Ah ! la musique des 400 coups est merveilleuse », alors que tous les gens qui s'y connaissent un peu, et surtout les musiciens, étaient indignés, et ils avaient absolument raison. Quand je revois le film, j'entends toutes les fausses notes, tous les contresens. C'est une musique désinvolte et bâclée, qui souvent abîme l'image. Sur le vol de la machine à écrire, il y a une musique de jazz absolument déplacée. D'ailleurs, le jazz est presque toujours inadéquat dans les films, parce qu'il fausse les durées. Privée de ligne mélodique, votre image double de longueur. Je suis convaincu que toute musique improvisée devant l'image est une chose néfaste, à rejeter, sauf si le film est purement décoratif, comme Sait-on jamais de Roger Vadim.".
Truffaut n'est pas tendre, et en profite pour donner au passage un coup de griffe à Vadim. Quoi qu'il en soit, je m'apprêtais à chroniquer ce 45 tours quand je suis tombé sur cet extrait de l'émission Discorama du 5 juin 1959 :



Et là, je suis tombé de ma chaise. Constantin joue au piano l'air des Quatre cents coups, mais c'est une version chantée. Il y a bien une plage intitulée Comment voulez-vous ? sur le 45 tours de la BO, mais elle est instrumentale. Là, c'est une version pleine d'émotions, avec un Constantin qui s'excuse presque de son interprétation ("Je préfère la chantonnner").
Un document précieux. Dommage qu'on n'ait pas dans cet extrait en ligne l'entretien avant et après la chanson, on aurait pu y glaner des informations précieuses.
Je me suis mis aussitôt en quête d'un enregistrement chanté sur disque. J'ai vite vu qu'on trouvait Comment voulez-vous ? par Jean Constantin sur une compilation de Chansons..., sur un 25 cm en public A Bobino, mais il m'a fallu plus d'une demi-journée pour découvrir que j'avais depuis une bonne quinzaine d'années dans mes étagères ce 45 tours de Jean Constantin, son troisième paru chez Vogue, sur lequel on trouve la publication originale de Comment voulez-vous ? !
Je me souvenais pourtant très bien de ce disque, avec sa pochette très réussie où il est transformé en otarie par (j'ai eu du mal à déchiffrer la signature mais j'ai réussi) Georges Bastia, qui s'était spécialisé dans le Zoo des vedettes.
Quand je l'avais acheté, je m'attendais à quelque chose à la Dario Moreno, pas seulement à cause de la ressemblance physique, mais Constantin n'était pas que fantaisiste, il est aussi l'auteur, entre beaucoup d'autres, de Mon manège à moi.
J'avais en tout cas été agréablement surpris à l'écoute de ce disque et je l'ai ressorti plusieurs fois depuis, en hésitant à le chroniquer ici. Simplement, ne connaissant pas le film, et n'ayant pas vu l'extrait de Discorama, j'avais oublié le lien avec Les quatre cents coups.
Jean Constantin présente en quelques mots les chansons au verso de la pochette. Il est clair encore une fois qu'il a interprété Comment voulez-vous ? à regret : "Comment voulez-vous ? est une chanson que je ne devrais pas chanter moi-même mais comme les autres n'en veulent pas non plus, je l'ai donnée à François Truffaut pour son film Les quatre cents coups".
La version en studio de cette valse lente est complète. Elle est très bien, mais je lui préfère la version télévision.
Le vœu de son auteur a finalement été réalisé puisque, avec le succès du film de Truffaut, au moins trois chanteuses ont enregistré Comment voulez-vous ? en 1959, Juliette Gréco, Colette Renard et Paola.
L'autre titre de la face B est la chanson d'un autre film de 1959, La marraine de Charley, une pochade avec Fernand Raynaud. Le cha-cha charleston que Constantin a composé pour l'occasion est au diapason.
Sur la face A, Constantin a adapté en français deux chansons.
Che sbadato a été enregistré à l'origine en 1958 par les italiens I Campioni. Quant au Tango de l'esquimau, également interprété un peu plus tard par Petula Clark, la version originale date de 1955. Elle était interprétée par Alma Cogan sous le titre Never do a tango with an eskimo.

Il existe des rééditions CD pas chères des chansons de Jean Constantin, mais je n'ai trouvé en ligne qu'un seul de ces quatre titres pourtant désormais du domaine public.

17 avril 2017

JIM REID - SISTER VANILLA : Song for a secret


Offert par Phil King par correspondance en avril 2017
Réf : TR6 45004 S & TR6 45004 -- Édité par Transistor en Angleterre en 2005
Support : 45 tours 17 cm & CD 12 cm
Titres : JIM REID : Song for a secret -/- SISTER VANILLA : Can't stop the rock

The Jesus and Mary Chain s'est séparé initialement en 1998. A l'époque de l'enregistrement de l'album Munki et de la tournée qui a suivi, la balance de la relation amour/haine entre les deux frères Jim et William Reid penchait un peu trop du côté obscur.
Le groupe s'est reformé en 2007 pour le festival Coachella. Il a ensuite joué en pointillés dans des festivals pendant plusieurs années, avant de se lancer en 2014-2015 dans une tournée plus longue pour les trente ans de l'album Psychocandy.
Mais, des albums de légende à faire revivre, le groupe n'en a pas tant que ça et il lui fallait bien se résoudre à un moment ou un autre à sortir un nouveau disque s'il souhaitait continuer à exister et à tourner, sauf à se cantonner au circuit de la nostalgie.
De toute façon, le groupe clamait depuis 2007 son intention d'enregistrer un nouvel album mais, comme Jim Reid l'a expliqué dans de nombreuses interviews, dont celle pour The Quietus, l'une des principales raisons de ce délai est qu'il était très nerveux à l'idée de se retrouver pendant des semaines enfermé en studio avec William, tant l'expérience de l'enregistrement de Munki avait été traumatisante.
En 2008, le groupe avait enregistré All thing must pass pour la bande originale de la série Heroes, mais c'est tout.
Et puis, finalement, The Jesus and Mary Chain a sorti il y a quelques semaines son septième album studio, Damage and joy.
Et toutes les chroniques un peu sérieuses ont mentionné le fait que la moitié des quatorze titres de l'album avait déjà été publiée sous une forme ou une autre !
Car les frères Reid ne sont pas restés inactifs après la séparation du groupe. William avait déjà sorti un disque solo et a sorti plusieurs disques avec son projet Lazycame. Jim Reid a fondé le groupe Freeheat, avec Ben Lurie de JAMC, Romi Mori du Gun Club et Nick Sanderson d'Earl Brutus, avant démarrer une carrière solo. Et puis, en 2007, les deux frères ont collaboré, mais peut-être pas simultanément, au projet Sister Vanilla de leur sœur Linda.
J'ai fait le point des sorties d'origine des chansons concernées :
  • Amputation (Dead end kids, Jim Reid, 2006)
  • All Things Pass (All things must pass, The Jesus and Mary Chain, 2008, BO de la série Heroes)
  • Song For A Secret (Jim Reid, 2005)
  • The Two Of Us (Freeheat, 2000 - Sister Vanilla, 2005)
  • Get On Home (Freeheat, 2000)
  • Facing Up To The Facts (Freeheat, 2000)
  • Black And Blues (Jim Reid, 2011)
  • Can't Stop The Rock (Sister Vanilla, 2005)
On voit que c'est surtout Jim qui a "recyclé" ses chansons pour ce nouvel album. Il l'explique par le fait que ces bonnes chansons ont été produites souvent avec peu de moyens, qu'elles ont été mal diffusées et aussi qu'elles bénéficient de l'alchimie particulière, des étincelles, qui se produisent quand William et lui travaillent ensemble.
Et effectivement, sachant que seule une très faible minorité de leurs fans connaissaient la version originale de ces chansons, je ne vois pas pourquoi on leur reprocherait de les avoir retravaillées et republiées, d'avoir en quelque sorte distillé sur cet album le meilleur de leurs créations de ces quinze-vingt dernières années.
Mais quand même, cette information m'a intrigué, et j'ai eu envie de remonter à la source de Damage and joy. Pas si simple cependant. Les deux singles solo de Jim, par exemple, ont eu une sortie vraiment confidentielle, et actuellement un seul exemplaire d'un seul des deux est en vente sur Discogs, beaucoup trop cher.
Alors j'ai pris un raccourci et j'ai contacté l'ami Phil King, qui joue sur ces deux disques. Comme il lui en restait des exemplaires, il m'a gentiment offert les deux disques, et j'ai choisi le premier, partagé avec Sister Vanilla, car on y trouve deux des chansons retravaillées sur Damage and joy.
Phil joue de la basse et de la guitare sur Song for a secret, une excellente chanson de Jim, avec un premier vers bien dans son style ("Too old to crucify but too young for suicide"). L'intro cite volontairement For what it's worth de Buffalo Springfield et un peu plus tard le glockenspiel crée une ambiance à la Sunday morning. Comme plusieurs titres de JAMC (Just like honey, Sometimes always), la chanson bénéficie grandement d'une intervention vocale féminine, ici celle sur un couplet de Julie Barber, l'épouse de Jim.
Dans la version de Jesus and Mary Chain, c'est Isobel Campbell qui reprend la partie de Julie Barber, et je trouve que c'est un peu moins réussi. La production est un peu plus électrique côté guitare mais, sans être mauvaise, cette nouvelle version n'est assurément pas meilleure que la première. 
Can't stop the rock, en face B de ce single, est le tout premier titre édité par Sister Vanilla. Il a ensuite été repris tel quel sur Little pop rock et c'est l'une des réussites de cet album.
La chanson est co-écrite par William et Linda et elle est soutenue au chant par l'un de ses frères, mais je ne saurais dire lequel.
Là encore, il y a plus de guitare sur la version de Jesus and Mary Chain, mais pour le coup les chanteurs sont les mêmes et les deux versions sont très proches l'une de l'autre.
Je vous laisse si vous le souhaitez aller plus loin dans la fouille archéologique de Damage and joy, et apprécier l'album lui-même. Par contre, pour voir le groupe interpréter ces "nouvelles" chansons sur scène à Paris il faudra patienter si vous n'avez pas déjà votre billet, car le concert du 27 avril à l'Elysée-Montmartre est d'ores et déjà annoncé comme complet.



11 avril 2017

PROUVE-LE MOI (DÉSORDRE MUSICAL)


Mis en ligne par Pol Dodu le 10 avril 2017
Réf : [sans] -- Diffusé par Mixcloud
Support : MP3
22 titres

J'ai démarré mon site Vivonzeureux! il y a plus de vingt ans maintenant. J'ai arrêté mon émission sur Radio Primitive il y a près de dix-neuf ans. Mais la musique m'intéresse toujours autant et l'envie de partager cette passion est toujours présente. Je le fais par écrit, avec ce blog et mes livres, mais la musique c'est bien de la faire écouter !
Au fil du temps, j'ai tenté diverses expériences, comme un abonnement à Live 365, ou le Radio Blog qu'on trouve encore en bas de la colonne de droite de ce site, mais qui n'est plus alimenté depuis longtemps. Mais à chaque fois que j'écoute une de mes compilations maison, comme j'en fais régulièrement depuis les années 1980 au moins, sur cassette pendant longtemps puis sur CD-R, je me dis que c'est dommage de ne pas partager au-delà de Philippe R. et ponctuellement d'une poignée d'amis ou de membres de la famille ces sélections. Elles distillent mes écoutes de musique sur plusieurs semaines (il fut un temps où je faisais une compilation par mois, aujourd'hui on est plutôt sur un rythme de quatre à cinq par ans) et sont l'écho de mes acquisitions (et donc les disques chroniqués ici), des disques qu'on me prête, de ceux que j'emprunte à la Médiathèque et des découvertes que je peux faire en ligne. Je trouve ça dommage qu'on ne soit pas plus nombreux à rigoler de mes conneries, à apprécier un enchaînement acrobatique mais réussi, à se délecter d'un éclectisme qui ne connaît comme limites que les bonnes vibrations que les enregistrements me procurent.
Alors, pour tenter de répondre à cette préoccupation, j'ai décidé de tenter l'expérience de mettre en ligne mes compilations, sur Mixcloud, pour que les plus curieux d'entre vous puissent y jeter une oreille. J'ai décidé du coup de les appeler Désordre musical, parce que c'est un peu à ça que ça ressemble, et c'est un hommage à la chanson de Nemours Jean-Baptiste que je connais surtout dans la version des Maxel's.
Celle que je viens de mettre en ligne, Prouve-le moi, toute récente, est assez typique du genre. On y retrouve des titres récents de petits jeunes dont je suis l'actualité (Dick Annegarn, Albert Marcoeur, Leonard Cohen), des gens chroniqués ici (Moutain Man, Papas Fritas, la Fanfare des Saints-Pères des Beaux-Arts, Senior Model), trois extraits de la triple compilation Bobo Yéyé empruntée à la Médiathèque, des valeurs sûres (Gainsbourg, The Wedding Present, The Beach Boys), trois enregistrements de Pascal Comelade (une reprise des Ramones, un titre de son album avec Pau Riba et la version en concert en juin 1982 de Part time punks par The Fall of Saigon, probablement l'une des toutes premières reprises jamais faites de Television Personalities), et évidemment aussi un titre des Television Personalities eux-mêmes. Pas étonnant, puisque ces derniers temps je me suis plongé très profondément dans la musique de ce groupe pour boucler mon Journal d'un fan de chambre.
Profitez-bien. Prochaine compilation dans quelques semaines. Entre-temps, il est possible que j'en mette quelques anciennes en ligne.



1 Le bikini - The Wedding Present

2 Twist ensemble - Dick Annegarn

3 Bi kameleou - Volta Jazz

4 Sweet lesbian - Senior Model

5 On dirait - Donna Regina

6 Pas long feu - Serge Gainsbourg

7 On y va - Pau Riba y Pascal Comelade

8 Ahsante - John Ondolo

9 Babylon - Mountain Man

10 Be still - The Beach Boys

11 Sheena is a punk rocker - Pascal Comelade

12 Fuck it, I love you - Malcolm Middleton

13 Preposterous tales - I, Ludicrous

14 Part time punks - The Fall of Saigon

15 Way you walk - Papas Fritas

16 Over the ocean (Tranquility Bass remix) - Low

17 People think that we're strange - Television Personalities

18 Leaving the table - Leonard Cohen

19 Si tu m'aimes - Coulibaly Tidiane & Dafra Star

20 Non pas ce soir (No milk today) - Fanfare des Saints-Pères des Beaux-Arts

21 La fanfare des Laumes - Albert Marcoeur et le Quatuor Béla

22 Milaoba - Les Imbattables Léopards

08 avril 2017

TELEVISION PERSONALITIES : How I learned to love the bomb


Acquis en solde chez Vitamine C à Reims vers 1986
Réf : DREAM 004 -- Édité par Dreamworld en Angleterre en 1986
Support : 45 tours 30 cm
Titres : How I learned to love the bomb -/- Now you're just being ridiculous -- Then God snaps his fingers

Ce maxi 45 tours est le premier disque sorti par Television Personalities après mon retour d'Angleterre à l'été 1984. Il est arrivé début 1986, soit près de deux ans après l'album The painted word. Entre-temps, au printemps 1984, le groupe avait perdu deux de ses membres, Joe Foster et Dave Musker, et s'était stabilisé sous la forme d'un trio avec Dan Treacy, Jowe Head à la basse et Jeffrey Bloom à la batterie.
Il faudra encore attendre jusque fin 1989 pour voir arriver Privilege, le premier album enregistré par ce trio. Dans l'intervalle, il y a eu quelques projets non aboutis, et Dan s'est pas mal concentré sur les labels Whamm! puis Dreamworld.
A 49 francs le maxi, chez Vitamine C autant que je me souvienne, je ne me suis pas précipité sur ce disque à sa sortie. Mais quelques mois plus tard, quand l'étiquette a été rayée au feutre rouge et que le prix a baissé, j'ai été bien content de m'offrir ces trois nouvelles chansons d'un groupe que je suivais de près depuis 1981, comme je le raconte dans Journal d'un fan de chambre, mon livre publié il y a quelques semaines, disponible gratuitement en téléchargement.
How I learned to love the bomb est un titre énorme. Déjà, il fait plus de cinq minutes, mais surtout il y a un son lourd auquel le groupe ne nous avait pas habitués, et une sorte de groove menaçant qui en fait l'équivalent dans la discographie de Television Personalities de Sidewalking dans celle de The Jesus and Mary Chain. Le titre s'ouvre avec de la batterie bien lourde, quelques notes graves du piano, une basse énorme. Il y a relativement peu de guitare dans l'enregistrement, et Dan est soutenu au chant par Jowe et des choristes.
Dan Treacy a toujours multiplié les références culturelles dans ses chansons, notamment à ses films préférés. Là, le titre de la chanson fait clairement référence à Docteur Folamour, le film de Stanley Kubrick de 1964 dont le titre complet est Docteur Folamour ou comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe (soit pour le titre original, Dr Strangelove or: How I learned to stop worrying and love the bomb).
Dans cette chanson, comme dans le 45 tours précédent A sense of belonging, Dan mentionne les manifestations du CND (la Campagne pour le Désarmement Nucléaire) auxquelles il a visiblement participé, à une époque de regain de tension de la guerre froide autour de la question de l'installation de missiles de croisière nucléaires en Europe.
Les paroles abordent cette question, de manière plutôt légère, et comme il y est question de Russes plutôt que de Soviets, on peut leur trouver un écho très fort dans l'actualité toute chaude, si on substitue les missiles Tomahawk aux Polaris.
C'est fini pour moi les nuits d'insomnie
Tout est plus facile maintenant
Car j'ai compris parfaitement mon erreur
Je restais éveillé en pleine nuit
A m'inquiéter à propos des Russes
Mais les Russes sont nos amis
Car nous nous aimons d'un amour sans fin

Car maintenant j'ai appris à aimer la bombe
Maintenant j'ai appris à aimer la bombe

(...)

Ne sois pas si stupide (Non non non)
Tu devrais aimer la bombe comme tu aimes ta maman

Et si tu veux vivre dans un monde paisible
Il n'y a qu'une chose à faire
Choisir les missiles de croisière

Car maintenant j'ai appris à aimer la bombe
Maintenant j'ai appris à aimer la bombe

Ne sois pas si stupide (Non non non)
Vous me prenez vraiment pour un con ?
Si on fait des bombes c'est qu'on veut la guerre

Ne sois pas si stupide
Car maintenant j'ai appris à aimer la bombe
Il y a deux chansons en face B de ce maxi. Now you're just being ridiculous est l'une des nombreuses très bonnes chansons d'amour de Dan. Comme How I learned to love the bomb, elle aurait mérité de trouver sa place sur l'un des albums du groupe. Then God snaps his fingers me plaît un peu moins. Le premier couplet fait référence à la mort de Joe Orton.
Bizarrement, à l'automne 1986, un autre disque est paru avec à nouveau How I learned to love the bomb en titre principal. Peut-être pour prolonger l'intérêt pour cette chanson après que le groupe ait tourné une vidéo bien délirante, l'un des rares films du groupe disponibles.
On trouve des images de la vidéo sur la pochette de ce disque 17 cm, qui est plein à ras, au point qu'il doit s'écouter en 33 tours. La version de How I learned to love the bomb est différente, plus longue (huit minutes !), avec de l'orgue et une trompette asthmatique. Elle n'est pas moins bonne, mais pas meilleure que l'autre. J'ai tendance quand même à préférer la première, que j'ai connue d'abord.
Il y a deux autres faces B inédites sur ce disque, dont l'excellent She was only a grocer's daughter, en référence à Margaret Thatcher.

La version maxi et les quatre faces B ont été incluses en 1995 sur la compilation Yes Darling, but is it Art ?. La deuxième version et les quatres faces B avaient été brièvement rééditées sur un maxi CD en 1992. On peut actuellement télécharger les six titres chez Forgotten Songs.



02 avril 2017

PETE TOWNSHEND : Let my love open the door


Acquis d'occasion en Angleterre probablement dans les années 2000
Réf : K11486 -- Édité par Atco en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Let my love open the door -/- Classified -- Greyhound girl

The Who ne sont encore jamais apparus ici. Sûrement parce que mon histoire avec eux est partie d'un mauvais pied et la trajectoire n'a jamais été corrigée.
Avec mon frère, on avait dû voir des extraits du film Tommy à la télé, ou juste la pochette du double album de la BO de notre cousine. On avait flashé sur ce roi du flipper plein de paillettes sur des chaussures à plate-forme (Elton John). Quelques temps plus tard, on s'est payé à Carrefour un double album, Sell out, avec une pochette verdâtre mais c'était "2 disques pour le prix d'un", soit quelque chose comme 33 francs. Je découvre aujourd'hui que l'album original Sell out est un simple et que le nôtre lui ajoutait en fait l'album précédent A quick one. Pas grave, car de toute façon je n'avais pas accroché à ce disque, à part Mary Anne with the shaky hand je crois.
Par la suite, soit le disque a intégré la collection de mon frère, soit on l'a échangé ou vendu, et je n'ai jamais acheté d'album des Who, même si j'ai fini par récupéré deux versions de Tommy, l'originale et celle du London Symphony Orchestra.
Dans  mes boites, j'ai quand même quelques singles de The Who, un de John Entwhistle sous le nom de Rigor Mortis, et ce 45 tours solo de Pete Townshend extrait de son album de 1980 Empty glass.
Ce disque est le premier qu'il a sorti après la mort de Keith Moon, et il a précédé d'un an l'album des Who Face dances.
Pete Townshend a traité Let my love open the door de "chansonnette". Ce n'est pas une insulte et c'est plutôt juste. Ça implique bien en tout cas qu'elle n'a pas grand chose de rock, surtout une mélodie accrocheuse, des chœurs et une tonalité synthétique qui n'a pas trop mal vieilli, qui rappelle l'intro de Won't get fooled again et surtout You better you bet de Face dances. Bref, Townshend dans ses phases plus proches de Queen que du rock rageur de ses débuts.
En tout cas, lors de sa sortie, cette chansonnette a valu à Townshend un beau succès aux Etats-Unis. Et M. Ward, qui sait y faire dans le genre, a enregistré en 2005 pour la compilation Sweetheart de Starbucks une version ralentie de cette chanson.



On a droit à deux titres en face B, deux "vieilles" démos, mais malheureusement aucune des deux n'est très bonne. Classified, surtout accompagnée au piano, date de 1970. Greyhound girl doit dater à peu près de la même époque puisque cette chanson a été écrite pour le projet d'opéra rock de science-fiction Lifehouse. Elle a été incluse en 2000 dans le coffret Lifehouse chronicles.

Si j'ai ressorti des oubliettes ce 45 tours témoin de la vie de Pete Townshend en-dehors des Who, c'est avant tout pour avoir l'occasion de vous présenter l'emballant roman de mon ami d’Épernay Christophe Sainzelle, qui s'intitule justement La double vie de Pete Townshend. Il faut dire que ce livre avait tout pour me plaire puisque la musique y tient une place essentielle, et il se passe près de chez moi. L'action débute en 1980, justement l'année de la sortie de Let my love open the door.



Le héros du roman n'est pas le chanteur des Who, mais David Barrette, un gamin de Château-Thierry dont la vie bascule après qu'un copain lui a fait écouter une compilation prise dans la discothèque de son beau-frère, The story of The Who. Ça le marque d'autant plus que, quand il réussit à écouter le disque clandestinement chez lui, il a la révélation qu'il est le fils naturel de Pete Townshend, conçu une nuit de la tournée de 1966 des Who, quand Keith Moon avait insisté pour faire étape dans la ville où se situait Le Comptoir du Gros, le plus grand dépot de farces et attrapes de France.On suit alors les démêlées de David avec sa famille, ses copains et ses copines pour vivre sa passion pour les Who et surtout pour retrouver son "vrai" père Pete Townshend. C'est palpitant, mais attention à ne pas dépasser la dose prescrite de Temesta !



Tout plein d'infos sur le livre à découvrir sur le site de Christophe Sainzelle. On peut aussi lire les premières pages du roman ici.

25 mars 2017

DISCO MEETS OLDIES


Acquis dans un dépôt-vente de la Marne vers la fin des années 1990
Réf : 200 854 -- Édité par Ariola en Allemagne en 1979
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Ben voilà. A force de parler de The Creation et de Television Personalities, j'ai ressorti cette compilation disco allemande de mes étagères. Vous y avez échappé plusieurs fois ces onze dernières années, quand j'ai hésité à la chroniquer, mais j'allais bien finir par craquer...
Je n'avais pas démarré ce blog quand j'ai acheté ce disque, 10 francs neuf dans un dépôt-vente il me semble, mais c'est bien pour son côté kitsch que je l'ai pris, avec sa photo de pochette complètement années 1970 et sa sélection de reprises à la sauce disco.
Quand on lit le titre Disco meets oldies, il faut comprendre Disco meets sixties, car c'est uniquement dans la décennie précédente que les producteurs de ces titres ont pioché pour trouver de la matière pour ces versions disco datant pour la plupart de 1978. Il faut dire qu'il y a de la matière dans les sixties question bonnes chansons immortelles résistant à tous les traitements, et les punks ne s'y sont pas trompés, qui en ont beaucoup repris aussi, comme toutes les générations dans tous les styles musicaux depuis.
Comme de bien entendu, l'album s'ouvre avec les deux plus gros tubes du lot. Painter man, la reprise par Boney M du titre de The Creation, donc, également interprété en 1982 par Television Personalities. On trouve cet enregistrement sur le troisième album du groupe, Nightflight to Venus et en face B du 45 tours Rasputin dans certains pays. En Angleterre, ce titre a été édité en face A de 45 tours et a atteint la dixième place des ventes. Pas aussi bien que Rasputin (n° 2), mais à n'en pas douter cette reprise a dû rapporter plus à Eddie Phillips et Kenny Pickett que leur version originale.
C'est sûrement le cas également pour le second titre, Knock on wood par Amii Stewart. La chanson d'Eddie Floyd de 1966 a souvent été reprise, par Otis Redding et Carla Thomas ou David Bowie, notamment, mais c'est cette version qui a eu le plus de succès. C'est bien sûr celle qui m'a fait découvrir cette chanson quand je l'écoutais à la radio en 1978. Sur son premier album, Amii s'attaquait également à Light my fire, et ce fut aussi un tube.
On se rend compte à cette occasion qu'après Kraftwerk et bien avant les groupes New Wave ou plus tard New Order, les producteurs disco faisaient un sacré bon usage des séquenceurs.
Après cette première salve parfaite, il y a à boire et à manger dans le reste du disque. Tout dépend du degré d'amour qu'on a pour la chanson originale ou du traitement qui lui est infligé.
Quelques noms connus émergent dans le lot, quand même, à commencer par Trini Lopez, un peu égaré ici car lui est une vraie star des années soixante, mais il est présent car, comme tout le monde à l'époque, il s'est plus ou moins mis au disco, mais avec une reprise d'un titre sixties qui n'est pas de lui, Elenore des Turtles, sorti en France en face B d'une version de son plus grand succès If I had a hammer (je le sais, j'ai ce disque !).
Sinon, vous ne le saviez peut-être pas, mais l'assemblage disco-rock a existé, bien avant I was made for lovin' you de Kiss (attention, j'ai le maxi en vinyl rouge !). La preuve ici avec les bien-nommés sud-africains Disco Rock Machine, qui s'attaquent à You really got me des Kinks, avec John Ireland qui s'en prend lui à Sunshine of your love de Cream, et avec Rockets, groupe français de space rock, plus connu, qui fait On the road again de Canned Heat. Comme Daft Punk, ils adoraient le Vocoder mais, plutôt que d'un casque intégral, ils se couvraient le visage de peinture grise pailletée.
Bon, vous voyez rien que du bon. Pour un peu, je passerais tous les titres en revue un par un. Mais je vais me contenter d'en mentionner seulement deux autres. Suspicious minds par Judy Cheeks, la preuve éternelle qu'il est impossible d'enregistrer une mauvaise version de cette chanson d'Elvis Presley, et Wooly bully par Hit & Run. Non pas que cette version soit exceptionnelle, mais parce que dans ce groupe anglais de reprises disco, on trouve le guitariste Paul Fox et le batteur Dave Ruffy, par ailleurs membre de The Ruts ! Comme quoi, je peux peut-*être espérer tomber un jour sur une compilation Disco meets Punk !


Boney M, Painter Man, en concert à Dublin en 1978, avec Sly Stone à la guitare.


Knock on wood par une Amii Stewart renversante dans le Sacha Distel Show, probablement en 1979.


Judy Cheeks ne manque pas de culot mais est prise au piège avec son interprétation de Suspicious minds dans une émission de télévision espagnole.


Rockets On the road again à la recherche du Vocoder perdu.


Gilla fait preuve de souplesse pour interpréter Bend me, shape me.

18 mars 2017

TELEVISION PERSONALITIES : Three wishes


Acquis probablement chez Rough Trade à Londres en juin 1982
Réf : WHAAM 4 -- Édité par Whaam ! en Angleterre en 1982
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Three wishes -/- Geoffrey Ingram -- And don't the kids just love it !

Donc, mon livre Television Personalities : Journal d'un fan de chambre, est disponible et peut même être téléchargé gratuitement.
Pour fêter ça, j'ai ressorti cet excellent 45 tours Whaam!, l'un des premiers disques du groupe que j'ai acheté et toujours l'un de mes préférés. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la compilation virtuelle Diary of a young fan, présentée dans le livre et (non) disponible sur Vivonzeureux! Records, commence et finit avec la chanson Three wishes, dont j'ai toujours apprécié le refrain des plus simples, "Si j'avais trois voeux à faire, j'en demanderais trois de plus".
J'ai découvert Television Personalities avec trois compilations Rough Trade, Wanna buy a bridge ?, sur laquelle il y avait Part time punks, et Best / Rough Trade et NME / Rough Trade C81, où on trouvait Magnificent dreams.
Le premier disque que j'ai acheté, c'est le deuxième album Mummy your not watching me début 1982. Quand je suis parti en vacances à Londres pour la deuxième fois en juin 1982, j'avais reçu pour mission de la part de Philippe R. et François B. de leur ramener respectivement pour 200 F. et 100 F. de disques pas cher, surtout de chez Rough Trade. Ils ont eu droit, entre autres, à ...And don't the kids just love it pour le premier et I know where Syd Barrett lives pour le second (un très bon rapport qualité-prix et un très bon investissement si on regarde la cote actuelle...). Pour ma pomme, j'ai acheté une nouveauté, ce 45 tours Three wishes qui venait de sortir, présenté dans une pochette minimale, une feuille A4 noir et blanc photocopiée et pliée.
J'étais jeune et je manquais de certaines références culturelles : j'avais dû voir passer le nom d'Andy Warhol quelque part, mais je n'avais aucun moyen de douter qu'il soit l'auteur des trois chansons du disque, comme indiqué sur l'étiquette, ni qu'il ait co-produit la face B, avec Timothy Leary s'il vous plaît. C'était bien sûr de bonnes grosses blagues. Je ne captais pas non plus à l'époque les références à Roy Lichtentstein du nom du label et de l'illustration sur les rondelles.



On dispose de peu d'informations précises sur le parcours de Television Personalities. Pour la rédaction du livre, le site televisionpersonalities.co.uk m'a été d'une aide précieuse. Je suis sûr que c'est là que j'ai trouvé les deux parties de The true story, un texte de Dan Treacy publié en 1985 dans le Television Personalities Fan Club ‘zine. En tout cas, heureusement que j'ai téléchargé et sauvegardé ces textes car aujourd'hui je suis incapable de les trouver en ligne.
Voilà ce qu'écrit Dan sur l'époque de la publication de ce disque :
"At the start of 1982 we started a new label, Whaam! Ed had left the TVPs now and changed his bands name to THE TIMES. I did not want anyone to replace Eddie and I decided to start anew with a new name… THE GIFTED CHILDREN (a name Joe had previously thought of). The first two releases were THE TIMES ‘RED WITH PURPLE FLASHES’ and GIFTED CHILDREN’S ‘PAINTING BY NUMBERS’. The new bassist for the ‘CHILDREN’ was a chap called Bernie Cooper who was a friend of Mark. Again I received a surprise phone call with an offer of more German dates for the TVPs.
Actually there were only two dates but the fact that one of them was supporting the legendary NICO of the Velvet Underground was the only excuse I needed to ‘reform’ the TVPs. As nobody knew we had ‘split up’ it made no difference. (...) But what happened to Bernie the new bass player?… you tell me!… he just vanished without trace.
Before leaving for Germany, myself, Mark and Bernie had recorded some more tracks for a proposed GIFTED CHILDREN LP. On return though I decided the TVPs had to storm back with some great records so the plan was for a TVPs LP. Eddie had some time free and he joined me and Mark and we recorded some more songs and I put these together with the previously recorded tracks and this was ‘MUMMY YOUR NOT WATCHING ME’ LP. (...)
I released the next TVPs single ‘THREE WISHES’ soon after. It was an unreleased track from the sessions with Mark and Bernie. The b-side was the title track of the first lp ‘And Don’t The Kids Just Love It!’ which did not appear on the lp strangely… and the different and original version of GEOFFREY INGRAM complete with primitive CLAPTRAP EFFECTS. Rough Trade preferred the version without hence it being omitted."
Donc, on apprend que c'est quand Ed Ball a quitté les TVPs pour se concentrer sur son groupe The Times que Dan a décidé de créer The Gifted Children, qui ont sorti un 45 tours qui est la première référence de leur label Whaam!. D'autres titres ont été enregistrés en vue d'un album par une formation comprenant Dan, le batteur du premier album Mark Sheppard et Bernie Cooper à la basse (soit dit en passant, une des choses que j'ai découvertes en écrivant le livre c'est que Mark Sheppard, qui avait à peine quinze ans lors de ses débuts avec TVPs, est devenu acteur par la suite et mène une carrière internationale à la télévision et au cinéma).
Alléché par la possibilité d'ouvrir pour Nico en Allemagne, Dan a reformé Television Personalities, puis Bernie Cooper a disparu et Dan, Mark et Ed Ball ont enregistré d'autres titres. Ces deux sessions ont fourni la matière pour Mummy you're not watching me. Three wishes date de la première de ces sessions, prévue pour The Gifted Children.
Cette version 45 tours de Three wishes me plaît toujours autant, même 35 ans plus tard, avec l'intro à la basse de Bernie, la batterie au son sec de Mark et l'orgue/synthé de Dan. Une autre version de Three wishes, plus longue et un peu plus électrique, a été publiée un peu plus tard en 1982 sur l'album They could have been bigger than The Beatles, qui regroupait des enregistrements rares ou inédits de la période 1977-1981. A l'époque, j'avais été très déçu par cette version. Aujourd'hui, je dois bien admettre qu'elle est tout aussi bonne que l'originale, mais celle-ci, la première que j'ai connue, gardera toujours ma préférence.
L'autre version de Three wishes qu'on trouve sur la compilation virtuelle, c'est celle extraite de la compilation Alive in the Living Room, enregistrée le 10 février 1984 et interrompue par la police. J'étais présent, assis aux pieds de Dan après avoir présenté le groupe au micro en début de concert.
Si on lit bien Dan, on comprend que les deux titres de la face B datent des sessions de l'album ...And don't the kids just love it, paru en janvier 1981. La version de Geoffrey Ingram qu'on trouve ici est la version originale, avec du piano et des effets sonores d'appludissement à la fin qui ne plaisaient pas trop à Rough Trade. La version retenue pour l'album est sans piano, avec plus de guitare et de choeurs. Toutes les deux sont excellentes !
Je n'arrive pas à trouver en ligne la chanson And don't the kids just love it, qui a pourtant été reprise en 1995 sur la compilation Yes darling, but is it art ?. Croyez-moi sur parole, c'est ce qui se rapproche le plus chez TVPs d'un titre funky ! Elle fait partie du club bizarrement pas si restreint des chansons qui ont donné leur titre à un album sans y figurer. Comme Psychocandy de The Jesus and Mary Chain, en face B de Some candy talking, ou Almost blue d'Elvis Costello, mise sur l'album suivant Imperial bedroom, tandis que la chanson Imperial bedroom a échoué en face B des singles Man out of time et Party party.

12 mars 2017

THE CREATION : Creation by Creation for Creation


Acquis par correspondance via Discogs en février 2017
Réf : CRESCD 200P -- Édité par Creation en Angleterre en 1994 -- Promotional copy only
Support : CD 12 cm
Titres : Creation -- Shock horror -- PowerSurge

Visiblement, ils se sont bien amusés les amis de Creation quand il s'est agi de marquer le coup pour la 200e sortie de single du label, guère plus de dix ans après la première, 73 in 83 par The Legend !.
Pour l'occasion, il a été fait appel à Joe Foster, le producteur attitré des premiers disques, ex-membre de Television Personalities et à ce titre préfacier de mon tout récent livre Journal d'un fan de chambre. Joe avait entre-temps lancé son label de réédition Rev-Ola et c'est sans doute lui qui avait les contacts nécessaires pour retrouver les membres d'époque du groupe sixties The Creation et produire avec eux un nouveau disque. Ça m'a longtemps paru un exploit car je croyais que The Creation était un groupe américain. Mais je me trompais, ils étaient anglais, ce qui a dû faciliter les choses, et ils n'étaient sûrement pas si difficiles à retrouver car une version du groupe tournait régulièrement depuis le milieu des années 1980.
The Creation, c'est bien sûr le groupe psychédélique qui a inspiré le nom du label Creation Records.
Pour ma part, les premiers contacts avec ce groupe se sont faits par l'intermédiaire des reproductions de pochette ou de disque en pochette intérieure de All mod cons de The Jam et en recto de pochette de And don't the kids just love it de Television Personalities. Puis, il y a eu en 1982 les reprises de Painter man et Making time sur le troisième album de ces mêmes Television Personalities, They could have been bigger than The Beatles. Ce n'est que des années plus tard que j'ai appris que Boney M avait aussi repris Painter man, dès 1978 sur l'album Nightflight to Venus.
Ensuite, bien sûr, j'ai eu mes aventures avec Biff, Bang, Pow !, le groupe d'Alan McGee nommé d'après une chanson de The Creation, et à cette époque Luke Hayes, de Chromatone Design et The Revolving Paint Dream, m'a même offert son exemplaire du 33 tours compilation chez Edsel How does it feel to feel.
Donc, pour leur 200e single, les gars de Creation Records se sont dit qu'ils allaient sortir un disque de The Creation. Et, pour ne pas s'arrêter en si bon chemin, il y en a un dans la bande, soit du label soit du groupe, qui s'est dit que ce serait drôle d'appeler le titre principal Creation !
Voilà comment on se retrouve avec ce Creation by Creation for Creation, qui rendait bien sur les pubs dans la presse, qui a donné aussi un peu de quoi causer, même si au bout du compte le disque n'a pas eu un très grand impact.
Et, pour faire référence à leurs débuts, les rigolos du label ne se sont pas arrêtés là. L'édition limitée en 45 tours était affublée du pochette en papier pliée en deux, glissée dans un sac plastique, tout comme les vingt premiers 45 tours édités par le label. Sauf que, contrairement à ce qui se passait dix ans plus tôt, je suis bien sûr qu'Alan n'a pas passé des nuits entières chez lui dans son minuscule salon à plier les pochettes pour pouvoir mettre les disques en vente !
Une bonne idée, donc, ce disque, malheureusement, à l'écoute, sans être mauvais, ce n'est pas renversant.
Tout d'abord, quasiment plus rien de psychédélique dans le son, c'est du rock électrique, comme en produisaient beaucoup de groupes Creation à l'époque, d'ailleurs. Et la voix de Kenny Pickett est assez haut perchée, ce qui fait qu'à mon sens on n'est parfois pas très loin du hard rock.
Creation a un refrain assez efficace et est ma préférée du lot, Shock horror est assez quelconque, mais j'aime mieux PowerSurge.
Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais il a fallu attendre 1996 pour que Creation sorte Power surge (avec un espace), un album de douze titres, dont les trois de ce maxi.
Kenny Pickett est mort en 1997. Une version de The Creation tourne encore actuellement, avec comme seul membre de la formation originale, le fameux guitariste Eddie Philipps.

Le label Edsel, qui avait sorti en 1982 How does it feel to feel, une compilation marquante de The Creation, vient d'éditer un coffret 4 CD-1 DVD, Creation theory, qui contient notamment les douze titres de Power surge.


The Creation en concert au Mean Fiddler à Harlesden le 22 août 1995.

10 mars 2017

JC BROUCHARD : Television Personalities : Journal d'un fan de chambre


Acquis par correspondance chez The Book Edition à Lille en mars 2017
Réf : 978-2-9536575-7-9 -- Edité par Vivonzeureux en France en 2017
Support : 123 p. 20 cm
7 titres

Mon nouveau livre, Television Personalities : Journal d'un fan de chambre, vient de paraître, sous mon pseudonyme de JC Brouchard. Si on compte ceux sortis sous le nom de Pol Dodu, c'est le septième depuis 2010.
Ce journal, récemment redécouvert, couvre les années 1981 à 1984. Il retrace mon parcours de lycéen de province, de ma chambre d'étudiant chez mes grands-parents aux concerts Living Room organisés par Creation Records à Londres.
Il me donne surtout l'occasion de rendre hommage à Television Personalities, le groupe de Dan Treacy.
Ce livre bénéficie de deux préfaces, par Joe Foster, ancien membre de Television Personalities, producteur émérite et patron de label (actuellement, Poppydisc), et Jean-Daniel Beauvallet, rédacteur en chef aux Inrockuptibles, l'un des organisateurs en 1985 du premier concert de Television Personalities en France.

Le livre numérique est disponible en téléchargement gratuit (format pdf). Seul le livre imprimé est payant (9 € port compris).

Étant donné que Television Personalities est un groupe culte qui a des fans dans le monde  entier, le livre sort simultanément dans une traduction anglaise sous le titre Television Personalities : Diary of a young fan.

Plus d'infos et liens pour télécharger gratuitement le livre numérique ou acheter le livre imprimé chez Vivonzeureux!

05 mars 2017

LA FANFARE DES SAINTS-PÈRES DES BEAUX-ARTS : Un tout petit pantin


Acquis chez Récup'R à Dizy le 17 février 2017
Réf : EPL 8 553 -- Édité par Vogue en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Un tout petit pantin (Puppet on a string) -- Sur les hauteurs de l'Himalaya -/- Non pas ce soir (No milk today) -- Je chante pour moi

Je passe régulièrement à la ressourcerie près de chez moi mais, depuis le lot de 33 tours Vogue que j'y avais acheté en septembre dernier, je n'avais pas eu l'occasion d'y faire d'autres trouvailles discographiques.
Sauf l'autre jour où, en prenant la peine de parcourir tous les 45 tours dans les quelques boîtes à chaussures disponibles, j'ai fini par dégoter tout au fond deux disques intéressants, Don't let me be misunderstood, un deux titres en bon état de Nina Simone que je n'avais pas, et cet EP. C'est un hasard que ce soit aussi un disque Vogue car je suis bien sûr qu'il ne vient pas du même lot que les autres.
Initialement, je me suis dit "Bof, encore une fanfare, je ne vais peut-être pas prendre ça". Puis j'ai vu que le premier titre indiqué était Un tout petit pantin, le tube Puppet on a string de Sandie Shaw. J'ai retourné la pochette et j'ai vu qu'il y avait des notes du célèbre producteur Christian Fechner, indiquant clairement qu'il s'agissait d'une fanfare de joyeux drilles. Quand j'ai vu qu'il y avait dans le lot une version de No milk today et une reprise de Sullivan, je n'ai plus hésité une seconde.
La production des EP Vogue de 1954 à 1970 est vraiment exceptionnelle et impressionnante. Une liste sur Rate Your Music en recense environ 1700, du jazz à la chanson en passant par tous les genres musicaux possibles. Rien que pour l'année 1967, celle de la sortie de ce disque, il y en a 95, soit quasiment 8 par mois !
J'ai eu l'occasion de connaître et d'apprécier des fanfares étudiantes, mais je n'étais pas familier avec le concept de Fanfare des Beaux-Arts. Celle des Saints-Pères en est l'un des nombreux exemples. Je ne sais pas combien de temps elle a existé, mais celui-ci est le seul disque qu'elle a enregistré, si j'en crois la discographie présente sur El cybodega des fanfares.
La Fanfare des Saints Pères a beau réunir des joyeux drilles fanfarons, pris en photo sûrement dans le Studio Sidney Bechet de Villetaneuse, les arrangements du directeur artistique Gérard Perrier et l'interprétation me semblent d'une très bonne tenue.
Puppet on a string de Sandie Shaw venait de remporter le grand prix de l'Eurovision. Sandie avait aussi interprété cette chansons en français et son label Pye était distribué par Vogue. Pas étonnant donc que le disque s'ouvre avec une version de ce grand succès.
On note d'ailleurs que la référence suivante chez Vogue correspond également à une version de Un tout petit pantin par une fanfare. Mais au vu de la pochette, on peut être sûr que la Fanfare Perce-Oreille était un ensemble bien plus traditionnel que la Fanfare des Saints-Pères. Le but étant bien sûr de couvrir les différentes niches du marché du disque.
Je n'ai pas trouvé d'autre trace de la composition Sur les hauteurs de l'Himalaya de Ph. Baticle. Il est possible que ce soit un original.
En face B, on a une version d'un autre tube, No milk today de Herman's Hermits. Sauf erreur de ma part, la première version en français sous le titre Non pas ce soir a été sortie sur Trianon en 1966 par Les Diamants. L'adaptation des paroles dans un style juridique sans aucun rapport avec l’œuvre originale est due à Jacques Lanzmann.
Il y a au moins une autre version chantée de Non pas ce soir, en français mais avec l'accent italien, par Elsa Martinelli  chez Disc'AZ en 1967, accompagnée par Michel Colombier et son Orchestre. La version fanfare rend bien justice à cette excellente chanson pop. Elle est en écoute ci-dessous.
Je ne pense pas que le premier EP de Sullivan a été un énorme succès en 1967. Mais il était sorti chez Vogue et c'était une raison suffisante pour reprendre Je chante pour moi, pourtant seulement l'une des faces B. Mais en version marche avec basse cuivrée énorme, ça sonne très bien.


La fanfare des Saints-Pères des Beaux-Arts : Non pas ce soir (No milk today).

26 février 2017

PAPAS FRITAS : Way you walk


Acquis chez Parallèles à Paris le 23 février 2017
Réf : SPI 2052 -- Édité par Spirit of Jungle en France en 2000
Support : CD 12 cm
5 titres

Depuis quelques temps, vous comprendrez bientôt pourquoi, je suis l'actualité des publications de Soul Kitchen, notamment celles de Louis, qui mène un gros travail pour interroger des participants à des aventures musicales de ces trente dernières années. Il a notamment publié cette semaine un article sur Back in Denim à l'occasion des vingt-cinq ans de cet album.
La veille, pour les vingt ans de leur deuxième album Helioself, il s'était intéressé au groupe américain Papas Fritas.
A la lecture de cet article, je me suis dit que je chroniquerais bien un disque de Papas Fritas ici, si possible un qui contiendrait leur chanson Way you walk, qui me plaît énormément et qui doit être ma préférée du groupe.
Je me souviens que j'avais été bien déçu que les amis de 62 TV n'aient pas du tout inclus cette chanson sur le single Vertical lives qu'ils avaient tiré de son album parent, le troisième et dernier du groupe, Buildings and grounds.
Du coup, je suis allé vérifié chez Discogs s'il y avait dans la discographie de Papas Fritas un single avec Way you walk, sorti par l'un de leurs labels, l'américain Minty Fresh, le français Spirit of Jungle ou le belge 62 TV.
J'en ai trouvé un, diffusé en France, avec Way you walk en titre principal, plus deux titres en studio et deux en public, mais c'était un disque hors commerce très peu diffusé. Un exemplaire était en vente. Je l'ai mis dans mon panier d'achat, avant tout comme aide-mémoire car je n'avais pas vraiment l'intention de payer 5 € plus le port pour me l'offrir.
Deux jours plus tard, je fais un aller-retour rapide à Paris, qui me laisse quand même le temps de farfouiller dans les bacs soldés à 1 € de Parallèles, et au bout d'une demi-heure à remuer beaucoup de disques inintéressants, je tombe précisément sur ce CD, coincé avec sa pochette cartonnée parmi des dizaines de disques dans leur boite plastique ! Autant vous dire que je l'ai pris et que je ne l'ai plus lâché !
Initialement, je n'aimais pas trop ce nom, Papas Fritas. Il me plaît mieux depuis que je sais qu'on peut l'entendre comme "Pop has freed us".
En 1995, j'avais bien aimé leur premier album qu'on avait reçu à la Radio Primitive. Je ne l'ai jamais acheté, mais il est dans la Discothèque de l'Amateur. Je n'ai jamais écouté Helioself, par contre j'ai acheté Buildings and grounds il y a quelques temps.
Et donc, je trouve que Way you walk est une réussite. On y retrouve les qualités de ce trio, une pop inventive et légère, avec des paroles interprétées en duo homme-femme, qui est comme une mini-pièce de théâtre, un peu à la manière de Vous me quittez déjà de Melon Galia.
C'est l'histoire d'un gars qui est persuadé que sa nana veut se barrer avec un vieux pote qu'elle vient de retrouver.
Extraits :
  • Je devine à ta démarche que tu veux être seule avec lui
  • Pourquoi tu inventes toutes ces histoires ? Tu t'es fait ton opinion, tu as décidé pour moi.
  • J'ai même rêvé de lui, ça veut bien dire ce que ça veut dire.
  • Je n'ai jamais dit que je serais à toi seul, je ne savais pas avant que tu m'en parles. Si je m'en vais je ne serai pas seule, si je reste je ne t'appartiens pas.
C'est pas grand chose, mais ça suffit à mon bonheur !
Comme il s'agit de présenter le groupe aux professionnels à l'occasion de la tournée française du groupe en octobre 2000, le label a mis ensuite le titre d'ouverture des deux autres albums du groupe, soit l'excellent Hey hey you say, également sorti en single, et le tout aussi bon Guys don't lie.
Et le bonheur ne s'arrête pas là, puisqu'il y ensuite deux autres titres des deux premiers albums enregistrés en concert à Paris, Live by the water, peut-être ma préférée de ces quatre faces B, et Explain. Autant que je sache, ces deux documents n'ont jamais été commercialisés.
Papas Fritas s'est séparé après son troisième album et ne s'est brièvement reformé que pour quelques concerts en 2011. Leurs disques se trouvent facilement d'occasion pour pas cher, y compris la compilation de 2003 Pop has freed us.
Pour ma part, je vais penser très fort à un disque que j'aimerais trouver pour pas cher, et on verra dans deux jours si j'ai rencontré sans le savoir le génie de la lampe !




Papas Fritas, Way you walk, en direct dans l'émission Nulle part ailleurs de Canal +, en 2000.




Papas Fritas, Hey hey you say, en direct dans l'émission Oddville, MTV de MTV de Canal +, en 1997. Ça délire bien côté danseurs !

18 février 2017

TIME ZONE : The wildstyle


Acquis chez Emmaüs à Saint-Dizier le 26 novembre 2016
Réf : 13442 -- Édité par Celluloid/Carrere en France en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The wildstyle -/- The wildstyle

Le nom d'Afrika Bambaataa n’apparaît pas du tout sur la pochette de ce disque de hip hop, mais j'ai depuis longtemps une édition de World destruction, le single suivant de Time Zone, "featuring John Lydon & Afrika Bambaataa" (réédition qui contient aussi The wildstyle en bonus, mais je l'avais oublié). Je ne risquais donc pas de laisser passer ce 45 tours à la pochette bien râpée, égaré au fin fond de la Haute-Marne. Par contre, je ne savais pas que, dans ses différents contrats de distribution, Celluloid s'était un moment allié avec Carrere, le label de de Sheila !
Afrika Bambaataa avait déjà marqué les esprits en 1982 avec Planet rock, devenu un classique, et sortait ses disques sous différents noms, avec The Soulsonic Force, la Zulu Nation ou Time Zone, comme ici, dont les autres membres sont Amad Henderson, B-Side et Motivator.
The wildstyle est sorti aux États-Unis en 1983. C'est un titre beaucoup moins réputé. Certes, on n'y entend pas de façon évidente d'échantillon iconique de Kraftwerk, mais c'est du hip hop électro à fond comme je l'aime, un très bon titre et une production américaine fortement teintée d'Europe, puisque sortie sur un label franco-américain, co-produite par le français Bernard Zekri, avec des paroles qui contiennent un peu d'allemand et du français, grâce à la rappeuse B-Side, française également.
Mais les liens de ce disque avec l'Europe, où Bambaataa a tourné dès 1982, sont encore plus profonds que ça. J'ai été intrigué par le fait que la musique de ce disque soit créditée à Wunderwerke. J'ai suivi le lien de Discogs et je suis arrivé sur la fiche d'un groupe, allemand comme son nom l'indique, mais qui n'a pas sorti de disque avant 1994. Sûrement une homonymie.
Puis, sur la page Wikipedia de Time Zone, j'ai lu une anecdote sur l'enregistrement de The wildstyle qui, dans un premier temps, m'a paru complètement farfelue. Une histoire impliquant Rusty Egan, des Rich Kids et de Visage, Yello et un studio allemand dans un patelin allemand, Wächtersbach. Puis, en poursuivant mes recherches, j'ai bien dû admettre qu'il y avait du vrai là-dedans. Ne serait-ce que parce que, contrairement à ce 45 tours français, le maxi américain remixé de 1983 mentionne bien Rusty Egan comme co-auteur de la chanson.
En fait, à l'origine de tout ça, il semble y avoir le studio Wunderwerke de Franz Aumüller et Dieter Kolb, ouvert en 1978 à Wächtersbach, où ils ont développé des boites à rythmes et l'un des tous premiers samplers (les mêmes Wunderwerke que sur Discogs, qui continuent leurs activités plutôt dans le domaine de l'art). Comme Franz Aumüller le raconte à Dream Chimney, et comme Rusty Egan le confirme dans une conférence divertissante (ci-dessous, à partir de 13'50), Egan et Ian Tregoning, alors manager de Yello, se sont bien arrêtés, en 1979 apparemment, chez Wunderwerke et ont collaboré toute une nuit à créer un instrumental plein de samples. Comme il n'avait pas de projet pour sortir cette musique en Angleterre, Egan l'a confiée plus tard aux gens de Celluloid, avec qui il avait été en contact pour la distribution de Soft Cell et Suicide. Ils s'en sont servis comme base pour la musique de ce 45 tours de Time Zone, et je pense que c'est après la première sortie que Rusty Egan est intervenu pour que lui-même et sa maison d'édition Metropolis (encore une référence à Kraftwerk !) soient crédités sur le remix.
Une bien belle histoire, en tout cas, et un excellent 45 tours rap/électro comme j'aime en trouver régulièrement.



12 février 2017

VIDEO NASTIES : Karl Blau EP


Acquis chez Oxfam à Dalston le 21 janvier 2017
Réf : WOW005 -- Édité par Way Out West en Angleterre en 2007
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Karl Blau -- Devil -/- Jørgenson's horn -- T.V.

L'un des avantages de la relative reprise de production de 45 tours au 21e siècle, c'est que, du coup, on commence à en trouver d'occasion ou en solde. J'en avais acheté tout un lot, dont un Vampire Weekend, à Bristol en 2012. Chez Oxfam à Dalston le mois dernier, il y en avait quelques-uns, de groupes inconnus pour moi. J'en ai pris deux, dont celui-ci, pour sa pochette sympa, mais surtout pour son titre en référence à Karl Blau.
Karl Blau, on en parle beaucoup depuis l'an dernier. Il est d'ailleurs en concert en France cette semaine dans le cadre des Nuits de l'Alligator (le dernier à Paris, ce soir-même). Bella Union a sorti en Europe son album Introducing Karl Blau au printemps 2016. Un titre on ne peut plus trompeur car l'expression "Introducing" est généralement utilisée pour la première production ou la première apparition d'un artiste, tandis que là il s'agit surtout de le présenter au grand public après des années de parutions souterraines.
Introducing est un bon disque, classé par beaucoup en fin d'année parmi les meilleures parutions des douze mois écoulés. Il est parfaitement interprété, parfaitement produit par Tucker Martine, producteur, et accessoirement mari, de Laura Veirs, mais c'est un album de reprises, de chansons country, et c'est presque dommage pour quelqu'un d'aussi productif et créatif que Karl Blau de devoir sa reconnaissance à un disque somme toute ordinaire. Combien des acheteurs de Introducing vont s'intéresser à ses 35 productions précédentes disponibles sur Bandcamp, de The coconutcracker suite, une version reggae de Casse-noisette, à Dubble dooty booty, enregistré en partie en concert au Café de la Danse, en passant par West coast chalice, des reprises de chansons contemporaines écrites par des femmes de la Côte Ouest des États-Unis (c'est précis comme concept !) ? Sans parler de toutes ses participations à des enregistrements indépendants, notamment chez K Records, dont l'album It was hot, we stayed in the water de The Microphones en 2000, qui contient la chanson Karl Blau (Karl a enregistré en 2004 sa propre version de cet album, It was hot, we stayed in the water and other seaside selections).
Pour ma part, j'ai surtout connu Karl Blau comme musicien accompagnant Laura Veirs lors des deux concerts que j'ai vus d'elle, le 3 octobre 2004 à Nantes et le 11 mars 2005 à Reims.
Ayant tout ça en tête, on comprend pourquoi ce Karl Blau EP de Video Nasties m'a intéressé. Même si, au bout du compte, après avoir écouté les paroles de la chanson de ce jeune groupe londonien (à ne pas confondre avec  le groupe américain du même nom de Portland dans le Maine, qui vient de sortir un premier album sans titre), il me semble bien que la chanson ne fait pas du tout référence au Karl Blau américain, mais plutôt à un homonyme, un copain du groupe.
En tout cas, ce qui compte, c'est que la chanson Karl Blau, un petit hymne pop-punk, est fraîche et sympathique et, ce qui ne gâte rien, les deux titres suivants, Devil et Jørgenson's horn le sont tout autant. Des quatre titres du 45 tours, seul T.V. est un peu inférieur.
Ce Karl Blau EP était le deuxième 45 tours de Video Nasties. Après ça, ils ont sorti deux autres singles et un album en CD-R promo sur leur propre label, Dead Again.
Cet album, On all fours, a ensuite été sorti sous licence par Turnstyle en 2009. Il a été mis en vente sur les plate-formes de téléchargement, mais le disque a sûrement très peu été distribué. En tout cas, je pense que le groupe n'a pas survécu longtemps après cette sortie et je n'ai pas trouvé de trace tangible d'activité discographique subséquente des membres du groupe.
Reste cet EP très agréable, que je suis bien content d'avoir pris, même sous un prétexte qui est peut-être faux. Et je ne manquerai pas d'acheter leurs autres disques si je tombe dessus.





05 février 2017

SENIOR MODEL : Demonstration


Acquis par correspondance chez Bandcamp le 2 janvier 2017
Réf : [Sans] -- Édité par Senior Model via Bandcamp en 2016
Support : 6 x MP3
Titres : Sade, Sade, Sade -- Sweet lesbian -- Skala Bar 2013 -- Cosy -- Anywhereanyway -- Data hoarders

Sex works, le disque de Family Fodder chroniqué la semaine dernière, est une parution typique de la vogue passéiste qui saisit tout un pan de l'industrie du disque : une nouvelle parution en vinyl, en édition très limitée bien sûr, compilant des titres anciens et récents, dont un inédit, pour faire la promotion d'une réédition CD d'un album oublié des années 1990.
Pour diffuser une partie de ses productions récentes, Alig Fodder a choisi depuis l'an dernier un mode de diffusion totalement différent et tout à fait contemporain : il met lui-même en ligne sur Bandcamp ses enregistrements sous le nom de Senior Model et chacun est libre de fixer son prix pour les télécharger.
Je ne suis pas naïf au croire que ce système est parfait et va rapporter suffisamment à ce musicien professionnel pour vivre de sa pratique, mais je ne suis pas sûr que ce soit très différent pour les sorties de disques indépendantes. Au moins, cela lui permet de diffuser sa musique à moindre coût et de ne dépendre de personne d'autre pour le faire.
Les premières sorties instrumentales de Senior Model m'ont moyennement intéressé. Fret noise propose des solos de guitare acoustique modaux. C'est agréable pour l'ambiance, propice à la méditation, mais ce n'est pas ce que j'écoute de façon régulière. Idem pour Music for stroking cats. Là, l'instrument est le marimba, en solo ou en duo. Très bien, avec même une version de The onliest thing de Family Fodder, mais je n'ai pas spécifiquement besoin de musique pour caresser mon chat.
Mon oreille a plus été attirée par Generic adverts qui, comme le titre l'indique, propose des messages publicitaires insipides pour des produits fades et sans marque tels que les politiciens, l'essence, le fromage, la dette, l'amour.
Quand j'ai acheté au tout début de cette année Demonstration, la quatrième parution de Senior Model, je m'attendais à quelque chose dans la même veine que les précédentes sorties, mais j'ai été très agréablement surpris : il ne m'a pas fallu plus que quelques secondes pour me rendre compte que, cette fois-ci, l'album contenait des chansons et que, probablement, comme le titre l'indique une fois encore, il s'agit de démos pour un album qui aurait tout à fait la trempe des disques récents de Family Fodder, Classical music et Variety.
Vérification faite auprès d'Alig lui-même, il s'agit bien de titres prévus pour un album qui pourrait s'intituler, ou pas, In praise of women ou Songs about (real and imaginary) girls, et qui pourrait sortir, ou pas, sous le nom de Family Fodder.
Comme j'insistais sur la qualité de ces démos, pour moi dignes d'être éditées sans qu'il soit nécessaire de les produire beaucoup plus, Alig a expliqué que, quand il écrit une chanson, il la termine très rapidement, et la première démo est au moins à 80% de la qualité de production qu'il espère atteindre. Mais ensuite, il faut parfois un an et des dizaines d'heures de travail pour l'améliorer de 10%, et ainsi de suite. En tout cas, ces enregistrements parfaitement aboutis ont été réalisés entièrement seul.
J'avais remarqué également que la liste des titres de Demonstration variait au fil des jours : cinq, puis quatre, puis six. En fait il n'y a pas que ça qui varie, puisque Demonstration est véritablement un "work in progress" et, au fil de son travail, Alig est amené à remixer ou compléter certaines chansons, et à remplacer une ancienne version par une nouvelle.
Je chronique aujourd'hui un album de six chansons, mais il y en aura peut-être bientôt huit, ou moins... Je vais essayer de ne pas trop me répéter, car toutes les chansons me plaisent ici.
Sade, Sade, Sade, où il est question d' "ear-rings" et d' "ear-worms" et de se retirer dans les Cotswolds, est, sans surprise, un hommage à la chanteuse Sade plutôt qu'au Marquis de. Un exercice dans lequel Alig excelle au moins depuis 1980 avec Debbie Harry.
Le commentaire d'Alig pour Sweet lesbian , dont le refrain est "He found happiness with a lesbian", est "Une histoire vraie ?". A lui de nous dire, mais je note que, dans cette perle pop-rock, il est fait mention de John ("She was a mermaid, he was a scorpion, she was a lesbian, his name was John"), le prénom de naissance d'Alig.
J'ai eu un coup au cœur à l'écoute des premières secondes de Skala Bar 2013. Ce son qui vibre m'a immédiatement transporté en 1982-1983, quand j'ai passé quelques heures avec mon pote Bruno R. dans la régie de l'I.U.T. de Reims à réaliser une vidéo pour Playing golf, le premier 45 tours de Family Fodder. Le clin d’oreille est tellement évident que je n'avais pas besoin de la confirmation d'Alig pour savoir que ce n'était pas fortuit. La différence est qu'en 1979 il avait utilisé un orgue Farfisa Compact Duo, alors que là c'est un échantillon de cordes passé dans une sorte de pédale d'effet trémolo pour guitare. Avant d'en arriver là, Alig a bossé sur différentes versions de cette chanson pendant une année entière, la plupart dans un style à la Jacques Brel. La chanson est présentée comme "Des cartes postales de la mer de Lybie", autrement dit, de chez Alig, qui vit actuellement en Crète.
A plusieurs moments en écoutant Demonstration, et notamment Cosy, je me suis demandé si Alig utilisait un oud, un instrument qu'il maîtrise parfaitement. Mais non, c'est de la guitare acoustique, mais avec des accordages et des techniques propres à l'oud, notamment une façon hindoustanie d'utiliser l'ongle de l'index comme slide. Tout à la fin, on entend un chien, peut-être bien celui qui est avec Alig sur la photo de Bandcamp.
Anywhereanyway et Data hoarders sont les deux chansons qu'Alig a ajoutées dernièrement à l'album. Sur Data hoarders, on retrouve le même son synthétique sur sur Skala Bar 2013, plus une voix passée au modulateur en anneau. Un habillage idéal pour un hymne techno-pop qui interroge notre société de l'information. Un tube, potentiellement.
Y a pas à dire, les chansons d'Alig ont toujours tendance à terriblement me plaire. Allez les écouter, c'est gratuit, et faites tourner !

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