15 août 2017

BILL WYMAN : (Si si) Je suis un rock star


Acquis probablement chez Royer ou sur le vide-grenier du Jard à Epernay dans les années 2000
Réf : AMS 12-9157 -- Édité par A&M en France en 1981
Support : 33 tours 30 cm
Titres : (Si si) Je suis un rock star -/- Rio de Janeiro

Je n'ai aucun souvenir d'avoir entendu ce 45 tours solo de Bill Wyman au moment de sa sortie en 1981. Il a pourtant eu un certain succès, notamment en Angleterre. Ce n'est que vers la fin des années 1990 que des copains m'ont fait découvrir cette chanson et il a fallu attendre encore quelques temps pour que je dégote ce maxi.
Il me parait évident que (Si si) Je suis un rock star est une chanson qu'il ne faut surtout pas prendre au sérieux. C'est quelque chose de très léger, une galéjade, mais en même temps, elle est bigrement efficace, entêtante et drôle. Une réussite d'un point de vue pop, donc.
On trouve sur Wikipedia une anecdote qui permet de comprendre comment le bassiste des Stones, plus connu dans son parcours solo pour son travail avec son groupe les Rhythm Kings, s'est retrouvé dans les hit-parades : cette chanson, il l'a écrite dans l'intention de la proposer à Ian Dury, mais son entourage l'a persuadé de l'enregistrer lui-même. Et quand on la réécoute en le sachant, on se dit que c'était bien vu : on imagine bien Ian Dury chantant ça, dans la foulée de Hit me with your rhythm stick. Mais Wyman s'en sort très bien tout seul avec ce qu'il appelle son "cockney French".
Il y a un batteur et un guitariste sur l'enregistrement, mais Bill fait tout le reste en plus du chant, soit la basse et tous les synthés (il en jouait aussi avec les Stones à cette époque). Un autre point de référence pour ce single, avec son style électro-caribbéen et ses touches francophones, c'est bien sûr le Wordy rappinghood de Tom Tom Club. Les deux devaient s'enchaîner parfaitement dans les discothèques je trouve que cette version maxi très longue (7'24, la version album ne faisant "que" 5'59 et celle du 45 tours 3'21) est très réussie.
Côté paroles, c'est des plus simples : Bill drague une brésilienne à Londres et l'invite à le rejoindre chez lui en France, en insistant bien qu'il est une rock star. Mais la touche comique qui fonctionne toujours très bien avec moi, ce sont les quelques phrases de franglais qu'on y trouve :
"Je suis un rock star
Je avais un residence
Je habiter la a la South of France
Voulez-vous partir with me ?
And come and rester la with me in France"
A un autre moment, en proposant de prendre l'hovercraft pour traverser la Manche, il dit, en anglais, "Ils croiront que je suis ton Papa et que tu es ma fille". Ce vers prend une saveur particulière quand on sait que, en 1989, à 52 ans, le Bill a épousé une jeunette de 18 ans que, parait-il, il fréquentait depuis plusieurs années déjà.
La face B, Rio de Janeiro, pour rester au Brésil, j'en parle pas, c'est de la daube. Notons juste que le batteur est Jim Phantom, des Stray Cats et que, sur l'album correspondant, Bill Wyman, il y a aussi Brian Setzer à la guitare sur un titre.
Il suffit de le voir poser sur les photos de pochette et de le regarder "danser" dans la vidéo pour se rendre compte que Wyman n'est pas vraiment taillé pour être en tête d'affiche. Dans son passage télé à Top of the Pops (ci-dessous), il réprime plusieurs fois un sourire et semble un peu se demander ce qu'il fait là. Ou peut-être que, comme moi, il est en train de s'imaginer Mick Jagger en train de s'étrangler de jalousie devant sa télé parce qu'il lui a pris "sa" place. Il y avait de quoi rager : si Start me up s'est mieux classé dans les ventes anglaises que Si si, l'autre 45 tours des Stones de 1981, Waiting on a train, a fait beaucoup moins bien.

Bill Wyman a sorti l'an dernier un double CD, (Si si) Je suis un rock star - The best of Bill Wyman and Bill Wyman's Rhythm Kings, sur lequel on trouve la version courte de la face A et la face B de ce disque.


Bill Wyman, (Si si) Je suis un rock star, la vidéo.


Bill Wyman, (Si si) Je suis un rock star, le sourire aux lèvres sur la BBC à Top of the Pops.

13 août 2017

SANDIE SHAW : Tell the boys


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 14 septembre 2008
Réf : PNV 24 197 -- Édité par Vogue en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Tell the boys -- No moon -/- I don't think you want me anymore -- Hide all emotion

Allez, c'est parti pour le quatrième et dernier épisode de notre mini-feuilleton de l'été. Si vous avez raté le début, c'est ici.
Je reconnais la petite étiquette manuscrite avec la somme de 10 francs qui figure sur mon exemplaire : elle indique que j'ai acheté ce disque comme neuf avec tout un lot d'autres 45 tours Vogue, comme celui d'Eileen, à une petite dame, ancienne commerçante sûrement, qui avait déballé à Athis en 2008.
Si vous avez bien tout suivi, vous vous souvenez peut-être du deuxième épisode du feuilleton, au cours duquel, de façon assez mystérieuse, Vogue avait mis en vente une troisième version du EP Puppet on a string, avec une seule différence par rapport à la seconde version : la chanson Tell the boys avait été remplacée par Had a dream last night.
L'explication du mystère, on la tient sûrement. Quelqu'un avait dû penser que Tell the boys était une trop bonne chanson pour être gâchée en titre secondaire d'un disque avec la chanson gagnante de l'Eurovision. On a donc enlever vite fait la chanson, à un moment où le disque avait encore dû se vendre relativement peu, pour la mettre en face A du disque suivant, celui-ci, qui a dû sortir quelques semaines plus tard. Mais elle est restée présente sous le titre Prends la vie du bon côté sur le 45 tours en français sorti entre-temps !
Au passage, on note encore de l'à peu près dans le rappel catalogue au dos. Pas de souci pour Un tout petit pantin, mais pour Puppet on a string, c'est la toute première pochette qui y figure, sans macaron "1er Grand Prix Eurovision 67", alors que la liste des titres, avec Had a dream last night, correspond à la troisième version.
Au bout du compte, tous ces efforts n'ont pas servi à grand chose. Autant Puppet on a string et Un tout petit pantin ont été des grands succès en France, autant Tell the boys a dû faire un four. Du coup, je pense que ce disque est, pour Sandie Shaw, relativement rare.
En Angleterre, les choses ont été à peu près similaires : Tell the boys, arrivé deuxième de l'émission de sélection A song for Europe, a été mis en face B de Puppet on a string. Mais, quelques temps plus tard, "pour répondre à la demande du public", Pye a publié un EP avec Tell the boys en titre principal, accompagné des trois autres chansons de l'émission.
En France, ce n'est ni la même pochette ni les mêmes titres, ne serait-ce que parce que, on vient de le voir, Had a dream last night avait été mis sur l'EP précédent. En fait, on a ici quatre des titres de l'album anglais Puppet on a string, encore un truc sorti rapidement, qui compilait des titres hors album sortis depuis quelques années et qui n'a pas été édité en France à l'époque.
Alors, ce disque, qu'est ce qu'il vaut ?
Tell the boys, je ne vais pas m'attarder dessus car c'est la troisième fois qu'on en parle, mais c'est une bonne chanson qui, dans d'autres circonstances, aurait pu être un grand succès. Apparemment, c'était la préférée de Sandie Shaw parmi les cinq proposée pour l'Eurovision.
No moon est un titre au tempo moyen, très variétés, avec des cordes. Pas mauvais dans son genre, mais pas trop mon truc. Comme c'est signé "Moesser - Murphy", je me demande si ce n'est pas une adaptation en anglais d'une composition de Peter Moesser.
Le titre suivant, I don't think you want me anymore, est dû, lui, à Chris Andrews, l'auteur de la plupart des succès de Sandie Shaw, à l'exception très notable de (There's) Alway something there to remind me et Puppet on a string. C'est pas mauvais, pas mal chanté, mais ça reste assez quelconque. 
Hide all emotion est l’œuvre - tiens tiens, comme on se retrouve ! - de Marty Wilde. C'est un titre rapide, comme Tell the boys. On sent que, ça pourrait être très bien, mais non. Je ne sais pas si c'est une question d'arrangements, d'interprétation, de production ou de mixage (sûrement un peu de tout ça), mais ça reste sourd, plein de retenue, un peu comme si toute l'équipe, de Sandie Shaw aux musiciens, avait enregistré ça sans aucune conviction. Peut-être qu'ils ont trop pris les paroles au pied de la lettre et ont "caché toute émotion" !
Notre feuilleton de l'été touche donc à sa fin, mais pour prolonger le plaisir je vous propose de relire la chronique publiée plus tôt cette année du 45 tours de la Fanfare des Saints-Pères, qui contient une version instrumentale de Un tout petit pantin.

10 août 2017

HEFNER : Pull yourself together


Acquis par correspondance via Discogs en mai 2017
Réf : PURE 80CDS -- Édité par Too Pure en Angleterre en 1998
Support : CD 12 cm
Titres : Pull yourself together -- Christ -- Smoking girlfriend -- Wicker girl

Je suis passé complètement passé à côté d'Hefner pendant leur période d'intense activité de 1997 à 2001. Rétrospectivement, il me semble que c'est à peine si j'ai entendu parler de ce groupe qui avait pourtant tout pour m'intéresser. C'est grâce à l'ami Philippe D., qui m'a offert plusieurs de leurs disques, que j'ai commencé à découvrir ce groupe, alors qu'il était déjà séparé.
Depuis, j'ai souvent pensé à chroniquer ici un de leurs disques, mais je n'arrivais pas à choisir lequel. Il y a bien le maxi I took her love for granted, avec en face B une reprise de I tried to hide a little thought de Jonathan Richman. Un choix qui sort des sentiers battus et une très bonne version, mais pas au point transcender l'originale.
Et puis, quand j'ai acheté le Mouse on Mars au printemps dernier, j'ai ajouté quelques disques pas chers à ma commande pour amortir les frais de port, parmi lesquels ce maxi qui m'a beaucoup plu et entièrement convaincu.
Hefner, c'était avant tout le projet de Darren Hayman. Si je devais les rapprocher d'autres groupes des années 1990 avec un auteur-compositeur marquant, c'est surtout Belle and Sebastian qui me viendrait à l'esprit, mais aussi Pulp.
Comme Belle and Sebastian et comme les Smiths aussi, Hefner s'est forgé au fil des parutions une identité graphique très forte, à base d'images assez rétro qui m'évoquent souvent le travail de Glen Baxter. Là, sur la pochette d'un simple maxi, on a droit à cinq images différentes.
Après deux singles en 1997, l'hyper prolifique Hefner a sorti en 1998 son premier album Breaking god's heart, ainsi que quatre maxi singles, dont deux seulement extraits de l'album, soit une quinzaine de titres en plus des dix de l'album. Quatre d'en eux sont sur Pull yourself together, sorti en mai, deux mois avant l'album.
La chanson principale Pull yourself together est clairement bâtie sur une trame classique à la Velvet Underground/Lou Reed, sur le mode plutôt boisé favorisé justement par les Modern Lovers ou Herman Düne. Pas foncièrement nouveau, donc, mais parfaitement réalisé et profondément réjouissant. Je n'en demande pas plus.
A base de guitare et d'harmonica, Christ est un titre lent, pas mal dans son genre même si c'est celui qui me plaît le moins aussi. A près de quatre minutes, c'est aussi le plus long de ce disque, bouclé en juste une douzaine de minutes.
Plus bricolo, avec une boite à rythmes et une deuxième voix, Smoking girlfriend est mon autre titre préféré ici avec le premier. Mais Wicker girl, un peu folky, est très bien aussi !
Pour vous procurer ces quatre titres, le mieux est sûrement de jeter votre dévolu sur la réédition en double CD et quarante titres de l'album Breaking god's heart, toujours disponible et pas chère.
De son côté, Darren Hayman est toujours aussi prolifique. Ses deux derniers projets sont un album de duos avec Emma Kupa sous le nom de The Hayman Kupa Band et un tryptique sur les Thankful villages, les cinquante-quatre villages anglais dont tous les soldats sont revenus vivants de la Grande Guerre.






08 août 2017

SANDIE SHAW : Un tout petit pantin


Acquis d'occasion dans la Marne avant 2011
Réf : PNV24186 -- Édité par Vogue en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Un tout petit pantin (Puppet on a string) -- J'ai rêvé de lui (Had a dream last night) -/- Prends la vie du bon côté (Tell the boys) -- Tout est changé (I don't think you want me anymore)

Voici le troisième et avant-dernier épisode de notre feuilleton de l'été sur les EP français de Sandie Shaw liés à sa participation au concours de l'Eurovision 1967.
Si vous avez raté le début, je vous suggère d'aller voir .
Dans les années 1960, il n'était pas rare pour les artistes à succès, à la demande des maisons de disques et la plupart du temps phonétiquement, d'enregistrer leurs titres les plus connus dans plusieurs langues afin de mieux se vendre sur les différents marchés européens. Françoise Hardy ou Petula Clark l'ont beaucoup fait, par exemple.
Pour Sandie Shaw en France, les choses ont plutôt mal commencé, puisqu'Eddy Mitchell a eu plus de succès qu'elle avec Toujours un coin qui me rappelle, la version en français de Always something there to remind me. Mais par la suite, elle a enregistré de nombreuses chansons en français, parues en 45 tours ou sur des albums/compilations.
Pour Puppet on a string, qui concourait pour l'Eurovision, c'est une bonne partie de l'Europe justement que Sandie Shaw a elle-même couverte puisque, probablement dans la foulée de l'enregistrement original, on lui a fait chanter la chanson en français (Un Tout Petit Pantin), en allemand (Wiedehopf in Mai), en espagnol (Marionetas en la cuerda) et en italien (La danza delle note) ! Quand on pense qu'il parait qu'au départ elle n'aimait déjà pas cette chanson. Elle a dû vite en être dégoûtée...
Le macaron "1er Grand Prix Eurovision 67" sur la pochette de ce 45 tours nous indique qu'il n'est sorti qu'après la finale du concours, qui a eu lieu le 8 avril, mais on peut être certain que la publication était prête bien avant et que les presses n'attendaient que le résultat du concours pour être lancées. Je pense que ce disque, dont le numéro de catalogue suit directement celui de la version anglaise, serait sorti même si Sandie Shaw n'avait pas remporté le concours.
On peut trouver un indice que la publication a été lancée très vite dans les rappels catalogue au dos de la pochette. Certes la mention du premier prix est accolée au titre Puppet on a string, mais la pochette utilisée (sans macaron) et les titres mentionnés (avec Tell the boys) sont ceux de la première édition du disque, parue avant la finale du concours.
Sans trop de surprise, on trouve ici des adaptations françaises de trois des cinq chansons proposées au public anglais le 25 février 1967 dans l'émission A song for Europe pour déterminer laquelle serait choisie pour la finale.
Je n'ai pas fait de vérification pour toutes, mais je pense que l'accompagnement instrumental sur ces versions françaises est strictement le même que sur les versions originales.
Les paroles de Pierre Delanoë pour Un tout petit pantin sont très fidèles aux paroles anglaises. J'imagine que les radios ont privilégié la version française et, de ce que j'en vois dans les vide-greniers, je dirais que c'est la version Un tout petit pantin qui s'est le plus vendue par chez nous.
Après avoir craqué sur Had a dream last night dans l'épisode précédent, j'attendais beaucoup de J'ai rêvé de lui, sa version française. Comme je l'ai dit, la musique est la même, mais il manque un des ingrédients qui me plaisaient beaucoup, les chœurs, et du coup on entend mieux ce que j'aimais moins, les cordes. Déception, donc.
Prends la vie du bon côté (Tell the boys) est une chanson entraînante, avec ici pour le coup une deuxième voix, plus haute que celle de Sandie Shaw. Si elle avait été sélectionnée, je pense que cette chanson aurait elle aussi eu de bonnes chances de remporter le concours.
Le dernier titre, Tout est changé (I don't think you want me anymore), est un titre lent, et ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Autant que je sache, la version anglaise de cette chanson n'avait pas été publiée en France quand ce 45 tours est sorti.

(à suivre)







06 août 2017

JUKE-BOX PARTY N° 1


Acquis à la déchetterie d'Ay le 4 août 2017
Réf : B 13.210 R -- Édité par Philips en France en 1959
Support : 33 tours 25 cm
10 titres

Je pourrais dire que j'ai du flair, mais ce serait plus faux que présomptueux. Disons que cette aventure relève d'abord d'une série de hasards, qui mis bout à bout pourraient faire accroire que c'était ma destinée !
Bon, après un bon moment passé à me la couler douce en vacances à la maison, il m'a pris l'idée vendredi de me donner une apparence d'activité. J'ai donc entrepris de vider un tas de gravats qui traînait dans un angle du grenier depuis au moins les suites de la tempête de décembre 1999.
J'ai rempli quelques seaux, que j'ai vidés dans des caisses. J'ai tout descendu sur deux étages. J'ai chargé le coffre de la voiture et, quand il a été plein, je me suis dit que j'avais juste le temps d'aller à la déchetterie avant qu'elle ferme pendant midi.
Celle de Mareuil est fermée le vendredi, alors je suis allé à Ay. La benne à gravats n'était pas disponible, alors l'employée m'a dit d'utiliser celle pour le tout-venant. Elle était presque pleine, alors on pouvait en se penchant récupérer les derniers objets jetés...
Bref, en balançant le contenu de ma première caisse, j'ai aperçu un truc marqué "Linda de Suza - Jean-Pierre Cassel". J'ai cru que c'était un calendrier, mais en y regardant de plus près pour souffler un peu entre deux caisses, j'ai vu qu'il s'agissait d'un 33 tours (La valise en carton, pas moins !). Il y en avait deux autres, de Linda de Suza seule. Mais du coup j'ai jeté un œil autour de moi et j'ai aperçu une poignée de disques, des 45 tours et un 25 cm, que je me suis empressé de mettre dans ma caque vide quand j'ai vu que c'étaient surtout des disques de musique latino-américaine et une compilation rock.
En regardant mieux, j'ai aperçu plus bas un 45 tours avec une pochette générique de La Voix De Son Maître / Pathé Marconi que je connais bien car c'est celle des 45 tours deux titres juke-box de Georges Jouvin. Et bingo ! Il s'avère que c'est un disque que je n'avais pas, avec deux titres extraits de son 25 cm Rocks !
Ce n'est qu'une fois dans ma voiture que j'ai mieux regardé les autres disques. J'avais vu écrits les titres Personality et A  teenager in love écrits sur la pochette du 25 cm, mais j'étais persuadé qu'il s'agissait de reprises, par Trumpet Boy, Tony Murena ou un autre orchestre français de ce genre. Mais j'ai eu un coup au cœur quand j'ai retourné la pochette et que j'ai vu que des gens comme Carl Perkins et Marty Wilde y figuraient !
C'est à un des rares moments de l'année où je ne cherche pas à me procurer de nouveaux disques qu'il m'en tombe ! Et une fichtre de belle pioche en plus ! Vive le recyclage des déchets !!
Ce disque porte le tampon de la collection Philips Bon pour la danse, qui est assez hétéroclite puisqu'on y trouve plusieurs parutions de Serge Gainsbourg, mais aussi des Danse Party à qui mieux mieux, chez Mylène Demongeot, Marie-Josée Nat et Marina Vlady, ou avec Yves Montand.
Je ne dirais pas que la pochette est belle mais, s'agissant d'une Juke-box party, elle est dans son sujet en nous montrant un gros plan sur les entrailles d'une de ces machines. A priori, il n'y a eu ensuite qu'un N° 2 dans cette série. L'année suivante, son équivalent s'appelait Hit-parade 60.
Au dos, on a droit à un petit mot de Jacques Plait, responsable des variétés chez Philips : "Voici une surprise partie jeune, fraîche, percutante et dynamique, spécialement faite pour les jeunes, avec les meilleurs titres du Hit Parade américain. Ne cherchez plus ! Vous venez de trouver LE disque qu'il vous fallait pour passer une bonne soirée entre amis.".
Certes, je viens effectivement de trouver ce disque, mais ce texte d'accompagnement est basique de chez basique. On est loin des petits délires de Boris Vian au dos de disques Philips ou Fontana...
L'album s'ouvre avec les deux faces d'un 45 tours de 1959 de Carl Perkins, et elles sont tout simplement excellentes. En dehors de ses classiques, je ne connais quasiment rien de sa discographie. Ici, Highway of love est un bon rock à la Elvis, avec de la guitare, bien sûr, mais aussi une bonne grosse contrebasse, beaucoup de saxophone et des chœurs qui pointent vers le gospel. Pointed toe shoes, dans un style rockabilly plus marqué, est peut-être encore mieux. Bien sûr, on pense à Blue suede shoes, avant même qu'il y fasse lui même référence.
Jacques Plait annonçait les meilleurs titres du Hit Parade américain. Il ne précisait pas que, en-dehors de ceux de Carl Perkins, la plupart d'entre eux sont des reprises des titres originaux enregistrées pour le marché anglais !
Mais ça ne veut pas dire que la qualité n'y est pas. Au contraire, les deux titres de Marty Wilde, par exemple, deux tubes en Angleterre, sont très bons, même si de toute façon Donna de Ritchie Valens ce n'est pas trop mon truc. Par contre j'adore sa version de A teenager in love et je ne suis pas le seul à penser qu'elle rivalise avec l'originale de Dion and the Belmonts. Sur cet enregistrement, il est accompagné par les Wildcats, soit Big Jim Sullivan à la guitare solo, Tony Belcher à la guitare rythmique, Brian Locking à la basse et Brian Bennett
à la batterie. Avec son refrain, A teenager in love saisit un aspect de la quintessence existentielle du rock, "Pourquoi dois-je être un ado amoureux ?".
Frankie Vaughan a lui aussi droit à deux titres sur l'album. Comme pour Marty Wilde, il s'agit de reprises anglaises sorties quasiment instantanément après les versions originales américaines. Ça n'a pas empêché Philips de sortir ces quatre titres en France sur des 45 tours compilation de la série série Hits from U.S.A., dont on voit les pochettes au dos de mon album.
Frankie Vaughan a plutôt une réputation de crooner. Il est accompagné ici par l'orchestre de Wally Stott et les Kaye Sisters. Sa version de Come softly to me est excellente, avec un très bon chant et les chœurs des sœurs Kaye. C'est différent, mais ça vaut la version originale plus dépouillée des Fleetwoods.
Pour Venus, il y a un petit gimmick avec des cordes pincées, à la guitare je pense, qui me fait la préférer à la version originale de Frankie Avalon. Cette reprise de Venus n'est sortie en Angleterre que sur un EP compilation de la série The big four, qui est à peu près l'équivalent de nos Hits from U.S.A.
Il y a de très bonnes choses encore dans les quatre autres titres. Notamment My heart is an open book par Jimmy Dean. Il est plutôt du monde de la country et ça s'entend. J'aime aussi beaucoup What a thrill de Bobby Lord.
La version de Personality de Lloyd Price par Joyce Shock, avec des accents jazz, est intéressante aussi, surtout à partir du premier refrain. Elle aussi a été publiée sur un Big Four anglais, et on la retrouve aussi sur une compilation 25 cm hollandaise qui compte quatre titres en commun avec mon disque.
Le titre le moins intéressant du lot c'est Morgen (One more sunrise) par Richard Maltby. L'intro fait peur, mais après c'est pour le coup juste de la musique de danse.
Au total, voici une compilation d'excellente tenue, qui ne m'a rien coûté et qui a ensoleillé ma journée de vacances. Que demander de plus ? Que la prochaine fois que j'irai à la déchetterie j'essaye de ramener le juke-box qui va avec ce disque ? On peut toujours rêver... En tout cas, pour mon deuxième et dernier voyage vendredi après-midi, la benne de tout-venant avait été changée et les Linda de Suza que j'y avais laissés s'étaient envolés avec !

Je ne vais pas refaire une fois de plus mon laïus d'énervement, mais on trouve Juke-box party N° 1 dans les collections de la Bibliothèque Nationale de France. Le disque a été numérisé dans le cadre d'un contrat passé avec une société privée, aux termes duquel on ne peut accéder librement pour l'instant qu'à 30 secondes de chacun des titres...!



02 août 2017

SANDIE SHAW : Puppet on a string (ter et bis)


Acquis sur le vide-grenier de Roches-sur-Marne le 10 juin 2012
Réf : PNV 24 185/PNV.24185 bis -- Édité par Pye en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Puppet on a string -- Had a dream last night -/- I don't need anything -- Keep in touch

Voici le deuxième épisode de notre feuilleton sur les EP français liés à la participation de Sandie Shaw à l'Eurovision 1967. Si vous avez raté le début, c'est ici.
En fait, cet épisode devrait être le troisième, mais il manque un disque à ma collection, c'est pourquoi je considère que c'est un épisode double.

Le disque qui me manque, c'est celui-ci :



Comme on l'a vu dans l'épisode précédent, Sandie Shaw a remporté le concours de l'Eurovision le 8 avril. Le premier EP paru avec la chanson gagnante avait dû être publié peu de temps après l'annonce du choix de la chanson, le 4 mars.
Ce premier disque était donc disponible dans le commerce, mais on peut être certain que c'est dès le 9 avril que Vogue, qui fabriquait les disques Pye sous licence, a entrepris d'imprimer une nouvelle pochette pour ce disque.
Quels sont les changements ? Il y en a deux.
La mention "Chanson anglaise de l'Eurovision 1967" en haut à gauche, qui était à peu près illisible en blanc sur fond bleu clair dans la pochette originale, passe en noir. C'est mieux.
Et puis surtout, un gros macaron a été ajouté sur la pochette avec, dans un lettrage typique de l'époque, la mention "1er Grand Prix Eurovision 67".
Pour le reste, j'imagine que ce disque et sa pochette, que je n'ai pas, rappelons-le, était identique à l'édition originale.
Il est peut-être un peu moins rare que la première édition, car il a dû se vendre beaucoup et très vite après la finale du concours, mais tout dépend de la durée de mise en vente du disque avec sa pochette. A mon avis, elle a été assez courte car, très vite probablement, Vogue a mis en vente une troisième version du disque, avec la pochette que vous pouvez voir tout en haut de cette page.
Alors, on joue au Jeu des 7 erreurs ? (Sauf qu'il n'y en a qu'une...). Quelle est la différence entre les deux pochettes ci-dessus, sachant, que "Chanson anglaise de l'Eurovision 1967" est en noir et que le macaron est identique ?
Allez, c'est facile, c'est en bas à gauche que ça se passe : Il y a un titre de changé : Tell the boys a disparu pour être remplacé par Had a dream last night !
Pourquoi cet échange ? On tentera de répondre à cette question  dans l'un des deux prochains épisodes.
En tout cas, ce changement modifie un peu le reste du disque. Le recto de la pochette reste identique à la première édition mais, sur la rondelle de la face A, celle concernée par le changement, on note l'adjonction d'un "bis" au n° de catalogue PNV.24185 (alors que ce n° n'est pas modifié sur la pochette, ni sur la tranche ni au verso). La mention "Chanson anglaise de l'Eurovision 1967" sur cette rondelle est actualisée et devient "1er Grand Prix Eurovision 1967". Bizarrement, le n° de matrice (EXPV. 4953 A) est identique sur les deux disques, ce qui n'est absolument pas logique car les titres pressés ne sont pas les mêmes. Et effectivement, quand on regarde ce qui est gravé dans le vinyle sur le disque, on voit que le n° de matrice est en fait EXPV - 4953 - A2.
On a donc une nouvelle chanson à écouter sur ce disque, mais Had a dream last night ne nous est pas complètement inconnue : elle faisait partie des cinq proposées au public anglais le 25 février dans l'émission A song for Europe. Elle n'a donc pas été choisie par le public, classée entre la troisième et la cinquième place derrière Puppet on a string et Tell the boys, et c'est bien dommage car c'est une très bonne chanson !
Elle est signée Chris Andrews. Le tempo est moyen, avec une basse bien marquée et j'ai instinctivement eu envie de claquer des doigts dès les premières mesures. Il y a des échanges entre Sandie et des chœurs féminins, façon girl group, et des ponctuations de cuivres discrètes mais efficaces sur le refrain. Les inévitables cordes viennent un peu gâter la sauce dans la deuxième moitié, mais c'est ma chanson favorite des cinq qu'on a eu l'occasion d'écouter depuis le début du feuilleton, devant Keep in touch. Mais ce n'est pas très gai gai tout ça au niveau des paroles ("Now I feel so sad when I think of what I had, It's bad it seems to love someone I'll never meet again") et ça, ça n'a pas dû aider pour l'Eurovision...
En tout cas, en entendant cette chanson, je fais le lien avec Morrissey et les Smiths, qui étaient des fans et qui ont enregistré avec Sandie Shaw en 1983, tant pour la musique que pour les paroles (on se souvient de "Haven't had a dream in a long time" ou Last night I dreamed that somebody loved me).

(à suivre)




"Sandie Shaw aux pieds froids", selon le bon mot de Claude Nougaro en intro, chante Je ne marche pas. Une version en français de Keep in touch, sortie dès 1966, qui ne figure pas sur ce disque mais qui annonce notre prochain épisode.


30 juillet 2017

SANDIE SHAW : Puppet on a string


Acquis sur le vide-grenier de Dizy le 12 mai 2017
Réf : PNV 24 185 -- Édité par Pye en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Puppet on a string -- Tell the boys -/- I don't need anything -- Keep in touch

Allez, on va innover ici avec notre premier feuilleton de l'été. Oh, pas une saga interminable, juste quatre épisodes, dont un double, pour revivre les aventures discographiques françaises de la participation de Sandie Shaw à l'Eurovision en 1967. Un format réduit car on ne s'intéressera qu'aux EP, pas aux 45 tours deux titres ni aux albums... L'idée m'en est venue quand j'ai acheté ce disque au printemps dernier et que je l'ai confronté à d'autres qui figuraient déjà dans ma collection.
L'Eurovision, c'est un concours international, mais dans chaque pays qui participe, c'est visiblement une grande affaire nationale. Je suis ça de très loin, mais ces dernières années il m'a semblé que par chez nous divers systèmes plus ou moins élaborés ont été mis en place pour sélectionner le représentant français. Je croyais que c'était assez nouveau, mais il ne semble pas : en Angleterre, c'est depuis 1957, soit dès l'année de la deuxième édition du concours, qu'il existe une émission télévisée pour sélectionner la chanson.
En 1967, c'est Sandie Shaw qui avait été retenue pour représenter l'Angleterre et elle a chanté les cinq chansons proposées dans le cadre de A song for Europe, diffusée le 25 février dans le Rolf Harris Show. Ensuite, le public a pu voter par courrier et les résultats ont été annoncés le 4 mars.
C'est donc Puppet on a string qui est arrivée en tête, devant Tell the boys. Les trois autres titres présentés étaient I'll cry myself to sleep, Had a dream last night et Ask any woman.
Il parait que Puppet on a string était la chanson parmi les cinq qui plaisait le moins à Sandie Shaw ! Elle est signée Bill Martin et Phil Coulter. Un peu plus tôt cette année, en commentaire de ma chronique d'une version orchestrale de Puppet on a string par la Fanfare des Saints-Pères, quelqu'un a indiqué que ce tube est un pompage de Mademoiselle Adeline, une chanson créée par Jean Tranchant en 1936, avec un accompagnement par Django Reinhardt et Stéphane Grappelli. Effectivement, à l'écoute, j'ai entendu quelques similitudes dans le refrain, notamment le "hoquettement", mais, ne l'ayant jamais vu mentionné nulle part, je doutais un peu qu'il y ait eu un procès gagné par Jean Tranchant à ce sujet. L'information figure pourtant chez Le Hall, Centre National du Patrimoine de la Chanson, on peut donc lui accorder du crédit.
La finale du concours de l'Eurovision eut lieu le 8 avril, à Vienne en Autriche. Il est donc très probable que le disque qui nous intéresse aujourd'hui, la première édition française en EP de Puppet on a string, est sorti entre le 4 mars, date de l'annonce du choix de la chanson, et le 8 avril, date de la finale.
On note, peu visible en blanc sur la pochette, au-dessus de "Puppet on a string", la mention "Chanson anglaise de l'Eurovision 1967". Cette mention est reprise au dos de la pochette et sur la rondelle du disque.
Comme souvent avec les EP quatre titres français, on trouve ici les faces de deux 45 tours deux titres anglais, celui avec Puppet on a string et Tell the boys, et celui sorti un peu plus tôt début 1967 avec I don't need anything et sa face B Keep in touch.
Rétrospectivement, ce n'est pas surprenant que Puppet on a string ait remporté le concours haut la main cette année-là. C'est une chanson simple au possible (une marche ?), entraînante... On imagine bien des foules la chanter à des mariages ou des fêtes de la bière ! En tout cas, son succès a relancé la carrière de Sandie Shaw, qui était un peu au creux de la vague en 1966.
Tell the boys est la chanson qui était arrivée deuxième lors de la sélection. On est peut-être plus dans le style habituel de Sandie Shaw, avec des paroles qui restent au degré zéro du yéyé. Idem pour I don't need anything, en version slow, avec cordes et cuivres et tout le bastringue.
Ma préférée des quatre est peut-être la dernière, Keep in touch. Bizarrement, cette face B anglaise de 1967 était sortie en France dès 1966, en français et en titre principal d'un EP sous le titre Je ne marche pas. Effectivement, je crois que ça n'avait pas marché !
Je ne sais pas quel a été le succès en France de ce disque dès son lancement, avant même la publicité générée par le succès à l'Eurovision, mais vu que cette édition a été en vente peu de temps, elle est sûrement (et très relativement) plus rare que certaines des suivantes.

(à suivre)


Sandie Shaw, Puppet on a string, à l'Eurovision en 1967.


Sandie Shaw, Puppet on a string, hors concours et en partie en espagnol, à l'Eurovision en 1970.


Sandie Shaw, Keep in touch.

27 juillet 2017

MENDELSON : Sciences politiques


Acquis par correspondance via Ici d'Ailleurs en juillet 2017
Réf : IDA129 -- Édité par Ici d'Ailleurs en France en 2017
Support : CD 12 cm
12 titres

Après Giscard Bongo, on va s'intéresser à un autre type de chanson politique.
Je n'ai jamais suivi de près le parcours de Mendelson. Pourtant, grâce à Une rentrée 97, une excellente compilation des Inrockuptibles, j'ai connu et fort apprécié un de leurs premiers titres, Je ne veux pas mourir. Mais par la suite, je n'ai jamais eu la curiosité d'écouter les albums de Mendelson, ni le disque solo de Pascal Bouaziz ou celui de son autre groupe Bruit Noir parus tous les deux en 2015.
Mais quand même, j'ai prêté attention aux communiqués annonçant la sortie du sixième album Sciences politiques au printemps dernier et, quand je l'ai vu parmi les nouveautés de la Médiathèque, je l'ai emprunté sans hésiter.
Comme j'aime bien le faire, j'ai écouté le disque en voiture, sans avoir cherché à en savoir plus avant en lisant le livret ou en me baladant en ligne.
J'ai aimé ce que j'entendais dès les premiers morceaux. C'est au quatrième, La guerre (mais je n'avais pas les titres sous les yeux), que j'ai reconnu une transposition en français et en 2015 du 1969 des Stooges. Arrivé au sixième titre, La carrière, il ne m'a fallu que quelques instants pour reconnaître une adaptation du Careering de PIL, déjà repris dès 1980 par l'ancien batteur du groupe avec son projet Brian Brain. Juste après, j'ai eu du mal à placer le titre de Lou Reed qui était repris en tant que Les héritiers (Men of good fortune), mais à ce moment la brume de mon cerveau a commencé à s'éclaircir et, bien avant que ne débute l'excellente version presque électro-pop de That's entertainment de The Jam (Les loisirs), il m'était revenu que Sciences politiques est un album entièrement constitué de reprises.
Mais pas n'importe quelles reprises. Des reprises comme je les aime quand il s'agit de titres en anglais joués par des français, des reprises comme j'ai souvent eu l'occasion d'en imaginer, voire même à mon petit niveau d'en réaliser, c'est à dire des versions qui ne se contentent pas de répéter bêtement les paroles originales sans les comprendre ou de les traduire littéralement, mais qui cherchent à les transposer et à les adapter à notre époque et au contexte français.
Pascal Bouaziz s'est attelé à cet exercice et c'est une réussite magistrale, avec à la fois un projet parfaitement construit qui, du titre générique de l'album à ceux choisis pour chacun des morceaux, donne une cohérence à un ensemble de sources assez divers, et une réalisation artistique qui produit un disque qui me plaît de plus en plus à chaque écoute et qui est bien plus varié que ce à quoi je m'attendais.
En effet, j'imaginais des choses dans la veine de Michel Cloup (un ami, salué dans les crédits), Rodolphe Burger, Alain Bashung ou Gérard Manset, et il y a de ça effectivement, par exemple dans Les peuples (Almost like the blues de Leonard Cohen), Le soulèvement (The ghost of Tom Joad de Bruce Springsteen)  ou La dette (version de Viet vet d'Alan Vega, le petit frère de Frankie Teardrop de Suicide), mais il y a aussi le très enjoué et déjà cité Les loisirs, des titres très électriques comme La nausée (Youth against fascism de Sonic Youth) et Le capitalisme ("Nous sommes tous des putes", version que je préfère à l'originale par The Pop Group) et un subtilement funky La panique (Inner city blues de Marvin Gaye). Les deux autres titres pour compléter la douzaine sont La liberté (Left on man de Robert Wyatt) et La décence (What are their names de David Crosby).
Je donne la précision des titres originaux car ça me semble important. C'est d'ailleurs le seul reproche que j'ai à faire à ce disque, le fait que cette information ne figure pas dans les crédits. Il y a juste la mention "Textes et musiques librement adaptés et tous droits réservés aux auteurs et compositeurs originaux", suivie de la liste de ces auteurs, mais tout le monde ne connaît pas les chansons originales et ça n'aurait pas pris trop de place de mentionner leurs titres (A ce sujet, je n'ai pas vraiment d'excuse pour ne pas avoir reconnu les trois premiers titres, car je les avais tous déjà écoutés au moins une fois !).
Mais c'est un reproche mineur, d'autant qu'on trouve l'information manquante en ligne en vingt secondes. Et surtout, Pascal Bouaziz a largement compensé en proposant Extension politique, une série de douze vidéos, où il revient en profondeur sur le projet de l'album, les sources et les réflexions qui l'ont nourri, les différents choix, les problèmes d'adaptation... C'est passionnant (mais à regarder après avoir écouté le disque, si possible), à la fois très informé et très drôle. Ça montre que Pascal Bouaziz, comme beaucoup d'entre nous, s'interroge de façon lucide sur le monde actuel et sur des choix de vie en cohérence avec ces analyses.
Dans ces vidéos, mais aussi chez Télérama et Le Monde, on apprend que le projet Sciences politiques a débuté à l'occasion d'une résidence dans un collège à Bobigny en 2014 et 2015. Au moins douze autres titres ont été envisagés ou même enregistrés (et plus ou moins ratés, parait-il), dont Shipbuilding et New information order de Wyatt, Concrete jungle de Bob Marley et les Wailers, et des chansons de Prince, James Brown, Sly Stone, The Smiths et The Housemartins.
On peut donc espérer un jour un petit complément à Sciences politiques, d'autant qu'on n'a guère l'occasion de prolonger son plaisir en concert car Mendelson n'a joué pour l'instant l'album que quatre fois sur scène et qu'aucune autre date n'est annoncée pour l'instant.




25 juillet 2017

TCHIBANGA : Giscard Bongo


Acquis sur le vide-grenier de Vertus le 14 juillet 2017
Réf : 2056-550 -- Édité par Polydor en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Giscard Bongo (Bienvenue au Président Giscard d'Estaing -/- Nini

On trouve les disques africains que l'on peut...
Mais, les bonnes trouvailles se faisant rares en brocante, j'ai été bien content d'acheter le 14 juillet trois 45 tours à 50 centimes pièce sur un même stand : celui-ci, plus un EP de Marcel Bianchi que je ne connaissais pas du tout et une édition belge de Ça plane pour moi, avec une pochette différente et Pogo pogo encore indiqué comme face A sur la rondelle.
Je n'ai pas trouvé d'autre disque que celui-ci crédité à Tchibanga.
Il est clair que ce 45 tours a été édité à l'occasion du voyage officiel de Valéry Giscard d'Estaing au Gabon en août 1976, relaté dans le journal télévisé d'Antenne 2 le 6 août (à partir de 1'25).



En plus des danses, des cérémonies, des boubous avec les photos des deux présidents imprimées sur la poitrine, il y a donc eu l'édition de cette chanson, Giscard Bongo.
Musicalement, elle est à la fois entraînante et sans surprise. Côté paroles, c'est la simplicité et l'évidence-mêmes :
  • Le nouveau président de tous les Français
  • L'ami de Bongo et des Gabonais
  • L'ami de l'Afrique et des Africains
  • Ce président-là, c'est Giscard d'Estaing
  • Pour gouverner la France et les Français
  • La France a dit : Giscard à la barre
  • Pour gouverner le Gabon et les Gabonais
  • Nous disons « Bongo à l'avant du bateau »

  • Bongo, c'est l'ami de Giscard
  • Giscard est l'ami de Bongo
  • Bongo, c'est l'ami de Giscard
  • La France est l'amie du Gabon
La surprise vient quand on regarde les crédits de Giscard Bongo. En effet, la chanson est co-signée "A. Bongo - J. Ondo" et un petit tour sur Discogs nous apprend vite que cet A. Bongo est bel et bien Ali Bongo, qui est depuis 2009 le Président du Gabon, comme avant lui son Papa Omar !
Ali Bongo avait 17 ans en 1976, et à l'époque il s'était lancé dans la chanson, comme avant lui sa maman.
Avec Jimmy Ondo, il a sorti un autre 45 tours, Si dans la vie / Restons gabonais restons africains. En 1978 il a même édité un album solo, A brand new man, apparemment funky, en partie produit et arrangé par Fred Wesley des JB's. Il était donc tout désigné pour composer cette ode à Giscard !
La face B, Nini, est un reggae signé par King-Joe Bale, apparemment lui-même fils de diplomate et neveu du président zaïrois Mobutu !
En cherchant un peu, je me suis rendu compte que, au cours de son septennat, plusieurs autres 45 tours en l'honneur de Giscard ont été édités lors de ses voyages dans des contrées éloignées de la métropole. Je n'ai pas trouvé trace de celui de Côte d'Ivoire avec l'orchestre de Manu Dibango mentionné dans une chronique de France Inter à l'occasion des 90 ans de VGE mais, des Antilles à l'Océan Indien, on peut écouter La biguine à Giscard par Richard Cassin (auteur Gérard La Viny), Séga...Destin  par Luc Donat, Séga Giscard 81 par Rose Thérèse, Le Président aux Îles - Séga Giscard par Michel Adélaïde, Marie-Armande et Jean-Claude Moutou ou Bienvenue Papa Giscard d'Estaing par Tétin !
Mais l'amitié ça va ça vient et, à la mort d'Omar Bongo, Valéry Giscard d'Estaing a indiqué avoir rompu avec le président gabonais (avant d'être contredit) quand il avait appris que celui-ci finançait la campagne de Jacques Chirac pour l'élection de 1981 ! Alors, pour des effets comiques, on pourrait imaginer à certaines époques la transposition du refrain "Bongo, c'est l'ami de Giscard, Giscard est l'ami de Bongo" avec d'autres paires politiques dont l'entente a mal tourné, comme Hitler et Staline, Mitterrand et Saddam, Sarkozy et Kadhafi, Sarkozy et Assad, voire même bientôt, qui sait ?, Macron et Trump.
Sinon, pour ce qui est des chansons politiques africaines, je préfère celles de Franklin Boukaka.

22 juillet 2017

FRANÇOISE HARDY : J'ai coupé le téléphone


Acquis peut-être chez Assaut dans la Marne dans les années 1980
Réf : V. 45-1655 -- Édité par Vogue en France en 1969
Support : 45 tours 17 cm
Titres : J'ai coupé le téléphone -/- Les doigts dans la porte

L'autre jour, je suis tombé sur une vidéo que quelqu'un avait partagée de Françoise Hardy mimant sa chanson Les doigts dans la porte en bord de mer. Ça m'a surpris car cette chanson n'est sortie qu'en face B d'un 45 tours et je n'imaginais pas qu'il ait pu y avoir un passage télé à l'époque pour en faire la promotion.
Je connais bien ce 45 tours dont la face A est J'ai coupé le téléphone car, il y a environ trente ans, je suis tombé sur quatre ou cinq exemplaires de ce disque dans un magasin, qui était peut-être l'un de ceux de la chaîne Assaut à Reims ou Châlons. C'était vraiment pas cher et je les ai pris tous. Depuis, j'en ai donné aux copains et peut-être revendu un ou deux. Mais j'en ai gardé un, bien sûr.
Ce disque est l'un des tous derniers publiés par Françoise Hardy chez Vogue. Quand j'ai fait le calcul, j'ai eu comme un vertige de me rendre compte qu'elle n'avait que vingt-cinq ans en 1969 quand ce disque est sorti. C'est impressionnant puisque, depuis 1962, quelques mois avant les débuts des Beatles, elle avait multiplié les succès (souvent écrits par elle) et sorti des dizaines de 45 tours et neuf albums !
Les deux titres sont très courts (le plus "long" atteint à peine les deux minutes).
Pour Les doigts dans la porte, c'est Jean-Claude Vannier et son Orchestre qui accompagnent et ça s'entend. La chanson est signée Ariel Silber et Eddy Marnay, mais quand on écoute les paroles on a du mal à s'empêcher de penser à Jacques Dutronc. C'est enlevé, très rythmé et il y plein de cordes (sans surprise, avec Vannier...). Cette chanson a été réenregistrée en 1970 sous le titre Das tut weh sur l'album Traüme, paru uniquement en Allemagne.
J'ai coupé le téléphone est une composition de Françoise Hardy, et Jean-Pierre Sabar et son orchestre l'accompagnent. On est dans un tempo qui lui est plus familier et, dans l'ensemble, ça reste une bonne face A de 45 tours, avec de la guitare électrique et même un peu de sifflement !
Les deux titres de ce 45 tours, ainsi que Comment te dire adieu, ont été inclus en 1970 sur l'édition originale de la compilation Françoise, mais Les doigts dans la porte a été remplacée sur l'édition parue quelques mois plus tard chez La Guilde Internationale du Disque/Concert Hall. C'est évidemment celle que j'ai, dommage.
Comme souvent, la publicité pour les derniers 45 tours Vogue glissée à l'intérieur du disque est assez fascinante. J'y ai notamment repéré J'ai rien à perdre / Je ne sais pas par Les Extrêmes, Grégoire, il est 7 heures par Hippolito et un 45 tours par Les Zora-Gloutons ! Comme quoi, il m'en reste beaucoup, des disques Vogue à découvrir...




14 juillet 2017

SISTER SLEDGE : He's just a runaway


Acquis sur le vide-grenier de Vermand le 16 avril 2017
Réf : 11 676 -- Édité par Atlantic en France en 1981 -- Offert gracieusement par Bata - Ni repris - Ni échangé
Support : 45 tours 17 cm
Titres : He's just a runaway (Version reggae en hommage à Bob Marley) -/- He's just a runaway (Version disco)

A Vermand en avril dernier, le jour où j'ai acheté les compilations Rock of the 80's et Surprise-partie chez mes voisins, j'ai aussi trouvé, à un autre stand, une grosse poignée de 45 tours à 20 centimes, dont ce disque de Sister Sledge.
La notion d'un disque en hommage à Bob Marley en 1981, juste après sa mort, m'a interpellé, mais c'est surtout l'autocollant apposé en travers du côté fendu de la pochette qui m'a décidé à le prendre.
On sait d'emblée que ce disque a été diffusé dans le cadre d'une opération commerciale du chausseur Bata. Ça me rappelle des souvenirs. Dans les années 1970-1980, je savais comme toute le monde en France qu'on ne pouvait pas faire un pas sans Bata, mais surtout je connaissais le club de basket de Bataville en Lorraine, qui jouait souvent contre l'Espé Châlons.
Ce n'est que des années plus tard que j'ai eu la confirmation que c'est bien en référence à l'entreprise Bata que la commune s'appelait Bataville, mais je n'imaginais pas à l'époque qu'il y a eu une trentaine de cités Bata dans le monde !
Il n'y a pas grand chose d'écrit sur l'autocollant, mais suffisamment pour que ça pose question. "Offert gracieusement par Bata", est-ce que ça ne serait pas un peu pléonasmatique ?
Et surtout "Ni repris - Ni échangé" ! Alors, voilà une boite qui fait un cadeau à ses clients, mais qui veut d'emblée se protéger contre toute plainte ou récrimination. Le cadeau il est gratuit gratuit, mais surtout on ne veut plus en entendre parler. Qu'il soit à la bonne taille ou non, que la musique vous plaise ou non, donner c'est donner et qu'on n'en parle plus ! Surprenant...
Bon, alors on va l'essayer, ce 45 tours.
Il y a la même chanson sur les deux faces. En face B, la version disco originale de He's just a runaway, un titre de l'album All American girls, démarre plutôt bien avec une intro électro-rock. La suite est un peu moins bien, mais c'est un titre qui passe assez bien la rampe, dans le style disco habituel du groupe.
La face A est donc une nouvelle version de la chanson, dans un style reggae, en hommage à Bob Marley, mort le 11 mai 1981. Et là, c'est très décevant, car en fait de reggae, on a ici quelque chose qui singe effectivement le style tardif des Wailers, mais qui est tout raide et ne chaloupe pas. On ne dépasse pas le niveau de la curiosité.
L'aînée des soeurs Sledge, Joni, est morte en mars dernier, mais ça n'empêche pas le groupe de continuer à tourner : il sera en concert demain à Londres.



09 juillet 2017

THE CRITTERS : Younger girl


Acquis chez Okazou à Fagnières le 1er juillet 2017
Réf : CKLD 4014 -- Édité par Kapp en France en 1966
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

En se garant sur le parking du centre commercial, on a repéré ce dépôt-vente qu'on ne connaissait pas, avec de façon étonnante plusieurs personnes qui faisaient la queue devant le magasin avant l'ouverture.
Après avoir fait nos courses, et bien qu'il se soit mis à pleuvoir à seaux, j'ai décidé d'aller y faire un tour, des fois qu'ils aient quelques CD intéressants.
Le magasin avait l'air bien vide quand je suis entré, tout simplement parce que c'était en fait le tout premier jour d'ouverture de ce nouveau point de vente (d'où les gens qui attendaient l'inauguration...) et tout le stock n'était pas en place.
Aucun CD, donc, mais deux corbeilles de 33 tours  posées par terre.
Au premier regard, ça avait l'air en très bon état, pas trop cher (2 €), mais je voyais surtout de la variété.
Puis j'ai commencé par trouver Emotional rescue des Stones (pas intéressé), mais j'ai été très content de tomber sur un exemplaire en parfait état, complet avec son livret agrafé, de la désormais légendaire compilation Story of The Who, qui joue un rôle déclencheur essentiel dans le roman La double vie de Pete Townshend de l'ami Christophe Sainzelle.
C'était déjà pas mal, mais j'ai continué à regarder les quelques cinquante-soixante disques qu'il devait y avoir, et je suis tombé sur d'autres disques plus ou moins "rock" (Supertramp, l'excellente double compilation des Stones période Decca Rolled gold, que j'ai déjà, Destroyer de Kiss, un double du fou de la gâchette Ted Nugent) que j'ai pris le parti de laisser pour les passionnés ou les requins qui allaient forcément venir après moi, mais j'ai pris sans hésitation deux "pièces", deux 33 tours des années soixante que je n'avais jamais vus, les premiers albums des Royal Guardsmen et des Critters.
Ces deux disques ont été édités en France par Vogue. J'ai de la chance des temps-ci avec disques des années soixante de cette maison, puisque l'an dernier j'en avais trouvé de façon tout aussi inopinée un lot très intéressant avec notamment une compilation de Dion.
Je me souviens que l'an dernier on avait parlé avec Philippe R. des Royal Guardsmen car il avait trouvé en broc leur EP Snoopy vs. the Red Baron. Là, j'ai l'album correspondant. Je partage l'avis de Philippe comme quoi ce n'est pas renversant, mais en temps normal un disque comme ça aurait directement eu sa place ici. Sauf que je lui ai préféré l'album de The Critters, car c'est un groupe dont je n'avais je crois jamais entendu parler et le disque me plaît plus.
Le groupe comptait cinq membres, qui nous sont présentés à l'ancienne au dos de la pochette, dont trois compositeurs-chanteurs (les deux guitaristes et l'organiste) et un batteur presque caricatural, qui "ne s'intéresse qu'à la batterie et à la vitesse en motocyclette" !
L'album a été enregistré en 1964-1965 et est sorti au printemps 1966. Trop tôt pour parler de psychédélisme, donc, mais leur musique est une pop qui oscille entre une légèreté qui tend vers le bubblegum et un son plus électrique/garage.
Le problème est que leur label favorisait le premier aspect du groupe. Du coup, les deux singles/tubes de l'album, Younger girl, reprise d'un titre du premier album de Lovin' Spoonful, et Mr. Dieingly sad, sont certes très des confections légères et très agréables, influencées par les Beatles et les Byrds, mais un peu molles du genou.
C'est le cas de la majorité de l'album, mais les quatre titres rapides qu'on y trouve, Best love you'll ever have (ici titré par erreur Best love you ever had), It just won't be that way, Blow my mind et Everything but time, donnent une toute autre tonalité au groupe. Réunis sur un EP, ils auraient constitué une vraie perle à rendre fous les collectionneurs. Malheureusement, on trouve seulement deux de ces titres sur l'EP français Mr. dieingly sad ou son équivalent espagnol Younger girl.
Par la suite, The Critters ont eu un autre tube, avec le 45 tours hors album Don't let the run fall down on me, avant de connaître plusieurs changements de personnel, notamment parce que certains de ses membres ont été conscrits.
Le groupe s'est séparé après deux autres albums. Le batteur est peut-être bien reparti à motocyclette. L'organiste Chris Darway, auteur et chanteur de deux de mes titres préférés ici, s'est tourné vers la peinture. Le contrebassiste électrique Kenny Gorka a longtemps été co-propriétaire du club The Bitter End à New York. Les guitaristes Jimmy Rian et Don Ciccone ont poursuivi leur parcours comme musiciens, avec Carly Simon, Frankie Valli and the Four Seasons ou Tommy James and the Shondells, notamment.
Je me demande encore ce que faisaient The Critters sur le parking du centre Leclerc à Fagnières et je n'en reviens pas d'avoir encore la chance de faire quelques trouvailles de ce genre en 2017. Espérons que cela va continuer !

L'album est intégralement en écoute sur YouTube.
En 2012, Cherry Red a réédité Younger girl en CD. On le trouve actuellement pour pas cher, et il contient 14 titres en bonus pour en faire l'intégrale des enregistrements des Critters pour Kapp et Musicor.





02 juillet 2017

JACK SCOTT : There comes a time


Offert par Claire B. à Châlons-en-Champagne le 1er juillet 2017
Réf : REL 10.070 -- Édité par London en France en 1961
Support : 45 tours 17 cm
Titres : There comes a time -- Baby Marie -/- The way I walk -- Midgie

Pour les disques, elle a du flair ma sœur Claire !
Depuis quelques temps, elle a pris la bonne habitude d'acheter à mon intention un ou deux 45 tours lorsqu'elle en trouve en brocs. Jamais cher, toujours au pif, mais pas complètement au hasard puisque, la plupart du temps, elle tombe sur des disques susceptibles de m'intéresser, la preuve en est qu'il y en a quelques-uns que j'ai déjà, comme récemment le Space Art que je venais de chroniquer.
La semaine dernière, elle a enchaîné à Châlons les deux mêmes vide-grenier au Mont-Héry et au square Robert Antral qui en 2016 m'avaient rapporté le Johnny "Rock" Feller et le Sister Rosetta Tharpe. Je les avais trouvés au Mont-Héry. Elle, c'est au square qu'elle a acheté trois EP pour 2 € : celui-ci, une bizarrerie associant Louis Armstrong et Bing Crosby, et le Deep in the heart of Texas de Ray Charles en meilleur état que l'exemplaire que j'avais déjà.
Quand Claire m'a annoncé au téléphone qu'elle m'avait acheté un disque de Jack Scott, j'ai eu un coup au cœur. Je lui ai demandé de me donner les titres du disque. Il y a eu un peu de suspense car le titre que j'espérais entendre, The way I walk, n'est que le troisième du disque, mais je n'en reviens toujours pas d'avoir désormais un exemplaire d'époque de l'enregistrement original de cette chanson.
En effet, pour moi, Jack Scott n'est associé qu'à cette chanson, surtout à la version que The Cramps ont enregistrée en face B de leur premier single, reprise sur le maxi Gravest hits.
Mais la carrière de Jack Scott, né au Canada en 1936, ne peut se résumer à ce seul titre. Il a fait ses débuts sur disque en 1956 et a placé dix-neuf titres sur une période de trois ans et demi dans le classement Billboard des meilleures ventes, presque tous écrits par lui. Cet EP reprend ses septième et huitième singles, sortis tous les deux en 1959 aux États-Unis.
Je ne sais pas comment cet exemplaire a atterri à Châlons, mais c'était à l'origine un cadeau. Il y a un message pour l'accompagner, non pas sur la pochette comme le plus souvent, mais sur les deux étiquettes centrales, en anglais sur une face, en espagnol sur l'autre, pour dire à peu près la même chose : c'est en souvenir du premier disque de Jack Scott et pour l'anniversaire de Françoise.
Sans aucun doute, la perle ici c'est quand même The way I walk. C'est surprenant au départ car, même si les paroles sont les mêmes ("Touch me baby and I'll go hog wild"), il n'y a rien de comparable dans le chant de Jack Scott avec la sauvagerie de Lux Interior, et les premières secondes laissent penser qu'on va avoir affaire à quelque chose d'un peu trop propret. Mais c'est une chanson très riche, avec plein d'écho sur le chant, les chœurs doo-wop des Chantones, un solo de saxophone très rhythm and blues par George Katsakis des Royaltones, suivi d'un autre de guitare, très rockabilly.
Chez Michigan Rock and Roll Legends, on apprend que ce titre a été enregistré juste avant que Scott soit appelé à l'armée début 1959. Il n'avait écrit que deux couplets alors, pour faire durer le plaisir, il a fait répéter "Oo-wee, oo-wee, oo-wee, oo-wee, doo-wah" aux Chantones. Au bout du compte, ça fait beaucoup pour l'originalité et l'étrangeté de cette chanson.
Avec les mêmes participants, la face B de ce single, Midgie, est excellente également, dans un moule rockabilly plus classique.
Ma première réaction à l'écoute de There comes a time, c'est que c'était beaucoup plus gentillet, un titre sur un tempo moyen, dans la veine de ce qu'Elvis Presley faisait avec les Jordanaires. C'est vrai, mais c'est d'excellente tenue, parfaitement chanté, et c'est tout sauf de la soupe. Baby Marie poursuit dans ce style.
Avec un disque comme ça qui m'arrive sur un plateau, moi je dis que la vie est belle. A ce rythme, plus besoin d'aller retourner des dizaines de disques de variétoche de bon matin sous la pluie pour ne rien trouver. Je vais me contenter de réceptionner les cadeaux, et il n'est pas obligatoire d'être de ma famille pour m'en faire. Mais avec ce disque et le Yesterday's Children de Philippe R. l'an dernier, la barre est placée haute !

01 juillet 2017

DAVID MARTIAL : Lucie


Acquis sur le vide-grenier de Ludes le 21 avril 2013
Réf : RC 60 -- Édité par Aux Ondes/Disques Célini en France en 1966
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Lucie -- Jerk vidé -/- Élise -- Méringué

Depuis des années, sachant que les disques intéressants du domaine du rock au sens large sont de plus en plus difficiles à dénicher sur les vide-greniers, j'ai reporté mon attention et mes espoirs de trouvailles sur des disques bizarres ou improbables et sur des productions d'ailleurs dans le monde entier. Et si on a la chance de trouver certains de ces disques "exotiques" égarés au fin fond de nos provinces françaises, c'est bien souvent parce que des touristes les ont ramenés en souvenir de leurs vacances.
Cela fait bien longtemps maintenant que des disques africains sont très recherchés et réédités. Désormais, tous les lieux de productions musicaux et tous les styles musicaux, même les plus obscurs, font l'objet de rééditions, notamment, pour ce qui concerne ceux auxquels je m'intéresse et que j'ai l'occasion d'acheter, les disques des Antilles et de l'Océan Indien.
Ainsi, ces dernières années, on a vu sortir les compilations Tumbélé !, Haiti direct ou Sol souk séga.
Rien qu'en juin, Strut a sorti la compilation Oté Maloya, qui se concentre sur les débuts du Maloya électrique à La Réunion, tandis que Born Bad passait en revue le boogaloo aux Antilles avec Disque la rayé.
C'est ce dernier disque qui a particulièrement retenu mon attention.
Dans tous mes disques antillais, il y beaucoup de titres étiquetés Compas, Cadence rampa, Biguine, Tumbélé, Meringue, Boléro, Mazurka, mais très peu de Boogaloo.
C'est sûrement pourquoi, s'il y sur Disque la rayé plusieurs artistes dont j'ai des disques (Maurice Alcindor, Henri Debs, Les Vikings), le seul titre effectivement présent dans ma collection, c'est Jerk vidé de David Martial.
J'ai acheté ce disque un jour où je me suis aventuré sur les anciennes terres de Philippe R. à Rilly-la-Montagne et Ludes.
On connaît tous David Martial pour son tube de 1976 Célimène, mais si j'ai acheté ce 45 tours, c'est avant tout parce que, depuis que l'ami Le Vieux Thorax me l'a conseillé, j'achète tout ce que je vois passer du label Aux Ondes/Disques Célini.
Quand ce 45 tours est sorti en 1966, David Martial, qui a fait au fil des années plusieurs aller-retour entre la Guadeloupe et la France métropolitaine, avait déjà une longue carrière derrière lui, puisque ses premiers enregistrements remontent au début des  années 1950 avec l'orchestre Del's Biguine, comme l'explique Jean-Pierre Meunier dans le livret d'une réédition parue chez Frémeaux.
Je n'ai pas chroniqué ce disque au moment où je l'ai acheté car il ne m'avait pas complètement emballé, et surtout parce que je lui avais préféré le 45 tours des Kajulu Boys acheté le même jour.
Il faut dire que cet EP s'ouvre avec le titre qui me plaît le moins, le slow Lucie. Lucie, c'est bien sûr l'une des très nombreuses cousines de l'Aline de Christophe. Je n'ai pas fait le recensement complet des prénoms féminins chantés par David Martial (il y aussi Élise ici), mais bien avant Célimène il s'en était presque fait une spécialité, puisqu'il y en pas moins de quatre (Laetitia, Ernestine, Marie Josée, Marie Clémence) rien que sur son premier album Show folklore.
Vient ensuite le titre sélectionné par Born Bad, Jerk vidé, présenté comme un boogaloo-jerk. C'est un excellent choix puisque c'est de loin le meilleur ici à mon goût, avec un son et un groove quasiment à la 96 tears, avec la basse chaloupée, l'orgue et le cuivre.
La face B n'est pas mauvaise du tout avec enchaînés une excellente biguine, Élise, et Méringué.
Avec toutes ces rééditions, ces disques antillais vont être mieux connus et recherchés par plus d'amateurs, mais j'espère continuer à en trouver régulièrement au fil de mes pérégrinations.



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