04 juin 2017

NINA SIMONE : My sweet Lord (Spécial club)


Acquis sur le vide-grenier de Dizy le 28 mai 2017
Réf : PR 005 -- Édité par RCA en France en 1972 -- Tirage limité - Vente interdite au public
Support : 33 tours 30 cm
Titres : My sweet Lord -/- My sweet Lord

Dimanche dernier, on s'est pointé à dix heures trente passées sur la broc de Dizy, sympa et pratique, installée sur les deux côtés d'une avenue qui traverse le bourg.
Autant dire que, arrivant après des dizaines de collectionneurs, je ne visais pas la bonne affaire exceptionnelle. Je m'attendais même à revenir bredouille mais, dans une caisse d'une petite quinzaine d'albums qui ne payaient pas de mine (des compilations de reprises de succès par des groupes anonymes, principalement), je suis d'abord tombé sur Rock anthology vol. 2, encore un disque a priori quelconque, sauf qu'il n'est pas crédité à un anonyme, mais au seul Albert King.
Le moment était venu de demander au camelot le prix de ses disques. Il m'a répondu 20 centimes, et j'étais déjà bien content de ma journée. Précisons que ce disque est une (ré)édition d'avant 1971 (C'est un BIEM) de l'album King, does the King's things de 1969, qui est bien une anthologie du rock puisque, on l'aura compris, Albert n'y fait que des reprises d'Elvis Presley. Pas un mauvais disque, mais je n'aime pas trop le chant d'Albert, et le son typique de Stax est à mon goût trop en retrait sur cette production du label de Memphis.
Je n'imaginais pas trouver un autre disque intéressant dans la poignée qui restait dans la caisse. Et pourtant ! J'ai vu le verso d'une pochette, avec un texte imprimé en écriture manuscrite sur fond noir, et j'ai aperçu les mots Nina Simone. J'ai retourné la pochette et j'ai constaté qu'il s'agissait d'un disque que je n'avais jamais vu. J'ai sorti le disque, et j'ai vu que c'était un maxi promo avec le même titre sur les deux faces. Bingo !

Le texte au dos de la pochette est sûrement dû à un responsable commercial de chez RCA, mais je n'arrive pas à déchiffrer sa signature, qui commence par un "J" majuscule, comme le "Je" de son texte.
Il s'adresse visiblement aux DJs des boites de nuit et aux animateurs de radio qui avaient fait un succès du 45 tours My way, en leur proposant ce My sweet Lord, "enregistré lors d'un show télévisé public contre la guerre du Vietnam organisé par Jane Fonda".



Il ne m'a pas fallu trop longtemps pour apprendre que cet enregistrement a été publié en 1972 sur l'album Emergency ward.
My Sweet Lord, en medley avec le poème Today is a killer écrit par David Nelson des Last Poets, y occupe entièrement la première face. Contrairement à l'habitude, la version "club" de mon disque n'est pas plus longue que l'originale, mais plus courte puisque, à 14'37 ici, on a un titre amputé de près de 4' par rapport à la version album, minutes qui ont dû être prises au début et à la fin. Par contre, même si les crédits ne le mentionnent pas, on y entend bien Today is a killer.
Les conditions d'enregistrement de ce titre sont intéressantes à connaître. J'ai trouvé des informations détaillées à ce sujet dans le livre Nina Simone, une vie de David Brun-Lambert, dont on peut lire de larges extraits en ligne.
L'enregistrement a eu lieu dans le cadre de la tournée Free the army organisée par Jane Fonda et Donald Sutherland contre l'intervention américaine au Vietnam. Un documentaire sur cette tournée, F.T.A. (pour "Free the army", officiellement, mais tout le monde comprenait "Fuck the army"), est sorti en 1972, mais bizarrement il n'est resté en salles qu'une semaine. Il a depuis été réédité en DVD. Voici sa bande annonce.


La bande annonce pour la réédition en DVD de FTA.

Le concert de Nina Simone a eu lieu le 18 novembre 1971 à Fort Dix en l'honneur de soldats noirs de retour au pays. Apparemment, le public l'a attendue pendant des heures. Quand elle est finalement apparue sur scène, dans une ambiance folle, entourée notamment par la chorale Bethany Church Junior Choir de South Jamaica à New York, par son frère Sam et sa fille Lisa, elle leur a directement balancé cette version épique du tube de George Harrison. 
My sweet Lord, c'est à la fois le premier 45 tours solo de l'ex-Beatles, son plus grand succès dans les classements des ventes et aussi le titre qui a terni sa réputation, puisqu'il a perdu un procès intenté pour la trop grande ressemblance avec le He's so fine des Chiffons.
Nina Simone met vraiment la chanson à sa sauce. Elle modifie les paroles : plus de références à Krishna ou Rama, ici, seulement des "Alléluia" pour cette version gospel/chrétienne prise sur un rythme effréné, rythmée par les chœurs, les percussions, des claquements de main et une basse énorme.
Difficile d'écouter cette chanson sans se bouger, sans chanter et sans finir quasiment en sueur.
L'insertion du poème des Last Poets, sur la fugacité du bonheur et des rêves et le caractère meurtrier du quotidien, renforce la chanson et montre à quel point Nina Simone s'est impliquée dans l'interprétation de ces deux œuvres.
Malgré les envois promotionnels (il y a aussi eu un 45 tours promo avec une version très raccourcie mais pas de sortie commerciale), je ne crois pas que l'album Emergency ward s'est particulièrement bien vendu en France, mais je suis fort content d'avoir glané cette rareté.

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