29 octobre 2017

BOBBIE GENTRY : Ode to Billie Joe


Acquis sur le vide-grenier du Triangle magique à Épernay le 12 mars 2017
Réf : 5950 -- Édité par Capitol aux États-Unis en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ode to Billie Joe -/- Mississippi delta

C'était une des premières brocantes de cette année. Il faisait plutôt beau et je suis tombé sur Damien R. au moment où il payait des 45 tours à 50 centimes sur un stand. On a discuté pendant que je passais en revue presque machinalement les 45 tours, presque tous de variétés. Quand j'ai repéré ce superbe logo Capitol sur un disque sans aucune pochette, j'ai regardé ce que c'était,j'ai récupéré une pochette blanche sur un autre disque et, alors qu'on se dirigeait vers le stand suivant, Damien était tout surpris de voir que j'avais payé et emporté le disque pendant qu'on discutait.
Comme souvent, on se demande comment un disque américain a pu se retrouver à Épernay mélangé à ce qui visiblement n'est pas une collection très pointue. Mais j'ai été bien content de récupérer cette Ode to Billie Joe, un tube mystérieux et envoûtant qui fêtait justement ses cinquante ans cette année.
Comme beaucoup de français de ma génération, je connais bien cette chanson. J'ai dû l'entendre souvent à la radio et à la télé dans la première moitié des années 1970, mais ce n'est pas la version originale par Bobbie Gentry que je connais, mais la reprise par Joe Dassin sous le titre de Marie-Jeanne.
Dans son arrangement et ses paroles, cette adaptation cherche, même si c'est parfois maladroitement, à rester proche de l'original et c'est son grand intérêt, car elle a permis à tous les français de comprendre les paroles de la chanson, qui sont pour beaucoup dans son succès.
En effet, musicalement Ode to Billie Joe est toute simple, même si elle est prenante, avec la guitare de Bobbie Gentry, une basse et des cordes, mais ce sont ses paroles qui focalisent l'attention depuis un demi-siècle. Elles décrivent pourtant une situation toute simple, une scène de repas familiale dans une ferme du Mississippi, où il est question de la grande nouvelle du jour, le fait que Billie Joe MacAllister a sauté du pont sur la Tallahatchie. Et les questions que tout le monde se pose tournent autour de la relation entre la narratrice et Billie Joe, de ce qu'ils auraient jeté dans la rivière quelques jours plus tôt et bien sûr des raisons du suicide.
Il n'y a pas et il n'aura jamais de réponse à ces questions. Bobbie Gentry elle-même a dit qu'elle ne les connaissait pas. Apparemment, le thème principal de la chanson pour elle est l'indifférence de la famille à l'annonce de la mort de Billie.
Il se murmure de longue date que la chanson durait initialement sept minutes plutôt que quatre et que des couplets avaient été supprimés, qui éclaireraient peut-être les choses.
J'ai cru tenir le bon bout en découvrant les paroles manuscrites du début de la chanson, qui ont été exposées en ligne par la Bibliothèque JD Williams de l'Université du Mississippi.
Figurez-vous qu'il y a un bien un couplet en plus, avec un premier vers rayé à propos d'une Sally Jane Ellison qui a quitté la ville depuis la première semaine de juin, mais non seulement ce couplet n'apporte pas de réponses aux questions communément posées, mais c'est sûrement une bonne décision de l'avoir supprimé car sinon la chanson aurait quand même été moins mystérieuse. En tout cas, et ce n'est pas courant, cette chanson a marqué les esprits au point, en 1976, d'inspirer le film du même titre, écrit par Herman Raucher et réalisé par Max Baer, Jr.



J'ai été tout surpris à l'écoute de la face B du 45 tours, Mississippi Delta. Après Ode to Billie Joe, je ne m'attendais pas à entendre un titre électrique, de très bonne facture, qui n'est ni plus ni moins que du swamp rock, à la manière de ce qui allait faire le succès de Creedence Clearwater Revival peu de temps plus tard. A l'origine, c'est cette chanson qui devait être le titre principal du 45 tours, mais très vite les radios et le public ont préféré l'autre face.
Ode to Billie Joe a eu un énorme succès. Le 45 tours et l'album du même titre ont délogé les Beatles des classements des ventes aux États-Unis, ce qui n'était pas rien en 1967.
Bobbie Gentry a enchaîné les disques dans les années suivantes, dont une album avec Glen Campbell en 1968. Elle a eu d'autres succès, notamment en Angleterre, mais qui n'ont jamais atteint celui de ce premier disque. Elle a animé ses propres émissions de télé, a monté des spectacles pendant plusieurs années à Las Vegas. Elle a joué ainsi le jeu du show business pendant toutes les années 1970, mais au début des années 1980 elle a visiblement décidé de quitter la vie publique. Elle vivrait actuellement dans le Mississippi, pas très loin de la rivière Tallahatchie. Le pont dont il est question dans la chanson a été détruit en 1972, mais Bobbie Gentry nous a laissé son ode à Billie Joe.

On trouve depuis 2012 chez Kill Me Sarah une chronique de Marie-Jeanne et Ode to Billie Joe, qui prouve au moins une chose, c'est que nous sommes de la même génération.


27 octobre 2017

MODELS : Unhappy


Acquis au Record and Tape de Notting Hill Gate à Londres en 1984
Réf : AMS 8212 -- Édité par A&M en Angleterre en 1982 -- Promotion copy. Not for resale.
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Unhappy -/- Rate of change

Models est un groupe new wave australien qui doit être à peu près inconnu en France, ne serait-ce que parce qu'aucun de ses disques n'a jamais été diffusé par chez nous (La seule exception est peut-être le deuxième album, Local &/or general, celui qui contient les deux faces de ce 45 tours, dont il existe un pressage hollandais. Or, A&M était distribué par CBS, qui pressait en Hollande ses disques pour toute l'Europe continentale).
Pour ma part, j'ai découvert Models, comme souvent à l'époque, en fouillant dans la cave du Record and Tape Exchange à Londres. J'y ai d'abord trouvé leur premier album de 1981 AlphaBravoCharlieDeltaEchoFoxtrotGolf pour la somme faramineuse de 10 pence (soit guère plus de centimes d'euro). C'était complètement au pif, mais je ne l'ai pas laissé passer.
J'ai écouté le disque, il m'a bien plus, alors quelques temps plus tard j'ai investi, au même endroit, vingt fois plus d'argent (2 £) pour m'offrir l'album suivant, Local &/or general.
Notons que ces deux albums sont des exemplaires promo, revendus par des professionnels pour se faire un revenu complémentaire. Ces disques n'ont pas dû se vendre suffisamment en Angleterre pour qu'il s'en retrouve ensuite dans le marché de l'occasion.
Entre ces deux achats, probablement, j'avais acheté ce 45 tours promo du deuxième single tiré de l'album. Il en existe une version avec la même pochette que dans le commerce, mais celle-ci est très moche et je crois que je préfère ma pochette générique du label qui rend un bel effet quand elle est associée avec l'étiquette du disque.
C'est le guitariste-chanteur Sean Kelly qui est la figure principale du groupe sur la durée mais, dans les premières années, les autres membres du groupe (Janis Freidenfelds, Mark Ferrie et Andrew Duffield), composaient tous des chansons, dont certaines comptent parmi mes préférés.
Dans un entretien pour Australian Musician Magazine, Sean Kelly revient sur le parcours de Models et notamment sur la période de production du deuxième album.
Des démos ont été enregistrées en Australie pour le label australien Mushroom, puis le groupe est parti enregistrer l'album en Angleterre pour A&M, qui venait de les signer. Mushroom a trouvé les démos tellement bonnes qu'elles sont sorties en Australie sous la forme du mini-album Cut lunch, qui a eu du succès. Local &/or General est sorti ensuite, avec des photos de pochette signées Anton Corbijn et une nouvelle version de trois des six titres de Cut lunch.
La musique de Models est une new wave très pop et peu synthétique. Parmi les groupes de l'époque, on peut les rapprocher des Nits, d'Original Mirrors ou d'XTC, ou aux États-Unis de Human Sexual Response, des dB's ou des Bongos.
Unhappy est une excellente chanson, bien représentative du groupe, complète avec ses rires moqueurs. Les paroles sont toutes simples ("Le bonheur est absurde. J'aimerais vraiment être heureux, ça doit être mon tour."). La chanson se termine sur une voix de speaker professionnel qui doit lire une petite annonce de rencontres (un peu comme pour Top ten sexes de Lewis Furey).
C'est dommage que ce soit coupé ici entre les deux faces du 45 tours, mais sur l'album ça enchaîne directement sur Rate of change, un instrumental à l'atmosphère caribéenne, que j'aimais beaucoup à l'époque, tout comme Uncontrollable boy (I'm just an), le titre chanté dans la même veine qui était sur le premier album. Ça préfigurait sûrement mon intérêt pour la musique des Antilles.
Je conseille en tout cas aux amateurs du genre de se mettre en quête de ces deux premiers albums de Models. Il n'y a pas eu de grand programme de rééditions, mais plusieurs compilations CD ont été publiées, et les disques originaux ne sont pas très cotés.

22 octobre 2017

MICHOU : Largu' la sauce


Acquis chez Hervé L. à Épernay le 24 juillet 2017
Réf : 77.0018 -- Édité par Royal en France en 1978
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Largu' la sauce -/- Tombé levé

Après le Marie-Josée et Roger Clency et le Goguin Hounzinmé, voici un troisième disque pêché chez Hervé cet été.
J'avais déjà trois disques de Michou, une chanteuse de La Réunion qui a démarré sa carrière très jeune sous la houlette de son père Narmine Ducap. Sur les deux premiers, l'un où elle accompagne Narmine et ses Rythmes et l'autre où elle chante L'amour y fait mal, elle a une voix de gamine. J'ai aussi un de ses succès de 1977, Mam'zelle Paula.
Quand ce 45 tours est sorti en 1978, Michou avait 18 ans et sa voix avait mûri. Dès la première écoute, les deux chansons m'ont beaucoup plu. Largu' la sauce est un excellent titre de Maloya, doux et serein, et les chœurs sur le refrain sont du plus bel effet. Tombé levé est plutôt du séga il me semble, et là il y a une partie de cuivres remarquable.
Pour une fois, j'ai trouvé une transcription des paroles des chansons (Largu' la sauce et Tombé levé). Ça aide un peu, mais pas de miracle : je ne comprends pas le créole pour autant !
Les mots du titre Larg' la sauce m'ont évidemment évoqué celui de l'album Largue la peau de Sages Comme Des Sauvages et aussi le Larg pa lo kor de Christine Salem.
Ce n'est qu'après coup que j'ai découvert que l'album Vol. 1 - Tombé levé de Michou, dont ce 45 tours est tiré, avait été enregistré non seulement avec Narmine Ducap et ses musiciens, comme d'habitude, mais aussi avec les membres du groupe Caméléon, parmi lesquels on comptait Renaud et René Lacaille, Loy Ehrlich et le désormais légendaire Alain Peters, dont Sages Comme Des Sauvages a justement repris deux titres sur son album. Tous les liens se tissent !
Michou quant à elle se produit toujours régulièrement sur scène. Sa fille Laurence poursuit la lignée familiale en se produisant sous l'intitulé Laurence Acoustic Songs.

21 octobre 2017

BILLY ZE KICK ET LES GAMINS EN FOLIE : Mangez-moi ! Mangez-moi ! Remix


Acquis sur le vide-grenier de la rue de l'Hôpital à Épernay le 16 août 2015
Réf : 2428 -- Édité par Shaman en France en 1994 -- Disque promo interdit à la vente
Support : 33 tours 30 cm
Titres : Mangez-moi ! Mangez-moi ! (Funik remix) -- Mangez-moi ! Mangez-moi ! (Chicken remix) -/- Mangez-moi ! Mangez-moi ! (Ragga mix) -- Le chant du Ψlo

Une chanson pour un après-midi d'automne...
Il y a deux ou trois vide-greniers par an rue de l'Hôpital à Épernay. J'en suis souvent rentré bredouille mais, au fil du temps, j'y ai quand même trouvé un bon paquet de disques intéressants, dont plusieurs ont été chroniqués ici.
Mais, en août 2015, j'y ai carrément fait une bonne moisson, puisque j'en suis revenu avec des singles CD d'XTC et de Tindersticks, le CD regroupant ensemble les deux albums des Marine Girls et des 45 tours d'Eric B. and Rakim et Jeanette. Sur un même stand, j'ai aussi acheté trois maxis promo qui venaient sûrement d'un DJ de discothèque ou d'un animateur radio : un extrait "Spécial club" de la compilation Pop à Paris, Beaux dimanches d'Amadou et Mariam et ces remixes du tube de Billy ze Kick et les Gamins en Folie.
Comme j'ai eu l'occasion de le raconter il y a déjà plus de onze ans et demi, j'ai eu la chance de voir le groupe en concert le 7 décembre 1991 à Rennes à l'occasion d'un apéro-concert organisé par la Férarock. Du coup, ça fait bien longtemps que j'ai plusieurs versions de Mangez-moi! Mangez-moi !, mais j'ai quand même été bien content de récupérer ce maxi, ne serait-ce que parce que sa pochette, colorée et joyeuse, est à mon sens la plus réussie des trois (les deux autres étant celle du maxi aux Productions du Fer et celle du tube chez Shaman). En plus, elle s'accorde parfaitement avec le Rigolus qui sert d'emblème à Vivonzeureux!.
On peut juste avoir l'impression fugitivement que les psylos sont des spermatozoïdes grossis quelques milliards de fois, mais ça c'était déjà vrai dès les débuts du groupe puisque, sur le carnet de chant distribué lors de leurs premiers concerts, ils avaient cru bon de préciser à propos du champignon : "Attention, ceci n'est pas un spermatozoïde !!".
De mon côté, j'ai toujours eu un problème avec l'expression "Ouvre les volets de la perception" car, même sans jamais avoir ingurgité de champignons hallucinogènes, je visualise à chaque fois que je l'entends un fonctionnaire des impôts qui ouvre boutique !



En lisant aujourd'hui la biographie du groupe, j'ai appris que c'est une chronique du premier album de De La Soul dans Les Inrockuptibles (où il était question de "gamins en folie ne respectant rien et pillant les poubelles de la musique") qui avait inspiré à la fois le choix de son nom et la chanson 1er avertissement.
Je trouve assez maladroit de la part du label Shaman d'éditer un maxi à l'attention des radios et des discothèques et de le faire tourner en 33 tours : on sait bien que les DJ préfèrent les 45 tours et on peut être certain que nombre d'entre eux se sont fait avoir et ont passé le disque à la mauvaise vitesse.
Sur la face A, on trouve deux remixes qualifiés de "consensuels". Je ne sais pas trop ce qu'il faut comprendre, si ce n'est qu'ils sont un style techno-house sans grande originalité et se dispensent du sample du Right time des Mighty Diamonds qui forme l'ossature des mixes originaux, qu'on retrouve en face B.
Ces remixes n'ont rien d'infamant mais, comme souvent, ils n'apportent pas grand chose d'intéressant à la chanson. J'ai quand même une préférence le Chicken remix et sa ligne de basse par rapport au Funik remix. Deux autres remixes "danse" de Mangez-moi ! Mangez-moi ! ont été publiés plus tard sur le maxi d'O.C.B.
Pour une fois, la version de ce maxi diffusée commercialement est peut-être plus intéressante que ma version promo, car le Ragga mix, la version la plus diffusée du morceau, y est remplacée par une version Remixe-le moi ! qui est une version a cappella pour qu'on puisse laisser libre cours à son imagination musicale.
On est bien loin aujourd'hui des quelques polémiques sur la promotion des drogues qui ont accompagné le succès de Mangez-moi ! Mangez-moi !, mais je repense quand même souvent à ce fait divers relaté dans la presse à l'époque : des gendarmes avaient planqué pendant plusieurs jours dans les bois de Saint-Imoges, entre Épernay et Reims, pour y surprendre des cueilleurs de psylos. Par la suite, le champ avait dûment été passé au bulldozer pour l'en débarrasser des champignons !


Billy ze Kick et les Gamins en Folie, Mangez-moi ! Mangez-moi !, la première vidéo.


Billy ze Kick et les Gamins en Folie, Mangez-moi ! Mangez-moi !, la deuxième vidéo.


Billy ze Kick et les Gamins en Folie, Mangez-moi ! Mangez-moi !, en direct dans l'émission Le Cercle de minuit sur France 2, le 30 mai 1994.


Billy ze Kick et les Gamins en Folie, Mangez-moi ! Mangez-moi !, en direct dans l'émission Nulle part ailleurs sur Canal Plus, en octobre 1994.

15 octobre 2017

TELEVISION PERSONALITIES : Beautiful despair


Offert par Fire Records par correspondance en août 2017
Réf : FIRECD327 -- Édité par Fire en Angleterre en 2017
Support : CD 12 cm
15 titres

Quand, en début d'année, j'ai mis la dernière main à mon Journal d'un fan de chambre sur Television Personalities en y incluant un panorama de tous leurs albums, je n'imaginais pas un instant que, quelques mois plus tard, un "nouvel" album allait paraître, qui rendrait mon travail incomplet.
Fire Records avait déjà réédité au printemps les quatre premiers albums du groupe, d'abord de façon limitée pour le Record Store Day, puis plus largement. Le 21 juillet, le label diffusait sur Instagram une photo énigmatique, reproduisant la pochette de ce disque. Énigmatique mais pas tant que ça puisque, en zoomant sur l'étiquette apposée sur la pochette, on apprenait que cet album précédemment inédit avait été enregistré en 1990, qu'il contenait des chansons inconnues mentionnant les Lemonheads et Felt (et là, mopn cœur a fait un bond car Felt justement est un autre groupe à qui j'ai dédié un livre entier, La ballade du fan) et une autre mentionnant l'ami Alan McGee.
Fire Records m'a gentiment offert un exemplaire du disque, peu de temps avant que sa sortie soit annoncée en exclusivité chez Rough Trade pour le 15 septembre.
J'ai attendu un peu pour chroniquer le disque car je pensais que, comme pour le Record Store Day, une diffusion plus large allait suivre, et j'espérais aussi qu'un ou deux extraits du disque allaient être présentés en ligne, mais un mois plus tard ce n'est toujours pas le cas, tant pis (A la mi-novembre, la sortie du disque a finalement été annoncée pour le 26 janvier 2018).
Le parcours discographique de Television Personalities est plein de trous. Il s'est passé cinq ans entre les albums The painted word et Privilege, et on sait que ce disque était prêt bien avant sa sortie en 1989, chez Fire déjà. Il s'est écoulé encore trois ans avant que n'arrive Closer to God, un marathon de dix-neuf chansons, soit un CD plein à ras bord.
Mais entre-temps, en 1990-1991, Dan Treacy et le bassiste du groupe Jowe Head, ex-Swell Maps et artiste solo par ailleurs, s'étaient retrouvés dans l'appartement de Jowe pendant plusieurs semaines pour enregistrer en quatre pistes les quinze chansons qui sont réunies ici.
Il s'agit donc d'enregistrements maison, mais ce sont plus que des démos : les arrangements sont travaillés (Dan est au chant et à la guitare, Jowe fait tout le reste, basse, guitare, chœurs, cithare, percussions, synthé et programmation de la boite à rythmes). Jowe indique que le projet était alors de terminer ces chansons et de les sortir à un moment donné. Il aura fallu attendre plus de vingt-cinq ans pour que ça se fasse...
Les chansons écrites par Dan ne sont pas pour autant restées dans un placard tout ce temps-là. Le groupe les a souvent jouées sur scène et onze chansons et demie (l'une ne l'a été qu'en version instrumentale) ont été réenregistrées et publiées sur d'autres disque : sept sur Closer to God en 1992 et cinq sur des singles de 1992 à 1996.
Évidemment, je me suis précipité d'abord sur I like that in a girl, la chanson inspirée par une conversation avec Lawrence. C'est un petit bijou de pop noisy, de moins de deux minutes, qui se termine, comme le souligne Jowe, avec Dan qui tente d'imiter l'accent de Birmingham de Lawrence ("Oi loike that in a girl").
Une autre des grandes réussites du disque, c'est Love is a four letter word. Certes, ça reste un enregistrement bricolé, mais on sent bien que cette chanson a le potentiel d'un immense maxi single de pop dansante. J'ai manqué de m'étrangler quand j'ai découvert que cette chanson avait été publiée en 1992 sous le titre Love is better than war en face B d'un single que je possède, We will be your gurus. Comment est-ce que j'avais pu ne pas remarquer cette chanson ? Eh bien, tout simplement parce que la version publiée est beaucoup moins pop. Les chœurs en "Love love love love love love" sont conservés, mais le tout est noyé sous des guitares crasseuses. Si quelqu'un cherche un tube tout fait, il ferait bien de se pencher sur une reprise de cette chanson.
Closer to God, enregistré en groupe et assez électrique, a toujours été pour moi un album très sombre. D'une manière générale, les versions des sept chansons de cet album qu'on trouve ici, même celles qui ont des paroles très noires, me plaisent plus parce qu'elles ont plus de légèreté. C'est notamment vrai pour Honey for the bears, Razor blades & lemonade, le single Goodnight Mr Spaceman et Hard luck story number 39, avec tout à la fin Dan qui fait une référence à Teardrop Explodes en chantant "It's just a story".
Les autres titres qui ont été par la suite réenregistrés et disséminés par des singles l'ont souvent été par Dan quasiment en solo. Du coup, les arrangements varient moins. Il y a de très bonnes choses là-dedans, notamment How does it feel to be loved ? et Suppose you think it's funny.
L'album s'achève avec Dan qui fait un solo de vocalise sur This heart's not made of stone.
Si The painted word était fortement marqué par l'empreinte de Joe Foster, Beautiful despair l'est bien évidemment par Jowe Head. La variété des sons et le côté bricolé rapprochent ce disque de ses productions solo, comme Pincer movement, plus que d'autres disques de la discographie du groupe, à l'exception de l'un de mes disques tardifs préférés du groupe, I was a mod before you was a mod, avec Dan quasiment en solo.
Même si les conditions de production sont particulières, la grande qualité de ce disque c'est l'unité du son et son inventivité. Au bout du compte, je pense que j'aurai plus de plaisir à l'écouter que Closer to God.
Je crains que la santé de Dan Treacy ne lui permette plus d'enregistrer de nouvelles chansons. On en apprécie d'autant plus de découvrir celles-ci, en espérant que d'autres du même acabit nous attendent encore dans ses tiroirs.

La répartition des quinze titres de l'album dans la discographie de Television Personalities :

Précédemment inédits
Beautiful despair
If you fly too high
I like that in a girl

Closer to God (1992)
Hard luck story number 39
Razor blades & lemonade
Goodnight Mr Spaceman
Honey for the bears
My very first nervous breakdown
Have a nice day (I hope you have a nice day)
This heart's not made of stone

We will be your gurus (1992)
Love is a four letter word (Love is better than war)

Far away & lost in joy (1994)
I get frightened too (I get frightened, version instrumentale)
I don't want to live this life

Do you think if you were beautiful you'd be happy ? (1995)
Suppose you think it's funny (I suppose you think it's funny)

Now that I'm a junkie ! (1996)
How does it feel to be loved ?

Beautiful despair est en vente chez Rough Trade, en CD ou en 33 tours.
Fire a annoncé le 14 novembre une sortie générale du disque pour le 26 janvier 2018. If you fly too high est en écoute ci-dessous.




Un entretien récent qui revient sur le parcours de Jowe Head, des Swell Maps à Television Personalities.

14 octobre 2017

WILLARD BURTON - EARL FOREST : The twistin' twist


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 24 septembre 2017
Réf : MPO. 3097 -- Édité par Pop en France en 1962
Support : 45 tours 17 cm
Titres : WILLARD BURTON : The twistin' twist -/- EARL FOREST : Memphis twist - Beale Street popeye

Il faisait tellement beau ce dimanche du mois dernier qu'on a décidé en fin de matinée de faire la balade à pied (trois-quatre kilomètres le long du canal) pour aller à la petite brocante du village d'à côté, Bisseuil.
Bonne idée et bonne balade, mais on est arrivé sur place en plein midi, et la plupart des exposants étaient en train de manger et on avait un peu l'impression de les déranger, surtout les habituels pros ronchons.
Mais les propriétaires des deux stands où j'ai acheté des 45 tours à 50 centimes étaient très sympathiques, deux dames où j'en ai pris deux, et un couple âgé à qui j'ai acheté celui-ci.
Le disque est en bon état mais la pochette a bien vécu. Il me plaît de penser, vue la date de parution et vu l'âge des vendeurs, qu'ils ont acheté ce disque à l'époque et qu'ils ont bien dansé dessus.
Je n'avais jamais vu ce 45 tours et je ne connaissais ni Willard Burton ni Earl Forest, mais j'avais plusieurs bonnes raisons d'acheter ce disque : il est sur le label Disques Pop, une étiquette de Vogue, comme mon Jack Hammer; A ce titre, il est estampillé "Strict danse tempo", un slogan réapproprié et repopularisé dans les années 1990 par l'ami Le Colonel; C'est un disque de twist, et l'avantage c'est que les disques de twist ne sont jamais que des dérivés de rock 'n' roll et ils sont rarement complètement mauvais.
Il est précisé au dos de la pochette qu'il s'agit d'enregistrements sous licence de Peacok Records, l'un des nombreux labels de l'américain à la sulfureuse réputation Don Robey. Mais en fait, les titres d'Earl Forest sont sortis à l'origine chez Duke, un autre label de Robey.
Bon, je ne vais pas tergiverser, les trois titres de ce disque sont excellents. Ce sont des instrumentaux, mais à défaut de chant il y a de l'ambiance et on entend des voix. L'orgue et le saxophone sont les instruments principaux.
The twistin' twist est sorti aux Etats-Unis en face A d'un 45 tours crédité à Willard Burton. Quand ça commence, la "foule" est déjà chaud bouillante. La batterie lance les hostilités, avant que le groove se mette en place avec l'orgue, la basse et la guitare, puis le saxo en solo, accompagné de cris d'encouragement et de claquements de mains. Sachant que le 45 tours américain dure 2'20, je me demandais pourquoi on ne trouvait pas sur cet EP sa face B, Dreaming, un titre plus lent avec orgue, guitare et saxophone, qui dure à peine deux minutes.
Eh bien, la version de The twistin' twist qu'on trouve sur ce disque Pop est plus longue de deux minutes que la version originale ! (on peut l'écouter chez Soul-in-Groove), ce qui nous vaut une dose supplémentaire de solos de saxo et d'orgue et permet de mieux se bouger sur cet excellent titre. Je pense que cette version longue n'a été éditée que sur ce disque français.
Pas de surprise sur la face B, on trouve bien les deux faces du 45 tours Duke, Memphis twist et Beale Street popeye.
Que dire ?, sinon que c'est dans la même veine que la face A, au point que ça pourrait être les mêmes musiciens, et que c'est tout aussi bon. Memphis twist est complètement instrumental, tandis que sur Beale Street popeye on a des voix qui interviennent sur les breaks.
Les premières informations que j'ai trouvées sur ce disque et ses musiciens sont dues à Mightygroove sur son site Soul-in-Groove. En plus d'y trouver ce disque chroniqué et en écoute, on y apprend que Willard Burton était le vrai nom d'un musicien plus connus sous celui de Piano Slim (à ne pas confondre avec le bluesman Robert T. Smith) et on y trouve des chroniques d'un 45 tours de Piano Slim et d'un autre de Willard Burton.
Pour Earl Forest, qui est mort en 2003, il y avait quelques mots dans la chronique de l'EP de Mightygroove, mais, en cherchant à en savoir plus sur le Caple qui co-signe les deux titres (le Malone crédité sur tout le disque est en fait Don Robey qui rançonnait ses musiciens), j'ai trouvé des informations complémentaires dans les parties 2 et 3 d'une enquête en trois parties de Soul Detective sur le musicien Clarence Nelson. J'ai notamment appris que l'organiste sur la face B du EP serait Joe Louis Hall, un ancien du Bill Black's Combo, et que les saxophonistes ténor et baryton sont Gilbert Caple, donc, et Floyd Newman. Vous ne les connaissez peut-être pas, mais vous connaissez sûrement Last night des Mar-Keys, l'indicatif de l'émission Salut les Copains dans les années 1960. Eh bien, sous l'intitulé collectif Mar-Keys, Floyd et Newman sont deux des co-auteurs de la chanson et ils jouent sur l'enregistrement. C'est Caple qui en prend le solo, tandis que Newman prononce le "Oh yeah" !
Comme quoi, on détour d'une balade bucolique, avec un disque a priori anodin, on peut quand même faire de belles découvertes.
Et pour conclure, je propose pour une fois de suivre les instructions figurant en fin des notes de pochette : "Mais pourquoi lire ce texte, écoutez plutôt et sans tarder l'enregistrement des orchestres de Earl Forest et Willard Burton, ça c'est de la musique de danse !".

Les trois titres de ce disque sont en écoute chez Soul-in-Groove.

01 octobre 2017

ORIGINAL SOUND OF SOWETO - DANCING IN SOWETO


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 9 septembre 2017
Réf : CD Drive 3067 -- Édité par Drive en Suisse en 1980
Support : CD 12 cm
12 titres

L'autre jour chez Emmaüs, quand j'ai acheté le 45 tours de Roger Zami et le 78 tours de Tramel, la petite foule présente pour cette journée de vente spéciale s'intéressait surtout aux vinyls. J'ai donc pu fouiller presque tranquillement les tiroirs de CD, constater qu'il y en avait eu quelques-uns d'ajoutés depuis mon dernier passage et en trouver deux intéressants, dont celui-ci. Pour moi, surtout au vu de la maquette de pochette, il s'agissait d'une banale compilation commerciale de tubes sud-africains, mais je ne pouvais quand même pas la laisser passer.
Une fois rentré à la maison, j'ai eu le plaisir de constater que le CD est excellent de bout en bout. De plus, il semble bien que ce disque soit l'une des rares sorties internationales, voire la seule, pour tous ces titres à succès de la fin des années 1980. Aucune réédition depuis, donc, et quasiment aucune chanson sur YouTube non plus.
Ces enregistrements ont tous été publiés en Afrique du Sud par Tusk Music, créé en 1986 quand la branche locale de WEA a dû fermer en raison des sanctions internationales contre l'apartheid.
Il y a eu en 1988 une compilation intitulée Sounds of Soweto volume 1. Je n'en ai pas trouvé trace en ligne, mais je suppose que ce CD correspond plus ou moins à un volume 2.
C'est un peu surprenant que ce CD ne soit sorti qu'en Suisse. Peut-être que c'était un procédé pour contourner les mesures de boycott puisque, quand ce disque est sorti, l'apartheid était encore en vigueur et Nelson Mandela était même encore en prison.
Si j'en crois son nom et le catalogue qui sert de livret au CD, le label Drive était spécialisé dans l'édition de compilations pas chères dans tous les genres musicaux. Je les imagine bien vendues dans les stations-services pour que les automobilistes puissent les écouter avec leurs beaux auto-radios CD tout neufs.
De ce que j'ai pu voir, les titres compilés ici datent tous de 1987-1989. Ce sont sûrement effectivement des titres populaires, puisque la plupart du temps on trouve ici la chanson-titre d'un album ou son morceau d'ouverture.
Je ne connaissais personne, mais il y a quelques grands noms présents ici, comme Thomas Chauke, M. D. Shirinda ou M. J. Hlungwane, qui a droit à deux titres.
Dès les premières notes du CD, Africa mamela par Cokes, on se rend compte que la musique sera exactement dans le style de musique que beaucoup de français ont découvert, moi compris, avec l'album "sud-africain" de Lizzy Mercier Descloux et son tube Mais où sont passées les gazelles ?.
Mais on est à la fin des années 1980 et les sons électroniques sont largement présents sur tout le disque. Sur le deuxième titre, Sekala par Lazarus Kagagudi, il y a du séquenceur et le synthé prend la place de l'accordéon. Il y aussi de la batterie électronique sur l'album, mais tout ça ne reste qu'un habillage et la musique conserve ses qualités intrinsèques, avec le travail sur les voix et notamment les chœurs de "Sisters" sur la plupart des titres, comme sur l'un de mes préférés, Boti rhandeka, avec la flûte et les chants des Gaza Sisters.
Et même, l'électronique peut être très stimulante, comme sur
Vuxaka bya mali, où la répétition de juste trois notes de synthé aiguës participe au rythme général et en fait une rencontre entre musique africaine et pop synthétique à la Elli et Jacno ou Depeche Mode.
Avec ceux déjà cités, j'ai choisi de vous proposer un troisième titre en écoute ci-dessous, Ma jumble sale de Thomas Chauke, mais l'ensemble du disque est tellement bon que j'aurais pu ne pas m'arrêter là, et mettre aussi Thandiwi des Madlala Brothers, Hamba driver d'Amaswazi Emvelo, Badumaze sisheli sami d'Uvemvane ou Lamulini naxaniseka de George Maluleke na van Wanati Sisters.
Cette année, je trouve en quantité beaucoup moins de disques sur les vide-greniers, mais les dépôt-vente prennent le relais, et surtout, la qualité est là ! Vivement la suite...

M.J. Hlungwane / Na Mpfumu Sisters : Vuxaka bya mali. M.D. Shirinda and Gaza Sisters : Boti rhandeka. Thomas Chauke : Ma jumble sale.

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