31 mai 2014

LES JEUNES LOUPS


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 30 mai 2014
Réf : 231.317 -- Edité par Riviera en France en 1968
Support : 45 tours 17 cm
Titres : NICOLE CROISILLE (TUESDAY JACKSON) : I'll never leave you -- Dawn comes alone -/- THE T AND B : This world -- THE KREW : Mary, Mary

C'est pénible : le retour des 45 tours au prix raisonnable de 50 centimes chez Emmaüs près de chez moi n'aura duré que le temps d'une de mes visites. Hier, ils étaient de nouveau à 1 €. Mais ce qui est plus important, c'est qu'ils en avaient reçu des nouveaux. Je me suis donc concentré sur la qualité : là où j'aurais pu acheter une douzaine de disques à 50 centimes, dont des doubles pour les copains ou des tentatives risquées, j'en suis revenu avec juste trois 45 tours (et aussi le CD du premier album des Tindersticks, que je n'avais pas, à 1 € seulement. Comme quoi...).
Comme pour le Johnny Horton ramené la dernière fois, c'est une musique de film que j'ai choisi de vous présenter. En d'autres temps, je ne me serais pas particulièrement intéressé à ce disque, mais rien que ces dernières semaines, Philippe R. m'a offert un 45 tours sixties de Nicole Croisille en me le recommandant chaudement et il a visionné le film Les tricheurs de Marcel Carné et nous en avons discuté.
Les jeunes loups, c'est, comme Les tricheurs, un film sur la jeunesse. La musique tient un rôle important dans les deux : le jazz en 1958 et de la pop dix ans plus tard.
L'histoire de ce film est captivante. Marcel Carné l'a renié car des scènes ont été coupées pour cause de censure. Il est sorti le 3 avril 1968 et la jeunesse, pendant ces semaines là, était plus dans les rues que dans les salles de cinéma. Il a donc été très peu diffusé en salles, n'est apparemment jamais passé à la télévision et n'a été édité ni en cassette vidéo ni en DVD (il a néanmoins été projeté ponctuellement en 2012 et 2013 à la Cinémathèque et à Deauville). L'histoire de sa bande originale est elle aussi très intéressante et pleine de rebondissements mais, plutôt que de le paraphraser, je vais tout de suite vous envoyer consulter l'excellent et copieux dossier consacré à ce film par le magazine Je Chante, particulièrement l'article sur l'histoire du film et l'entretien avec le compositeur Jack Arel. Au passage, j'ai appris que l'expression "jeunes loups", qui est entrée dans le langage courant, a été créée par Jean-Claude Annoux en 1965 avec sa chanson Aux jeunes loups.
(pause le temps que vous preniez connaissance de ce dossier)
Les jeunes loups fait donc partie de ces films dont la musique est plus connue et mieux diffusée que le film lui-même. Cela est surtout due à la chanson principale du film, I'll never leave you, un slow interprété par Nicole Croisille, abritée mais non dissimulée derrière le pseudonyme Tuesday Jackson car initialement Carné voulait des musiciens américains ou anglais. Dans le genre, c'est réussi : outre la prestation vocale de Nicole Croisille, les choeurs, la basse, les cuivres et le solo d'orgue d'Eddy Louiss remplissent parfaitement leur rôle.
On reste dans les mêmes ambiances avec Dawn comes alone, une ballade avec choeurs et, à nouveau, la basse bien en avant.
Je n'ai trouvé aucune information concernant la composition du groupe The T and B. Il est probable que ce groupe existe autant que Tuesday Jackson et je pense qu'il s'agit des mêmes choristes et chanteurs que pour la face A. En tout cas, leur This world est une petite confection pop très légèrement psyché, tout à fait dans le ton de l'époque.
On en sait un peu plus par contre sur The Krew, un groupe de baroudeurs du rock, composé principalement d'anglais qui ont joué dans de nombreuses formations, chez eux, en Allemagne ou en France. Ils n'ont sorti qu'un seul 45 tours sous leur nom (Everything is alright, en 1966, également chez Riviera, qui doit être très recherché) mais ils ont accompagné la fine fleur de la variété française, notamment Dick Rivers et Sylvie Vartan. Sauf erreur de ma part, le chanteur du groupe en 1968 était Owen Gray et on comptait parmi ses membres Howie Casey au saxophone, Tommy Murray à la guitare, Alan Reeves à l'orgue, Eddie Sparrow à la batterie et Archie Leggett à la basse. Et là, je sais que comme moi certains auront tiqué puisque les deux derniers nommés constituaient la section rythmique à l'oeuvre en 1973 sur l'excellent album Bananamour de Kevin Ayers !
Son compositeur Jack Arel décrit Mary Mary comme un jerk. C'est comme ça qu'on appelait les titres rapides en France à l'époque. Disons que c'est un titre mod/rhythm and blues très rapide, où la guitare est relativement discrète (mais Sparrow tape fort sur ses fûts !). I'll never leave you est la chanson du film qui eu le plus de succès mais Mary Mary a aussi été très remarquée. Frank Alamo en a sorti une adaption en français sous le titre C'est ça la vie.
Un album de la bande originale du film a été édité à l'époque (et jamais réédité depuis). Rien que pour l'autre titre de The Krew, Tell me what's wrong, ça vaudrait le coup de le dénicher. Mais dans la bande annonce ci-dessous, qui contient les seuls extraits à peu près accessibles du film, il y a à 3'30 un autre groupe qui interprète un titre particulièrement sauvage. Je n'ai pas réussi à l'identifier formellement mais s'il s'agit du titre Wasting time attribué à Folk Group qui est sur l'album, alors oui, il me le faut vraiment !




30 mai 2014

MARK BEER : Pretty


Acquis par correspondance vers la fin des années 2000
Réf : RT 070 -- Edité par Rough Trade en Angleterre en 1981
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Pretty -/- Per (Version)


Voilà un "classique" du Rough Trade première époque (avant les Smiths). Il a eu un certain succès en Angleterre dans les réseaux indépendants. Il a été édité en Italie et au Japon, ce qui est plutôt exceptionnel pour les parutions Rough Trade précoces, mais pas en Allemagne ni aux Etats-Unis, où le label avait des antennes. Il n'était malheureusement pas sur la cassette C81 du NME mais on le trouve sur des compilations Rough Trade allemande et espagnole. Je connais Pretty depuis 1981 (grâce à la cassette hors-commerce Best / Rough Trade) et pourtant il a fallu attendre près de trente ans que je me décide à en commander un exemplaire pas trop cher en ligne pour que j'aie en main un exemplaire du disque, avec sa pochette criarde à souhait.
Un disque rare, donc, et c'est pourtant avec celui-ci que Mark Beer a le plus été sur le devant de la scène. Avant ça, il avait sorti depuis 1978 deux 45 tours en Angleterre et deux en Belgique (dont un sous le nom de groupe Silent Types). Après ça, comme je l'ai expliqué en notes de pochette de la compilation virtuelle Recollections, il n'a rien sorti d'autre chez Rough Trade, juste deux disques sûrement auto-produits et, l'excellent album Dust on the road, plus un maxi resté inédit, Two stops to heaven. A ce moment, Mark Beer lui-même n'était pas à deux arrêts du paradis mais à un arrêt de quitter les feux de la rampe. Il a été membre du groupe Sneezes in China... Deaths in Paris, qui a tourné et enregistré des démos mais n'a jamais publié de disque, puis a arrêté, pour de bon semble-t-il, toute activité publique dans la musique.
Il nous reste ses quelques disques, donc, et Pretty est vraiment celui de ses titres qu'on devrait trouver sur toutes les anthologies new wave (ce n'est pas vraiment le cas, peut-être parce que Mark Beer ne le souhaite pas). Tous les ingrédients des grands disques du moment sont pourtant présents ici, à commencer par l'ingénieur du son Adam Kidron, le producteur maison en vue chez Rough Trade à l'époque (Raincoats, Robert Wyatt, David Thomas, Scritti Politti, Orange Juice...). Musicalement, on a un rythme légèrement déconstruit, une superbe ligne de basse, un piano minimal mais efficace et un orgue discret (tenus par le musicien belge Jean-Marc Lederman) et des paroles que je n'ai jamais trop cherché à analyser mais avec des expressions qui restent en tête ("I get sussed out everywhere, these days I just don't seem to care", "The antidote for my despair is being pretty", "A kind of superficial grace makes you pretty", "The mirror on the wall makes you pretty"). Les seuls atours un peu voyants sont une choriste parfaitement employée et un effet sonore de bisous mais aucun risque de surproduction, c'est juste excellent.
Je n'avais jamais entendu la face B avant d'acheter ce 45 tours. C'est un instrumental façon dub de la face A, comme de nombreux groupes post-punk en ont produits à l'époque (Flying Lizards ou Family Fodder me viennent à l'esprit, parmi beaucoup d'autres). L'exercice ici est un peu décevant car, pour le coup, les qualités rythmiques de la chanson se sont complètement perdues au passage et la bonne ligne de basse n'est pas bien exploitée, ce qui est quand même un comble.


29 mai 2014

BILLY PEPPER AND THE PEPPERPOTS : Merseymania


Acquis chez Holidays For Heroes à Saint Clément le 25 mai 2014
Réf : HUR-ALL 731 -- Edité par Hurrah en Angleterre en 1964
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Dimanche en fin de matinée. On s'apprête à descendre du bus pour une journée de balade en bord de mer à Jersey. Pour une fois, je n'ai aucun projet de traîner les boutiques, vide-greniers ou équivalents. Mais juste avant l'arrêt, devant le blockhaus transformé en musée militaire, on voit la mention magique : "charity shop". Ce point de vente a été créé pour lever des fonds pour Holidays For Heroes, qui offre depuis 2008 des séjours de vacances d'une semaine à Jersey à des anciens combattants. La boutique n'ouvre que quelques heures par semaine, mais on était en plein dans l'un des créneaux !

Jusque là, je n'avais acheté aucun 33 tours à Jersey car je n'avais rien vu de suffisamment intéressant pour que ça vaille la peine de le trimballer dans un sac pendant tout le trajet de retour. Mais là, j'ai tout de suite su que j'allais porter ce sac de disques, puisque j'ai trouvé d'abord un 25 cm des années 1950 enregistré dans le sud-marocain et surtout un 33 tours de 1964 de Sweet Emma and her Preservation Jazz Hall Band, un disque dont Philippe R. m'a dit beaucoup de bien après en avoir justement trouvé un exemplaire il y a quelques semaine à peine. Mais ce n'est pas tout. Une des bénévoles qui tient la boutique m'a vu plongé dans le petit rayon disques et m'a demandé si j'étais intéressé par d'autres disques qu'elle avait de côté. Bien sûr que j'étais intéressé ! Et quelques minutes plus tard, elle est arrivée avec un chariot contenant deux cartons de 33 tours qui venaient en fait d'être donnés par un couple présent dans la boutique, à qui j'ai laissé de bon coeur le 33 tours The original Tennessee Three in Jersey que j'étais en train de regarder et qui les intéressait car ils avaient eu l'occasion de rencontrer les musiciens. Au total, je suis ressorti de la boutique avec sept disques, dont au moins un, ce Merseymania, venait des deux cartons supplémentaires.
J'ai donc porté le sac toute la journée, la seule de grand soleil pendant notre séjour, et il a fallu que je sois vigilant pour le préserver intact. J'ai essayé de faire la sieste quelques minutes sur le sable, en prenant bien soin de mettre le sac debout contre ma tête pour qu'il ne prenne pas trop le soleil. Le sac est tombé une fois, puis très vite après une deuxième fois. Je pensais que c'était le vent, mais non, un goéland, mélomane ou plus sûrement affamé, essayait de fouiller mon sac ! Il n'a heureusement pas eu le temps d'abimer mes disques même s'il a fait entrer du sable dans le sac.


Le goéland tout fier de son forfait.

Les habitués de Vivonzeureux! qui ont l'oeil auront sûrement tiqué en voyant la photo de pochette de cet album de Billy Pepper and the Pepperpots. Aucun doute, c'est la même photo que celle du 45 tours We love you Beatles chroniqué il y a dix-huit mois. J'ai pensé initialement que l'album contenait les titres du 45 tours, mais non, aucun rapport. Il s'avère que la photo est créditée à l'agence Reuters et il n'est pas très surprenant que deux labels différents l'aient sélectionnée pour illustrer un disque en rapport avec la Beatlemania.
C'est bien de cela qu'il s'agit ici, capitaliser sur le Mersey sound et la Beatlemania en sortant un disque à la façon des Beatles. Hurrah est une sous-marque de la société Pickwick, spécialiste de ce genre de parasitage. Les notes de pochette ont beau prétendre que Billy Pepper and the Pepperpots sont originaires de Liverpool, il n'en est rien car ce groupe n'a jamais existé. De nombreuses hypothèses farfelues circulent sur l'identité des musiciens mais le plus probable est qu'il s'agit de Billy Shepherd et de son orchestre, actif depuis les années cinquante dans différents styles (Country et Western, latino, Madison). Billy Shepherd signe cinq des sept titres "originaux" de ce disque, les deux autres étant crédités à Jimmy Fraser. Je mets originaux entre guillemets car il s'agit bien ici d'exercices de styles, de chansons à la manière des Beatles du début, avec des riffs de guitare et des "Ouh" stratégiquement placés. Clairement, les musiciens sont compétents, mais un peu patauds, et les arrangements de voix sont loin d'être aussi bien travaillés que chez les vrais Beatles, mais si on aime le genre, ça s'écoute gentiment (surtout This is what I mean, Tell me I'm the one Your kind of love et I'll have to get another girl) et ça aurait pu passer sans problème dans une boum. Deux vraies reprises des Beatles, I want to hold your hand et I saw her standing there sont stratégiquement placées au début de chaque face et il y a aussi un arrangement "rock" du gospel Joshua fit the battle of Jericho.
Tout cela reste au niveau de l'anecdotique, bien sûr, mais il y avait du beurre à faire avec la Beatlemania et un deuxième disque attribué à Billy Pepper and the Pepperpots, Beat !!!!! More Merseymania, est paru quelques mois plus tard. Les vingt titres ont même été compilés sur un CD en 2000 sous le titre Merseymania! : 20 fab sounds of the sixties.

27 mai 2014

MICHEL POLNAREFF : Fame a la mode


Acquis neuf soldé dans la Marne dans les années 1980
Réf : 10.718 -- Edité par Atlantic en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Fame a la mode -/- Wandering man

Voici le deuxième disque chroniqué pour marquer la parution de mon livre Lewis Furey : Joue-moi un tango.


Le premier album de Lewis Furey est sorti en 1975. Certains de ses titres sont passés à la radio en France, notamment Hustler's tango dans l'émission Poste restante de Jean-Bernard Hebey sur RTL, mais nombreux sont ceux qui, sans le savoir, ont entendu pour la toute première fois la voix de Lewis Furey lorsqu'ils ont écouté Fame a la mode de Michel Polnareff. Fame a la mode, c'est d'abord un album de 1975 avec une pochette assez horrible (un coeur tout rose avec un casque audio branché dessus), dont l'objectif affiché était de percer sur le marché américain. Pour cela, Polnareff et son label Atlantic ont mis le paquet : paroles entièrement en anglais, signées pour la plupart par Jacob Brackman, qui a beaucoup écrit pour Paul Simon, et participation d'une brochette de pointures à l'enregistrement, comme Steve Cropper, Lee Ritenour, Jim Keltner et Jennifer Warnes. L'objectif de succès aux Etats-Unis n'a pas vraiment été atteint par ce disque. En fait, c'est l'année suivante avec un titre disco pour la bande originale du film Lipstick que Polnareff a plutôt réussi son coup.
En France, le succès a dû être modeste à l'aune de ses nombreux tubes, mais le disque a quand même été bien diffusé. D'ailleurs, le jour où j'ai appris que Lewis Furey figurait dessus, il ne m'a pas fallu longtemps pour trouver un copain pour me prêter l'album, que je n'ai jamais acheté, du coup. Par contre, j'ai pris le 45 tours quand je l'ai trouvé soldé à 5 francs quelques années plus tard, car c'est sur sa face A que Lewis Furey, crédité aux choeurs sur l'album dans son ensemble, est présent de la façon la plus significative.
Fame a la mode, comme son titre l'indique, est une chanson sur l'insoutenable difficulté d'être une vedette dans l'impitoyable société du spectacle, celle de la vie en tournée, des responsabilités, des cachets pas toujours payés, celle où, on le sait, "The show must go on".
Je me moque un peu des paroles, mais en fait j'aime bien Fame a la mode, surtout parce que le chant de Lewis Furey contraste très bien avec celui de Polnareff pour ses deux interventions en tant que "The show". La dynamique est très bonne, sa voix chaude est bien reconnaissable. Simplement, quand il est question de "Too much caffeine and too much nicotine", on se dit, vu le sujet et même sans avoir l'esprit mal placé, qu'il faut comprendre qu'il est question d'autres substances en -ine. Michel Polnareff fait une intervention intéressante aux "cuivres humains" sur la fin. Musicalement, la production n'est pas très éloignée de celle du second album de Lewis Furey, The humours of....
Je ne sais pas précisément comment Lewis Furey s'est retrouvé à participer à ce disque. A cette époque, les managers de Furey, impliqués dans la production de films et le management d'acteurs, avaient leurs bureaux à Los Angeles, tout comme son label A & M, et il s'est mis à séjourner et à y travailler régulièrement. C'est là que les deux hommes ont dû faire connaissance, comme c'est évoqué dans un grand article sur Lewis Furey publié en 1975 par Andy Warhol's Interview, qui avait dépêché pour l'occasion Peter Lester à Montréal. La collaboration pour ce disque n'y est pas mentionnée, mais Lewis indique qu'il n'arrêtait pas de tomber sur lui à Los Angeles, chez Petroni notamment. On peut aussi noter deux points de rapprochement entre eux, qui ont tous les deux collaboré d'une part avec Jean-Claude Vannier et d'autre part avec le canadien David Foster qui, en 1976, a arrangé plusieurs titres de la bande originale de Lipstick et produit deux démos pour Lewis Furey.


Michel Polnareff, Fame a la mode, filmé en octobre 1975 pour RTL, extrait de l'émission japonaise du nouvel an 1976 de Polnareff.

20 mai 2014

TERRY DEN : Ma négresse maigrit


Acquis par correspondance via Kiss Kiss Bang Bang en mai 2014
Réf : LAP 001 -- Edité par La Poissonnerie en France en 2014 -- n° 17/300
Support : 45 tours 17 cm + CD 12 cm
Titres : Ma négresse maigrit -/- Akoba + Ma négresse maigrit -- Akoba -- She leaves me all alone

Or donc, le 9 mai, j'ai fait l'acquisition d'un superbe disque de Sir Lancelot, chanteur de calypso et acteur que je ne connaissais pas du tout. Le 10, je l'ai chroniqué ici et, comme j'avais mentionné sa participation au film I walked with a zombie, je suis rentré à la maison le 13 avec dans mon sac le DVD de ce film de Jacques Tourneur.
Il y avait une enveloppe dans la boite à lettres, qui contenait le 45 tours de Terry Den auquel j'avais souscrit quelques semaines plus tôt. En le retournant pour regarder le verso de sa pochette abstraite, j'ai été saisi :



Une photo de Sir Lancelot prise du film même que j'avais prévu de regarder le soir-même ! Plus qu'une dense coïncidence, à ce niveau-là, on est presque au niveau du vaudou (et Vaudou, c'est justement le titre français de I walked with a zombie) !
Ce disque est le premier 45 tours sous son nom de Terry Den, que je connais depuis 1982 comme membre avec Florence Berthon et Pascal Comelade de Fall of Saigon, mais qui s'est aussi illustré avec Joli Garçon, Manchacou et Electric Manchakou. Le disque est édité par La Poissonnerie, l'association culturelle marseillaise animée par Terry Den et sa publication a été financée par souscription sur KissKissBankBank. Ce disque remplace pour cette année la compilation L'Estourdisco habituellement envoyée aux adhérents de l'association. En 2010, j'avais eu le plaisir d'en compiler le volume 8.
Le 45 tours est instrumental. Laurent 'Swing' Roche l'a décrit ainsi : "Une face pour gratter, une face pour caresser", et ça convient pafaitement.
La face à caresser c'est Ma négresse maigrit. 1'23 tout en guitares slide, avec quelques secondes de voix étranges en ouverture qui du coup évoquent un peu la cérémonie vaudou de I walked with a zombie. La face à gratter, guère plus longue, c'est Akoba. Là, les guitares sont crades et saturées, interrompues uniquement par un piano fou. C'est punky à souhait.
J'ai opté pour l'offre de souscription avec une copie CD du 45 tours contenant un titre en plus et j'ai eu la bonne surprise d'y découvrir une version de She leaves me alone, l'un des six titres du maxi original de Fall of Saigon. Il n'y a pas de crédits, mais il est clair que cet enregistrement est dû à La Chute de Saïgon, un trio éphémère mené par Terry Den qui s'est produit à quelques reprises en 2011 pour marquer la réédition en CD du disque de Fall of Saigon.


17 mai 2014

FRANCO ET ORCH. T.P. O.K. JAZZ : Liberté


Acquis à Ay le 9 mai 2014
Réf : 91 232 -- Edité par African en France en 1976
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Liberté 1 -/- Liberté 2

Un seul disque africain dans le lot acheté la semaine dernière à Ay, mais c'est un 45 tours de Franco en très bon état, je ne vais pas me plaindre ! Ça doit mon deuxième de l'O.K. Jazz, après le Congo rhythm.
On voit rarement passer ces disques, pourtant je suis toujours surpris  par le nombre de références de 45 tours africains édités en France dans les années 1970, ici par African ou ailleurs par Pathé Marconi. Là, on a le n° 7 de la collection Editions Populaires, qui en compte au moins 31, sans compter les n°s bis.
J'ai déjà évoqué ici l'un des cinq albums sortis en 1981 par Franco pour son Quart de siècle. Fort logiquement, en 1976, cinq ans plus tôt, c'est ses vingt ans de carrière que Franco fêtait, avec un double album intitulé tout simplement 20éme anniversaire, qui s'ouvrait avec un titre de plus de neuf minutes, Liberté.
C'est cette pièce qu'on retrouve coupée en deux en plein milieu et gravée sur les deux faces d'un 45 tours. La pochette est très moche, comme pour la plupart des parutions de Franco. Dommage, mais heureusement, à l'inverse, la musique est le plus souvent excellente.
C'est bien le cas ici, dès les premières notes. La première minute sonne très afro-cubain, avec un son très pur, notamment une belle basse bien ronde, si bien que j'ai cru un instant qu'il s'agissait de la réédition d'un enregistrement fin années cinquante-début années soixante. Mais non, on est bien au milieu des années soixante-dix, mais il n'y a aucune scorie, juste du chant et des choeurs, des percussions et des guitares électriques, le tout à la fois plein de fraîcheur et parfaitement en place, comme on peut le voir dans le précieux document filmé ci-dessous.
Je ne comprends pas les paroles de cet hymne à la liberté, mais sur la fin, quand les guitares et les cuivres se déchaînent et se répondent, on entend en français l'exhortation "Ecoutez cette musique, la musique des champions d'Afrique". Il n'y a pas à se forcer pour y obéir !



16 mai 2014

LEWIS FUREY - CAROLE LAURE : Fire


Acquis par correspondance via PriceMinister en avril 2009
Réf : PB 40171 -- Edité par RCA / Saravah en France en 1985
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Fire -/- Angel eyes

Pour marquer la parution de mon livre Lewis Furey : Joue-moi un tango, j'entame aujourd'hui une série de cinq chroniques de disques de ou avec Lewis Furey.
On commence avec ce 45 tours, qui est le dernier disque paru avant que Lewis Furey arrête de se produire comme chanteur sous son nom pendant une très longue période : jusqu'à ce qu'il entame sa série de récitals Selected songs en 2008.
Ces deux titres sont pris de la bande originale du film Night magic, le premier réalisé par Lewis Furey. Il est le fruit d'une collaboration avec Leonard Cohen remontant à l'hiver 1981-1982. Cohen a écrit le livret et les paroles, Furey la musique, pour une oeuvre conçue comme un opéra pop pour des voix d'acteurs, dans le style de Brecht et Disney. Le projet initial était de l'éditér sous la forme d'un vidéo-disque, l'un des premiers supports multi-médias, qui venait d'être mis sur la marché. Carole Laure et Lewis Furey ont créé trois des chansons en 1982 (Slowly, I married her en face B du 45 tours I should have known better; I've counted what I have et Wishing window lors de leur spectacle au Théâtre de la Porte Saint-Martin). Le projet de vidéo-disque  n'a pas abouti et Night magic est donc devenu un film musical, sorti en 1985, avec Carole Laure et Nick Mancuso.
En 1980, le film Fantastica de Gilles Carle, avec Lewis Furey et Carole Laure, était déjà un film avec de très nombreuses séquences musicales (l'excellente bande originale a été éditée en 33 tours simple). La différence pour Night magic (que je n'ai jamais vu, mais dont on peut voir en ligne un extrait de cinq minutes), c'est qu'il s'agit vraiment d'une comédie musicale, dans laquelle les acteurs ne s'expriment qu'en chantant (Nick Mancuso s'exprimant avec la voix de Lewis Furey). Du coup, la bande originale est presque aussi longue que le film, avec certaines pièces en plusieurs mouvements, et elle a été éditée sous la forme d'un double 33 tours.
Fire est le seul 45 tours qui en a été extrait. Je ne pense pas qu'il s'est beaucoup vendu et je ne me souviens pas l'avoir beaucoup vu en rayon à l'époque (je ne l'aurais de toute façon pas acheté car les deux titres sont sur l'album).
Fire est à part dans la production de Furey : je pense qu'il s'est rarement autant approché d'un son pop-rock classique. Pour tout dire, la chanson s'ouvre avec un riff de guitare électrique et la façon dont cet instrument est utilisé par la suite me fait toujours immanquablement penser à Dire Straits ! Et la partie finale de la chanson fait la part belle à un saxophone. L'autre particularité de Fire, c'est que Lewis Furey la chante, seul, avec une voix assez grave et une façon d'énoncer les mots particulière qui fait que c'est le seul moment du film où l'on se prend à imaginer ce que pourrait donner une interprétation par Leonard Cohen lui-même.
Angel eyes est une autre des chansons plutôt courte du film. C'est un duo Carole Laure - Lewis Furey, avec aussi un choeur d'anges très présent. On est dans la lignée des précédents duos du couple, avec une belle mélodie, récompensée en 1986 par l'attribution du prix Génie (équivalent canadien des César) de la meilleure chanson originale.

Night magic a été édité en vidéo dans les années 1980, mais jamais en DVD je crois. Par contre, la bande originale a été rééditée plusieurs fois en CD et est actuellement disponible.


Lewis Furey, Fire, en concert au Théâtre de la Chapelle à Montréal le 13 février 2011. Cette version sans guitare est très différente de la version de la bande originale du film.

12 mai 2014

JC BROUCHARD : Lewis Furey : Joue-moi un tango


Acquis par correspondance chez The Book Edition à Lille en mai 2014
Réf : 978-2-9536575-5-5 -- Edité par Vivonzeureux en France en 2014
Support : 106 p. 20 cm
16 titres

Un après-midi d'automne 1977, j'avais 14 ans et demi, j'ai vu Lewis Furey interpréter en direct Hustler's tango à la télévision. Je ne m'en suis jamais remis.
Quelques jours plus tard, je me faisais offrir son deuxième album, The humours of... Pour mes 15 ans, j'ai reçu en cadeau d'anniversaire son premier album en pressage américain. A 16 ans, je me suis rendu seul à Paris pour voir son spectacle avec Carole Laure à Bobino.
Avant Elvis Costello, Devo ou Jonathan Richman, Lewis Furey a été le premier artiste auquel je me suis intéressé de très près. Le premier aussi auquel j'étais le seul de mon entourage à m'intéresser.
J'ai longtemps regretté que Lewis Furey ait décidé d'arrêter de chanter après 1985. En 2008, l'annonce de son retour sur scène pour un récital d'un choix de chansons de tout son répertoire a été une grande joie. C'est ce qui m'a donné l'envie de retracer son parcours artistique dans un livre, Lewis Furey : Joue-moi un tango. On y rencontre notamment ses collaborateurs au long cours (l'arrangeur-producteur John Lissauer, sa compagne Carole Laure, le réalisateur Gilles Carle, son ami Leonard Cohen) et, plus ponctuellement, des personnalités aussi variées que Jean-Claude Vannier, Céline Dion ou Cat Stevens.

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Lewis Furey : Lullaby, en direct à la télévion le 4 février 1978, avec les Petites Filles.

11 mai 2014

GILBERT SAFRANI : Eliot Ness


Acquis sur le vide-grenier de Thibie le 4 mai 2014
Réf : 27 314 -- Edité par Polydor en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Eliot Ness -- Si tu penses ce que je pense (If you're thinkin' what I'm thinkin') -/- Le monde est bien trop grand -- Le mur

Donc, à Thibie, où j'ai fait de bonnes emplettes dans la plus grande sérénité, il y avait sur l'un des stands une petite poignée de 45 tours que le vendeur m'avait annoncés à 50 centimes. Ce disque est en très bon état et pourtant j'ai hésité avant de l'acheter. Gilbert Safrani ? Connais pas du tout, et un blaze pareil ça sonne vraiment variétés. D'autant que les paroles des deux chansons originales sont signées Jacques Revaux, et Jacques Revaux = Michel Sardou = Au secours ! Les arrangements et la direction musicale de Léo Petit n'auguraient rien de particulièrement enthousiasmant, mais bon, on m'a conseillé plusieurs fois ces derniers temps de prendre tous les EP sixties en bon état pas chers qui se présentent, et il est vrai que cette tactique m'a déjà permis de découvrir des incongruités comme Mélo ou une perle comme le disque des Gaëlic.
Pour ce 45 tours de Gilbert Safrani, c'est rien de dire que j'ai été très agréablement surpris. La variété que je craignais n'est pas là. Ou plutôt si, elle est cantonnée au dernier titre, Le mur, une reprise d'une chanson de Gilbert Bécaud, lente avec cordes et tout le tralala. Je pensais que tout le disque serait comme ça, mais non ! Les trois autres titres sont rapides, rock, avec un son typique de 1967, donc légèrement teinté de psychédélisme.
Pour Eliot Ness, le narrateur se croit à Chicago, où il se trouve mêlé à une embrouille avant d'être sauvé par Eliot Ness, le héros de la série télé Les Incorruptibles, très populaire à l'époque. En fait, il rêvait après s'être endormi dans son vieux bistrot. Dans le ton, ça me fait penser à La surprise de Ronnie Bird, en plus rock à la limite.
Le deuxième titre est encore mieux. Si tu penses ce que je pense est une reprise de If you're thinkin' what I'm thinkin', une chanson créée par Dino, Desi and Billy, le groupe du fiston de Dean Martin. Ils l'ont jouée dans le film Murderer's row, dans lequel Dean jouait. La version originale est très pop. Celle de Gilbert Safrani est bien plus puissante : basse élastique, batterie appuyée, cuivres puissants et un excellent solo de guitare. Très bien !
Le deuxième titre original, Le monde est bien trop grand, est encore très bien. Un peu moins rapide, certes, mais avec des sons psychés marqués, aux claviers notamment, et aussi des cordes et des cuivres.
Un excellent disque, donc, qui devrait intéresser les fous du freakbeat. Ces passionnés connaissent d'ailleurs bien Gilbert Safrani, mais pas pour ce disque, son deuxième et dernier. Comme on peut le constater chez The 45 Addict, le disque de Gilbert Safrani qui est très recherché, c'est le premier, sorti un an plus tôt, en 1966. Sur ce disque, il était accompagné par Les Boots, groupe désormais très réputé, qui comprenait notamment F.R. David et le futur Denis Pépin, et Les Boots, ça en jette plus que Léo Petit, qui a pourtant enregistré sous l'intitulé Les Guitares du Diable. C'est la chanson principale du EP, Les gens s'en vont dans le ciel, qui est recherchée et qui a été incluse sur plusieurs rétrospectives. La guitare saturée y est certes plus présente que sur ce deuxième disque, mais je ne vois franchement pas pourquoi l'un plus que l'autre mériterait d'être considéré comme une pépite. Je m'étonne d'ailleurs de ne trouver aucun des titres de mon disque en ligne. Il ne doit pourtant pas être rare à ce point : il y en avait un exemplaire à Thibie ! Quand même, je vous propose d'écouter la face A ci-dessous.

  Gilbert Safrani, Eliot Ness.
  Gilbert Safrani, Si tu penses ce que je pense

 

10 mai 2014

SIR LANCELOT : Sélection d'airs du "Carnaval du Calypso"


Acquis à Ay le 9 mai 2014
Réf : LPAX-3 -- Edité par Concerteum en France dans les années 1950
Support : 33 tours 25 cm
8 titres

C'est le genre d'aventure dont le collectionneur de disques se surprend souvent à rêver, mais qui ne lui arrive pas toutes les semaines. Jeudi dernier à Avize, comme c'est la tradition depuis quelques années, le vide-grenier coïncidait avec les cérémonies du 8 mai, ce qui nous a valu une agréable aubade pas trop martiale par l'Harmonie municipale dans les allées entre les stands.
Je ne m'attendais pas à faire des trouvailles aussi variées et intéressantes qu'à Thibie, et effectivement je finissais les derniers mètres de la brocante avec juste une poignée de 45 tours sympas mais pas renversants dans ma musette. C'est alors que j'ai avisé un vieux sac sous un stand, plein à ras bord de 33 tours, dont un seul était visible, de Coupé Cloué. C'était déjà suffisamment intéressant, mais j'en avais à peine remué deux ou trois autres que je tombais sur un album de Linval Thompson de 1978 ! Je me suis alors décidé à demander son prix au monsieur qui tenait le stand. Tout fier de son effet, il m'annonce alors "33 centimes". J'ai fini de regarder le sac, non sans le prévenir que j'étais prêt à lui donner 1 € entier si je trouvais trois disques pour moi. J'en ai trouvé plus que ça, mais surtout le vendeur m'a expliqué qu'il avait chez lui deux caisses à vendanges d'albums (et des 45 tours aussi) qu'il était en train de trier et que je pouvais venir les voir chez lui à Ay si je voulais. Ay étant à 2 km de chez moi, je n'ai pas hésité un instant à noter son contact et on a convenu que je l'appellerais pour passer le lendemain en fin de journée, sachant que quelqu'un d'autre s'était déjà aussi montré intéressé.
"Premier arrivé, premier servi" avait dit le vendeur, et l'histoire serait encore plus belle si j'étais arrivé le premier, mais la fin de journée commençait quelques minutes plus tôt pour l'autre acheteur et je n'ai donc pas raflé absolument toutes les belles pièces que contenaient les deux-trois caisses d'albums et les piles de 45 tours. Mais je suis reparti de là  avec plus de soixante disques et, même si j'ai quelques regrets, je ne m'autorise pas à me plaindre !
Ce superbe 25 cm est l'un des premiers disques sur lesquels je suis tombé. Juste à côté, mais en moins bon état, il y avait un 30 cm du même label Concerteum, avec la même très belle illustration de pochette (due à Robert Planet). Il s'agit de musique de Haïti par l'Ensemble de danse et Orchestre Emy de Pradines :



Après avoir examiné les choses à tête reposée, il me parait clair que l'illustration  a dû être créée initialement pour l'album de musique vaudou. Concerteum, une étiquette que je ne connaissais pas, et qui notamment diffusait en France les productions du label de Don Gabor Remington, déjà évoquées ici à propos du disque Aloha - Hawaiian favorites.
Pour sortir ce disque de calypso en France, Concerteum ne s'est pas trop foulé : ils ont donc retravaillé la pochette vaudou en calypso et ils ont glissé dedans... le disque américain original, édité par Discos Crest et intitulé Calypso carnival, complet avec son enveloppe en cellophane imprimé. Cette pratique n'était pas rare dans les années 1950. La première édition de ces chansons était parue sous la forme d'un album de plusieurs 78 tours.
Je ne le connaissais pas du tout, mais Sir Lancelot fait partie des artistes qui ont contribué à rendre le calypso très populaire aux Etats-Unis dans les années 1940 et 1950. Il fait une carrière notamment à Hollywood, où il est apparu dans une quinzaine de films. Si les chanteurs de calypso ont un fonds de répertoire commun de chansons traditionnelles, dans lequel Sir Lancelot puise lui aussi, son plus grand fait d'armes est d'avoir créé en 1943 pour le film I walked with a zombie la chanson devenue un classique sous le titre Shame and scandal in the family (à écouter ici).
Sur ce disque, Sir Lancelot est accompagné par des sérénadeurs caribéens, Chino Ortiz, et par des chanteurs-percussionnistes, les Volunteers. Dans l'ensemble, je préfère peut-être le style de calypso de mon disque de Géraldo La Viny et Cobra Man, mais il y a d'excellentes choses ici. On n'y trouve pas Shame and scandal, mais Sweet like a honey bee est tout à fait dans le même style. Mon titre préféré est sûrement Mary Ann, où l'accompagnement instrumental et les choeurs sont très présents. Ugly woman et Matilda sont deux autres chansons très connues et j'apprécie toujours d'en écouter des versions, surtout quand elles sont de cette qualité. La chanson quasi-publicitaire pour la compagnie aérienne Pan American (Pan American way) est amusante, mais l'autre chanson la plus intéressante du disque est sûrement Oken karange. Les notes de pochette en français nous expliquent que c'est la chanson la plus ancienne du lot, qu'elle est typique des tribus montagnardes de l'île La Trinité. J'ajouterais même que ça ne semble pas être un calypso mais que ses racines africaines sont très apparentes.
Bon, je vous laisse, j'ai tout un paquet de disques à écouter. Il est probable que certains d'entre eux apparaitront ici dans les prochaines semaines.


08 mai 2014

MARQUIS DE SADE : Dantzig twist


Acquis à Châlons-sur-Marne probablement en 1980
Réf : 2 C 070-1-4835 -- Edité par Pathé-Marconi EMI en France en 1979
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Je n'arrive plus à me souvenir précisément chez quel petit disquaire de Châlons j'ai acheté cet album. Il y en a eu deux qui ont été ouverts quelques années au plus, que j'ai tendance à confondre et dont j'ai oublié le nom. L'un était rue du Flocmagny, l'autre rue Croix des Teinturiers. Peut-être bien que ce dernier était la première implantation du libraire-disquaire Parenthèse, qui s'est ensuite installé rue Léon Bourgeois, pas loin du Lycée. Mais, comme pour le maxi Fire de Lizzy Mercier Descloux et le Meninblack des Stranglers, c'est plutôt rue du Flocmagny que j'ai acheté ce premier album de Marquis de Sade. Le gars devait vendre des occasions récentes plutôt que des disques neufs : son étiquette en recouvre une plus ancienne partiellement arrachée . ça ne l'empêchait pas de taper fort sur les prix : 45 francs, c'était quasiment le prix d'un disque neuf à l'époque il me semble. En plus, du coup, il me manque un élément important du disque, la pochette intérieure imprimée en noir et blanc avec les paroles, les crédits et quelques photos.
J'avais lu les articles sur ce groupe phare de la scène rennaise (même si les phares sont habituellement plus près des côtes bretonnes). La une d'Actuel sur les jeunes gens modernes m'avait horripilé, c'est donc probablement le passage de Marquis de Sade sur scène dans l'émission Chorus qui m'a décidé d'acheter ce disque (et c'est le visionnage récent de ce passage sur le DVD Chorus qui m'a donné envie de le ressortir alors que je n'avais pas écouté depuis des années).
Il y a toujours plein de choses qui m'agacent chez Marquis de Sade, comme leurs tenues, leur fascination pour l'expressionnisme et la Mitteleuropa, le jeu de scène "habité" de Philippe Pascal, mais aujourd'hui comme au moment de la sortie du disque, ce qui compte c'est qu'il y a une majorité des chansons de Dantzig twist que j'aime beaucoup. Je regrette cependant que presque toutes les paroles soient en anglais, d'autant que la preuve est faite avec Conrad Veidt, qui associe allemand et français pour l'un des grands moments du disque, qu'ils pouvaient faire aussi bien et même mieux dans leur langue natale. Philippe Pascal évoluera sur la question avec son groupe suivant, Marc Seberg. N'empêche, peu de groupes en France ont produit un album new wave de cette qualité avant 1980, ou même après. Si, en plus de Conrad Veidt (avec le piano de l'invité Arnold Turboust), j'apprécie particulièrement Walls et Set in motion memories sur la première face, c'est l'enchaînement en début de face 2 de Who said why ?, Japanese spy (à associer sur les compilations avec Jardin chinois de Taxi-Girl) et Skin disease que je préfère.
Pour une raison ou pour une autre, je n'ai eu l'occasion d'écouter Rue de Siam, le deuxième album de Marquis de Sade, que deux ou trois ans après sa sortie. Il ne m'avais pas plu du tout mais je regrette quand même de ne pas avoir été présent à la Maison de la culture de Reims pour le Festival des Musiques de Traverses 1981, où le groupe s'est produit le 5 avril.

Après la revue de disques d'Antoine de Caunes, Marquis de Sade sur la scène du Théâtre de l'Empire à Paris pour l'émission Chorus en décembre 1979 :



04 mai 2014

SIMBA : Louie Louie


Acquis sur le vide-grenier de Thibie le 4 mai 2013
Réf : SG 322 -- Edité par Disc AZ en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Louie Louie -/- Movin'

J'ai eu du nez sur ce coup là. Contrairement à mon habitude, je n'ai pas débuté mon dimanche matin sur le vide-grenier le plus proche de chez moi. J'ai préféré faire une quinzaine de kilomètres pour aller à Thibie sur une vraie brocante de village, à taille humaine. Temps idéal même si un peu frais, grand calme mais stands espacés, si bien que j'ai pensé initialement que j'allais revenir bredouille. Mais non, au bout de quelques minutes, je suis tombé sur ce 45 tours : mention Afro-rock, reprise de Louie Louie, produit par Dave Watson pour la boite de production de Shel Talmy. A priori, ça valait bien son euro. Et par la suite, en me baladant, j'ai fini par acheter une dizaine de 45 tours sur cinq stands différents, parmi la cinquantaine que comptait le vide-grenier. Des choses intéressantes et variées comme des 4 titres des Westerners, de Luc Harvet, de Gilbert Safrani (de 1967, très bien) et de Henri Salvador (des calypsos), et aussi Motorbike girl par Shelby. Tant et si bien que, pour ne pas casser l'ambiance et risquer d'être déçu, je suis rentré directement à la maison écouter mes disques, sans m'arrêter à Plivot.
Ce premier 45 tours que j'ai trouvé est sûrement l'un des plus intéressants du lot. Simba est un groupe éphémère associant des membres d'Assagai, dont Dudu Pukwana, et de Jade Warrior. A priori, pas grand chose de commun entre les sud-africains d'Assagai et les rockers de Jade Warrior, mais ils avaient les mêmes agents, qui ont négocié avec Vertigo pour que le label, surtout intéressé par Assagai dans le but d'émuler le succès récent d'Osibia, signe les deux groupes.
Les liens entre les deux groupes ne se sont pas limités à ce label commun. Sur les deux albums d'Assagai, on trouve des titres signés par des membres de Jade Warrior, dont Telephone girl, membres qui participent également aux enregistrements.
Ces deux titres sortis sous le nom de Simba sont un autre résultat de cette collaboration. Ils ont été édités en Angleterre par le label Fire, et repris en 1973 sur la compilation Afro rock festival de Contour Records.
Alors, c'est quoi l'Afro-rock ? Eh bien, pour se faire une idée, il faut écouter cette très bonne version de Louie Louie. Des percussions tout plein dès l'intro, le fameux riff joué à la basse, une guitare bien crade quand même, des choeurs et plein de cuivres. Puissant ! 
Movin' en face B est crédité à des membres de Jade Warrior. Les percussions et les cuivres sont bien présents aussi, mais l'ambiance est un peu moins afro, surtout avec le solo de guitare, ou alors c'est plutôt de l'afro-Creedence !
En tout cas, j'ai parfois l'impression de perdre mon temps quand je me déplace pour rien, mais c'est bien ce genre de trouvaille qui continuera à m'inciter à sortir le dimanche matin...

03 mai 2014

VIC CHESNUTT : The salesman and Bernadette


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres dans la première moitié des années 2000
Réf : PLRCD011-- Edité par Pinnacle Entertainement en Angleterre en 1998
Support : CD 12 cm
14 titres

Cela fait maintenant un peu plus de quatre ans que Vic Chesnutt est mort. Après les hommages, des fans et des amis artistes, on est dans la période grise. On ne l'a pas oublié mais il y a peu de raisons pour parler de lui. Pas de gros label pour orchestrer des sorties de rééditions, de coffrets ou d'enregistrements inédits, et il est encore un peu tôt pour pour les grandes commémorations et la période de redécouverte. Heureusement, les disques sont là, pour la plupart encore distribués ou facilement trouvables, et Vic Chesnutt en a sorti énormément en moins de vingt ans.
Dans cette discographie très riche, The salesman and Bernadette est une entrée essentielle car c'est non seulement l'un des albums les plus réussis de Vic, mais c'est aussi l'un des meilleurs enregistrements de Lambchop, qui l'accompagne sur tout le disque (même s'il y manque un élément important de leur son, la voix de Kurt Wagner). Je n'ai pas acheté le disque tout de suite après sa sortie car la Médiathèque l'avait, mais j'ai été bien content de le trouver d'occasion à 1 £ à Londres quelque temps plus tard.
Avec le mot "Fiction" apposé au recto et la présentation au verso, "Infer a lovely story... of loss and longing and sloppy story", on pourrait penser avoir affaire à un album-concept, construit autour de l'histoire du commercial et de la Bernadette du titre. Il y a de ça, mais pas tout à fait, comme il est expliqué dans le livret : "L'auteur a construit ce pseudo-roman en chansons comme un patchwork, à partir de titres anciens et d'autres très récents. En reliant ces pièces qui avaient plus ou moins des thématiques communes, il espérait créer un tissu narratif. Pendant l'enregistrement, lui, les producteurs et les ingénieurs ont collectivement fait tous les efforts possibles pour renforcer la cohésion de l'histoire, en travaillant sur chaque chanson dans l'ordre, trois chansons par week-end pendant cinq semaines consécutives."
Comme expliqué dans l'entretien ci-dessous avec David Byrne, Vic et Kurt se connaissent depuis 1990, quand Kurt fut l'une des rares personnes à s'être déplacée dans un bar miteux de Nashville pour assister au premier concert de Vic dans la ville. Pour ce qui concerne l'enregistrement, ils expliquent aussi avoir au cours de ces week-ends travaillé alternativement en jouant tous ensemble en direct, avec une place laissée à l'improvisation, ou en enregistrant les instruments séparément l'un après l'autre.
Le produit final est d'une grande cohérence, excellent de bout en bout, avec un bon équilibre entre les morceaux plutôt lents et les rapides. Si le disque s'ouvre sur Duty free avec un son typiquement Lambchop, associant pedal steel et cuivres, l'orchestration est variée et inventive tout au long. On trouve ici certains des titres les plus énergiques enregistrés par Lambchop, comme Until the led et Prick. Old hotel doit être l'une des chansons un peu plus anciennes enregistrées ici, puisque Jimmy Davidson et Alex McManus sont remerciés pour l'avoir joué "un million de fois", sous-entendu en concert. Si la version enregistrée pour WFMU pour 1996 qu'on trouvait sur un disque bonus avec certaines éditions d'About to choke était plutôt calme, très nostalgique, celle qui clôt ici  l'album est construite sur une rythmique chaloupée et joyeuse.
Tout au long, les paroles sont bourrées de trouvailles poétiques et de fulgurances, comme la "tipsy Mary Poppins", "You're feeling glummer as Summer dies off", "The beams that are boucing off the moon are hanging from my window like icicles" ou le surprenant "Emasculate me with your biology".
J'ai eu la chance d'assister à l'un des concerts de la tournée européenne de Vic Chesnutt et Lambchop qui a accompagné la sortie de ce disque. C'était le 13 octobre 1998 au New Morning à Paris et je n'ai qu'un seul regret à propos de cette soirée, c'est que je n'ai pas été en mesure de l'apprécier pleinement. Pourquoi ? Bêtement parce que j'étais en colère, en colère pour une connerie, bien sûr, comme je l'ai raconté à l'époque dans Vivonzeureux!, l'annulation de la prestation de Calexico initialement prévue à la même affiche pour donner une exclusivité au Festival des Inrockuptibles à venir. C'était con, certes, mais ça n'aurait pas dû m'obnubiler toute la soirée alors que ce sont succédé sur scène Lambchop, Calexico quand même pour une version percutante de Stray, et enfin Vic Chesnutt, qui a probablement dû jouer ce soir-là, dans une salle à taille humaine, pleine mais pas trop, à cinq-six mètres de moi, la majeure partie de cet excellent album.

En plus des disques toujours disponibles, on peut trouver sur archive.org une grande quantité d'enregistrement en public de Vic Chesnutt, mis à disposition avec son accord.


Vic Chesnutt et Lambchop, Until the led, en direct dans l'émission Late night with Conan O'Brien, en 1999.


Vic Chesnutt et Lambchop, Replenished, en concert au 40 Watt Club d'Athens, en 1998.


Vic Chesnutt et Kurt Wagner en entretien avec David Byrne dans l'émission Sessions @ West 54th.

01 mai 2014

PROFESSOR ZOOM : Urban menace



Acquis par correspondance via MusicStack en décembre 2012
Réf : alig 01 -- Edité par Alligator en Angleterre en 1994
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Urban menace -/- 1965

C'est assez rare pour être souligné quand il s'agit d'un groupe que je connais bien : c'est la page Wikipedia sur Family Fodder qui m'a appris l'existence de ce disque, sur lequel jouent Johnny Human (alias Alig Fodder), Grahame Painting (Family Fodder), Rick Wilson (The Work, Family Fodder), Mick Hobbs (The Work, Family Fodder, Officer!) et donc Professor Zoom, qui chante et joue de la contrebasse sur la face A. Ce disque est publié chez Alligator Records, avec alig 01 comme référence. On se doute bien qui faisait tourner le label, qui a trois références répertoriées chez Discogs, dont une compilation (avec les deux faces de ce 45 tours et un troisième titre de Professor Zoom) et l'album Foreverandever de Johnny Human.
Une fois connue l'existence de ce disque, j'ai fait un petit tour chez Discogs, chez Ebay, et c'est finalement chez MusicStack que j'en ai trouvé un exemplaire en vente pas trop cher. Ce que je n'imaginais pas un instant, c'est que ce 45 tours de vingt ans d'âge, au vinyl vert marbré, allait redevenir d'actualité quelques mois plus tard, puisque l'album Variety de Family Fodder, sorti l'été dernier, contient It's 1965, qui n'est autre que la face B de ce disque, légèrement remixée et retitrée pour l'occasion. Voilà comment le label a alors présenté la chanson : "Elle a été enregistrée dans un squat à Brixton. Alig l'a écrite et Professor Zoom a modifié les paroles pour cette version réjouissante. Graham Painting joue les saignantes guitares fuzz et solo - en fait, Rick Wilson (le batteur d'origine de Family Fodder) a dû être remplacé pour blessure au milieu de la session et Grahame a aussi repris la batterie. Mick Hobbs pompe sa basse et Alig est à la guitare rythmique. Professor Zoom au chant. Des paroles qui sont parmi mes préférées. ‘Imagine the dream of Martin Luther King – Imagine John Lennon alive – Imagine Abraham, Marvin and John – imagine yourself – imagine anyone - Imagine animals – herding men – imagine that you – were a child again – whooah it’s 1965 – whooah it’s 1965!".
Une grosse basse, des guitares tranchantes, Londres et Brixton, les dreadlocks de Professor Zoom et l'année 1965: s'il y a une seule référence à aller pêcher, c'est à l'album 1965-1980 de Basement 5, l'éphémère groupe de reggae post-punk.
Malgré le titre Urban menace, l'ambiance sur la face A est assez différente. Une légère atmosphère orientale, les bongos de Sam Alexander, l'accordéon d'Alig, un côté jazzy donné par la contrebasse. C'est très différent de 1965 mais les accents du Professeur qui évoquent Tom Waits sans qu'il ait à en rougir donnent une bonne idée de la qualité de l'ensemble.
Family Fodder a donné des nouvelles de Professor Zoom en août dernier : il a été membre de Jam Professors et continue de chanter sous son nom, si l'on en croit les deux reprises qu'il a diffusées sur YouTube.
Quant à Family Fodder, après la sortie de Variety en 2013, le groupe a vu deux de ses premiers disques, l'album Monkey banana kitchen et le maxi 45 tours-mini album Schizophrenia party réédités début 2014 par le label Staubgold, qui est basé à Perpignan. Pour fêter ça, le groupe, dans une formation proche de celle de 1981, entreprend une tournée européenne en ce mois de mai, qui débutera par trois jours de concerts à Perpignan. Je n'ai qu'un regret : que les efforts des amis du groupe pour programmer un concert à Reims n'aient pas pu aboutir...

It's 1965 est disponible sur l'album Variety de Family Fodder. Urban menace est en écoute sur la page MySpace de Professor Zoom.


La vidéo pour la version de It's 1965 incluse en 2013 sur l'album Variety de Family Fodder, très proche voire identique à celle du 45 tours de Professor Zoom.

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